Les discussions concernant les conditions économiques des peuples autochtones présupposent souvent des expériences et des résultats homogènes parmi tous ces peuples. Une analyse plus détaillée révèle néanmoins une grande diversité historique et contemporaine des activités économiques menées par les membres des communautés autochtones. Une telle analyse permet également de mettre en lumière comment les conditions économiques diffèrent d’une communauté à l’autre. De plus, ces conditions sont survenues, et se perpétuent, dans le contexte de la colonisation, de l’exclusion sociale et d’une marginalisation politique et économique. Il est donc essentiel de bien comprendre ce contexte si l’on veut élaborer des politiques et des programmes adaptés à la réalité quotidienne des communautés autochtones du Canada.

Survol historique

Dans le passé, les systèmes économiques des Autochtones étaient centrés sur la subsistance et gravitaient autour d’activités telles que la pêche, la chasse et la cueillette. Les activités économiques dépendaient de la disponibilité géographique et saisonnière des principales sources de nourriture. Ces facteurs influençaient l’organisation des groupes autochtones, notamment la taille et la durée des camps, la division du travail entre les hommes et les femmes, et les interactions avec les autres groupes. L’éventuel surplus d’une ressource faisait naître des possibilités d’échanges entre différentes communautés autochtones. Ces échanges présentaient des avantages matériels pour l’économie des communautés, mais permettaient aussi de hausser le prestige de certains groupes, d’établir ou de renforcer des alliances et de résoudre des différends.

Même si, initialement, la présence des Européens n’a pas perturbé la dynamique traditionnelle des activités économiques et a même étendu les possibilités de commerce (et la liste des objets vendables), l’officialisation de la traite des fourrures a eu un impact profond sur de nombreuses communautés autochtones. Des conflits associés à la disponibilité des ressources et des territoires sont apparus lorsque la motivation des activités de piégeage et de chasse est passée de la subsistance au commerce. L’influence des marchés extérieurs a aussi exposé les sociétés autochtones aux conséquences destructives des « cycles d’expansion et de récession ». Pour les Autochtones, le contact avec les colons européens et la dépendance qu’il a créée à l’égard de l’économie officielle ont vite été suivis de revendications des colons sur leurs terres et leurs ressources. Avec l’implantation de plus en plus profonde de l’économie coloniale et le déclin de la traite des fourrures, de nombreuses communautés autochtones se sont retrouvées perturbées et vulnérables sur le plan économique. La participation des Autochtones au marché du travail était fréquemment marginalisée et fragile. L’héritage de la colonisation continue aujourd’hui à modeler la réalité économique des Autochtones.

Complexité des systèmes économiques autochtones

Trois facteurs clés sont particulièrement importants pour les systèmes économiques autochtones modernes : l'héritage évolutionniste propre à chacune des communautés, la mesure dans laquelle chaque membre de la communauté s’est inséré dans l'économie basée sur l’argent et le travail rémunéré et le rôle joué par le gouvernement fédéral en matière de soutien et de gestion des systèmes économiques autochtones. La manière dont les Autochtones contribuent à l’économie canadienne présente plusieurs facettes. La participation au marché du travail représente une partie importante de cette contribution, mais les statistiques qui ne tiennent compte que du travail rémunéré ignorent les contributions des Autochtones pour lesquelles aucun paiement n’est reçu. Ainsi, les statistiques officielles et les discussions concernant la contribution économique des Autochtones qui ne sont basées que sur la participation au marché du travail négligent forcément les activités, telles que la pêche, la chasse, le piégeage, la couture et la garde des enfants, qui servent pourtant à la subsistance ou au paiement de biens ou de services. Les systèmes économiques autochtones peuvent par ailleurs bénéficier d’un mélange de subsistance traditionnelle et d’activités économiques plus modernes. Les chasseurs peuvent ainsi vendre une partie de leurs captures sur le marché et garder le reste pour leur propre consommation ou une vente ultérieure au sein de leur communauté. La fréquence des activités traditionnelles telles que la pêche ou la couture varie, tout comme leur importance pour les systèmes économiques autochtones, en fonction de facteurs tels que l’emplacement géographique, le statut urbain ou rural de la communauté, la présence éventuelle d’une industrie, les restrictions réglementaires concernant les terres et les ressources, et l’intégration ou non à une réserve.

Systèmes économiques autochtones

Au Canada, la majorité des Autochtones participent au marché du travail en plus de leurs activités traditionnelles ou parallèlement à celles-ci. Les différences entre les méthodes utilisées pour recueillir les données font qu’il peut être difficile de décrire avec précision la participation des Autochtones à la population active. Souvent, les données statistiques concernant les Autochtones et la population canadienne en général ne prennent pas en compte les personnes qui vivent dans les territoires ou dans les réserves. Les conditions économiques dans lesquelles vivent les Autochtones peuvent donc être mal décrites.

Une modification des méthodes de collecte des données affecte aussi les mesures démographiques. On le remarque en particulier lorsque l’on compare les données de 2011 avec celles recueillies antérieurement à l’aide du questionnaire détaillé du recensement. Ce questionnaire détaillé, obligatoire pour 20 % de la population canadienne, a été supprimé en 2010 et a été remplacé en 2011 par le formulaire facultatif de l’Enquête nationale auprès des ménages (ENM) envoyé par la poste à plus de 30 % des logements privés au Canada. En plus du caractère facultatif du questionnaire de l’ENM, les questions posées, qui concernent les Autochtones vivant au Canada et dans les réserves, diffèrent dans leur formulation et leur format.

Emploi et revenu

En général, le taux d'emploi des Autochtones est beaucoup plus faible que le taux moyen enregistré pour la population générale au Canada, tandis que le taux de chômage chez les Autochtones est beaucoup plus élevé que chez les non-Autochtones. L’Enquête auprès des peuples autochtones de 1991, qui était axée sur les activités des Autochtones âgés d’au moins 15 ans (vivant ou pas dans une réserve), a montré que seulement 43 % des Autochtones effectuaient un travail rémunéré, alors que la proportion est de 61 % pour la population canadienne de plus de 15 ans prise dans son ensemble. Quinze ans plus tard, les données du recensement de 2006 ont montré que le taux d'emploi des Autochtones situés dans la principale tranche d’âge active (25 à 54 ans) était passé à 65,8 %. Malgré cette augmentation, le taux d'emploi des Autochtones reste beaucoup plus faible que celui de la population générale (81,6 %). De plus, le taux de chômage chez les Autochtones est deux fois plus élevé que celui des non-Autochtones.

Le taux d'emploi varie par ailleurs considérablement d’un groupe autochtone à l’autre. Il atteint 75 % chez les Métis, à comparer avec un niveau proche de 61 % pour les Inuits et les membres des Premières Nations. Chez les Premières Nations, les personnes qui vivent en dehors des réserves ont un taux d’emploi (66,3 %) supérieur à celui constaté chez les personnes qui vivent dans les réserves (51,9 %) et un taux de chômage moitié moindre. De même, les Indiens inscrits qui vivent en dehors des réserves bénéficient d’un taux d’emploi (64,8 %) plus élevé que celui des Indiens inscrits qui vivent dans les réserves (51,9 %). Les taux d'emploi varient par ailleurs avec le sexe. Les femmes autochtones sont moins présentes dans la population active (51,1 %) que les femmes en général (57,7 %) et les hommes autochtones (56,5 %). Le taux d’emploi chez les femmes métisses (60 %) est supérieur à celui des femmes inuites (49,1 %) et des femmes des Premières Nations (46,1 %). Le taux de chômage chez les femmes autochtones (13,5 %) est deux fois plus élevé que celui des femmes non autochtones (6,4 %), mais il est inférieur de 2,6 points de pourcentage à celui des hommes autochtones (16,1 %). Ces données ne tiennent pas compte des Autochtones qui vivent dans les territoires ou dans les réserves. Des estimations faites à partir des données recueillies dans le cadre des enquêtes sur la population active de 2008, 2009 et 2010 révèlent une diminution spectaculaire du taux d’emploi chez les Autochtones à la suite du repli du marché du travail. Les Autochtones ont subi un plus fort déclin de l’emploi que les non-Autochtones et l’écart des taux d’emploi entre ces deux groupes ne cesse de croître.

En termes de revenu, les travailleurs autochtones gagnent en moyenne beaucoup moins que la population générale, bien que les écarts varient. Les données du recensement de 2006 montrent que le revenu médian des Autochtones (18 962 $) et considérablement inférieur à celui des non-Autochtones (27 097 $). Selon ces mêmes données, le revenu médian des membres des Premières nations (17 007 $) était le plus faible parmi les Autochtones, tandis que celui des Métis (21 498 $) était le plus élevé, suivi par celui des Inuits (17 268 $). Il est important de souligner que certaines personnes vivant dans des réserves ou dans des communautés rurales peuvent bénéficier de revenus non pécuniers tels que de la nourriture provenant de l’agriculture, de la chasse, etc., et que les données de recensement ne capturent pas ces revenus. Le revenu médian des Inuits, plus faible que celui des non-Autochtones, est un facteur important compte tenu du fait que la vie coûte plus cher dans le Nord.

La participation moindre à la population active reflète notamment des contraintes structurelles. Comme mentionné précédemment, certains Autochtones participent à des activités qui ne sont pas assimilées à un emploi parce qu’elles s’effectuent en dehors du marché du travail officiel. D’autres peuvent rencontrer des difficultés lors de l’intégration de ces activités économiques traditionnelles dans l’économie canadienne générale. Les Autochtones qui chassent, piègent et pêchent dépendent de la disponibilité des ressources, ce qui explique en partie que le travail dans de nombreuses communautés reste saisonnier. La proportion des travailleurs temporaires est plus élevée chez les Autochtones que chez les non-Autochtones. En 2010, quatorze pour cent des Autochtones (à l’exclusion de ceux qui vivent dans les territoires ou les réserves) étaient employés dans le cadre d’un travail saisonnier, sous contrat ou à durée déterminée, contre 9,8 % pour les non-Autochtones. De plus, comme il est reconnu dans un rapport de la Commission royale sur les peuples autochtones, les discriminations constituent toujours une barrière à l’emploi chez les Autochtones. Des logements inadéquats et saturés, l’isolement géographique, le manque de moyens de transport ainsi qu’une santé et une éducation défaillante constituent également souvent des barrières à l’emploi.

Activités économiques

Les activités économiques des peuples autochtones sont diverses et couvrent de nombreuses industries et corps de métier. En 2010, c’est le secteur des soins de santé et de l’aide sociale qui employait le plus d’Autochtones dans les provinces et en dehors des réserves, suivi par les secteurs de la vente au détail et du commerce, de l’administration publique et de la construction. Les Autochtones étaient sous-représentés dans les postes de direction et dans le secteur des sciences naturelles et appliquées. Les Autochtones sont présents dans tous les secteurs de l’emploi, mais les conditions historiques, sociales et économiques ont modelé l’insertion des différents groupes autochtones dans le marché du travail.

Premières Nations

Selon AADNC, il existe au Canada 617 Premières Nations qui représentent plus de 50 nations ou groupes culturels. Leurs activités économiques sont donc vastes et diverses. Les membres des Premières nations sont principalement employés dans l’administration publique, la vente au détail, la construction et les services de logement et de restauration. Les membres des Premières nations et leurs communautés ont signé avec différents gouvernements des traités assurant la protection de leurs droits de chasse et de pêche et le partage des terres et des ressources. En 2005, le Plan de mise en œuvre des Premières nations a été mis sur pied pour combler l’écart de qualité de vie entre les Autochtones et les autres Canadiens. L’objectif de ce plan, qui s’étale sur dix ans, est de faire en sorte que tous les Autochtones bénéficient de la prospérité du Canada et y contribuent.

Les Métis

Dans le passé, les gouvernements du Canada ont affirmé que les Métis ne possédaient aucun des droits ancestraux protégés par l’article 35 de la Loi constitutionnelle et ont refusé de négocier avec eux. En 2003, la Cour suprême du Canada a finalement reconnu l’existence distincte des Métis et de leurs droits autochtones. À l’exception de certains villages situés en Alberta, les Métis ne possèdent aucune terre de réserve. Certaines communautés métisses en Alberta vivent sur des terrains mis de côté par la Province et participent à des activités de pêche ainsi qu’à des exploitations agricoles ou forestières. Dans quelques provinces, les Métis possèdent des droits distincts des autres Autochtones et font l’objet d’une législation spécifique.

En 2006, le taux d'emploi chez les Métis, 74,6 %, est le plus élevé parmi les Autochtones. Ce niveau est de 13 points supérieur à celui des Inuits et des membres des Premières Nations et de 4,2 points supérieur à celui des Métis en 2001. C’est dans les secteurs du commerce de détail, des services de soins de santé et d’aide sociale, de la construction et de la fabrication que les Métis sont les mieux représentés.

Les Inuits

En 1984, le gouvernement fédéral et les Inuvialuits (Inuits de l’Ouest) signent le premier règlement de revendications territoriales portant sur les trois territoires canadiens du Nord, la Convention définitive des Inuvialuits, dans le cadre de la Loi sur le règlement des revendications des Inuvialuit de la région ouest de l'Arctique. En plus du contrôle de leurs terres, les Inuvialuits acquièrent des droits tréfonciers sur le pétrole, le gaz et les minéraux, ainsi que des droits de chasse et de récolte partout à l’intérieur de la zone couverte par la convention. La Société régionale inuvialuit et ses filiales, notamment l’Inuvialuit Development Corporation, ont été mises sur pied pour administrer les droits et les avantages relatifs à l’entente. Les peuples inuits participent aussi à l’industrie du pétrole et du gaz ainsi qu’au développement connexe des entreprises, des mines et des ressources. La chasse, la pêche et le piégeage fournissent toujours aux Inuits de la nourriture nutritive et viennent compléter de nombreux revenus.

Le socle économique des Inuits s’est beaucoup diversifié avec l’intensification du tourisme et des activités artistiques telles que la sculpture et la gravure, les œuvres étant généralement vendues par l’intermédiaire des coopératives inuites. Ces activités assurent des revenus stables à de nombreuses communautés. L’Agence canadienne de développement économique du Nord (CanNor) a été créée en 2009 pour augmenter le nombre d’entreprises nordiques et autochtones et améliorer l’accès des entrepreneurs aux sources de financement.

Le taux d'emploi chez les Inuits a augmenté entre 2001 et 2006 pour atteindre 61,1 %. Les Inuits sont les mieux représentés dans les secteurs de l’administration publique, des soins de santé et de l’aide sociale, et du commerce de détail. Viennent ensuite les secteurs de la construction, des transports, de l’éducation et des services d’hébergement et de restauration.

Soutien gouvernemental

Bien que la majorité des Autochtones bénéficient d’un travail rémunéré et que ces revenus représentent la majeure partie de leurs revenus totaux, de nombreuses communautés restent dépendantes du gouvernement par l’intermédiaire de liens complexes. Comme les auteurs du rapport de la Commission royale sur les peuples autochtones le font remarquer, cette dépendance résulte initialement de la dislocation et de la dépossession des communautés autochtones sous la pression de l’économie coloniale qui a rendu les Autochtones de plus en plus marginaux et vulnérables sur le plan économique. Au début, les divers niveaux de gouvernement n’étaient pas enclins à assumer la responsabilité d’aider les Autochtones, en particulier ceux qui vivent dans les réserves. Les programmes fédéraux ont souvent ignoré les Métis et les Inuits. Les membres des Premières Nations qui vivent dans les centres urbains se sont retrouvés aux centres de querelles entre les gouvernements provinciaux et le gouvernement fédéral au sujet des responsabilités et des ressources. Après la Deuxième Guerre mondiale, et en particulier dans les années 1960, le gouvernement fédéral commence à jouer un rôle plus actif pour la prestation des services de développement destinés aux communautés autochtones dans les domaines du social, de l’éducation et de l’économie (voir Autochtones :programmes gouvernementaux ).

Du début des années 1980 au milieu des années 1990, les dépenses fédérales axées sur les communautés autochtones font plus que tripler, passant de 1,4 milliard de dollars en 1980–1981 à 5,6 milliards de dollars en 1995–1996. Affaires autochtones et Développement du Nord Canada (AADNC) est l’organisme fédéral responsable du respect des obligations et des engagements du Canada envers les Premières Nations, les Inuits et les Métis. Ce ministère gère par exemple un programme d’aide au revenu destiné aux personnes et aux familles qui vivent dans les réserves afin de les aider à subvenir à leurs besoins de base et de leur offrir un soutien préalable à l’emploi. AADNC estime que 33,6 % des personnes dans les réserves dépendaient du programme d’aide au revenu durant l’exercice 2012–2013. Des organisations représentatives des Autochtones aux niveaux national, provincial et territorial telles que l’Assemblée des Premières Nations, le Ralliement national des Métis, le Congrès des Peuples Autochtones et l’Inuit Tapiriit Kanatami ont souvent des responsabilités qui incluent l’amélioration des conditions sociales, à l’intérieur et à l’extérieur des réserves, et la représentation ou la défense des intérêts de leurs membres. AADNC accorde des subventions à un grand nombre de ces organisations. Dans l’optique de clore le chapitre de l’héritage des pensionnats, le gouvernement a mis en œuvre en 2007 la Convention de règlement relative aux pensionnats qui prévoit un « paiement d'expérience commune » pour les anciens élèves admissibles. Le gouvernement fédéral a prévu, dans le cadre de l’exercice 2014–2015, un budget de 8 milliards de dollars pour les dépenses d’AADNC, 70 % de cette somme devant être alloués à l’éducation, au développement social, à la résolution de la question des pensionnats, à l’entrepreneuriat autochtone ainsi qu’au développement et aux infrastructures communautaires. Les Autochtones ont également accès aux avantages dont bénéficie la population générale, tels que la Prestation fiscale canadienne pour enfants, la Sécurité de la vieillesse et l’assurance-emploi.

Soutien supplémentaire : développement économique

En 1989, la Stratégie canadienne de développement économique des Autochtones (SCDEA) est mise en place pour offrir des possibilités d’emploi à long terme et de création d’entreprises aux communautés des Premières Nations et inuites et pour les aider à gérer le développement des ressources, les entreprises autochtones et la planification économique communautaire. La SCDEA se concentrait sur les activités économiques : développement du marché du travail, développement des affaires et développement communautaire. C’est Affaires autochtones et Développement du Nord Canada (AADNC) qui est aujourd’hui responsable du soutien au développement économique des communautés autochtones. Le Programme d’entrepreneuriat autochtone est une initiative de l’AADNC qui vise à offrir un financement aux entreprises appartenant à des Autochtones pour des activités de développement des affaires dans l’optique de construire une économie autochtone compétitive et durable. En 2009, le gouvernement fédéral a mis en œuvre le Cadre fédéral pour le développement économique des Autochtones dans le but d’axer les mesures fédérales sur l’augmentation de la participation des Autochtones à l’économie canadienne et l’amélioration des résultats économiques des Autochtones dans tout le Canada. Les priorités stratégiques comprennent le renforcement de l’entrepreneuriat autochtone, le développement du capital humain autochtone, l’augmentation de la valeur des actifs des Autochtones et la création de nouveaux partenariats efficaces avec les provinces, les territoires et le secteur privé. Le gouvernement a investi 200 millions de dollars sur quatre ans pour mettre en place ce cadre.

Les entreprises autochtones bénéficient également de divers soutiens en dehors du gouvernement. Le Conseil canadien pour le commerce autochtone (CCCA), une organisation nationale non partisane à but non lucratif, a ainsi été mis sur pied en 1984 pour aider au développement des entreprises autochtones et offrir des activités de parrainage en plus du financement d’entreprises. Le budget du CCCA provient entièrement de contributions du secteur privé et des cotisations de ses membres. Parmi les services offerts, on peut citer le programme Relations autochtones progressives qui vise à aider les entreprises canadiennes à améliorer leurs relations avec les communautés autochtones et le programme des Entreprises certifiées autochtones dont l’objectif est d’augmenter les possibilités d’affaires pour les entreprises autochtones membres dans les secteurs public et privé. Le Conseil national de développement économique des Autochtones (CNDEA) a été créé en 1990 pour conseiller le gouvernement sur les stratégies et les programmes susceptibles de promouvoir le développement économique des peuples autochtones du Canada. Le CNDEA est le seul organisme national apolitique qui conseille et promeut les entreprises autochtones au Canada. Il a présentement comme priorité d’éliminer les obstacles qui gênent le développement économique des communautés dans les réserves. L’Association nationale des sociétés autochtones de financement (ANSFA) a été créée collectivement en 1996 par un groupe d’institutions financières afin d’élaborer des produits et des services financiers destinés aux communautés autochtones. Les organismes communautaires de développement économique (OCDÉ) gérés par les communautés des Premières Nations offrent également divers incitatifs au développement économique grâce à une panoplie d’initiatives orientées vers les entreprises, l’emploi et le développement des ressources.

Entreprises autochtones

L’entrepreneuriat autochtone est en pleine croissance. De 2001 à 2006, le nombre de travailleurs indépendants autochtones a augmenté de 38 % au Canada pour atteindre 6,6 %, une augmentation cinq fois plus rapide que pour l’ensemble des travailleurs indépendants canadiens. Les Métis et les membres des Premières Nations comptaient proportionnellement plus de travailleurs indépendants que les Inuits (respectivement 49,3 % et 45 % contre 1,9 %). Chez Les Autochtones, entre 2006 et 2010, la proportion de travailleurs indépendants a également augmenté, atteignant les 11 %. L’Enquête sur les entreprises autochtones effectuée en 2010 a montré que plus de la moitié des entreprises autochtones avaient déclaré un bénéfice pour l’exercice 2010 et que plus d’un tiers d’entre elles avaient vu leurs revenus augmenter entre 2009 et 2010. Les entreprises autochtones sont diverses et couvrent de nombreux marchés et secteurs industriels, notamment la construction (18 %), le secteur primaire (agriculture, foresterie, pêche et chasse, exploitation minière, pétrole et gaz : 13 %) et le secteur tertiaire des services (éducation, services scientifiques et techniques et services sanitaires et sociaux : 28 %). La majorité (85 %) des entreprises autochtones sont centrées sur une communauté locale et/ou leur province ou territoire (73 %). Les entreprises autochtones représentent une importante source d’emplois pour les Autochtones. Les Autochtones occupent en moyenne environ deux tiers des postes dans les entreprises autochtones.

En 2015, plus de 1 800 entreprises figuraient dans le Répertoire des entreprises autochtones, un catalogue dressé dans le cadre de l’application de la Stratégie d'approvisionnement auprès des entreprises autochtones gérées par AADNC en collaboration avec Industrie Canada. L’enregistrement d’une entreprise dans ce répertoire n’est pas obligatoire et la liste n’est donc pas exhaustive, mais elle met en lumière le nombre et la diversité des entreprises autochtones. Parmi ces entreprises, on peut citer le Réseau de télévision des peuples autochtones (APTN), le premier et unique réseau national de télévision autochtone au monde. L’APTN offre des émissions conçues par des Autochtones, pour les Autochtones. Plus de 75 % des employés de l’APTN sont autochtones. Nk'Mip Cellars est la première cave vinicole appartenant à des Autochtones et exploitée par eux en Amérique du Nord. Elle est située à Osoyoos, dans la vallée de l’Okanagan, en Colombie-Britannique. La Banque des Premières Nations du Canada (BPNC) est un établissement détenu et contrôlé par une majorité (80 %) d’actionnaires autochtones qui s’emploie principalement à offrir des services financiers sur le marché autochtone canadien. La BPNC gère plusieurs succursales et centres bancaires communautaires dans tout le Canada. Manitoba Mukluks est une entreprise autochtone qui vend ses chaussures partout dans le monde. Elle fabrique 20 % de ses produits à Winnipeg, dans une usine qui appartient à des Autochtones. La Kitikmeot Inuit Association – qui appartient dans son intégralité à des Inuits – gère conjointement Medic North Nunavut Inc. avec Advanced Medical Solutions. La société Medic North Nunavut Inc. offre du personnel, de l’équipement, des fournitures et des véhicules d’urgence médicaux à des sites éloignés.

Conditions socio-économiques

Le niveau de pauvreté, les conditions de logement, la qualité et le niveau d’éducation et le degré d’autonomie politique sont autant de facteurs qui influent sur le bien-être des Autochtones et de leurs communautés. (Voir Conditions sociales des Autochtones)

Pauvreté :

Bien que le calcul du seuil de faible revenu (avant impôt) n’inclût pas les personnes qui vivent dans les réserves ou les territoires, il permet de caractériser le niveau de revenu en deçà duquel les familles autochtones consacrent une portion plus importante de leur revenu aux biens de première nécessité que la famille moyenne. Selon les résultats de l’Enquête sur la dynamique du travail et du revenu de 2011, 17,3 % des Autochtones (approximativement un sur six) doivent vivre avec un revenu faible, un taux deux fois plus élevé que celui qui s’applique à l’ensemble de la population canadienne. Chez les Autochtones, la proportion des personnes qui dépensent une portion plus importante de leurs revenus pour l’achat des biens de première nécessité (nourriture, logement et habillement) est donc deux fois plus élevée que pour l’ensemble de la population canadienne. Si l’on tient compte du coût de la vie supérieur dans les communautés du Nord et de l’augmentation des coûts de fonctionnement dans les communautés rurales, il est permis de supposer que le nombre d’Autochtones classés dans la catégorie des « faibles revenus » augmenterait si l’on incluait les personnes qui vivent dans les réserves et les territoires. Les faibles revenus influent sur le bien-être économique des personnes concernées en restreignant leurs capacités d’accéder à la propriété, aux possibilités d’éducation et aux services sanitaires.

Logement

Les conditions de vie des Autochtones dépendent considérablement de l’emplacement géographique de leur lieu de résidence, du type de zone dans laquelle ils habitent (rurale ou urbaine) et du fait qu’ils vivent ou non dans une réserve. À l’époque de l’administration coloniale, les communautés autochtones étaient confrontées à des conditions et à des infrastructures de logement inappropriées, en particulier dans les communautés rurales, dans les communautés du Nord et dans les réserves. La centralisation du gouvernement et les programmes de réinstallation ont eu un lourd impact sur les conditions de logement et la qualité de vie des communautés autochtones. Dans les années 1960, moins de la moitié des maisons dans les réserves avaient l’électricité et seul un petit nombre étaient équipées de canalisations d’eau et d’égout. En 1996, AADNC observait qu’approximativement 90 % des résidences autochtones étaient équipées d’un système d’égout et qu’environ 96 % avaient l’eau courante. En 2004, ces chiffres étaient passés respectivement à 96 % et 98 %. À cette époque, la quasi-totalité des communautés avaient été électrifiées. Dans les communautés du Nord, la qualité du logement et des infrastructures est également longtemps restée mauvaise. Dans les années 1960, les familles inuites n’avaient souvent pas les moyens financiers d’acheter leur logement et les matériaux de construction étaient typiquement inadéquats pour le climat du Nord. Les coûts élevés du transport, de la construction et des opérations dans le Nord faisaient que de nombreux Inuits ne pouvaient obtenir ou conserver l’électricité et le chauffage. Les familles inuites vivaient entassées et dans des conditions insalubres.

La situation des Autochtones qui vivent dans les régions rurales, dans le Nord et dans les réserves s’est améliorée, mais des problèmes subsistent. Le recensement de 2006 indique qu’un Autochtone sur cinq (20 %) a besoin d’un logement, contre 12,7 % pour les autres Canadiens. En général, les Autochtones vivent également dans des logements de moindre qualité que ceux des non-Autochtones, notamment dans des maisons surpeuplées, qui nécessiteraient des réparations importantes. C’est plus particulièrement le cas des membres des Premières Nations qui vivent dans les réserves et des Inuits qui vivent dans le Nord. En 2006, près de la moitié (44 %) des membres des Premières nations présents dans les réserves et plus d’un quart (28 %) des Inuits vivaient dans des habitations nécessitant des réparations importantes, contre 7 % pour les non-Autochtones. La présence de moisissures, des matériaux de construction de piètre qualité et des systèmes de tuyauterie inadéquats sont quelques-uns des problèmes constatés. Vingt-six pour cent des membres des Premières Nations présents dans les réserves et 31 % des Inuits vivent dans des locaux surpeuplés (plus d’une personne par salle), des taux bien supérieurs aux 3 % observés pour les non-Autochtones. Chez les Inuits, 18 % de la population vit dans une maison abritant plus d’une famille, un taux cinq fois plus élevé que pour les non-Autochtones (4 %), qui résulte des traditions et d’un manque de logements dans le Nord.

Éducation

Presque tous les Autochtones terminent leurs études élémentaires, la plupart ont fait des études secondaires et un pourcentage croissant d’entre eux sont diplômés d’un collège ou d’une université (voir Autochtones : éducation). En 2011, presque la moitié (48 %) des Autochtones possédaient une formation postsecondaire (certificat d'une école de métiers, diplôme collégial ou diplôme universitaire) tandis que 22,8 % possédaient au mieux un diplôme de fin d’études secondaires ou l’équivalent. Le niveau d’éducation classique des adultes autochtones est inférieur à la moyenne nationale (64,7 % des non-Autochtones possèdent une formation postsecondaire), mais l’écart se rétrécit et varie avec le sexe et l’identité autochtone. Les femmes autochtones sont légèrement plus susceptibles de posséder un diplôme universitaire que les hommes autochtones. En 2006, près de la moitié des Métis, 42 % des Premières Nations et plus d’un tiers des Inuits possédaient des qualifications postsecondaires. De plus, les Autochtones terminent aujourd’hui plus souvent leurs études secondaires, même si le taux d’abandon chez cette population reste supérieur à celui de la population canadienne prise dans son ensemble. Le taux d’achèvement des études est plus faible chez les Inuits. Ce moindre taux reflète l’existence, dans leur culture, d’une éducation « informelle » ainsi que des programmes scolaires qui ne sont pas suffisamment pertinents du point de vue culturel. La pertinence culturelle et l’applicabilité des programmes scolaires sont également problématiques pour les Autochtones qui vivent dans les réserves. L’éducation élémentaire et secondaire est offerte par les écoles publiques, les écoles administrées par les bandes et les écoles dépendant d’autorités provisoires en matière d’éducation. La qualité et la durée de l’éducation influent sur les qualifications propices à la découverte d’un emploi et sur le nombre de possibilités qui s’offrent aux demandeurs. Même si le taux d'emploi augmente avec le niveau d’éducation chez les Autochtones, il reste plus faible que chez les non-Autochtones à tous les niveaux d’éducation.

Autonomie politique

Sous l’administration coloniale, les communautés autochtones ne contrôlaient pas leur propre destinée économique ni leur développement social, en particulier les Indiens inscrits qui étaient considérés comme des pupilles de l'État. Ce manque d’autonomie a restreint le développement économique et la capacité des Autochtones à prendre des décisions. Le gouvernement canadien est aujourd’hui convaincu que les Autochtones ont un droit inhérent à l’autonomie gouvernementale aux termes de l’article 35 de la Loi constitutionnelle, mais des liens compliqués existent encore entre la gouvernance autochtone et la gestion fédérale. Les ententes d’autonomie gouvernementale accordent aux groupes autochtones un contrôle plus étendu sur leurs affaires internes et la capacité de légiférer ainsi que des responsabilités et une autonomie plus grandes pour ce qui est des décisions qui affectent leurs communautés. En avril 2015, le Canada avait déjà signé 22 ententes d’autonomie gouvernementale concernant 36 communautés autochtones réparties dans tout le Canada. Sur ces 22 ententes, 18 font partie de revendications territoriales globales (ou d’un traité moderne). Il existe actuellement 90 tables de négociation sur l'autonomie gouvernementale d’un bout à l’autre du pays. Il est important de souligner que les ententes d’autonomie gouvernementale ne sont ni inhérentes ni illimitées. Le gouvernement canadien conserve l’autorité qui est la sienne d’approuver ou non les ententes d’autonomie gouvernementale et leur contenu.