Formation et début de carrière

Issu d’une famille modeste du Lac-Saint-Jean, il est le fils de Philippe Bouchard et d’Alice Simard. Il fait ses études au Collège de Jonquière et à la Faculté de droit de l’Université Laval, où il rencontre le futur premier ministre Brian Mulroney. Diplômé en sciences sociales et en droit, il est admis au Barreau du Québec en 1964.

Il devient membre du Parti québécois (PQ) en 1971 et, en 1973, il milite ouvertement pour le candidat local de ce parti. Il pratique le droit à son compte avant d’attirer l’attention du public en 1974–1975 grâce à son rôle de procureur en chef de la Commission d’enquête sur l’exercice de la liberté syndicale dans l’industrie de la construction (Commission Cliche) chargée d’enquêter sur la violence et la corruption dans ce milieu suite au saccage du sentier de la Baie-James. En 1975, il copréside la Commission d’étude et de consultation dans les secteurs public et parapublic (Commission Martin-Bouchard).

Le PQ, ayant remporté les élections générales de novembre 1976, Bouchard devient négociateur en chef du gouvernement auprès des 300 000 fonctionnaires de la province. À partir de 1978, il est successivement bâtonnier du Barreau du Saguenay, membre du comité administratif et président du comité de spécialisation du Barreau du Québec.

En 1980, il est président de la campagne du camp du « Oui » lors du référendum québécois portant sur le projet de souveraineté-association. On lui attribue également d’avoir influencé son ami Mulroney, qui, d’un fédéralisme centralisateur à la Pierre Elliott Trudeau, est passé à un fédéralisme décentralisateur.

Ministre dans le Cabinet Mulroney

En juillet 1985, Mulroney nomme Bouchard ambassadeur du Canada en France, un poste qu’il occupe jusqu’en mars 1988. Dans le cadre de ses fonctions, il préside le Comité international de préparation du deuxième Sommet de la Francophonie qui doit se tenir à Québec en septembre 1987. Mulroney lui fait ensuite une place au sein du Cabinet fédéral à titre de secrétaire d’État du Canada puis, en tant que ministre de l’Environnement. Lieutenant du Québec du gouvernement conservateur, il est membre du Comité sur les relations fédérales-provinciales, du Comité des opérations et du Comité des politiques économiques, ainsi que président du Comité sur l’Environnement. Cependant, Bouchard devient de plus en plus exaspéré par la résistance croissante opposée par certains fédéralistes à l'Accord du lac Meech (voir Accord du lac Meech : document) et à ce qu’il croit être la volonté de Mulroney de faire des compromis sur l’accord pour en faciliter l’adoption.

Formation du Bloc québécois

Le 21 mai 1990, Bouchard démissionne donc du Cabinet et du Parti progressiste-conservateur et siège comme député indépendant. En quelques semaines, il réunit un groupe de députés du Québec partageant ses idées (tant des conservateurs que des libéraux, parmi lesquels on compte Jean Lapierre) et forme le Bloc québécois (BQ). Lucien Bouchard est élu président et chef de cette nouvelle formation politique fédérale à l’occasion de l’assemblée de fondation qui se tient le 15 juin 1991 à Sorel-Tracy.

Dans l’atmosphère de trahison et de méfiance qui suit le rejet de l’Accord du lac Meech, il devient très populaire au Québec. Lors des élections générales d’octobre 1993, le Bloc gagne facilement la circonscription du Lac-Saint-Jean qu’il avait gagnée en tant que conservateur en 1988. Il conduit le Bloc à un résultat extraordinaire de 49,3 % des suffrages populaires au Québec, et les 54 sièges obtenus donnent au parti le statut d’opposition officielle à Ottawa, un statut qu’il conserve jusqu’aux élections générales de juin 1997 (voir Chef de l’opposition officielle).

Référendum de 1995

Bouchard promet de placer les intérêts immédiats du Québec à l’avant-plan dans ce nouveau Parlement fédéral, laissant de côté les objectifs de souveraineté jusqu’aux élections provinciales et la tenue d’un éventuel référendum. Entretemps, il lutte pour la création d’emplois et la reprise économique au Québec.

La victoire du Parti québécois en septembre 1994 laisse à nouveau planer la possibilité de la souveraineté et Bouchard entraîne le Bloc québécois contre la position du gouvernement fédéral sur la question référendaire. La campagne commence à battre sérieusement de l’aile quand Bouchard, porté par une vague de popularité, est appelé à prendre les commandes de la campagne aux côtés d’un Jacques Parizeau plus radical et moins populaire (voir Référendum du Québec de 1995). Le 30 octobre 1995, les souverainistes sont défaits par un vote très serré et déchirant (le camp du « Oui » récolte 49,42 % et l’option du « Non » 50,58 %). Parizeau démissionne le jour suivant et Bouchard doit choisir entre le poste de premier ministre à Québec et celui de chef du Bloc québécois à Ottawa.

Nouvelles orientations

Bouchard opte finalement pour la responsabilité de premier ministre et, en janvier 1996, il abandonne son siège à la Chambre des communes. Élu sans opposition chef du Parti québécois le 27 janvier 1996, il est assermenté premier ministre deux jours plus tard et entre à l’Assemblée nationale après s’être fait élire dans la circonscription de Jonquière lors d’une élection partielle le 19 février 1996. Il donne la priorité à l’économie, reléguant pour le moment la question de l’indépendance au second plan. Ce renversement des priorités s’explique par des choix politiques et par le souci de donner un nouvel essor économique au Québec.

Bien que les réductions budgétaires apportées aux soins de santé et aux dépenses relatives aux programmes sociaux soient impopulaires auprès de certains Québécois, les politiques budgétaires du PQ réussissent quelque peu à remettre sur pied l’économie chancelante de la province qui atteint son objectif du déficit zéro. Malgré les tensions avec le secteur public et les conflits continuels avec Ottawa, les Québécois accordent un nouveau mandat au PQ en novembre 1998. Toutefois, découragé par le manque de ferveur pour la cause de la souveraineté du Québec au cours de son second mandat, il annonce, le 11 janvier 2001 qu’il quitte ses fonctions de président du Parti québécois et qu’il laissera son poste de premier ministre du Québec dès qu’un successeur lui sera choisi. Bernard Landry, ministre des Finances, lui succède le 8 mars 2001.

La vie après la politique

Par la suite, Bouchard retourne à la pratique du droit comme associé au cabinet d'avocats Davies Ward Phillips & Vineberg. Le 15 octobre 2005, il est l’un des douze signataires du manifeste Pour un Québec lucide aux côtés de Joseph Facal, Pierre Fortin, Robert Lacroix, André Pratte et Denise Robert. Préoccupés par l’avenir économique, démographique et culturel de la province, les « lucides » recommandaient d’alléger la dette publique, d’investir en éducation, mais aussi de hausser les frais de scolarité et les tarifs d'électricité. Deux semaines plus tard, en réponses à ces recommandations paraît le manifeste Pour un Québec solidaire (voir Québec solidaire).

De janvier 2011 à février 2013, il est président de l’Association pétrolière et gazière du Québec et à partir d’avril 2011, il est médiateur spécial en relations de travail à l’aluminerie de Bécancour ABI. Il agit comme médiateur entre les Produits forestiers Résolu, le gouvernement du Québec et les communautés cries et innues du Lac-Saint-Jean depuis janvier 2015. Il siège à quelques conseils d’administration, dont ceux de l’Orchestre symphonique de Montréal (dont il assume la présidence depuis septembre 2004), de Transcontinental, de Saputo et du Groupe BMTC.

Il est l’auteur de plusieurs articles spécialisés en droit et en relations de travail. Un ouvrage autobiographique, À visage découvert, est publié en 1992 et traduit vers anglais en 1994. Son plus récent ouvrage, Lettre à un jeune politicien (2012) est le fruit d’une série d’entrevues accordées à Pierre Cayouette. Bouchard y aborde avec franchise les rudiments et les défis du métier de politicien, entre autres, les relations avec les journalistes, l’art du discours, les compromis et la valorisation du pouvoir. En 2013, le documentaire intimiste réalisé par Carl Leblanc et intitulé Nation ‒ Huis clos avec Lucien Bouchard proposait un retour sur le parcours politique de ce 27e premier ministre du Québec.

Il est le frère de l’historien et sociologue Gérard Bouchard qui, en 2007–2008, a coprésidé avec le philosophe Charles Taylor, la Commission de consultation sur les pratiques d’accommodement reliées aux différences culturelles.

Prix et distinctions

Doctorat honorifique de l’Université Lumière Lyon 2 (2000)

Médaille Gloire de l’Escolle, Association des diplômés de l’Université Laval (2001)

Commandeur de la Légion d’honneur, gouvernement de la France (2002)

Doctorat honorifique de l’Université de Montréal (2006)

Doctorat honorifique de l’Université du Québec à Chicoutimi (2007)

Avocat émérite, Barreau du Québec (2007)

Grand officier de l’Ordre national du Québec (2008)