Marie-Claire Kirkland-Casgrain, C.M., C.Q., première femme députée élue à l’Assemblée législative du Québec (née le 8 septembre 1924 à Palmer, Massachusetts; décédée le 24 mars 2016).

Avocate de formation, elle devient la première députée québécoise à siéger au Parlement de la province de Québec le 14 décembre 1961. Elle marque l’histoire politique québécoise en faisant adopter en 1964 le projet de loi 16 mettant fin à l’incapacité juridique des femmes mariées (voir Mouvement des femmes). Pendant plus de 12 ans, elle fut la seule femme à siéger comme députée à Québec avec une centaine de collègues masculins. Tout au long de sa carrière, elle se consacre à améliorer le statut politique, économique et social des femmes québécoises.

Formation et pratique du droit

Claire Kirkland, fille unique de Charles-Aimé Kirkland (1896–1961), médecin et député, et de Rose Demers, passe la majorité de son enfance et de sa vie adulte dans l’ancienne ville de Saint-Pierre aujourd’hui fusionnée et intégrée à Lachine (Montréal). Elle étudie au Couvent Villa-Maria où elle complète un baccalauréat ès arts en 1947. La même année, une médaille d’excellence en littérature française du gouvernement français lui est décernée. Par la suite, elle étudie le droit à l’Université McGill où elle obtient une licence en 1949. Elle décide également de parfaire sa formation en suivant un cours de droit international à Genève.

Admise au Barreau du Québec en octobre 1952, elle exerce la profession d’avocate au cabinet privé de Maîtres Cerini et Jamieson à Montréal de 1952 à 1961. Son unique rémunération consiste en un bureau fourni gratuitement. Elle n’a aucun salaire et n’a pas souvenir qu’on lui ait confié un dossier spécifique : elle travaille avant tout pour ses collègues masculins. Parallèlement, elle ouvre un bureau à la maison où elle reçoit des clients le soir. Enfin, elle est membre fondatrice de l’Association des femmes avocates de la province de Québec et tient une chronique dans la revue Châtelaine ayant pour titre « Ce que j’en pense ».

Son entrée en politique québécoise

À la suite du décès de son père en août 1961, Charles-Aimé, député de la circonscription de Jacques-Cartier depuis 1939, les organisateurs libéraux de cette circonscription lui offrent de se présenter à l’occasion d’une élection partielle. Engagée dans le Parti libéral comme présidente de la Fédération des femmes libérales du Québec et auparavant comme conseillère de la Jeunesse libérale de la circonscription de Jacques-Cartier, elle est la candidate idéale pour le parti de la Révolution tranquille. C’est ainsi que le 14 décembre 1961, Claire Kirkland, épouse de Philippe Casgrain (avocat), est la première femme à être élue à l’Assemblée législative du Québec.

Première femme ministre au Québec

Au lendemain des élections générales de 1962, Jean Lesage lui confie un ministère sans portefeuille. Elle devient la première femme ministre de l’histoire du Québec. En 1964, elle présente le projet de loi 16 qui met fin à l’incapacité juridique des femmes mariées et qui leur permet dorénavant d’exercer des actes juridiques sans le consentement de leur mari. Avant cette loi, une femme mariée n’avait pas le droit de signer un bail ou d’ouvrir un compte bancaire sans l’autorisation écrite de son époux. D’ailleurs, même une fois députée, madame Kirkland-Casgrain a dû faire signer un bail pour un appartement à Québec par son mari, car sa signature n’était pas valide à titre de femme mariée.

Nommée ministre des Transports et des Communications de 1964 à 1966, elle fait de la sécurité routière sa priorité. Elle se présente à nouveau aux élections générales de 1966, mais cette fois-ci dans la nouvelle circonscription électorale de Marguerite-Bourgeoys, dont elle aide choisir le nom, et qu’elle représente jusqu’en 1973. En 1969, dans l’Opposition officielle, elle fait adopter le projet de loi concernant les régimes matrimoniaux et l’établissement de la société d’acquêts. Elle occupe le poste de ministre du Tourisme, de la Chasse et de la Pêche de 1970 à 1972 et élabore un livre blanc favorisant une accessibilité sans discrimination ni privilège des territoires de chasse et de pêche, autrefois l’apanage des clubs privés; cette mesure conduit à la création des premières réserves fauniques du Québec. Elle préside également l’adoption de la Loi sur les biens culturels, pierre d’assise de la protection du patrimoine québécois et du développement culturel, alors qu’elle est ministre des Affaires culturelles de 1972 à 1973.

Départ de la politique active

Elle quitte la vie politique le 14 février 1973 à la suite de sa nomination à titre de juge de la Cour provinciale et de présidente de la Commission du salaire minimum. Toutefois, avant son départ de l’Assemblée nationale, elle pilote le projet de loi 63 à l’origine de la création du Conseil du statut de la femme, le 6 juillet 1973. Nommée juge dans le district judiciaire de Montréal, elle prend sa retraite en 1991.

Héritage

De 1961 à 1973, Claire Kirkland-Casgrain est la seule femme membre du gouvernement provincial du Québec. Pionnière de l’émancipation des femmes en politique québécoise et symbole de la cause féministe au Canada, son engagement social et politique a été reconnu en 2001 lors du quarantième anniversaire de sa première élection. Pour l’occasion, une salle du restaurant Le Parlementaire, située dans l’hôtel du Parlement, a été nommée en son honneur.

En 2012, un monument érigé à proximité de l’Assemblée nationale lui rend hommage en compagnie d’Idola Saint-Jean, de Marie Gérin-Lajoie (née Lacoste) et de Thérèse Casgrain, toutes des pionnières en politique qui ont lutté comme elle, pour les droits des femmes et l’amélioration de leurs conditions sociales et économiques.

Prix et distinctions

Doctorat honorifique, Université de Moncton (1965)

Doctorat honorifique, Université York (1975)

Chevalier de l’Ordre national du Québec (1985)

Membre de l’Ordre du Canada (1992)

Médaille du Gouverneur général en commémoration de l’affaire « personne » (1993)

Doctorat honorifique en droit, Université McGill (1997)

Prix Pfizer de la pionnière décerné par la Fondation du Y des femmes de Montréal (2002)

Médaille du Barreau pour sa contribution exceptionnelle au Québec moderne (2004–2005)