Dentisterie

Branche de la médecine qui s'occupe du traitement des dents et de leurs tissus de soutien. Des papyrus égyptiens remontant à 3500 ans av. J.-C. font état de maladies dentaires et gingivales (« des gencives ») et de leur traitement. De plus, les dents de certaines momies égyptiennes portent des traces de restauration. Des documents hébreux, grecs, chinois et romains font référence à certains aspects de la dentisterie.

Plus près de nous, le Français Pierre Fauchard (1678-1761), auteur du premier traité de pratique dentaire, Le Chirurgien dentiste (1728), est considéré comme le fondateur de la médecine dentaire moderne. C'est à lui que l'on doit la séparation entre la science et l'art dentaire de la médecine générale et de la chirurgie.

Parmi les colons qui viennent s'établir en Amérique, on trouve des médecins et des barbiers-chirurgiens. Bien que plusieurs se disent capables d'extraire et de remplacer des dents, aucun n'est dentiste de formation. L'extraction et le remplacement des dents sont confiés tantôt à un tourneur sur ivoire et fabricant de parapluies, tantôt à un coiffeur-perruquier, tantôt à un orfèvre comme Paul Revere. Pendant la colonisation, l'Amérique du Nord accuse un sérieux retard sur l'Europe dans le domaine de la dentisterie.

Au début du XIXe siècle, des « dentistes » ayant acquis quelques qualifications par le biais de l'apprentissage arrivent au Canada en provenance des États-Unis. Parmi eux, se trouvent un dénommé Hume, qui annonce son commerce dans 1'Acadian Reporter de Halifax en 1814, et L.S. Parmly, qui pratique à Montréal en 1815 et écrit le premier ouvrage canadien sur l'art dentaire, The Summum Bonum. Parmly s'affiche comme dentiste et « électricien médical ».

Le 3 janv. 1867, neuf dentistes se réunissent à Toronto pour former l'Ontario Dental Association. En 1868, le Collège royal des chirurgiens dentaires d'Ontario voit le jour. La même année, le premier numéro de la revue Canada Journal of Dental Science paraît. Après plusieurs tentatives infructueuses entre 1867 et 1870, le Collège royal des chirurgiens dentistes d'Ontario ouvre la première école de médecine dentaire à Toronto en 1875. Elle compte alors deux employés à plein temps, cinq à mi-temps et onze étudiants. Au cours des 100 années qui suivent, les écoles dentaires sont intégrées aux universités canadiennes.

En 1888, le Collège royal des chirurgiens dentistes d'Ontario s'affilie à l'U. de Toronto, laquelle accepte d'accorder le titre de docteur en chirurgie dentaire aux élèves qui terminent le programme d'étude. Les premiers examens ont lieu en 1889, après quatre mois de cours et 25 étudiants les réussissent. Il s'agit des premiers doctorats décernés à des diplômés en médecine dentaire à l'extérieur des États-Unis.

L'École dentaire de l'U. McGill ouvre ses portes en 1905, cependant ses origines remontent à 1892, avec la fondation à Montréal de l'Association des chirurgiens dentistes du Québec. Une école dentaire de langue française est créée à l'U. de Montréal en 1905. Une quatrième école de dentisterie ouvre ses portes à l'U. Dalhousie en 1908.

Dans l'Ouest canadien, ce n'est qu'en 1923 que s'ouvre la première école dentaire, avec la création d'un programme de quatre ans à l'U. de l'Alberta; un programme semblable est instauré à l'U. du Manitoba en 1958, puis à l'U. de la Colombie-Britannique en 1964. Trois autres écoles dentaires s'ouvrent pendant les années 1960 et 1970 : à l'U. Western Ontario (1966), à l'U. de la Saskatchewan (1968) et à l'U. Laval (1971). En 1993, quelque 14 749 dentistes pratiquent au Canada, ce qui représente un rapport dentiste-population de 1 :1851.

L'art dentaire a beaucoup évo1ué au cours du XXe siècle : d'abord empirique, il traverse une phase mécanique et devient finalement une profession fondée sur de solides recherches scientifiques et cliniques. En 1993, lors de la réunion annuelle de l'Association internationale de recherches dentaires, il est présenté plus de 2400 communications.

En Amérique du Nord, la médecine dentaire commence à se spécialiser au début du XXe siècle. W.G. Beers (1843-1900), de Montréal, ne pratique que l'exodontie (chirurgie buccale) et il est considéré comme le premier spécialiste en médecine dentaire au Canada. Les principales spécialités qui se développent par la suite sont l'exodontie, la parodontie et 1'orthodontie. Les autres spécialités aujourd'hui reconnues au Canada sont la radiologie buccale, la chirurgie maxillo-faciale, la pathologie bucco-dentaire, la dentisterie pédiatrique, la dentisterie prothétique, l'endodontie et la santé publique dentaire.

Plusieurs sociétés et programmes de spécialisation sont établis. Après de nombreuses années de controverse, une loi fédérale institue le Collège royal des chirurgiens dentistes du Canada en 1964, afin de promouvoir un niveau élevé de spécialisation, de définir les qualifications professionnelles, d'établir des programmes de formation dans les écoles dentaires canadiennes et d'assurer la reconnaissance et l'appellation officielle des spécialistes. Cette loi reçoit l'appui de tous les organismes provinciaux de réglementation chargés de délivrer des permis aux dentistes et de surveiller l'exercice de la médecine dentaire dans toutes les provinces.

Le développement de la dentisterie donne lieu à une nouvelle profession : celle d'auxiliaire dentaire, mais sa reconnaissance occasionne bien des débats. En 1947, la province d'Ontario modifie ses lois régissant la dentisterie pour y inclure les hygiénistes dentaires. La première école de dentisterie offrant une formation d'hygiéniste dentaire est créée à Toronto en 1951. Au milieu des années 1960, la plupart des écoles et des provinces offrent des formations similaires. Les hygiénistes dentaires travaillent dans des cabinets privés et au sein d'organismes de santé publique dentaire. Plusieurs provinces ont récemment élargi la gamme de leurs tâches.

Dans certaines provinces, les prothésistes dentaires, qui fabriquent les articles d'orthodontie destinés aux dentistes, sont maintenant habilités à vendre des prothèses directement au public. Les assistants dentaires travaillent aux côtés des dentistes afin d'apporter les soins dentaires aux patients.

Le pourcentage de femmes dentistes est plus faible au Canada que dans de nombreux autres pays. Mme Caroline Louisa Josephine Wells est la première Canadienne à obtenir un diplôme d'une école dentaire. Son diplôme lui est conféré par le Collège royal des chirurgiens dentaires d'Ontario en 1893.

Des associations dentaires se forment dans chaque province, mais c'est l'Association dentaire canadienne qui est le porte-parole national de la profession. Dans bien des pays, les soins dentaires sont régis par les programmes gouvernementaux, mais au Canada, seuls certains groupes, comme les enfants et les personnes âgées, bénéficient d'une aide de l'État pour les soins dentaires. Toutes les provinces n'accordent cependant pas cette aide.