Catholicisme

Le mot grec katholikos, général ou universel, désigne le plus souvent la partie du CHRISTIANISMEqui est en communion avec le pape et l'Église de Rome et donc en accord avec les croyances et les pratiques de l'Église catholique. Le mouvement oecuménique moderne désigne généralement les chrétiens qui participent au catholicisme de l'Église, qui émane de la souveraineté et du règne universel du Christ. (Dans plusieurs Églises protestantes, la profession de foi comporte le mot catholique », qui qualifie alors l'ensemble de l'Église chrétienne).

Ce n'est pas un terme d'origine biblique. À notre connaissance, saint Ignace d'Antioche (mort vers 110) est le premier à employer le terme d'Église catholique ». Saint Vincent de Lérins (Ve siècle) définit plus tard la foi catholique comme ce qui a été cru partout, toujours et par tous ». D'après la doctrine de l'Église, Dieu est le Créateur et le Père de tous, et Dieu le Fils (le Christ) possède un royaume universel qui est l'Église. Les premières Églises chrétiennes, fondées dans une grande variété de langues, de cultures et de peuples, se considèrent comme formant l'unique sainte Église catholique du Christ.

Sacrements de l'Église catholique romaine

L'Église catholique romaine reconnaît sept rites religieux appelés sacrements : le baptême, administré en général aux bébés; la confirmation; l'eucharistie (communion), acte principal de l'Office public appelé messe, sacrement réservé aux baptisés; la confession ou sacrement du pardon, qui exige le regret du pénitent et l'absolution du prêtre; l'ordination (admission à l'un des trois ordres ecclésiastiques); le mariage; et l'onction des malades, qui n'est normalement administrée qu'en cas de maladie grave ou de mort imminente.

L'Église est gouvernée par une hiérarchie d'évêques, de prêtres et de diacres sous l'autorité du souverain pontife (prêtre suprême) ou pape, qui est l'évêque de Rome et le chef de l'Église catholique. Le gouvernement de l'Église se trouve au Vatican, à Rome. Les cardinaux sont les archevêques ou les évêques nommés par le pape. À la mort d'un pape, ceux-ci ont la charge d'élire le nouveau pape. Chaque évêque est chargé de la conduite d'un diocèse et responsable, entre autres, de l'ordination des nouveaux prêtres. Chaque prêtre est chef de sa paroisse et de ses congrégations. Selon la doctrine de la succession apostolique, l'autorité spirituelle conférée par le Christ à ses apôtres s'est transmise par une succession ininterrompue au pape, aux évêques et aux prêtres actuels, qui sont investis de cette autorité à des degrés divers. Les membres du clergé doivent être des hommes. L'Église compte de nombreuses COMMUNAUTÉS RELIGIEUSES CHRÉTIENNESd'hommes ou de femmes qui, comme les prêtres et les évêques de rite occidental, font vœu de chasteté.

Depuis les débuts du christianisme, la fête de Pâques, qui commémore la résurrection du Christ, est la fête la plus importante du calendrier liturgique. Le dimanche de Pâques a lieu après la première pleine lune suivant l'équinoxe de printemps. La Semaine sainte commence au dimanche des rameaux, une semaine avant le dimanche de Pâques. Le dimanche des rameaux est l'anniversaire de l'entrée de Jésus dans Jérusalem. Les catholiques commémorent la Cène (le dernier repas de Jésus-Christ) le Jeudi saint - celui qui précède le dimanche de Pâques - et la crucifixion, le Vendredi saint. Au fil du temps, d'autres fêtes saisonnières et thématiques se sont ajoutées. En plus de Pâques, le catholicisme moderne fait de Noël (célébration de la nativité de Jésus) et de l'Épiphanie (célébration des premières manifestations de la divinité du Christ) les principales célébrations de l'année. L'Épiphanie est célébrée le premier dimanche après Noël (voirFÊTES RELIGIEUSES).

En 2001, Statistique Canada signale que 12 936 910 Canadiens, soit 46 p. cent de la population nationale, sont membres de l'Église catholique et que les catholiques romains (de rite occidental) représentent 12 793 125 Canadiens, soit 43,2 p. cent de la population. (Il faut cependant se méfier des données du recensement : le fait de déclarer son appartenance à l'Église ne signifie pas nécessairement qu'on soit pratiquant). Ce même sondage de Statistique Canada révèle aussi que presque 50 p. cent des catholiques romains canadiens habitent au Québec. Ces catholiques représentent 83 p. cent de la population québécoise. Il s'agit de la plus forte proportion au Canada.

L'immigration de groupes ethniques catholiques romains contribue significativement à l'accroissement de la population du Canada et, avant 1961, elle constitue 39 p. cent des immigrants arrivés au pays. Pour ceux qui s'établissent de 1961 à 1970, cette proportion grimpe à 43 p. cent, mais elle chute à 23 p. cent pour ceux qui arrivent de 1991 à 2001. Malgré le nombre d'immigrants catholiques romains et le fait que les catholiques romains forment le plus grand groupe religieux au Canada, la population catholique romaine tend à diminuer.

Débuts de l'Église catholique romaine

Le catholicisme romain arrive dans ce qui est aujourd'hui le Canada avec les premiers explorateurs, mais il tarde à s'implanter. Que Jacques CARTIERsoit véritablement accompagné d'aumôniers en 1535 ou non, le catholicisme ne s'implante pas jusqu'à ce que Samuel de CHAMPLAINpersuade l'Église de France de fonder une mission. Les circonstances de l'époque sont propices à l'esprit missionnaire qui préside à la fondation d'une Église catholique canadienne : intérêt de la papauté et des ordres religieux pour le Nouveau Monde; fin des guerres de religion en France; réformes effectuées après le concile de Trente, qui régénèrent l'Église française; enthousiasme de personnes dévotes pour les missions étrangères. Avec l'appui de nobles bienfaiteurs et du clergé français, des RÉCOLLETS franciscains s'établissent au Québec en 1615, suivis par les jésuites en 1625. Les missionnaires retournent en France pendant l'occupation anglaise de 1629 à 1632, mais ils reviennent en force (bien que, par ordre du cardinal de Richelieu, seuls les jésuites soient autorisés à reprendre leur travail).

La jeune Église canadienne se voue presque uniquement à l'évangélisation des autochtones. Sans toutefois négliger les colons qui se font plus nombreux en NOUVELLE-FRANCE, les JÉSUITES, puis les SULPICIENS, vivent surtout chez les autochtones. Les récits de leurs travaux, publiés dans les RELATIONS DES JÉSUITES, les aident à attirer l'intérêt des catholiques français. De généreuses donations permettent de financer le Collège des Jésuites (1635), la réserve de SILLERY(1637), le Couvent et l'École des URSULINES(1639) dirigées par MARIE DE L'INCARNATION, l'HÔTEL-DIEU(1639) et VILLE-MARIE(1642), où sont fondés des établissements semblables à ceux de Québec. L'Église est le soutien de la colonie et constitue même une force politique dominante, le supérieur des jésuites ayant souvent plus de poids que le gouverneur.

En 1650, la situation change totalement. De 1648 à 1650, les IROQUOISdétruisent la HURONIEainsi que la mission la plus prometteuse des jésuites, SAINTE-MARIE-DES-HURONS. Par la suite, les jésuites oeuvrent chez les autochtones dans des missions éparses, mais ils doivent de plus en plus s'occuper de la population française qui ne cesse d'augmenter. L'Église reçoit son premier prélat (dignitaire ecclésiastique) en 1659. François de LAVALn'est alors que vicaire apostolique (évêque à titre provisoire lorsqu'il n'y a pas de hiérarchie), mais son pouvoir est suffisant pour lui permettre de coordonner la fondation des institutions nécessaires, comme le SÉMINAIRE DE QUÉBEC. La Nouvelle-France ayant été réorganisée en 1663 en tant que colonie royale, l'Église doit accepter l'intervention de l'État dans les questions d'intérêt commun (par exemple, la fondation de paroisses) et dans les questions purement religieuses (par exemple, les règles des communautés religieuses). En revanche, elle peut compter sur l'appui de l'État, et en particulier sur son appui financier. Le premier diocèse est établi au Québec en 1674.

Peu à peu, une chrétienté originale prend forme. Elle est homogène, car les protestants ne sont admis dans la colonie que pour de brèves visites (voirHUGUENOTS). La plupart des gens sont pratiquants et obéissent à un catholicisme austère qui porte surtout l'empreinte de Monseigneur de SAINT-VALLIER(voirJANSÉNISME). La paroisse est au cœur de la vie religieuse et ses finances sont administrées par les marguilliers, seuls dignitaires élus de la Nouvelle-France, sur qui le curé exerce généralement son influence. En 1760, le Canada compte environ 100 paroisses. La plupart d'entre elles sont dirigées par des prêtres séculiers (au nombre de 84), dont les quatre cinquièmes sont nés au Canada. À ces prêtres s'ajoutent 30 sulpiciens, 25 jésuites et 24 récollets, ainsi que 200 religieuses appartenant à 6 communautés, qui se chargent de l'éducation et des oeuvres de charité. Ces communautés d'hommes et de femmes peuvent dispenser leurs services gratuitement parce que le roi leur a accordé des terres et un soutien financier. Cet équilibre, qui caractérise les relations entre l'Église et l'État de 1660 à 1760, est constamment susceptible d'être rompu par les modifications des forces qui le composent.

L'Église sous le régime britannique

Après la CONQUÊTEde 1759-1760, l'Église catholique du Québec, déjà affaiblie par la guerre, doit aussi composer avec les nouveaux maîtres britanniques - et protestants (voirPROTESTANTISME). On s'attend à ce que les nouveaux pouvoirs favorisent l'Église anglicane (voirANGLICANISME) et tentent de convertir leurs nouveaux sujets catholiques. La liberté de pratiquer le catholicisme est garantie dans les dispositions de la capitulation. Même si cette pratique n'est que tolérée par les Britanniques, et les catholiques jouissent d'une liberté de plus en plus grande, néanmoins, les Britanniques interviennent dans la nomination des évêques, et parfois des prêtres, et exigent que le clergé communique aux paroissiens certains documents gouvernementaux. L'ACTE DE QUÉBECde 1774 garantit encore davantage la liberté de pratique du catholicisme et facilite l'accès des catholiques à des charges publiques. Pour protéger ces nouvelles libertés, les évêques prêchent l'obéissance (dans une mesure variable), poussent la population à résister aux envahisseurs américains en 1775 et chantent des hymnes d'action de grâces en l'honneur des victoires britanniques contre les Français pendant la RÉVOLUTION AMÉRICAINE.

Pour ce qui est des autres régions du Canada, l'Église française fonde des missions dans les Maritimes au début du XVIIe siècle et à Terre-Neuve au milieu du même siècle, mais des catholiques non francophones s'établissent également rapidement dans ces régions. À la fin du XVIIe siècle, des catholiques IRLANDAIS commencent à arriver à Terre-Neuve, qui relève de l'autorité de Québec jusqu'en 1713, année où la France cède Terre-Neuve à la Grande-Bretagne par le TRAITÉ D'UTRECHT. C'est ensuite le vicaire apostolique de Londres qui exerce le pouvoir ecclésiastique sur l'île. En 1796, Terre-Neuve devient un diocèse distinct dont l'évêque est J.L. O'Donnell.

Église catholique et écoles

Un domaine social dans lequel l'Église a toujours été active est l'éducation. Partout au Canada, le clergé catholique prend l'initiative dans ce domaine, au début du XIXe siècle, en fondant de petites écoles locales dont les enseignants ont pour principale préoccupation l'éducation morale de leurs élèves. Toutefois, vers le milieu du siècle, l'État commence à dispenser une éducation, s'engageant ainsi dans un domaine d'activité sociale qui a appartenu à l'Église pendant des siècles. La première loi scolaire (1841) de la PROVINCE DU CANADAvise la mise sur pied d'un système scolaire chrétien mais non confessionnel. Toutefois, pour s'adapter à la réalité politique, le Canada-Est (le Québec) élabore bientôt deux systèmes scolaires confessionnels (un catholique et un protestant), tandis que le Canada-Ouest (l'Ontario) permet la création d'un système scolaire divisé et soutenu par l'État, comprenant une section non confessionnelle (publique) et une section confessionnelle (ÉCOLES SÉPARÉES). Les écoles confessionnelles ne tardent pas à être essentiellement catholiques. Pendant les décennies suivantes, les autres provinces établissent leur système scolaire en se basant sur les modèles québécois ou ontarien. En conséquence, puisque l'État prend en charge l'instruction de la population canadienne, les écoles confessionnelles et catholiques obtiennent une reconnaissance légale.

Pendant la seconde moitié du XIXe siècle, la hiérarchie catholique canadienne est déterminée à renforcer le statut de ses écoles catholiques, alors que les promoteurs de l'école publique avancent que seules leurs écoles publiques »devraient être soutenues par l'État. Ainsi s'expliquent les longues et acerbes controverses auxquelles donnent lieu la QUESTION DES ÉCOLES DU NOUVEAU-BRUNSWICKen 1871, la QUESTION DES ÉCOLES DU MANITOBAdans les années 1890 et la QUESTION DES ÉCOLES DU NORD-OUESTau tournant du siècle. La QUESTION DES ÉCOLES DE L'ONTARIO(1912-1927) n'est pas seulement une querelle entre protestants anglophones et catholiques francophones, mais découle également d'une lutte de pouvoir entre les éléments canadiens-français et ceux d'origine irlandaise au sein du clergé catholique.

D'autres régions du Canada connaissent des querelles semblables entre groupes ethniques qui se disputent les pouvoirs ecclésiastiques, mais certains membres du clergé, pendant ce temps, prennent conscience des avantages de la diversité et apprennent à se respecter entre eux. Pendant cette période, l'Église fonde de nombreux établissements confessionnels d'enseignement supérieur, telle est l'origine de plusieurs universités canadiennes (voirUNIVERSITÉS), telles que l'UNIVERSITÉ D'OTTAWAet l'University of St. Michael's College à Toronto. L'administration de la plupart d'entre elles sera graduellement laïcisée par la suite.

À mesure que l'influence de l'Église sur la société s'accroît, surtout au Canada français, certains membres du clergé se laissent tenter par la politique. Partisan des principes ultramontains (voirULTRAMONTANISME) et craignant les réformes suggérées par le Parti libéral, le clergé du Québec taxe de libéralisme catholique les tenants de ce parti et les dénonce pendant les périodes électorales. En 1871, des laïcs appuyés par Bourget et par Monseigneur Louis-François LAFLÈCHEpublient un manifeste électoral, le Programme catholique, qui pourrait assujettir le Parti conservateur provincial aux autorités religieuses. La réaction énergique de trois évêques (l'archevêque Elzéar-Alexandre TASCHEREAU, Monseigneur Charles Larocque et Monseigneur Jean Langevin) et de certains politiciens fait échouer le projet et rend public le désaccord entre les ultramontains modérés et les ultramontains intransigeants, qu'on appelle alors les programmistes ».

En 1875, les deux groupes s'unissent pour dénoncer vigoureusement le libéralisme catholique. En 1876, les résultats des élections dans deux circonscriptions provinciales sont annulés pour motif d'abus d'influence »de la part du clergé. La tension monte entre l'Église et l'État. Le Vatican est consulté et envoie un délégué apostolique, Monseigneur George Conroy, pour rétablir l'harmonie entre les prélats et les forcer à déclarer que leur condamnation du libéralisme catholique ne s'adresse pas au Parti libéral. Dès lors, les interventions du clergé en politique se font plus discrètes.

Pendant la seconde moitié du XIXe siècle, le catholicisme québécois se découvre une vocation missionnaire encore très vivante de nos jours. Des religieuses, des prêtres et des frères commencent par fonder des missions au Canada anglais (notamment dans ce qui deviendra les provinces des Prairies et les Territoires du Nord-Ouest) et aux États-Unis, puis ailleurs dans le monde (voirMISSIONS ET MISSIONNAIRES). Au début, les oblats venus de France et le clergé canadien (surtout québécois) fondent et appuient fortement des missions, des hôpitaux et des écoles dans les Prairies, en Colombie-Britannique et dans le Nord. L'Église s'occupe également de questions sociales plus vastes. Divers sociologues du XIXe siècle reconnaissent que l'industrialisation et l'urbanisation croissantes créent de nouvelles formes de société ayant de nouveaux besoins. Les protestants lancent donc le MOUVEMENT SOCIAL GOSPELpour résoudre la nouvelle question sociale.

Au tournant du XXe siècle, le catholicisme québécois se préoccupe aussi des problèmes sociaux. Conscient des problèmes créés par la nouvelle technologie et la migration vers les villes et stimulé par l'encyclique Rerum Novarum(1891) du pape Léon XIII, le clergé élabore une DOCTRINE SOCIALEpour guider la nouvelle société. Au Québec, cette oeuvre est surtout menée par les jésuites au moyen de l'École sociale populaire. Leur Programme de restauration sociale (fondé en 1933) constitue la principale source d'inspiration des mouvements politiques de l'ACTION LIBÉRALE NATIONALE, du BLOC POPULAIRE CANADIENet, dans une moindre mesure, de l'UNION NATIONALEqui appuient et dirigent les syndicats catholiques, fondés de 1907 à 1920, les caisses populaires, les coopératives et des ligues de toute sorte, qui ont toutes le catholicisme comme caractéristique principale.

Par ailleurs, l'Église du Québec continue aussi de diriger l'éducation. Toutes ces activités laïques ne laissent plus qu'environ 45 p. 100 du clergé pour s'occuper du ministère paroissial. Ce déséquilibre ne pose guère de problèmes, car le clergé de la province continue d'augmenter en nombre : 2091 prêtres en 1890, 3263 en 1920, 5000 en 1940, soit un rapport de 567, 578 et 539 paroissiens par prêtre respectivement, et ce, sans compter les communautés religieuses. Les fidèles sont guidés par leurs prêtres, et leur pratique religieuse est surtout centrée sur les missions paroissiales, les PÈLERINAGESet les conférences provinciales, régionales et locales. L'ACTION CATHOLIQUEcontribue à former de nouveaux catholiques, dont les méthodes dérangent les traditionalistes et entrent parfois en conflit avec celles du clergé.

En menant ses activités sociopolitiques, le catholicisme canadien enseigne une doctrine et une morale strictes, et son engagement politique et social ne laisse pas de place aux compromis. La CRISE DES ANNÉES30 donne aux catholiques une nouvelle occasion de prouver leur volonté de s'occuper des grands problèmes sociaux. La période difficile qui donne naissance à la CO-OPERATIVE COMMONWEALTH FEDERATION(CCF) marque également, chez les catholiques, les débuts du MOUVEMENT D'ANTIGONISH. De nombreux évêques catholiques condamnent le CCF à cause de ses caractéristiques socialistes. Fidèle à sa tradition, l'Église, dans l'ensemble, est conservatrice, favorise le statu quo et se méfie des changements. Toutefois, la DEUXIÈME GUERRE MONDIALE rend les catholiques canadiens de plus en plus conscients du monde extérieur et en amène beaucoup à juger l'Église trop suffisante et trop complaisante.

Pendant un siècle (1850-1950), le catholicisme est très centralisé et très discipliné, la plupart des catholiques canadiens étant habituellement pratiquants et intégrant à leurs pratiques un nombre croissant de dévotions qui se manifestent dans un décor de piété intense et pittoresque. L'attachement à la papauté s'intensifie après 1850, atteignant son point culminant en 1870 lors de la définition du dogme de l'infaillibilité pontificale, et les papes qui se succèdent encouragent des dévotions spéciales, notamment au Sacré-Coeur de Jésus, à la Vierge Marie et à saint Joseph. L'Église catholique s'appuie sur des coutumes séculaires en favorisant diverses formes de piété comme le rosaire, le port du scapulaire, l'adoration du Saint-Sacrement et les quarante heures. Les pèlerinages deviennent populaires, tant vers des sanctuaires de l'Europe et de la Terre Sainte que vers ceux du Canada. La plupart des familles canadiennes ornent leur maison d'un crucifix. On plante des croix de chemin et on construit des sanctuaires dans les régions à prédominance catholique. Cette piété fervente ne s'affaiblit qu'après 1960.

Le catholicisme canadien se présente comme une Église triomphante à l'issue de la Deuxième Guerre mondiale, comme l'indiquent le faste et l'éclat entourant le Congrès marial d'Ottawa, en 1947, et les cérémonies d'intronisation de l'archevêque Paul-Émile LÉGERà Montréal, en 1950. Toutefois, les régimes conservateurs du pape Pie XII et du président américain Eisenhower se terminent à la fin des années 50, et le nouvel esprit libéral qui souffle sur le monde occidental commence à se faire sentir dans l'Église du Canada anglais.

Au Québec, les changements sont plus spectaculaires et plus perturbateurs que dans le reste du Canada. La Deuxième Guerre mondiale et l'après-guerre sont marqués par de profondes transformations dans tout le Québec. Les valeurs traditionnelles, même religieuses, sont contestées par des gens qui souhaitent un élargissement des valeurs missionnaires et communautaires, un rôle accru des laïcs dans l'Église et un meilleur accueil des valeurs positives du monde moderne. Certains éléments, comme la Faculté des sciences sociales de l'UNIVERSITÉ LAVAL et la Commission sacerdotale d'études sociales proposent des solutions modernes aux problèmes sociaux. Ils sont au premier rang de ceux qui s'opposent au gouvernementDUPLESSISpendant la GRÈVE DE L'AMIANTE, en 1949, et inspirent, en 1950, une lettre pastorale collective qui exprime une nouvelle sympathie pour le mouvement ouvrier et les femmes.

Jusqu'en 1959, le catholicisme québécois n'en continue pas moins de se présenter comme une institution conservatrice. Alors, la RÉVOLUTION TRANQUILLE des années 60 force l'Église à reconnaître certaines de ses faiblesses. En quelques années à peine, un vent de changement amène la laïcisation des structures sociales (le bien-être, la santé et l'éducation passent du pouvoir de l'Église à celui de l'État) et des institutions (notamment, les syndicats catholiques rejettent leur étiquette confessionnelle pour devenir la CONFÉDÉRATION DES SYNDICATS NATIONAUX), tandis que les associations, les amicales, les universités et l'État adoptent une position de neutralité religieuse. En même temps, une grande partie de la population délaisse les offices religieux du dimanche et s'écarte de la morale traditionnelle, surtout en matière sexuelle, beaucoup de membres du clergé et des ordres religieux quittent la vie consacrée, et le nombre de vocations religieuses diminue très fortement. La hiérarchie et l'ensemble du clergé semblent dépassés et gardent un silence prudent.

Le renouveau du catholicisme après 1960 se manifeste également par une nouvelle ouverture de l'Église aux autres chrétiens et aux autres religions. Les catholiques, les anglicans, les LUTHÉRIENS ainsi que d'autres protestants collaborent à certaines activités missionnaires, à des efforts de justice sociale et à des initiatives pastorales locales et régionales.

Église de Vatican II

En 1959, le pape Jean XXIII annonce la convocation d'un concile oecuménique, et la catholicité du monde entier commence à chercher de nouvelles formes d'expression et de témoignage. Lors du deuxième concile du Vatican (1962-1965), le catholicisme international entre dans un tourbillon de changements et de défis visant à revivifier tous les domaines qui intéressent les chrétiens, de la théologie à l'action politique, de la spiritualité à l'administration et de l'œcuménisme aux règles de morale. Un certain nombre de Canadiens (comme le cardinal Léger, le théologien Bernard LONERGANainsi que Jean VANIER, connu pour ses oeuvres caritatives) s'affirment comme des promoteurs de l'aggiornamento(mouvement de modernisation) dans divers domaines d'activité.

L'Église canadienne ne peut plus, comme naguère, compter sur la coutume et les contraintes sociales pour attirer les gens aux offices religieux ou pour influencer les décisions des gouvernements. Ce phénomène est particulièrement sensible au Québec, où la Révolution tranquille coïncide avec le renouveau international de l'Église. L'éclatement de ces cadres sociaux plonge de nombreux catholiques canadiens dans une confusion plus ou moins générale pendant au moins une dizaine d'années. Ceux qui allaient à la messe tous les dimanches par crainte des punitions encourues par le péché doivent désormais apprendre à assumer personnellement la responsabilité de leur présence aux offices. Ceux qui considéraient le prêtre comme un autre Christ »découvrent qu'il est également humain. Ceux pour qui le péché de la chair était le seul péché comprennent l'importance de l'amour de Dieu et du prochain. Les hommes d'Église apprennent à déléguer une part de leur autorité, et les catholiques sont appelés à prendre des responsabilités.

Le renouveau catholique est également visible dans l'adoucissement de l'enseignement sur le mariage. Avant 1960, une personne catholique devait obligatoirement obtenir une permission spéciale pour épouser une personne non catholique, laquelle devait consentir par écrit à ce que les enfants issus de ce couple soient éduqués dans la foi catholique. Après Vatican II, l'Église découvre la primauté de la conscience et le fait que beaucoup de non-catholiques ont une authentique foi chrétienne. En conséquence, les règles disciplinaires deviennent moins rigoureuses, car de nombreux pasteurs catholiques reconnaissent désormais que les enfants nés de mariages mixtes ont avantage à être élevés dans l'Église du parent le plus engagé dans sa foi chrétienne. Le mouvement oecuménique est renforcé du même coup.

De fait, Vatican II et les documents pontificaux de l'après-concile constituent une étape marquante de l'histoire de l'Église catholique. De nouveaux avant-postes sont établis auprès d'un monde postmoderne dont les relations avec l'Église chrétienne se dégradaient depuis le XVIIe siècle. La crainte du monde, qui est si répandue dans l'ancienne spiritualité, se transforme en un mouvement de franche ouverture à l'humanité contemporaine. On insiste davantage sur l'Église comme peuple de Dieu et moins sur le pouvoir de la hiérarchie; la laïcité progresse (quoique, au début des années 80, les Canadiennes exercent des pressions afin d'être admises dans la hiérarchie par l'ordination sacerdotale); les protestants, que l'Église catholique traitait comme des hérétiques, sont promus au rang de frères séparés »; les pays en voie de développement sont considérés comme un sujet de grande préoccupation pour l'Église; le socialisme, naguère rejeté avec horreur, devient une idéologie acceptable dans certaines circonstances; et la manière de traiter les minorités linguistiques, culturelles et politiques est considérée comme un moyen fiable de juger de la qualité des gouvernements.

Les pratiques du culte changent également après Vatican II, et les changements découlent en grande partie d'une attention renouvelée qu'on accorde au peuple comme élément principal de l'Église. Bien que l'eucharistie demeure le centre de la messe, elle n'est plus aussi indissociable de la confession individuelle qu'avant. Les prêtres célèbrent maintenant la messe face au peuple, et le latin du rite tridentin a fait place aux langues vernaculaires (on a dit la messe en latin jusqu'à l'introduction de la messe actuelle par Vatican II). La prédication et l'interprétation des Écritures ont connu un renouveau, et les laïcs de l'assemblée participent plus activement aux divers aspects des célébrations liturgiques. Le chant en assemblée et les cantiques populaires sont également remis à l'honneur. Cependant, certaines pratiques de dévotion populaire (par exemple, les bénédictions et les chemins de croix) ont à peu près disparu (voir aussiRENOUVEAU CHARISMATIQUE).

À partir de Vatican II, l'Église catholique canadienne réévalue son attitude envers les autres »groupes linguistiques et culturels. Par exemple, à leurs débuts en Ontario et au Canada anglais, diverses Églises catholiques ont été dirigées surtout par des Français ou des Canadiens-français (les Maritimes n'ont eu aucun évêque francophone avant 1912). À mesure qu'une hiérarchie anglophone (surtout irlandaise) se forme dans ces régions, la polarisation ethnolinguistique se cristallise au sein de la hiérarchie en même temps que dans le Canada en général, si bien que l'Église catholique du Canada, qui prétend être unie, est en réalité divisée entre francophones et anglophones. Pendant que le Vatican presse l'Église canadienne de pratiquer le BILINGUISME, les évêques du Canada se livrent à une forme de guerre ethnoculturelle.

Le nouvel esprit qui prévaut après 1960 amène l'Église catholique canadienne à réévaluer son attitude. Lors du centenaire de la CONFÉDÉRATION (1967) ainsi qu'à plusieurs occasions, allant de l'adoption de la Charte de la langue française au Québec (1977) au débat constitutionnel du Canada en 1982, les évêques du Canada, du Québec et de l'Ontario publient une série de déclarations sur la question des droits linguistiques des minorités et sur le statut du français et de l'anglais au Canada. Pour la première fois depuis un siècle, les chefs de l'Église catholique du Canada abordent de façon constructive une question qui les avait divisés. Avant la Confédération, l'Église pratique le bilinguisme, ce qui l'aide beaucoup à évangéliser une grande partie du Canada et elle revient maintenant à cette politique. En raison du nombre des paroisses de l'Église catholique et de la répartition géographique de celles-ci, la politique linguistique peut contribuer immensément à la compréhension entre francophones et anglophones au Canada. Aujourd'hui le Canada compte 34 diocèses dans le secteur français et 37 dans le secteur anglais.

Les perturbations des années 60 et des années 70 affectent dramatiquement l'institution ecclésiastique : le réseau des paroissiens et des paroisses demeure à peu près intact, le réseau de communautés religieuses masculines et féminines redéfinit ses objectifs, des écoles confessionnelles et quelques collèges privés prennent de l'expansion, un nouveau plan d'action paroissial et une plus grande participation des laïcs aux activités religieuses se développent. L'épiscopat participe plus souvent à l'ACTION SOCIALE ŒCUMÉNIQUEet prend position sur des questions telles que le CONTRÔLE DES NAISSANCESet l'AVORTEMENT(1977, 1981) ou encore la crise économique (1982). Toutefois, c'est peut-être du côté de la religion populaire que la continuité et les espoirs sont les plus visibles, en raison notamment d'un nouvel intérêt pour les Écritures, de la popularité constante des pèlerinages et de l'essor de la religion charismatique, de la prolifération des petits groupes de vie spirituelle et de la présence catholique croissante. Pendant plus de cent ans, les protestants surpassent en nombre les catholiques au Canada. Toutefois, en 1971, pour la première fois depuis la confédération, les catholiques sont plus nombreux que les protestants.

L'Église catholique en évolution rapide vit une expérience mémorable en septembre 1984 quand le pape Jean-Paul II visite le Canada. Ce pape, qui a été vu par plus de gens que tous les autres papes rassemblés, est le premier pape régnant à fouler le sol canadien. Il visite de nombreuses régions, prêchant un évangile de paix, de réconciliation et de foi disciplinée. Pour tenir une promesse faite aux gens de Fort Simpson (Territoire du Nord-Ouest), endroit où son avion n'a pas pu atterrir à cause du brouillard, il s'y rend en septembre 1987.

Dans les années 90, la fierté rajeunie des peuples autochtones du Canada les mène à rechercher l'AUTONOMIE GOUVERNEMENTALE, de meilleures conditions de vie, un traitement plus équitable de la part du gouvernement canadien ainsi que des excuses publiques et une compensation financière de la part des établissements qui les ont lésés par le passé. Leur première réclamation est à propos des PENSIONNATS, institutions qui ont été mises en place par le gouvernement du Canada et qui sont dirigées par les principales Églises chrétiennes canadiennes. Environ le tiers des enfants autochtones du Canada étudient dans un pensionnat entre 1880 et 1960, période au cours de laquelle ces écoles sont les seuls endroits où ils peuvent être admis. Les deux tiers des pensionnats sont administrés par l'Église catholique et confiés aux Pères oblats. Ces derniers font face à des poursuites judiciaires. Certains membres du personnel de leurs écoles sont accusés d'abus physiques, émotionnels ou sexuels d'enfants pensionnaires. Les évêques et l'ordre religieux des oblats, pour ne mentionner que les membres de cette Église, répondent en exprimant publiquement leurs regrets pour tous les méfaits et le mal qu'ils auraient pu commettre à l'égard des peuples autochtones. Ils offrent également de participer personnellement et financièrement au processus de guérison des victimes. La compensation demeure une question délicate étant donné que les allégations portent sur des événements remontant à plus d'un siècle.

Dans les années 90, l'Église catholique renouvelée fait face à ses défis les plus épineux. La diminution de l'assistance aux offices, les grands courants de contestation des enseignements moraux catholiques, la pénurie de nouvelles vocations au sacerdoce et à la vie religieuse ainsi que l'influence de plus en plus faible de l'Église dans la vie publique causent une sérieuse remise en question de la foi de nombreux fidèles. La croissance désordonnée et simultanée des NOUVEAUX MOUVEMENTS RELIGIEUX, de la pensée du Nouvel Âge, des valeurs profanes et des nouveaux fondamentalismes, mouvements qui contestent ou rejettent fréquemment le monde ordonné du catholicisme traditionnel, incitent à un changement d'approche. Pourtant, certains sont conscients que la société catholique triomphante dans laquelle ils ont grandi n'était qu'une étape dans l'histoire chrétienne (voir MOUVEMENTS ÉVANGÉLIQUE ET FONDAMENTALISTE).

En 2004, la Conférence des évêques catholiques du Canada dénombre 80 cardinaux, archevêques et évêques actifs et 59 retraités dans 5681 paroisses et missions au Canada. Presque 6000 prêtres de diocèse, plus de 3500 prêtres d'ordres religieux et approximativement 2300 frères et sœurs servent les catholiques du Canada.

NIVE VOISINE et ROBERT CHOQUETTE

Églises catholiques de rite oriental

Une fraction importante, quoique restreinte, de la population chrétienne du Canada adhère aux Églises catholiques orientales ou de rite oriental, dont les traditions théologiques, canoniques et spirituelles remontent à la culture chrétienne antique de l'Est de la Méditerranée. Les Églises catholiques orientales n'apparaissent en tant qu'entités distinctes qu'après la rupture de l'unité chrétienne consécutive à plusieurs siècles de mésententes, dont les points culminants sont la prise de la Cité grecque, Constantinople, par les croisés (1204) et la fondation d'un patriarcat latin, avec l'appui tacite du pape Innocent III. À l'exception de l'Église catholique maronite et de l'Église catholique italo-albanaise, qui affirment avoir toujours été en communion avec l'évêque de Rome, et de l'Église catholique bulgare byzantine, qui a spontanément désiré s'unir à Rome, toutes les Églises catholiques orientales sont issues des efforts des missionnaires occidentaux pour ramener les chrétiens de l'Orient sous l'autorité immédiate de la papauté.

Pendant toute leur histoire, les catholiques orientaux ont lutté pour défendre leurs traditions contre la latinisation, ou l'absorption par l'Église latine (c'est-à-dire occidentale ou romaine) et ont parfois subi l'hostilité de la part de leur Église ORTHODOXE orientale parente et des Églises orthodoxes orientales. Les effets néfastes de la latinisation se sont fait sentir surtout dans la liturgie et dans la disparition des formes traditionnelles du monachisme oriental, qui ont été délogées par des ordres religieux de style occidental. Pour les chrétiens orientaux du Canada (et des États-Unis), l'interdiction faite aux prêtres mariés d'exercer le ministère paroissial, interdiction qui remonte au XIXe siècle, est peut-être l'aspect le plus pénible de la latinisation.

Bien qu'elles soient unies à Rome, les Églises catholiques orientales demeurent distinctes, particulièrement quant à la liturgie et aux pratiques de dévotion. Les catholiques orientaux célèbrent leur foi selon l'une des cinq liturgies suivantes : copte, antiochienne, chaldéenne, arménienne ou byzantine. Les circonstances historiques, et surtout la persécution et l'élimination des chrétiens orientaux par l'Empire ottoman, l'Empire russe et l'ancienne Union soviétique, ont créé un lien indissoluble entre religion et appartenance ethnique. Ce lien les a aidés à survivre, mais il constitue maintenant un obstacle à leur développement hors de leur ancienne patrie. Conformément à la conception théologique de l'Église qui prévalait lors de leur fondation, les Églises catholiques orientales ont souvent été traitées comme une simple variante du rite de la grande Église catholique romaine. Le deuxième concile du Vatican et des déclarations papales ultérieures ont corrigé cette conception, de sorte qu'elles sont aujourd'hui considérées comme des Églises sœurs de l'Église romaine.

En 1990, le pape Jean-Paul II promulgue le code canonique des Églises orientales. Selon ce document, les Églises catholiques orientales peuvent se classer en quatre catégories :

1) patriarcales,

2) archiépiscopales majeures,

3) métropolitaines,

4) diverses.

Un patriarche est élu durant les assemblées périodiques du synode des évêques d'une Église donnée. Après son élection et son intronisation, il demande au pape de reconnaître qu'il est en communion avec lui. Un archevêque principal est élu de la même manière qu'un patriarche, mais, avant qu'il soit intronisé, son élection doit être confirmée par le pape. Celui-ci nomme les métropolites (un évêque ayant autorité sur d'autres évêques) après avoir consulté une liste de candidats présentée par les évêques de l'Église concernée.

Le moine Saint-Maron du Liban, qui vit au IV<sub>e</sub>siècle, est à l'origine de l'Église catholique maronite. À partir du VIIIe siècle, cette communauté essentiellement monastique élit un évêque à titre de chef. Au courant du XIIe siècle, les maronites entrent en contact avec la chrétienté latine en rencontrant les croisés et confirment officiellement leurs relations avec Rome en 1182. La plupart des catholiques maronites vivent encore au Liban. Au Canada, l'évêque de l'éparchie de Saint-Maron de Montréal dirige environ 80 000 fidèles dans 14 paroisses. L'Église catholique italo-albanaise, qui existe depuis le XVe siècle, compte deux diocèses dans le Sud de l'Italie et le monastère de Santa Maria di Grottaferrata, au sud de Rome.

À la suite du concile de Florence (1439), des groupes de chrétiens arméniens, coptes et syriens concluent une union de courte durée avec l'Église catholique romaine. Ces Églises sont rétablies au XVIIIe siècle : l'Église arménienne catholique en 1742, l'Église copte catholique en 1741 et l'Église syriaque catholique en 1782. Un petit exarchat apostolique de catholiques arméniens existe au Canada, qui compte huit paroisses coptiques catholiques au pays. L'Église catholique syriaque, dont les fidèles vivent surtout au Liban, en Syrie et en Iraq, n'est pas établie officiellement au Canada actuellement. Les autres Églises catholiques orientales sont celles des catholiques chaldéens (1553), syro-malabars (1599), éthiopiens (1626), melkites (1744), ukrainiens (1595-1596), ruthènes (1646), roumains (1700), catholiques byzantins de Krizevci, dans l'ancienne Yougoslavie (1777), bulgares (1861), syro-malankars (1930), hongrois (1912), grecs (1911) et slovaques (1968).

En 2001, les membres des groupes de l'Église orthodoxe chrétienne représentent 1,6 p. cent de la population canadienne : Statistique Canada révèle que le nombre a augmenté de 24 p. cent depuis 1991. Les Églises catholiques melkite, slovaque et ukrainienne comptent un nombre important de fidèles au Canada.

L'Église catholique grecque melkite est sous la gouverne de l'évêque de l'éparchie de Saint-Sauveur de Montréal (créée en 1984) et compte environ 43 000 fidèles au Canada. Les catholiques slovaques sont dotés de leur propre diocèse en 1980 lorsque le pape Jean-Paul II crée l'éparchie des saints Cyrille et Méthode, à Toronto, dirigée à l'origine par Monseigneur Michael Rusnak. Il y a 7 paroisses pour environ 10 000 membres au Canada.

L'Église catholique ukrainienne est l'Église catholique de rite oriental la plus importante du Canada avec approximativement 150 200 fidèles dans plus de 350 paroisses. Introduite par des immigrants ukrainiens à la fin du XIXe siècle, elle a obtenu son premier évêque en 1912 lorsque le pape Pie X a nommé Nicétas Budka à l'épiscopat. La direction du synode des évêques catholiques ukrainiens siège à Winnipeg et surveille la province métropolitaine canadienne comprenant cinq diocèses ou éparchies : le siège métropolitain de Winnipeg et les éparchies d'Edmonton, de Toronto, de Saskatoon et de New Westminster. Un certain nombre d'ordres religieux contribuent de façon importante à la vie spirituelle des catholiques ukrainiens : ce sont l'Ordre de Saint-Basile le Grand (ou Prêtres Basiliens), les rédemptoristes, les studites, les Basiliennes, les Sœurs Missionnaires de la Charité chrétienne, les Sœurs Servantes de Marie-Immaculée et les Sœurs de Saint-Joseph.

La formation théologique du clergé et des laïcs est dispensée par l'Église elle-même au Holy Spirit Seminary d'Ottawa. L'Institut Métropolite Andrey Sheptytskypour l'étude du christianisme oriental est devenu une unité de la Faculté de théologie de l'Université Saint-Paul d'Ottawa en 1992. Cet institut offre des programmes d'études spécialisées en histoire de l'Église et en théologie orientales. Une revue savante, Logos, assure aux catholiques ukrainiens et aux autres catholiques orientaux une présence notable dans le monde universitaire.

T. ALLAN SMITH

Auteurs ayant contribué à cet article:

Croissance de l'Église

À la fin du XVIIIe siècle, bon nombre de catholiques écossais s'établissent à l'Île-du-Prince-Édouard et en Nouvelle-Écosse. Toutefois, pour diverses raisons personnelles, politiques et ecclésiastiques, l'Église de ces provinces et des autres régions peuplées du Canada, sauf Terre-Neuve, continue de relever de l'évêque de Québec jusqu'en 1817, année où la Nouvelle-Écosse est érigée en vicariat apostolique distinct, sous l'autorité de l'évêque Edmund Burke. Par la suite, de nouveaux vicariats et de nouveaux diocèses apparaissent à mesure que les régions sont colonisées. La croissance de l'Église au Canada anglais est alimentée surtout par l'arrivée massive d'immigrants irlandais au XIXe siècle.

À partir du XIXe siècle, un grand nombre de catholiques du BAS-CANADA(Québec), surtout dans la classe professionnelle montante, se détachent de leur Église. Les prêtres ne peuvent plus diriger la population comme auparavant, et les gens commencent à négliger leur pratique religieuse. Les autorités de l'Église contrecarrent les efforts des laïques, obtiennent l'autorisation de l'évêque d'encourager l'éducation (notamment les vocations religieuses) et de travailler à raviver la foi catholique. Cependant, les 323 prêtres qui constituent le clergé au Québec ne peuvent pas répondre aux besoins des 500 000 Québécois et ne peuvent plus compter sur le soutien des communautés religieuses masculines qui sont disparues (il ne reste plus que les sulpiciens) ni féminines qui sont en difficulté. Le Parti PATRIOTE, fondé en 1826 et massivement appuyé par la population, propose un programme libéral qui alarme le clergé et entreprend une propagande de style protestant, surtout dans la région de Montréal. L'évêque de Québec, en butte à ces attaques, obtient la nomination d'un auxiliaire à Montréal, Monseigneur Jean-Jacques LARTIGUE, qui devient évêque de Montréal en 1836. Celui-ci condamne les RÉBELLIONS DE 1837mais, en prenant ainsi parti pour le gouvernement, il s'attire temporairement la désaffection de la population.

Tout comme l'ensemble de la société, l'Église est durement secouée par les contrecoups de l'insurrection. Cependant, elle est la première à se rétablir. Sous l'impulsion dynamique du nouvel évêque de Montréal, Monseigneur Ignace BOURGET(intronisé en 1840), le clergé acquiert un pouvoir grandissant. Bourget entreprend de christianiser »et de régénérer »la société en appliquant les idées de son prédécesseur et en tirant profit des sermons populistes d'un prélat français, Monseigneur Charles de Forbin-Janson (voirÉVANGÉLISME ET ÉVANGÉLISTES). Bourget exploite à fond la presse religieuse, qui est dirigée par des laïcs qualifiés, dirige des campagnes de financement dans la ville et effectue des voyages en Europe pour demander de l'aide. Il travaille pour le progrès de la population, alignant son Église sur celle de Rome en matière de liturgie, d'études théologiques et de pratiques pieuses. Il appuie les campagnes de moralité publique (par exemple, les campagnes pour la TEMPÉRANCEet la lutte contre les mauvais »écrits menée par l'Oeuvre des bons livres et les cabinets de lecture paroissiaux), dirige un programme d'assistance sociale pour les pauvres, les malades, les orphelins et les handicapés et prêche l'entraide sociale. L'exemple de Montréal est suivi partout au Québec, mais souvent à un degré moindre.

Pendant la même période, grâce à une forte augmentation des vocations religieuses, les paroisses deviennent plus nombreuses et mieux servies. Le nombre de diocèses (10 en 1900) augmente avec la croissance démographique. Les prêtres, devenus plus nombreux, s'engagent souvent dans des activités laïques et semblent tout diriger au Québec. De temps à autre, les paroisses font appel à des spécialistes (jésuites, oblats, rédemptoristes, dominicains ou franciscains) pour prêcher des missions de renouveau spirituel. La réponse des laïcs semble satisfaisante; la plupart des gens sont devenus pratiquants, et on peut même dire qu'une élite fervente s'est constituée.

Tant au Canada français qu'au Canada anglais, l'Église suit la tendance du catholicisme mondial, dont les autorités ont une attitude de plus en plus défensive face à une société occidentale née de la Révolution française et de la guerre de l'Indépendance américaine. Au début du XIXe siècle, la violence sectaire s'amplifie, comme le montrent à plusieurs occasions les bagarres entre Irlandais catholiques et Irlandais protestants du Haut-Canada (voirORDRE D'ORANGE) et les combats provoqués par ce qu'on a appelé les GUERRES DES SHINERSdans les années 1840. Les hommes d'Église catholiques considèrent l'agitation sociale engendrée par l'INDUSTRIALISATION et l'URBANISATIONcomme l'œuvre du diable, de la Révolution française, de la FRANC-MAÇONNERIE, du SOCIALISME et du capitalisme sauvage, et ils exhortent les fidèles à revenir à un ordre social chrétien stable comme celui qui prévalait au Moyen Âge.