Il existe six zones culturelles au Canada qui ne correspondent pas aux frontières internationales telles qu’on les connaît. La zone des Plaines est un territoire vaste qui s’étend du sud du Manitoba et de la rivière Mississippi jusqu’aux Rocheuses à l’ouest, et de la rivière Saskatchewan Nord jusqu’au sud du Texas. Le terme « peuples des Plaines » décrit plusieurs groupes différents et uniques, dont les Pieds-Noirs, les Cris, les Ojibwés, les Assiniboines, les Nakotas et les Dakotas.

Territoires et ressources

La zone culturelle des Plaines possède un climat continental, caractérisé par des étés chauds et secs et des hivers très froids. Des herbes hautes couvrent les immenses prairies à l’est, alors que les hautes plaines arides à l’ouest sont couvertes d’herbes courtes, de sauge et de cactus. De part et d’autre de la région s’étendent des terrains plats et des prairies. Vers l’est, les rivières ont creusé la terre et constituent la seule source d’eau de la région. Les arbres ne poussent que dans ces vallées et aux marges de la zone.

Les Autochtones des Plaines basaient leur culture sur les immenses troupeaux de bisons, ou buffles, qui occupaient la région et se nourrissaient des pâturages jusqu’au début des années 1880. La faune, composée d’antilocapres, de wapitis, de cerfs mulet, de lièvres, des chiens de prairies et d’une foule d’autres petits herbivores comme les tétraoninés, les oies, les canards et les grues, est la proie des loups, des coyotes, des ours bruns, des cougars, des aigles et autres oiseaux de proie et des humains.

Groupes linguistiques et peuples principaux

Les langues parlées par les peuples autochtones des Plaines dans ce qu’on appelle maintenant le Canada peuvent être séparées en trois familles linguistiques : les langues algonquines, parlées par les Pieds-Noirs, les Cris des Plaines (Nêhiyawak), les Gros ventres (Atsinas) et les Ojibwés des Plaines; les langues sioux des Nakotas (Assiniboine), des Stoney-Nakoda et des Dakotas; la langue déné, parlée par les Tsuu T’ina (Sarsis). Les langues de familles différentes divergent en tous points, tout comme les langues de même famille qui, malgré les similarités, sont profondément différentes. La diversité linguistique et la grande mobilité de cette population nomade des Plaines ont encouragé le développement d’une communication basée sur les gestes de la main et d’autres signes. Les Autochtones de la région des Plaines parlent encore un certain nombre de ces ethnolectes. En 2011, une population importante affirmait parler les langues des Pieds-Noirs, des Ojibwés et des Cris (voir Langues des Autochtones).

À force de contacts prolongés avec les Européens, beaucoup de femmes autochtones, en particulier les femmes cris, se marient avec les nouveaux arrivants et donnent naissance aux Métis, un peuple autochtone à la culture distincte. Bien que ce genre de mélange est monnaie courante ailleurs au Canada et que des communautés métisses non négligeables existent déjà, on cite souvent les Plaines comme le berceau physique, culturel et politique du peuple métis. La langue métisse, appelée le « michif », est une évolution du français et du cri des Plaines, alors que le bungee, lui, est un mélange d’anglais, de gaélique écossais, d’ojibwé et de cri. En 2011, 645 personnes affirmaient parler le michif, ce qui en fait une langue menacée d’extinction, malgré les 451 795 Canadiens s’affichant comme Métis.

Avant que les grandes épidémies du début des années 1880 ne disséminent leur population, les Autochtones des Plaines dans ce qui est maintenant le Canada sont au nombre de 33 000. Les tribus de la région varient des 700 âmes pour les Tsuu T’ina à plus de 15 000 personnes pour les trois nations pieds-noirs. En 2011, on recensait une population autochtone totale de 574 335 dans les Prairies, soit en Alberta, en Saskatchewan et au Manitoba, une région n’appartenant pas exclusivement à la zone des Plaines, mais aussi en partie à la zone subarctique et la zone des forêts de l’Est.

Résumé historique

De petites bandes de chasseurs nomades parcourent les Plaines il y a 10 000 ans (voir Préhistoire). Pendant des milliers d’années, la chasse au buffle se fait à l’aide de lances et d’atlatl, mais autour de l’an 200 avant notre ère, un groupe d’origine inconnue, mais spécialisé dans la chasse à l’arc, arrive sur les plaines au sud de l’Alberta et de la Saskatchewan. On croit qu’ils vivaient dans de petits tipis portatifs. Dès l’an 1000 avant notre ère, ils auraient commencé à cultiver la terre, tout en continuant à dépendre majoritairement de la chasse au buffle.

Les conquistadors espagnols venant du Mexique introduisent les chevaux au sud des Plaines à partir du XVIe siècle. Ces derniers se répandent au nord à force de trocs et de maraudage entre les tribus pour atteindre les Plaines en 1730. L’apparition des chevaux change les techniques de chasse de façon radicale, et permet aux peuples de transporter des biens plus gros et en plus grand nombre. Le cheval mène aussi aux pillages de chevaux, qui deviennent la conduite de guerre la plus commune entre les tribus. En général, de petits groupes de guerriers envahissent le territoire ennemi pour libérer les chevaux, en tuant quelques personnes au passage.

L’arrivée des Européens à cette époque est synonyme pour les peuples des Plaines de cohabitation avec les colonies de l’est. Ainsi, de 1730 à 1870, les Autochtones des Plaines jouent un rôle important dans la traite de la fourrure, un rôle qui change de façon profonde leur mode de vie. Ajustant leurs pratiques de chasse en fonction des demandes des commerçants, les Autochtones des Plaines passent peu à peu d’une vie de subsistance à un mode de vie basé sur l’interdépendance et le commerce.

En 1870, le vaste lopin de terre possédé par la Compagnie de la Baie d’Hudson est vendu au gouvernement canadien, qui s’efforce de faire des Plaines une terre d’accueil pour les colonies blanches. Les Autochtones des Plaines souffrent déjà gravement de la variole à l’époque. Jusqu’à la fin du XIXe siècle, la famine, la négation de vivres, les déménagements forcés et les décisions politiques antagonistes contribuent plus encore à réduire leur nombre.

Culture traditionnelle

Alimentation

Traditionnellement, la survie des peuples des Plaines dépend des fruits, des légumes et du gibier saisonniers. Les noix, les racines, les baies, les courges et le maïs constituent les aliments de base du régime des Plaines. Les Cris et les Ojibwas se nourrissent aussi de poissons lorsque la chasse est infructueuse. Malgré la cueillette et l’agriculture faites par les femmes, la chasse, une activité typiquement masculine, fournit l’essentiel des vivres. Les chasseurs des Plaines tirent avantage de costumes en peaux d’animaux pour s’approcher des bêtes et utiliser plus efficacement leurs arcs et leurs flèches. Les chasseurs utilisent aussi d’autres astuces, comme mener les troupeaux de buffles dans des enclos ou en les faisant se jeter en bas de falaises abruptes, pour se faciliter la tâche. Même si le cheval rend plus facile la chasse, les fusils à chargement par la bouche sont bien moins efficaces que les arcs. Ils attendront ainsi les années 1860 et l’arrivée de fusils se chargeant par la culasse avant de se débarrasser de leurs arcs à flèches.

En général, les femmes s’occupent des fruits de la chasse. Une partie de la viande est cuite et mangée sur le champ, mais la majorité de celle-ci est tranchée et séchée au soleil en prévision de l’hiver, ou réduite et mélangée à de la graisse et des baies pour en faire du pemmican. Les fourrures de buffles servent à la confection de tuniques, de bâches pour les tentes, de mocassins et de boucliers. Des outils et des ustensiles sont fabriqués avec les sabots, cornes, poils et tendons du bison, et les excréments servent de combustible dans les plaines sans arbres. Les peaux d’antilopes et de caribous sont préférées pour la confection de vêtements : des pagnes, des jambières et des chemises pour les hommes et des robes longues et des jambières pour les femmes.

Transport

Lorsqu’une famille se déplace d’un camp à l’autre, elle transporte ses biens sur un travois, sorte de remorque triangulaire tirée par des chiens. Ces derniers sont apprivoisés de façon indépendante par les peuples autochtones de l’Amérique du Nord, mais seront rapidement remplacés par les races européennes à leur arrivée. Le travois sert aussi de base pour leur habitation, appelée « tipi », structure de forme conique fabriquée à partir de perches de bois recouvertes de peaux de buffle. L’arrivée du cheval permet la construction et les transports de travois plus gros et, ce faisant, de tipis plus grands. Des raquettes sont utilisées durant l’hiver par certaines tribus dans les Plaines plus au nord.

La nature artistique riche et distincte des tribus se manifeste sur les objets qu’ils confectionnent : tatouages, vêtements peints ou brodés à l’aide de piquants de porc-épic, bâches de tipis, boucliers et contenants en peaux d’animaux peints, gravures sur les bols de bois, les cuillères en corne et les pipes en pierre, sans parler des plumes utilisées sur les articles de cérémonies et des monuments de pierre placés sur le sol (voir Art autochtone).

Organisation sociale

La capacité des peuples des Plaines à s’adapter à leur environnement, en particulier aux déplacements des troupeaux de buffles, se reflète à même leur organisation sociale. La plupart des nations autochtones consistent en plusieurs bandes indépendantes librement regroupées. Les chefs sont respectés et soutenus par la bande tant qu’ils organisent bien leur défense et leur quête de nourriture. Ils agissent à titre de conseillers plutôt que dirigeants; chaque décision est basée sur l’accord unanime d’un conseil d’aînés. Les bandes se déplacent indépendamment. Dans les périodes difficiles, de plus petits groupes sont formés pour accroître les chances de trouver des vivres suffisants.

Les bandes ne se réunissent en un seul campement que quelques semaines au milieu de l’été, lorsque les buffles se concentrent en troupeaux plus gros et que la chasse en groupe est préférable. À ce moment de l’année, les peuples des Plaines se rejoignent pour de grandes célébrations, qui constituent le principal mode de cohésion des tribus. Après avoir exécuté la danse du soleil et parfois un peu de chasse au bison, les bandes se séparent à nouveau. À l’automne, elles se rendent dans les vallées fluviales, les contreforts et les espaces verts, où leurs campements bien protégés les attendent pour l’hiver.

Religion

Les idées et pratiques religieuses se retrouvent dans toutes les activités quotidiennes. Une des croyances fondamentales de la religion des Plaines est que les animaux et tout phénomène naturel possèdent un pouvoir spirituel qui peut, sous de bonnes circonstances, être manipulé à son avantage. Un individu en quête d’un tel pouvoir se rend dans un endroit solitaire pour prier jusqu’à ce qu’apparaisse en rêve, ou lors de la quête de vision, un gardien spirituel. Les expériences mystiques donnent parfois lieu à des cultes, qui disparaissent en même temps que leur initiateur ou deviennent très populaires.

Vers la fin du XIXe siècle, par exemple, une pratique appelée la « danse des esprits » prend de l’ampleur auprès des peuples des Plaines au Canada et aux États-Unis. Au départ, ce rituel prédit la renaissance des morts et le retour des animaux qui ne sont plus légion dans les Plaines. Certains pratiquants sioux croient aussi que les costumes portés lors de la danse des esprits les protègent contre les projectiles des colons blancs. Bien qu’on ne puisse confirmer les connotations guerrières de la danse des esprits, la pratique est violemment réprimée par les autorités étatsuniennes, qui l’interdisent dans les réserves du Dakota du Sud.

Changements culturels

Les contacts entre les Autochtones des Plaines et les colons et les commerçants de fourrure européens accélèrent un changement sociétal, qui, normalement, se serait opéré beaucoup moins rapidement. L’introduction de la métallurgie vers la moitié du XVIIIe siècle rend caduques les poteries, les ciseaux à pierre et les pointes de flèches en pierre, et les perles de verre remplacent graduellement les décorations en piquants de porc-épic. Vers la moitié du XIXe siècle, le tissu est aussi répandu que les peaux pour la confection de vêtements.

Pendant plus d’un siècle, la traite de la fourrure est le seul moyen de communication entre les Européens et les Autochtones des Plaines dans ce qui est désormais le Canada. Ces premières rencontres mènent à la propagation de maladies européennes chez les peuples autochtones, en particulier la variole, qui va et vient durant la moitié des années 1700 et qui décime parfois des bandes entières (voir Santé des Autochtones). Les survivants se retrouvent avec une vision du monde ébranlée et aux prises avec un système de soutien gravement compromis. Une aide extérieure est fournie par les missionnaires européens, souvent considérés à la fois comme la source des maladies et leur remède. Ainsi, les peuples autochtones malades et en carence alimentaire ne sont plus seulement vulnérables aux maladies et à la mortalité, mais aussi aux transformations culturelles et spirituelles.

Soulèvement politique et social

En 1870, le gouvernement fédéral achète l’île de Rupert à la Compagnie de la Baie d’Hudson et, grâce à une série de traités entre 1871 et 1877, s’assure la possession de nombreuses cessions foncières provenant de différentes nations autochtones. Les troupeaux de buffles à cette époque ont virtuellement disparu, et l’introduction des alcools forts par les commerçants blancs mine grandement l’intégrité d’un nombre non négligeable de communautés autochtones. On estime que plus de 25 % de la tribu des Pieds-Noirs sont morts d’une intoxication alcoolique ou des suites d’une bagarre entre ivrognes, de 1868 à 1873. À mesure que la maladie et la faim ravagent les populations autochtones des Plaines, des colons parrainés par le gouvernement arrivent de l’est en grand nombre. Les autorités provinciales sont mal préparées à une telle affluence de colons, et les tensions et la violence qui résultent de cette colonisation bâclée précipitent l’arrivée de la Police montée du Nord-Ouest, en 1874.

Le gouvernement canadien, mené par le premier ministre John A. Macdonald, considère comme prioritaires la colonisation et le développement des Plaines par les Blancs, et n’hésite pas à troquer des soins et des vivres avec les Autochtones affamés et malades pour arriver à ses fins. En 1891, près de 250 000 colons blancs parcourent les Prairies, un nombre qui grandit sans cesse.

La Rébellion de la rivière Rouge de 1870 et la Rébellion du Nord-Ouest de 1885 sont des soulèvements contre le gouvernement canadien ayant pour but de protéger le mode de vie autochtone, mais ces efforts n’ont pas l’effet anticipé. En novembre 1885, le chef métis Louis Riel est pendu pour trahison.

À l’époque, la majorité des Autochtones ont été déplacés de force dans des réserves, où des agents du gouvernement tentent de leur inculquer d’autres moyens de subsistance, comme l’agriculture. En 1880, on compte plus de 11 000 Autochtones des Plaines dans les réserves. Seules quelques bandes sont parvenues à subsister convenablement; la plupart ont souffert d’une crise alimentaire sévère. Le reste des Autochtones n’étant pas dans les réserves sont partis à la poursuite des troupeaux de buffles restants au Montana; en 1879, le commissaire des Indiens Edgar Dewdney estime qu’entre 7 000 et 8 000 personnes sont parties aux États-Unis. Des années de famine et de pénuries suivent; les peuples dépendent des rations inappropriées livrées par le gouvernement, rations qui ne sont allouées qu’aux bandes ayant signé un traité avec la Couronne.

Tout au long de cette difficile période de transformations socioéconomiques, des missions chrétiennes sont responsables de l’implantation d’un nouveau système d’éducation et agissent souvent à titre de médiatrices entre les peuples autochtones et non autochtones. La Loi sur les Indiens, instaurée par le gouvernement en 1876, promeut l’assimilation des Autochtones à l’aide de programmes gouvernementaux et missionnaires chrétiens, comme la construction de pensionnats. En 1899, 70 % des Autochtones au Canada professent une idéologie religieuse.

Les chefs autochtones s’efforcent de mettre sur pied des organisations provinciales qui peuvent exprimer leurs besoins sociaux et économiques. Dès 1920, des organisations comme la League of Indians of Western Canada, fondée dans la réserve de Thunderchild, en Saskatchewan, en 1921, luttent contre l’apathie et l’agression gouvernementales envers les Autochtones, et commencent à se libérer du paternalisme oppressant des politiques du gouvernement.

Après la Deuxième Guerre mondiale, les activités de ces organisations menées par les Autochtones prennent de l’ampleur, forçant le gouvernement fédéral à ne plus faire la sourde oreille. Dans les réserves, plusieurs programmes économiques sont mis en place et de plus en plus de responsabilités administratives sont confiées aux chefs et aux conseils tribaux élus. La Loi sur les Indiens est en partie modifiée en 1951. En 1985, pour abroger certaines pratiques caduques et discriminatoires, les peuples autochtones reçoivent le droit de vote aux élections fédérales en 1960.

L’activisme autochtone pour le droit à l’autodétermination se développe de façon soutenue dans les Plaines, et ce, avec de plus en plus de succès. Le Saskatchewan Indian Cultural Center (1972), l’Assembly of Manitoba Chiefs (1988), la First Nations University of Canada (1976) sont au nombre des nombreuses organisations à prôner la revalorisation des droits, de la culture et de l’éducation autochtones. De plus, de nombreuses nations exercent leur droit à l’autodétermination politique et culturelle, comme la Dakota Whitecap First Nation, près de Saskatoon, qui possède et exploite ses entreprises lucratives sur son territoire, incluant un terrain de golf et un casino.