Charlottetown

Charlottetown (Î.-P.-É.). Capitale de l'Île-du-Prince-Édouard, la plus petite province du Canada. Établie en 1720 par 300 colons français sous le nom de Port-la-Joie, elle est rebaptisée Charlottetown en 1768 et incorporée comme ville en 1855 et comme cité en 1875. Site de la conférence de 1864 qui ébauche les premiers projets d'une union de l'Amérique du Nord britannique, Charlottetown est connue comme « le berceau de la Confédération ».Charlottetown est le centre académique, culturel et administratif de l'île.

À cause de son isolement, inhérent au caractère insulaire de la province, les premières productions musicales y sont le fait d'amateurs et de rares professionnels de passage. Des écoles de chant choral pour l'éducation en musique religieuse fonctionnent à divers moments dès les années 1820, et, dans les années 1840, Mlle Charlotte McCormick et une dame Jamieson donnent des leçons de piano. Parmi les artistes de passage figurent la famille de chanteurs tyroliens Rainer (1841) et le baron Rudolph de Fleur, un pianiste de Russie (1847). Watson Duchemin, un fabriquant de pompes et de billots, qui importe des orgues dans l'île durant les années 1830 et en fait des copies dans les années 1840, construit ses propres orgues de qualité, notamment un orgue installé à l'église Saint Paul (v. 1850). Duchemin, maître de.chapelle de l'église méthodiste Trinity jusque v. 1870, compose également de la musique sacrée, dont une partie se retrouve à la bibliothèque de l'Université de l'Île-du-Prince-Édouard. Un de ses orgues est restauré et se trouve maintenant dans le Steel Recital Hall de l'université.

La Charlottetown Brass Band, la Sons of Temperance Band et le Boys' Band de la cathédrale Saint Peter sont actifs dans les mêmes années. De nouveaux corps de musique surgissent tout au long du 19e siècle, dont quelques-uns rattachés à des unités militaires et d'autres à des organisations fraternelles comme les Chevaliers de Colomb.

Opéra

Henry W. Vinnicombe, un immigrant d'Angleterre, dirige un ensemble instrumental dès 1877. Son orchestre accompagne des opérettes de Gilbert et Sullivan (H.M.S. Pinafore en 1885) présentées par S.N. (Sammy) Earle au Market Hall Stage avec des interprètes locaux. À la fin du siècle, Charlottetown a sa propre Opera House où Earle met en scène The Pirates of Penzance, The Mikado et d'autres opérettes.

Henry Watts, un organiste qui enseigne la musique dans les écoles et dirige un immense chœur formé des chorales de toutes les églises de Charlottetown lors d'un service commémoratif pour la reine Victoria (1901), poursuit la tradition Gilbert et Sullivan de la cité par des productions scolaires de Trial by Jury et d'autres opérettes. En 1926, Roberta Spencer Full vient à Charlottetown où, avec une collègue (E. Lillian MacKenzie, aussi organiste d'église et professeur de musique), elle monte des productions de Gilbert et Sullivan avec des chanteurs des écoles et collèges locaux. Le Women's Musical Club (1926-1942) fait venir des artistes invités comme Rose Bampton, Nelson Eddy et un trio de Winnipeg, les Nelson Sisters, dont l'une devient plus tard connue sous le nom de Zara Nelsova. En 1940, le club forme un chœur de 32 voix qui, avec l'aide de solistes masculins locaux, interprète des extraits d'opéras. Roberta Full et Helen Lawson aident à l'établissement des Community Concerts qui présentent annuellement des concerts de 1931 à 1977. ACT (A Community Theatre) interprète des opérettes de Gilbert et Sullivan sous la direction musicale d'Owen Aylward (1997-2001) et de Carl Mathis (2002-2003).

Festivals

En 1946, le Women's Institute de l'Île-du-Prince-Édouard (Jessie Beck, première présidente) fonde le Prince Edward Island Music Festival. Aujourd'hui connu sous le nom de Prince Edward Island Kiwanis Music Festival Association, il supervise quatre festivals locaux de la province (voir Festivals-concours). La saison festivalière se termine avec le Provincial Festival qui présente des interprètes des festivals locaux recommandés par des juges. Des étudiants de toutes les catégories d'âge (de junior à avancé) concourent pour de nombreux prix et bourses d'études ainsi que pour la chance de se rendre au National Festival.

Le Prince of Wales College (fondé en 1834 et fusionné en 1969 à l'Université Saint Dunstan pour former l'Université de l'Île-du-Prince-Édouard) présente The Mikado en 1955. Dirigée par E. Lillian MacKenzie, directrice musicale du collège, cette œuvre est le départ d'un festival annuel du printemps consacré aux opérettes de Gilbert et Sullivan qui se poursuit jusqu'en 1969 et qui inclut Trial by Jury, The Pirates of Penzance et H.M.S. Pinafore.

Le Centre des arts de la Confédération, achevé en 1964, devient le foyer du Festival de Charlottetown, avec sa populaire comédie musicale, Anne of Green Gables.

Chorales
Parmi les chorales de Charlottetown, outre les chœurs d'église, citons les Serenaders, un chœur féminin dirigé par Roberta Full, et la Charlottetown Chorale. Les chœurs du Centre des arts de la Confédération consistent en un chœur d'adultes, les Confederation Singers, donnant chaque année deux principaux concerts d'importantes œuvres chorales, et le Youth Chorus, donnant un concert complet deux fois par année à Charlottetown et voyageant beaucoup. Les deux chœurs sont dirigés par Donal Fraser.

Éducation musicale

Vers le milieu du 20e siècle, les chanteurs et professeurs Raoul et Marguerite Raymond, l'organiste Flora Rogers, la chanteuse Barbara Roper et la violoniste Kathleen Hornby sont aussi au nombre de ceux qui contribuent à la vie musicale de la cité. Au cours des années 1960, les normes d'éducation musicale et d'interprétation évoluent rapidement. Christopher Gledhill, directeur musical du ministère de l'Éducation de l'Île-du-Prince-Édouard (1961-1977), est chef de divers chœurs, organiste et maître de chapelle à la Kirk of Saint James et premier président de la Prince Edward Island Music Festival Association. William Bartlett remplace Gledhill à la direction en 1977, améliorant encore l'éducation musicale. Bartlett se retire en 1995. Royston Mugford, Gerard Rutten et Roger Jabbour sont également actifs comme éducateurs de musique. L'ouverture du département de musique à l'Université de l'Île-du-Prince-Édouard en 1969 est un stimulant. Il devient le centre de la vie musicale dans la cité et favorise la formation de professeurs de musique qualifiés pour les écoles. Le département parraine maintenant quelque 50 (ou plus) concerts par année donnés par des étudiants, des artistes de la faculté et des artistes invités.

Classique
L'Orchestre symphonique de l'Île-du-Prince-Édouard est un orchestre communautaire constitué de musiciens professionnels, semi-professionnels et amateurs. Au Mainstage Theatre du Centre des arts de la Confédération, on présente des concerts les dimanches après-midi. Dirigé par James Mark, l'orchestre symphonique offre quatre concerts par saison.

Le tournant du 21e siècle voit une évolution dans les ensembles et les concerts. En 2005, sous la direction d'Alan Ressor, les Summer Noon Hour Organ Recitals à la Cathédrale Saint Peter présentent des interprètes locaux, nationaux et internationaux pour célébrer leur 25e anniversaire. Le centre du Collège royal canadien des organistes (CRCO) est rétabli en 1987. Le Prince Edward Island Registered Music Teachers' Association, une division de la Fédération canadienne des associations de professeurs de musique, est établie en 1997. Ces deux groupes offrent des concerts et des ateliers pour le public et les professionnels. Frances McBurnie, directeur musical des Summer Noon Hour Concerts à l'église presbytérienne Saint James, présente de jeunes interprètes locaux et nationaux (des chanteurs et des instrumentistes). Plusieurs séries de musique saisonnière sont tenues à la maison Beaconsfield.

En 2002, le groupe eklektikos, spécialisé dans l'exécution de nouvelle musique canadienne, est créé sous la direction artistique de Dale Sorensen. Une division de l'Alliance pour des projets de musique canadienne nouvelle, établie en 1997, parraine un Contemporary Showcase annuel.

Musique folklorique
La musique country traditionnelle jouit également d'une grande popularité à Charlottetown, de même que dans toute l'île. La station radiophonique CFCY est le premier pied-à-terre de Don Messer and His Islanders. Récemment, les violoneux évoluent vers des styles innovateurs; le style d'interprétation énergique de Richard Wood en est un exemple. La Benevolent Irish Society parraine ceilis, où on joue de la musique celtique. Le groupe folklorique acadien Barachois (1995-2003) se produit lors de festivals de folklore au Canada, aux États-Unis et en Europe.

Scène variée

La ville offre toutes sortes de performances musicales, dont un quatuor et des chœurs barbershop ainsi que le Chalottetown Jazz Ensemble. À la fin des années 1990, un groupe de huit jeunes musiciens de Charlottetown, Jive Kings, interprète un mélange éclectique de swing, de jazz, de big band et de musique latine. Nombre d'interprètes et de groupes de musique populaire commencent à se faire une place à la fin du 20e siècle. Parmi ceux-ci, on retrouve le Chucky Danger Band, le groupe Mars Hill avec Dean Dunsford (musicien à temps partiel d'une famille extrêmement musicale) et Catherine MacLellan (suivant les traces de son père, Gene MacLellan, en tant qu'auteure-compositrice-interprète). Christine Forgeron et Chas Guay, un duo acoustique (voix et guitare), fusionnent le roots, le jazz et le blues. L'ensemble de guitare et de percussion, Este Mundo, apparaît en 1998 et se spécialise dans la synthèse des genres espagnol, classique et populaire. La parution de son premier CD mérite au groupe le prix de l'Association de la musique de la côte est du groupe instrumental de l'année en 1999. En 2001, c'est à Charlottetown que se déroule le gala de remise de ces prix.

Musiciens de Charlottetown
William Keith Rogers et Walter MacNutt, tous deux natifs de Charlottetown, sont des compositeurs reconnus. Le chef d'orchestre Charles Hutton reçoit sa formation à Charlottetown. Nancy White est née à Charlottetown, qui est également le lieu de formation du groupe rock Haywire. Les chanteuses folk Teresa Doyle et Lennie Gallant résident également dans la région de Charlottetown.

Bibliographie

KOKO, « Opera in P.E.I. », OpCan (fév.-mars 1961).