Des immigrants d’origine ukrainienne arrivent au Canada à partir du XIXe siècle. La première vague s’y établit, à la demande du pays, pour pratiquer l’agriculture. Pendant la Première Guerre mondiale, des milliers d’entre eux sont incarcérés à titre d’ennemis en raison de leurs origines austro-hongroises. Selon l’Enquête nationale auprès des ménages (ENM) réalisée en 2011, 1 251 170 Canadiens, ou 3,7 % de la population, sont d’origine ukrainienne et la majorité d’entre eux sont nés au Canada. Les Ukraino-Canadiens occupent le neuvième rang des groupes ethniques au pays, qui compte la troisième population d’origine ukrainienne au monde en termes d’importance, après l’Ukraine et la Russie. Un peu plus de 110 000 Ukraino-Canadiens parlent l’ukrainien, et plus de la moitié vivent dans les provinces des Prairies.

Les Ukrainiens et leurs descendants ont profondément marqué l’histoire du développement de l’Ouest canadien et de l’Ontario. Hier comme aujourd’hui, ils contribuent de manière remarquable à la vie culturelle, économique, politique et sportive du pays. Parmi les Canadiens d’origine ukrainienne qui se sont distingués, citons Stephen Worobetz, Michael Luchkovich, Sylvia Fedoruk, Peter Liba, Ramon Hnatyshyn, Paul Yuzyk, Roy Romanow, Gary Filmon, Ernest Eves, Mary Batten, Filip Konowal, Jaroslav Rudnyckyj, William Kurulek, Luba Kowalchyk, Luba Goy, George Ryga ainsi que Roberta Bondar, première Canadienne à aller dans l’espace, et plusieurs joueurs de la Ligue nationale de hockey, dont Johnny Bucyk, Wayne Gretzky, Dale Hawerchuk et Mike Bossy.

Origines

Au XIXe siècle, l’Empire de Russie gouverne 80 % de l’Ukraine. Le reste fait partie des provinces austro-hongroises de Galicie, de Bucovine et de Transcarpatie. Serfs de l’Empire austro-hongrois jusqu’en 1848 et de l’Empire de Russie jusqu’en 1861, les Ukrainiens subissent une oppression économique et nationale. Lorsque les tentatives en vue d’établir un État ukrainien indépendant échouent, entre 1917 et 1921, la majeure partie de l’Ukraine devient une république de l’URSS alors que la Pologne, la Roumanie et la Tchécoslovaquie se partagent le reste. Après la Deuxième Guerre mondiale, les territoires occidentaux de l’Ukraine sont annexés par la République socialiste soviétique d’Ukraine.

En 1991, au moment de la chute de l’Union Soviétique, l’Ukraine devient un État indépendant. Le Canada est le premier pays à reconnaître le nouvel État ukrainien et depuis, il entretient des relations bilatérales privilégiées avec ce pays. Lors de la Révolution orange en 2004, il dépêche plusieurs observateurs canadiens sur le terrain. Depuis 2014, le Canada a réclamé à plusieurs reprises le retrait des soldats russes du territoire de l’Ukraine. Les Ukrainiens forment, après les Russes, la plus grande nation slave de l’Europe.

Migration et peuplement

Il est possible que des personnes d’origine ukrainienne soient venues au Canada durant la Guerre de 1812, à titre de mercenaires dans les régiments suisses de Meurons et de Watteville. Il se peut également que certaines aient participé à l’exploration et à la colonisation de la côte Ouest par les Russes et qu’elles soient venues avec les Mennonites et d’autres immigrants allemands dans les années 1870 ou entrées au Canada en provenance des États-Unis.

La première immigration importante (170 000 paysans pauvres, provenant surtout de Galicie et de Bucovine) a lieu de 1891 à 1914. À la suite de l’arrivée d’Ivan Pylypiw et de Wasyl Eleniak, généralement considérés comme les deux premiers immigrants ukrainiens au Canada, ce mouvement prend de l’ampleur lorsque le Canada sollicite l’immigration d’agriculteurs d’Europe de l’Est après 1896.

Lorsque la Première Guerre mondiale éclate, l’immigration cesse presque entièrement et les Ukrainiens qui ne sont pas naturalisés sont déclarés « étrangers ennemis » par le gouvernement canadien. Au même moment, plus de 10 000 Ukrainiens s’enrôlent dans les Forces armées canadiennes. Entre les deux guerres mondiales, environ 70 000 Ukrainiens immigrent au Canada pour des motifs politiques et économiques. Parmi eux se trouvent des anciens combattants, des intellectuels, des professionnels, des paysans. De 1947 à 1954, environ 34 000 Ukrainiens, déplacés par la Deuxième Guerre mondiale, arrivent au Canada. Originaires de tous les territoires ukrainiens, ils forment un groupe socio-économique complexe.

Alors que les provinces des Prairies ont absorbé la majeure partie des deux premières vagues d’immigrants, c’est surtout l’Ontario qui accueille les nouveaux arrivés. Du milieu des années 1950 jusqu’aux années 1960, seule une poignée d’Ukrainiens arrive au Canada chaque année. Dans les années 1970 et 1980, cependant, un faible regain de l’immigration en provenance de Pologne et d’Union soviétique amène environ 10 000 personnes d’ethnie ukrainienne ou de la communauté juive d’Ukraine soviétique. Depuis 1991, l’Ukraine indépendante fournit un nombre d’immigrants modeste mais qui va en augmentant, notamment en raison de l’instabilité politique et économique du pays. Ainsi, de 2004 à 2013, le Canada a accueilli 23 623 nouveaux résidents permanents en provenance d’Ukraine.

La commémoration des camps de concentration de la Première Guerre mondiale

Durant la Première Guerre mondiale, environ 80 000 Ukrainiens sont contraints de se faire répertorier comme « étrangers ennemis », de se présenter à la police de façon régulière et d’avoir avec eux en tout temps des documents d’identification émis par le gouvernement. Ceux qui sont naturalisés depuis moins de 15 ans sont privés de leur droit de vote. De plus, 5 000 d’entre eux, principalement des hommes, sont détenus dans des camps de concentration, où ils souffrent de la faim et sont forcés de participer à la construction de certains des sites les plus réputés du Canada, comme le Parc national de Banff. Plusieurs y laissent leur vie, d’autres tombent malades ou se blessent.

Pendant longtemps, l’internement des Ukrainiens (ainsi que celui des Allemands, Roumains, Slovaques, Tchèques, Hongrois et Polonais) au Canada a constitué un sujet tabou rarement abordé dans les livres d’histoire. En 2005, toutefois, le gouvernement canadien a reconnu sa responsabilité à cet égard par l’adoption de la Loi portant reconnaissance de l’internement de personnes d’origine ukrainienne,qui visait aussi à commémorer ces événements au moyen de « mesures destinées à éduquer le public et à promouvoir le multiculturalisme, l’intégration et le respect mutuel en tant que valeurs communes ». Dans la foulée de cette loi, le gouvernement canadien et les associations ukrainiennes ont mis sur pied, en 2008, un fonds de dotation de 10 millions de dollars. Le Fonds canadien de reconnaissance de l’internement durant la Première Guerre mondiale sert à financer des projets ayant pour objectif d’éduquer le public sur le sujet.

En juin 2013, Parcs Canada a mis sur pied l’exposition Sujets d’un pays ennemi, prisonniers de guerre, qui porte sur l’histoire de l’internement au Canada pendant le premier conflit mondial. Présentée dans un pavillon de 305 m2 du Parc national de Banff, cette exposition a pour but de sensibiliser le public aux opérations d’internement de 8 579 personnes comme prisonniers de guerre tenues partout au Canada. L’exposition a cependant soulevé plusieurs critiques voulant que le gouvernement canadien n’y reconnaisse pas suffisamment ses torts. Le 22 août 2014, à l’occasion du 100e anniversaire de la promulgation de la Loi sur les mesures de guerre par le Canada, la Ukrainian Canadian Civil Liberties Association (Association ukraino-canadienne des droits civils), en collaboration avec le gouvernement canadien, a dévoilé 100 plaques à travers le pays pour commémorer l’internement de plusieurs milliers de personnes au cours de la Première Guerre mondiale.

Répartition urbaine et rurale

Dès 1914, les provinces des Prairies comptent plusieurs établissements ruraux peuplés d’Ukrainiens, depuis la colonie originale d’Edna (aujourd’hui le village de Star), en Alberta, jusqu’aux régions de Dauphin, Interlake et Stuartbum au Manitoba, en passant par les régions de Rosthern et Yorkton en Saskatchewan. Bien que la majorité des Ukrainiens choisissent l’agriculture, certains s’engagent comme salariés dans l’industrie, notamment à Crowsnest Pass, en Alberta, à l’Île du Cap-Breton, en Nouvelle-Écosse, et dans le Nord de l’Ontario.

Au cours du XXᵉ siècle, les immigrants et les migrants des régions rurales commencent aussi à créer des communautés ukrainiennes dans différentes villes canadiennes. Edmonton est de loin la plus importante. En 2011, entre 13 % et 16 % des habitants d’Edmonton, de Winnipeg et de Saskatoon ont des origines ukrainiennes, comparativement à 2,4 % à Toronto, qui accueille néanmoins plus de 130 000 personnes d’origine ukrainienne. Toujours en 2011, 52,5 % des Ukraino-Canadiens habitent les provinces des Prairies, 27,3 % vivent en Ontario, 16,3 % en Colombie-Britannique et seulement 2,6 % au Québec. Des 1 251 170 Canadiens d’origine ukrainienne, 276 055 disent être Ukrainiens à 100 % alors que 975 110 déclarent avoir une part de sang ukrainien.

Vie économique

Au début, les Ukrainiens peuplent les terres avec un capital limité, une technique agricole désuète et aucune expérience de la culture extensive. Pendant la Première Guerre mondiale, le prix élevé du blé engendre une expansion économique fondée sur cette denrée, mais durant les années 1930, la culture mixte prend le dessus. Depuis la Deuxième Guerre mondiale, la mécanisation, l’agriculture scientifique et la migration de sortie (migration vers une autre partie d’un pays ou d’un territoire) se développent dans les communautés ukrainiennes parallèlement à ce qui est le cas dans celles de l’Ouest rural du Canada. Non qualifiés pour la plupart, les hommes travaillent d’abord comme journaliers dans les villes ou comme mineurs, cheminots et bûcherons, tandis que les femmes travaillent comme domestiques, serveuses et femmes de ménage dans les hôtels. La discrimination et l’exploitation provoquent la radicalisation de nombreux ouvriers ukrainiens. En tant que groupe distinct, ils ne bénéficient de la diversification et de la spécialisation professionnelles qu’après les années 1920. L’enseignement est la première profession à attirer un bon nombre d’hommes et de femmes.

À compter de 1971, le pourcentage d’agriculteurs ukrainiens au Canada baisse à 11,2 %, ce qui est légèrement au-dessus de la moyenne canadienne, et celui des ouvriers non qualifiés ne représente plus que 3,5 % de la main-d’œuvre masculine ukrainienne. En 1991, les Ukrainiens sont encore plus nombreux que l’ensemble des Canadiens dans le secteur agricole, mais on les retrouve dans tous les secteurs de l’économie, y compris dans les secteurs professionnels et semi-professionnels plus prestigieux. En raison de l’intégration des Ukrainiens à la société canadienne, il est de plus en plus difficile de savoir si et comment l’ethnie influe sur le choix de carrière des jeunes générations nées au Canada.

Vie sociale et communautaire

Les premiers établissements communautaires et les enclaves urbaines des Ukrainiens aident les immigrants à s’adapter mais ne peuvent régler tous les problèmes causés par le dépaysement. Des associations éducatives et culturelles locales, créées d’après des modèles de Galicie et de Bucovine, cultivent l’attachement à la patrie d’origine et préparent les nouveaux arrivants à leur vie au Canada. La communauté ukrainienne du Canada aide les immigrants de l’entre-deux-guerres et d’après-guerre à s’adapter. Elle étend aussi son aide matérielle et morale à différentes causes humanitaires et politiques en Ukraine, y compris à l’effort de reconstruction qui suit l’indépendance.

Des organisations nationales voient le jour durant l’entre-deux-guerres. Fondée en 1924, l’Ukrainian Labour-Farmer Temple Association (ULFTA), pro-communiste, attire les chômeurs dans les années 1930. L’Ukrainian Self-Reliance League, fondée en 1927, et l’Ukrainian Catholic Brotherhood, fondée en 1932, représentent les laïcs orthodoxes et catholiques conjointement avec les groupes de femmes et de jeunes qui leur sont affiliés. Les organisations introduites par la seconde vague d’immigration reflètent par ailleurs les tendances révolutionnaires à l’œuvre en Europe. Fondée en 1934, la petite United Hetman Organization, monarchique et conservatrice, est contrebalancée par l’influente Ukrainian National Federation of Canada (Fédération nationale ukrainienne du Canada), nationaliste et républicaine, fondée en 1932.

Malgré les tensions, tous les groupes non communistes rendent publiques la pacification de la Pologne et la terreur stalinienne en Ukraine dans les années 1930. L’ULFTA critique la domination étrangère en Ukraine de l’Ouest mais ferme les yeux sur les purges soviétiques et la famine artificielle de 1932-1933, appelée l’Holodomor, au cours de laquelle plusieurs millions de personnes perdent la vie. L’Association of United Ukrainian Canadians (Association des Canadiens d’origine ukrainienne), qui lui succède en 1946, connaît un déclin progressif, d’abord avec la Guerre froide puis avec la chute de l’Union Soviétique. En 1940, pour unir les Canadiens d’origine ukrainienne dans l’effort de guerre, des organisations non communistes forment l’Ukrainian Canadian Committee (le Comité ukrainien du Canada) – devenu en 1990 le Canadian Ukrainian Congress, ou Congrès des Ukrainiens Canadiens – qui deviendra une superstructure permanente de coordination ayant pour objectifs politiques l’admission des réfugiés ukrainiens après 1945, l’appui au multiculturalisme et les projets parrainés par le Canada en Ukraine.

Les plus importantes organisations introduites par la troisième vague d’immigration sont la très nationaliste Canadian League for the Liberation of Ukraine, fondée en 1949 (aujourd’hui la League of Ukrainian Canadians) et Plast Canada, l’organisation pour la jeunesse ukrainienne fondée en 1948. Les deux groupes gardent des liens partout dans le monde avec les Ukrainiens qui partagent leurs opinions. Dans les années 1970, la Ukrainian Canadian Professional and Business Federation (Fédération canadienne-ukrainienne des professions libérales et commerciales), fondée en 1965, joue un rôle important sur le plan politique et est en mesure d’obtenir des avantages publics pour la communauté ukrainienne.

Le St. Petro Mohyla Institute,fondé en 1916, situé à proximité de l’Université de la Saskatchewan, accueille les activités culturelles de la communauté ukraino-canadienne de Saskatoon en plus de servir de résidence universitaire aux étudiants d’origine ukrainienne. L’Institut offre un programme de cours d’été axé sur la langue, la littérature, l’art et l’histoire ukrainienne. Jusqu’à sa vente en 2013, le centre culturel ukraino-canadien de Toronto abritait les divers événements culturels de la communauté ukrainienne torontoise ainsi que les bureaux du journal d’envergure nationale Homin Ukrainy (Ukrainian Echo) et la Ukrainian Youth Association of Canada (Association de la jeunesse ukrainienne). Actuellement, les Ukrainiens de Toronto et les nouveaux arrivants bénéficient de cours d’anglais et d’activités culturelles à la Cathédrale Saint-Volodymyr (St. Volodymyr’s Ukrainian Orthodox Cathedral).

Les Canadiens d’origine ukrainienne publient près de 600 journaux et périodiques qui pour la plupart embrassent une cause religieuse ou politique particulière (voir Publications de langue ukrainienne). Les générations nées au Canada pensent de plus en plus que la presse ethnique n’a plus sa raison d’être, mais elles portent encore un intérêt légitime aux questions et aux affaires ukrainiennes. Les publications bilingues et en anglais compensent le fait qu’il y a moins de lecteurs de langue ukrainienne.

Vie religieuse

Alors que les Ukrainiens de Galicie sont des catholiques de rite oriental (voir Catholicisme), ceux de Bucovine sont orthodoxes (voir Église orthodoxe). Au début, comme aucun prêtre n’immigre au Canada, d’autres confessions, particulièrement les Églises méthodiste et presbytérienne, essaient de combler le vide religieux et social des nouveaux arrivants. Jusqu’en 1912, alors qu’ils acquièrent une hiérarchie indépendante, les catholiques ukrainiens demeurent sous l’autorité de l’Église catholique. L’Église orthodoxe russe œuvre parmi les immigrants orthodoxes, mais elle perd rapidement sa popularité après 1917. En 1918, les Ukrainiens opposés à la centralisation et la latinisation de l’Église catholique d’Ukraine fondent l’Église ukrainienne grecque orthodoxe du Canada (appelée l’Église orthodoxe ukrainienne du Canada depuis 1989). Les deux Églises regroupent finalement plusieurs diocèses sous l’autorité d’un métropolite : l’Église orthodoxe ukrainienne du Canada le fait en 1951 et l’Église catholique ukrainienne, en 1956.

Après avoir longtemps joué un rôle essentiel dans la conservation de la langue, de la culture et de l’identité ukrainiennes, les deux Églises voient leur autorité morale et leur influence sociale minées par l’assimilation. Il ressort du recensement de 1991 que 23,2 % et 18,8 % des répondants d’origine ukrainienne appartiennent respectivement à l’Église catholique ukrainienne et à l’Église orthodoxe ukrainienne, que 20,1 % sont catholiques, que 10,9 % font partie de l’Église unie et que 12,6 % sont « sans religion ». Également en 2011, l’Enquête nationale auprès des ménages révèle que 51 790 personnes au Canada font partie de l’Église catholique ukrainienne et 23 845 appartiennent à l’Église orthodoxe ukrainienne, soit respectivement 4,1 % et 1,9 % des Canado-Ukrainiens. Ce déclin apparent de la religion chez la population d’origine ukrainienne peut notamment s’expliquer par le fait qu’à l’instar de la population canadienne, de plus en plus d’Ukrainiens disent n’appartenir à aucune religion (ce qui, en 2011, était le cas de 23,9 % de la population canadienne).

La majeure partie des rites pagano-chrétiens de la vie rurale ukrainienne sont éliminés par l’urbanisation et la sécularisation. La broderie, l’ornementation des œufs de Pâques, la danse, la musique et les plats traditionnels, qui sont également très appréciés en dehors de la communauté ukrainienne, demeurent toutefois populaires. Les Ukrainiens introduisent également une architecture religieuse distincte qui intègre adroitement la tradition ukrainienne aux motifs nord-américains contemporains. Elle est caractérisée par des dômes à l’extérieur, des murales à l’intérieur et une partition (l’iconostase) séparant la nef du sanctuaire.

Vie culturelle

Plusieurs artistes canadiens d’origine ukrainienne puisent leur inspiration à la fois dans leur héritage canadien et dans leur héritage ukrainien. Les archives de la communauté, les musées et les bibliothèques, notamment l’Ukrainian Cultural and Educational Centre fondé à Winnipeg en 1944 par l’Ukrainian National Federation of Canada et l’Ukrainian Cultural Heritage Village aménagé à l’est d’Edmonton, encouragent la conservation du patrimoine ukrainien du Canada. Certaines formes d’art restent statiques, tandis que d’autres évoluent. Les ensembles de danse travaillent les thèmes canadiens d’origine ukrainienne (voir Ukrainian Shumka Dancers) et la musique country des Ukrainiens marie le folklore de leur pays d’origine aux influences de l’Ouest canadien.

Les peintures de William Kurulek, inspirées de son expérience de pionnier ukrainien dans les Prairies, jouissent d’une grande reconnaissance au Canada. Dans le domaine musical, Luba Kowalchyk, lauréate d’un prix Juno en 1980, commence sa carrière en interprétant la musique populaire ukrainienne (voir Musique ukrainienne au Canada). De nombreux poètes et écrivains de langue ukrainienne décrivent la vie des Ukrainiens au Canada. George Ryga est l’un des quelques écrivains anglophones d’origine ukrainienne qui ont une envergure nationale.

Depuis 1970, plusieurs films relatent et interprètent de façon critique l’expérience des Ukrainiens au Canada. Le théâtre, autrefois dynamique et très important pour les générations d’immigrants, a pratiquement disparu. Les Canadiens d’origine ukrainienne célèbrent publiquement leur patrimoine dans le cadre d’événements annuels; le plus connu est le Canada’s National Ukrainian Festival qui se tient depuis 50 ans à Dauphin, au Manitoba.

Éducation

Après 1897, les Ukrainiens du Manitoba profitent des occasions de s’instruire dans les deux langues (l’anglais et l’ukrainien) auprès de professeurs ukrainiens spécialement formés. Des écoles bilingues existent à titre officieux en Saskatchewan jusqu’en 1918, mais elles ne sont pas permises en Alberta. Accusées de retarder l’intégration des enfants d’origine ukrainienne, elles sont abolies au Manitoba en 1916, en dépit de l’opposition des Ukrainiens.

Les écoles locales dirigées par la communauté prennent rapidement de l’expansion après la Première Guerre mondiale, afin d’assurer la conservation de la langue et de la culture ukrainiennes. Aujourd’hui, elles n’atteignent plus qu’une partie de la jeunesse. Au niveau élémentaire, la majorité de ces écoles se trouvent dans les zones urbaines; elles sont particulièrement populaires à Toronto. Les premiers pensionnats fournissent par ailleurs un environnement ukrainien aux élèves de la campagne qui y poursuivent leurs études, et plusieurs chefs de la communauté en sont issus.

La russification de l’Ukraine incite les Canadiens d’origine ukrainienne à se mobiliser politiquement et à rechercher l’appui du public pour sauvegarder leur langue et leur culture. C’est ainsi qu’entre les années 1950 et 1980, ils obtiennent des cours universitaires et des programmes d’études à contenu ukrainien ainsi que la reconnaissance de l’ukrainien comme langue d’étude et, par conséquent, comme langue d’enseignement dans les écoles des Prairies. L’Institut canadien pour les études ukrainiennes (Canadian Institute of Ukrainian Studies) est fondé en 1976 à l’Université de l’Alberta et l’Université de Toronto.

En 1981, le Centre for Ukrainian Canadian Studies (Centre pour les études ukraino-canadiennes) est également mis sur pied par l’Université du Manitoba et le Collège St. Andrew’s de Winnipeg. Le Prairie Centre for the Study of Ukrainian Heritage, une unité académique affiliée au Collège Thomas More de l’Université de la Saskatchewan créée en 1999, a quant à lui pour mission de promouvoir l’étude de différents aspects du patrimoine ukrainien au Canada.

Lors de l’ENM de 2011, 111 540personnes ont déclaré avoir l’ukrainien comme langue maternelle (première langue apprise). L’analphabétisme, courant chez les immigrants de la première vague, a pratiquement disparu. Les Ukrainiennes ont traditionnellement été désavantagées par rapport aux hommes et aux autres femmes canadiennes. Toute inégalité d’éducation entre les Ukraino-Canadiens et leurs compatriotes est principalement liée à l’âge et à l’immigration car autrement, le niveau d’éducation des Ukrainiens reflète en général les normes canadiennes.

Vie et héritage politique

À l’origine, les Ukrainiens ont tendance à voter pour les libéraux, bien que leur situation économique difficile les amène aussi à voter pour des partis contestataires. Plus tard, un bon nombre approuveront l’anticommunisme des conservateurs de Diefenbaker. De plus en plus, les votes des Ukrainiens reflètent ceux de leur classe économique ou de leur région.

Au début, les Canado-Ukrainiens entrent en politique au niveau municipal et dans les zones rurales, où leur nombre leur assure le contrôle de l’appareil électoral et administratif. William Hawrelak, à Edmonton, et Stephen Juba, à Winnipeg, sont des maires influents. Le premier Ukrainien à être élu au niveau provincial est Andrew Shandro, un libéral de l’Alberta, en 1913. En 1926, Michael Luchkovich, des Fermiers unis de l’Alberta (United Farmers of Alberta) devient le premier Ukrainien élu à la Chambre des communes.

Depuis lors, plusieurs candidats ukrainiens se sont illustrés sur la scène politique, tant à l’échelon provincial qu’au niveau fédéral. Il y a eu plusieurs sénateurs d’origine ukrainienne, et trois Ukraino-Canadiens ont été nommés à des postes de vice-roi. Stephen Worobetz est lieutenant-gouverneur de la Saskatchewan de 1970 à 1976, tout comme Sylvia Fedoruk de 1988 à 1993. Peter Liba occupe le poste de lieutenant-gouverneur du Manitoba de 1999 à 2004. En 1990, Ramon Hnatyshyn devient le deuxième gouverneur général d’origine non britannique et non française. Parmi les autres figures marquantes d’origine ukrainienne, on retrouve Roy Romanow, premier ministre de la Saskatchewan (1991-2001), Gary Filmon, premier ministre du Manitoba (1988-1999), Ernest Eves, premier ministre de l’Ontario (2002-2003) et Mary John Batten, première femme juge en chef à la Cour de district de la Saskatchewan et deuxième femme à siéger à la Cour fédérale du Canada.

Plusieurs intellectuels Canadiens issus de la communauté ukrainienne, comme l’historien et sénateur Paul Yuzyk et le linguiste Joroslav Rudnyckyj, ont joué un rôle de premier plan dans la définition du multiculturalisme canadien. Depuis 2009, le Prix Paul Yuzyk pour le multiculturalisme est remis annuellement à des personnes, des groupes ou des organisations qui ont contribué de manière exceptionnelle au multiculturalisme et à l’intégration des nouveaux arrivants.