Deanna Bowen, artiste visuelle (née le 5 novembre 1969 à Oakland, en Californie). Les travaux de cette artiste multidisciplinaire, s’appuyant souvent sur des documents d’archives pour créer des œuvres témoignant d’un passé traumatisant, portent sur les migrations africaines, sur des récits personnels et collectifs ainsi que sur la généalogie et l’histoire de l’esclavage. Les œuvres de Deanna Bowen sont largement exposées dans tout le Canada ainsi qu’aux États‑Unis et en Europe.

Premières années, formation et début de carrière

Deanna Bowen descend de colons originaires des communautés noires d’Amber Valley et de Campsie, en Alberta – ses grands‑parents, originaires de l’Alabama et du Kentucky, avaient fui les États‑Unis après la promulgation des lois dites « Jim Crow » à la fin du XIXe siècle –, son histoire familiale constituant une clé essentielle de nombre de ses œuvres. Durant son enfance, la petite Deanna vit régulièrement chez ses grands‑parents lorsque sa mère, qui partage son temps entre Vancouver et Seattle, est absente. La tension entre le racisme au Canada et aux États‑Unis tout comme une recherche sur le refus du Canada d’accepter des récits témoignant de sa propre hostilité à l’égard des immigrants noirs inspirent une grande partie du travail de l’artiste.

Après avoir obtenu, en 1992, un diplôme en beaux‑arts du Collège communautaire Langara de Vancouver, Deanna Bowen suit des cours à l’Emily Carr College of Art and Design dont elle sort diplômée en sculpture en 1994, puis elle poursuit ses études à l’Université Simon Fraser jusqu’en 1995. Elle déménage à Toronto en 1996 où elle passe de nombreuses années comme travailleuse de la culture dans des organisations telles que Independent Filmmakers of Toronto, Les cahiers de la femme et l’InterAccess Electronic Media Arts Centre. Durant cette période, elle poursuit activement ses activités créatrices, ses œuvres vidéo explorant les concepts de sexualité, de race, de genre, de récit et de témoignage ainsi que les dimensions interpersonnelles des grands moments historiques lui valant de devenir une artiste reconnue.

De 2006 à 2008, Deanna Bowen fréquente l’Université de Toronto dans le cadre du programme de maîtrise en arts visuels. Une exposition itinérante, intitulée stories to pass on…, suit peu après, de 2009 à 2012. Elle se compose de deux œuvres vidéo, Gospel et Shadow on the Prairie, présentant toutes deux de façon détaillée les résultats des recherches de l’artiste sur ses racines familiales lorsque ses ancêtres étaient esclaves à Pine Flat en Alabama. S’appuyant à la fois sur des archives, sur des extraits cinématographiques pertinents, sur la théorie du traumatisme de l’Holocauste et sur des recherches généalogiques, ces œuvres sont emblématiques de l’approche viscérale et semi‑autobiographique des récits historiques troublés qui ont fait sa célébrité.

Principales œuvres

sum of the parts: what can be named…

En 2010, l’organisation torontoise de distribution vidéo VTape commande une vidéo à Deanna Bowen. L’œuvre qu’elle produit à cette occasion, intitulée sum of the parts: what can be named…, offre un récit de l’histoire de sa famille à l’époque où ses membres étaient esclaves et présente en détail les difficultés auxquelles ils ont dû faire face lorsqu’ils ont émigré au Canada, se heurtant non seulement à des restrictions officielles imposées par le gouvernement aux immigrants noirs, mais également à un sentiment anti‑noir qui prévalait largement au pays à cette époque.

The Paul Good Papers et Invisible Empires

En 2012, Deanna Bowen présente The Paul Good Papers à la Gallery 44 à Toronto. Conjointement avec l’acteur Russell Bennet, elle se produit quotidiennement sur scène où ils rejouent une entrevue entre Paul Good, un journaliste de la chaîne ABC News, et Robert Shelton, l’Imperial Wizard du Ku Klux Klan. L’exposition présente non seulement cette entrevue, mais également un enregistrement vidéo réalisé par ce même Paul Good sur les violences ayant entouré une campagne pour l’intégration scolaire conduite en 1964 à Notasulga en Alabama ainsi que du matériel de propagande du KKK, tous ces documents témoignant de la banalisation du concept de suprématie blanche à cette époque. Ultérieurement, à l’occasion d’une installation à l’Art Gallery de l’Université York en 2013, l’artiste met sur le devant de la scène des recherches plus poussées sur la présence du KKK au Canada. Parallèlement à une reconstitution d’un entretien réalisé par la CBC avec des hommes du Klan et à des reproductions d’affiches et de robes de cette organisation, elle y dévoile des centaines de pages de l’Anti‑Creek Negro Petition, un document de 1911, reproduit sous la forme d’impressions jet d’encre du document original, qui visait à empêcher les colons noirs de pénétrer dans les Prairies canadiennes. En contemplant ces œuvres, le public prend conscience des dimensions racistes de l’histoire du Canada en relation avec ses citoyens noirs et de son autosatisfaction en la matière et est amené à repenser les représentations de ce pays comme un havre protecteur s’étant toujours montré accueillant pour les colons noirs. Dans des œuvres ultérieures comme Hunting the Nigs in Philadelphia: Or An Alternate Chronology of Events Leading Up to and One Year Beyond the Columbia Avenue Uprisings, August 28‑30 1964 présentée, lors d’une exposition collective de 2015 intitulée Traces in the Dark, à l’Institute of Contemporary Art à la University of Pennsylvania, elle continue à faire appel à la même méthode de reproduction de documents d’archives et de réinterprétation d’enregistrements sonores.

Autres activités et reconnaissance

Gagnante en 2014 du prix William H. Johnson décerné par la William H. Johnson Foundation, Deanna Bowen voit ses œuvres exposées et projetées partout au Canada et dans le monde entier. Elle est également très présente en tant que chargée de cours à l’Université de Toronto et donne par ailleurs de nombreuses conférences publiques. Ses œuvres sont détenues dans le cadre de collections hébergées par le Van Pelt‑Dietrich Library Center de la University of Pennsylvania à Philadelphie, en Pennsylvanie, par la Syracuse University à Syracuse, dans l’État de New York, par la Thames Gallery à Chatham, en Ontario, par l’Université McMaster à Hamilton, en Ontario, par l’Université Concordia à Montréal, au Québec et par les Wedge Curatorial Projects à Toronto, en Ontario.