La Crise économique mondiale des années 1930 est un choc économique et social qui laisse des millions de personnes sans emploi, sans abri et dans le besoin au Canada. Les « sales années 1930 » frappent peu de pays aussi durement que le Canada, en raison de sa dépendance aux exportations de matériel brut et de produits agricoles et d’une sécheresse dévastatrice dans les Prairies. La perte d’emploi et de revenus partout au pays mène à la création de l’assistance sociale et à divers mouvements populaires. En outre, elle oblige le gouvernement à jouer un rôle plus actif à l’égard de l’économie.

Aucune dépense, aucun emploi

À ce jour, les économistes se demandent toujours si un événement en particulier, comme le krach de la bourse de New York en 1929, est à l'origine de la Crise. Toutefois, la plupart s’entendent pour dire que la crise résulte d’un recul généralisé des cours mondiaux des produits de base et d’une baisse soudaine de la demande économique et du crédit, ce qui entraîne un déclin rapide du commerce mondial et une augmentation du taux de chômage.

Au Canada, les changements sont considérables. De 1929 à 1933, la dépense nationale brute du pays [l’ensemble des dépenses publiques et privées] chute de 42 %. En 1933, 30 % de la population active sont sans emploi et un Canadien sur cinq dépend de l’aide gouvernementale. Le taux de chômage demeure supérieur à 12 % jusqu’au début de la Seconde Guerre mondiale en 1939.

Fardeau inégal

La Crise est d'autant plus grave que ses effets ne sont pas les mêmes partout, que la structure de l'assistance sociale est rudimentaire et que la politique gouvernementale est peu judicieuse. Un tiers du revenu national brut du Canada provient des exportations. C’est pourquoi l’effondrement du commerce mondial porte un coup dur à l’économie du pays. Les quatre provinces de l'Ouest, qui dépendent presque exclusivement de l'exportation de produits primaires, sont les plus touchées.

Les problèmes économiques des Prairies sont aggravés par des années de sécheresse, des invasions de sauterelles et des tempêtes de grêle qui nuisent gravement aux récoltes. En plus de voir le prix du blé atteindre son plus bas niveau de toute l'histoire, la Saskatchewan fait brusquement face à une diminution de 90 % de son revenu total en l'espace de deux ans, de sorte que 66 % de la population rurale dépend des secours publics. À partir de 1932, les autres provinces de l'Ouest sont pratiquement en faillite. Bien que l'Ontario et le Québec connaissent un taux élevé de chômage, ces provinces sont affligées moins durement en raison de leur économie industrielle plus diversifiée et produisant des biens et des services pour le marché intérieur, qui est protégé. Les Maritimes, pour leur part, tombent de moins haut, étant donné qu'un grave recul économique y sévit déjà depuis les années 20.

La Crise touche différemment les classes sociales. Les salaires baissent durant toutes les années 30, et les prix chutent encore plus rapidement. Conséquemment, le niveau de vie des propriétaires fonciers et de la main-d'œuvre active augmente. Ce sont les fermiers, les jeunes, les hommes d'affaires modestes et les chômeurs qui portent tout le poids de la misère économique.

Répercussions sur la population

Les changements démographiques sont un indice révélateur de la gravité de la Crise. Durant les années 1930, la croissance de la population atteint son taux le plus bas depuis les années 1880 à cause de la baisse à la fois de l'immigration et du taux de natalité. Au Canada, le nombre des immigrants reçus passe de 169 000 en 1929 à moins de 12 000 en 1935 et ne dépasse pas 17 000 durant le reste de la décennie. Pendant cette période, on refuse de donner asile aux Juifs européens fuyant l'Allemagne nazie (voir Réfugiés). Le nombre des déportations du Canada passe de moins de 2 000 en 1929 à plus de 7 600 trois ans plus tard. Au cours de la décennie, près de 30 000 immigrants sont forcés de retourner dans leur pays d'origine parce qu'ils sont malades ou en chômage.

Le taux de natalité au Canada passe de 13,1 naissances vivantes par 1 000 habitants en 1930 à seulement 9,7 en 1937, le plus bas pourcentage jusqu'aux années 1960. Durant les années 1930, la population rurale du Canada (sauf celle de la Saskatchewan) croît plus rapidement que la population urbaine, renversant l'élan de l'urbanisation des 50 dernières années. Pour bien des chômeurs, il vaut mieux faire un « retour à la terre » que de vivre misérablement des secours en ville.

Aide gouvernementale

Le Canada ne dispose pas d'un système adéquat d'aide sociale pour les sans-travail. Bien que le chômage soit un problème national, les gouvernements fédéraux du premier ministre conservateur R. B. Bennett (1930-1935) et du premier ministre libéral W. L. Mackenzie King, à la fois le prédécesseur et le successeur de BENNETT, refusent dans l'ensemble de fournir du travail aux chômeurs, affirmant qu'il incombe aux autorités municipales et provinciales de les aider. King, qui est au pouvoir au début de la dépression, hésite à admettre que la crise économique touche le Canada, une prise de position qui lui coûte la victoire aux élections de 1930. (King est réélu en 1935)

La réticence du gouvernement fédéral à lutter contre le chômage contribue à un effondrement fiscal dans les quatre provinces de l'Ouest et dans des centaines de municipalités. On prend ensuite des mesures d'assistance sociale, mais elles sont improvisées, insuffisantes et souvent humiliantes. L'allocation mensuelle que reçoit une famille de cinq personnes varie de 60 $ à Calgary à 19 $ à Halifax. Il n'existe aucun rapport officiel de mort par inanition, mais pendant toute la décennie, les médecins font couramment état de scorbut et d'autres maladies causées par la malnutrition.

Comme les gouvernements provinciaux refusent d'aider les hommes seuls et sans foyer, le gouvernement fédéral crée en 1932 des camps de secours pour les chômeurs, qu'il fermera en 1936. Administrés par le ministère de la Défense, ces camps paient les hommes 20 cents par jour pour un travail de construction dans les bois. En 1935, une manifestation contre les conditions de vie dans ces camps se termine par l'émeute de Regina, l'incident le plus violent de la dépression au Canada et qui fait un mort parmi les policiers et des dizaines de blessés parmi les manifestants, tandis que 130 autres sont arrêtés (voir Marche sur Ottawa).

Changements dans le paysage politique

La Crise a aussi pour effet de changer la façon dont la population canadienne conçoit l'économie et le rôle de l'État. Les gouvernements Bennett et King, de même que la majorité des économistes, croient fermement qu'un budget équilibré, un dollar fort et des changements dans les tarifs douaniers permettront au marché privé de relancer l'économie. Toutefois, leur confiance s’avère mal placée et la Crise engendre plusieurs mouvements de réforme politique, surtout au niveau provincial, qui préconisent l'intervention de l'État pour amorcer la relance. Ces réformes comprennent, entre autres, les théories du Crédit Social sur l'inflation, élaborées par le premier ministre de l'Alberta William Aberhart, le programme « Work and Wages » du premier ministre de la Colombie-Britannique Thomas Dufferin Pattulo et le socialisme démocratique de J. S. Woodsworth et de la Co-operative Commonwealth Federation. L'Union Nationale dirigée par Maurice Duplessis, au Québec, le Parti de la reconstruction de H. H. Stevens et le mouvement de la New Democracy de W. D. Herridge sont aussi engendrés par la Crise.

Le Parti Communiste du Canada est pratiquement interdit à partir de 1931, quand neuf de ses leaders sont arrêtés et reconnus coupables en vertu du Code criminel d'appartenir à une « association illégale. » Cette interdiction est levée en 1936, mais sera imposée de nouveau à la déclaration de la guerre en 1939. Toutefois, ses affiliés, comme la Workers' Unity League, la Relief Camp Workers Union et la National Unemployed Workers Association, jouent un rôle important dans l'organisation de marches de protestation et de manifestations regroupant les ouvriers non spécialisés et les chômeurs.

Intervention du gouvernement

Bien que ces organisations aient peu d'influence au pays, la Crise contribue au final à étendre les responsabilités de l'État en matière d'économie et d'aide sociale. En 1934, le gouvernement Bennett crée la Banque du Canada, qui est tenue de réglementer la politique monétaire; en 1935, on crée la Commission canadienne du blé, chargée de commercialiser le blé et d'en fixer le prix-plancher; et en 1940, le gouvernement canadien assume sa responsabilité envers les chômeurs en introduisant un programme national d'assurance-chômage et un service d'emploi.

La Crise économique légitime aussi les théories de l'économiste anglais John Maynard Keynes, qui soutient que si l'investissement privé ne suffit pas à assurer le plein emploi, l'État doit alors investir au moyen d'un déficit actif afin de créer des emplois. Les idées de Keynes influencent les rapports de la Commission nationale d'emploi (1938) et de la Commission royale d'enquête sur les relations fédérales-provinciales (1940). Ce dernier est important, car il lance l'idée des paiements de péréquation d'Ottawa vers les provinces.

Cependant, le gouvernement n'adopte résolument l'Économie Keynésienne que lorsque la guerre éclate en 1939, et ce sont les dépenses publiques massives nécessitées par la guerre qui réduisent enfin le chômage à un niveau minimal en 1942.

Voir aussi Histoire depuis la Confédération; Cycles économiques; New Deal de Bennett.