La crise du canal de Suez de 1956 est un affrontement militaire et politique en Égypte, qui a menacé de brouiller les États-Unis et la Grande-Bretagne et nuit à l’alliance militaire occidentale sortie victorieuse de la Seconde Guerre mondiale. Lester B. Pearson, qui deviendra plus tard premier ministre, reçoit le Prix Nobel de la paix pour avoir mis sur pied la première mission de maintien de la paix des Nations Unies afin de désamorcer cette crise.

Égypte nationalise le Canal

Le canal de Suez relie directement la Méditerranée et la mer Rouge. Inauguré en 1869, le canal est construit par des Égyptiens, mais financé par la Compagnie du canal de Suez appartenant à des intérêts français et britanniques. Le 26 juillet 1956, le président égyptien Nasser s’empare du canal de Suez et le nationalise. Ce geste préoccupe les gouvernements occidentaux, car le canal sert à transporter du pétrole vers la Grande-Bretagne. Si l’Égypte décidait de bloquer cette voie, cela nuirait gravement à l’économie britannique.

La crise se produit pendant la guerre froide, ce qui augmente les tensions. Officiellement, l'Égypte nationalise le canal pour financer la construction du barrage d’Assouan, qui servira à contrôler les inondations du Nil, à industrialiser le pays et à le fournir en hydroélectricité. Nasser continue d’exploiter le canal comme auparavant, mais la Grande-Bretagne, la France et Israël, leur allié régional, commencent à comploter et à préparer une action militaire contre l’Égypte. Nasser, quant à lui, se procure des armes militaires en Union Soviétique.

Bombardement du canal

Comme les diplomates n’arrivent pas à trouver une solution à la crise, la Grande-Bretagne, la France et Israël conviennent en secret d’une action contre l’Égypte sans en informer ni les États-Unis, ni le Canada ni les autres membres de l’OTAN. Israël passe à l’attaque le 29 octobre et occupe 42 km du canal. Comme convenu avec Israël, la Grande-Bretagne et la France somment Israël et l’Égypte de se retirer de la région immédiate du canal. Nasser refuse. Le 31 octobre, la Grande-Bretagne et la France interviennent directement en bombardant la zone du canal.

Les États-Unis, qui ne souhaitent pas de guerre, font pression sur la Grande-Bretagne pour une solution pacifique. L’agression britannique en Égypte cause le plus grand désaccord du 20e siècle entre ces deux alliés.

Le Canada devient conciliateur

Le gouvernement canadien joue le rôle public de conciliateur. Mais en coulisse, Ottawa se montre irritée par ce geste qui divise le Commonwealth et qui nuit aux relations avec les États-Unis, menaçant de provoquer une guerre plus grave.

Lester B. Pearson, secrétaire d’État aux Affaires extérieures du Canada (ministre des Affaires étrangères), dirige la délégation canadienne envoyée à l’ONU. Il joue un rôle important dans la création de l’État d’Israël en 1947. À l’été 1956, il travaille sur une solution diplomatique de la crise du canal de Suez. Quand cette tentative échoue et que les bombardements recommencent, il change de tactique.

De concert avec ses collègues de l’ONU, Lester B. Pearson forme la première force de maintien de la paix des Nations Unies. À cette époque, les observateurs militaires de l’ONU ont déjà la tâche de surveiller des accords de cessez-le-feu au Cachemire et en Palestine, mais aucune force militaire de maintien de la paix armée et robuste n’a encore été formée.

Quand il s’adresse à l’Аssemblée générale de l’ONU à New York, en pleine crise du canal du Suez, Lester B. Pearson justifie la formation de « la force policière de maintien de la paix » en disant : « La paix c’est beaucoup plus que cesser le feu ».

Le 4 novembre, 57 États membres de l’ONU votent pour de la mission de maintien de la paix, 19 s’abstiennent et aucun ne vote contre. Le lendemain, cependant, les Britanniques et les Français décident de passer outre la résolution de l’ONU et larguent des parachutistes dans la zone du canal.

Les États-Unis ne cessent pas de faire pression sur le premier ministre britannique sir Anthony Eden pour qu’il trouve une solution pacifique à la crise. Enfin, un cessez-le-feu est conclu le 6 novembre et les gardiens de la paix de l’ONU entrent dans la zone du canal. La solution de Lester B. Pearson permet à la Grande-Bretagne, à la France et à Israël de retirer leurs forces sans perdre la face. La Force d’urgence des Nations Unies (FUNU), sous le commandement du général canadien E.L.M. Burns, et le contingent canadien de logistique et d’équipements arrivent à la fin novembre.

Lester B. Pearson reçoit le Prix Nobel de la paix

En 1957, Lester B. Pearson reçoit le Prix Nobel de la paix pour ses efforts de conciliation. Dans son discours d’acceptation, il souligne le rôle joué par le Canada dans la résolution de la crise en Égypte.

« Je sais que je partage ce prix avec mes collègues et amis qui ont travaillé avec moi pour rétablir la paix et la compréhension entre nations. Je suis heureux d’avoir eu la chance de participer à cet effort comme représentant de mon pays, le Canada, dont le peuple a montré son dévouement à la paix »

En Grande-Bretagne et au Canada, certaines personnes sont consternées par le manque apparent de soutien envers la Grande-Bretagne de la part d’Ottawa. Pendant les élections au Canada en 1957, le parti libéral de Lester B. Pearson et le premier ministre Louis St-Laurent sont accusés d’avoir trahi la Grande-Bretagne, encore considérée comme une mère patrie par bon nombre de Canadiens. Lester B. Pearson croit que la meilleure façon d’arrêter les débats est de défendre sa position, ce qu’il fait. Certains croient que la défaite du gouvernement libéral aux élections générales de 1957 est peut-être en partie attribuable à l’attitude hostile de quelques Canadiens envers le rôle que leur pays a joué dans la résolution de la crise du canal de Suez.

Ce qui n'empêchera pas Lester B. Pearson de devenir premier ministre en 1963, six ans plus tard. En outre, son rôle dans la création de la première force de maintien de la paix de l’ONU indique la voie de l’avenir. Les missions de maintien de la paix financées par l’ONU sont des activités militaires et diplomatiques dont les Canadiens sont fiers. De telles missions seront effectuées en grand nombre dans le monde au cours des prochaines décennies.