Dessane, Antoine

 (Marie Hippolyte) Antoine (Antonin) Dessane. Organiste, pianiste, violoncelliste, professeur, compositeur (Forcalquier, près Aix-en-Provence, France, 9 décembre 1826 - Québec, 8 juin 1873). Deuxième fils de Louis Dessane, auteur d'une théorie de la musique approuvée par Luigi Cherubini, et de Marie Maurel, issue d'une famille de militaires, il eut pour premier prof. de composition son frère aîné. Un autre de ses frères était organiste à Saint-Sulpice de Paris. Jusqu'en 1837,il reçut son éducation musicale dans sa famille. Son père, qui enseignait depuis 1828 au collège des Jésuites à Billom, en Auvergne, lui imposa une discipline rigoureuse : à neuf ans, Antoine faisait quotidiennement neuf heures d'études musicales.

En 1837, la famille quitta l'Auvergne pour habiter Paris, et à dix ans et demi, il devint l'un des plus jeunes élèves du Cons. de Paris et l'un des rares à fléchir le redoutable dir. Cherubini. César Franck et Jacques Offenbach furent parmi ses condisciples. Deux concours s'ouvrirent dans les classes de violoncelle et de piano et Dessane les remporta.

En octobre 1841, son père le retira néanmoins du conservatoire et partit avec ses fils, d'abord au États-Unis, ensuite pour la province française, l'Italie, l'Autriche et l'Allemagne dans une tournée publicitaire pour promouvoir son commerce de musique. Le voyage, au cours duquel les musiciens donnèrent des concerts dans les villes et les châteaux, notamment ceux des duchesses d'Angoulême et de Berry et du prince de Polignac, dura un an et demi. Au retour, Antoine enseigna pendant un an avec son père à Billom. En 1845, il se fixa à Clermont-Ferrand et y compléta son éducation musicale auprès du compositeur George(s) Onslow. Pendant deux ans, il découvrit la magie de la composition et approfondit autant qu'il put le patrimoine musical de l'Occident. En outre, il enseigna dans plusieurs établissements et familles. Une de ses élèves, Irma Trunel de la Croix-Nord (1828 - 1899), devint sa femme en 1847. Quelques mois après leur mariage éclata la révolution de 1848. Rationnée pour le nécessaire, la France, la province surtout, ne parvint pas à faire vivre ses artistes. Dessane accepta alors l'offre de succéder à T.F. Molt au poste d'organiste de la basilique Notre-Dame de Québec.

Avec sa femme et sa fille, il débarqua à Québec en juillet 1849. Retrouvant leur langue et leur religion, émerveillés par la beauté de la ville, les Dessane s'intégrèrent rapidement à un milieu fort intéressé à la culture. La famille s'installa d'abord en banlieue, sur le chemin de la Petite-Rivière, à l'extrémité ouest du cimetière Saint-Charles. C'est au cours d'une randonnée de pêche sur la rivière Saint-Charles que Dessane entendit des chants folkloriques qui lui inspirèrent son Quadrille sur cinq airs canadiens. Dès 1850, les Dessane donnèrent un concert avec le 79e régiment et un violoniste allemand, Sigismond Pfeiffer. Irma Dessane chanta des airs de Meyerbeer, d'Adolphe Adam et d'Hippolyte Monpou. Dessane joua le violoncelle, le piano, et présenta une oeuvre, La Québécoise, « en hommage aux dames de Québec ».

Ce concert marqua le début d'une carrière musicale active où, sans doute à cause du talent vocal d'Irma Dessane, la musique d'opéra occupa une large part. En 1852-53, la famille déménagea rue Saint-Vallier. Cette résidence plus centrale permit d'organiser des cours de musique bientôt populaires auprès de la bourgeoisie que les Dessane fréquentaient. À ces cours s'ajoutaient des soirées musicales. Plus tard, ces Soirées Dessane furent données dans la salle des Chevaliers de Colomb, une salle de 1000 à 1200 places où l'on présentait également du théâtre. Les musiciens qui participaient à ces Soirées étaient pour la plupart des membres de la Société harmonique, et Dessane fut appelé à diriger certains concerts de cette formation, dont ceux des 22 février et 19 mars 1853 : on y présentait des oeuvres de Mozart, Haydn, Beethoven, Weber. Il en dirigea quelques autres avant que la Société ne cesse ses activités en 1857. En 1870, Dessane et Frederick W. Mills tentèrent de lui redonner une certaine vigueur.

En 1857, Dessane avait formé le Septett Club qui donna son premier concert le 27 avril de la même année. Ce septuor de cordes et vents, qui dura jusqu'en 1871, offrait le répertoire classique et romantique que présentaient jusque-là les harmonies militaires. Les arrangements du Septett Club étaient cependant plus conformes à la version originale des oeuvres. L'ensemble donnait ses concerts seul ou avec des chorales d'églises; le programme comprenait alors principalement de la musique religieuse, dont des oeuvres de Dessane fréquemment chantées par sa femme. Un différend entre Ernest Gagnon et Dessane sur l'accompagnement du plain-chant, suscité par la parution des Chants d'Église de P.-M. Lagacé, entraîna en 1864 la démission de Dessane comme organiste de Notre-Dame. Il fit valoir son point de vue dans le Journal de Québec du 3 avril 1864. Il poursuivit cependant son enseignement et ses concerts et tenta de fonder un orchestre de 60 exécutants, recrutés surtout chez les musiciens de régiment.

En août 1865, la famille s'installa à New York où les Jésuites offrirent à Dessane un poste d'organiste à l'église Saint Francis Xavier. Même si ce nouveau poste était pécuniairement intéressant pour le père de sept enfants, ce séjour de quatre années dans la métropole amér. fut assez pénible. En outre, la santé de Dessane était déjà déficiente. Il n'en organisa pas moins des concerts, surtout de musique religieuse, avec solistes, choeur et orchestre. Le 7 février 1866, à Saint Francis Xavier, il fit entendre sa Messe solennelle en ré mineur avec le concours de sa femme, de trois autres chanteurs, du choeur de l'église et de 60 musiciens. De janvier à avril 1868, il organisa six concerts à la salle Steinway avec cinq chanteurs, deux pianistes et un quatuor à cordes, et y présenta certaines de ses oeuvres. En 1869, il termina une « Théorie de l'orchestration » demeurée inédite. La même année, Damis Paul quitta l'église Saint-Roch de Québec où il était organiste depuis 18 ans. Grâce à ses amis Adolphe Hamel et Nazaire LeVasseur, Dessane obtint le poste et entra en fonction le 1er novembre. En décembre 1869, il fonda la chorale dite Société musicale Sainte-Cécile.

En 1870, ses efforts portèrent surtout sur la mise en place d'un conservatoire sur le modèle de celui de Paris. Outre des classes de piano, d'orgue, de chant et de théorie, il prévoyait former un orchestre qui répéterait deux fois par semaine. Un concert inaugural eut lieu le 28 juin 1871 mais les cours, prévus pour le 3 novembre suivant, ne purent commencer. La santé de Dessane se dégrada et, à partir du printemps 1872, LeVasseur dut le remplacer à l'orgue de Saint-Roch et à la direction de la Société Sainte-Cécile. Le 1er juin 1873, il put encore jouer à l'Offertoire de la messe, mais une semaine plus tard, il mourut dans sa maison de la rue Saint-Jean.

Outre ses cours à domicile, Antoine Dessane a enseigné à l'Hôpital général et au collège Jésus-Marie. Les partitions de ses oeuvres, surtout manuscrites, sont la plupart déposées aux archives du séminaire de Québec et de l'Université Laval. Le fonds le plus considérable a été donné à l'Université Laval par Paul-Marcel Dessane. Ce fonds de 61 oeuvres, dont 11 sont incomplètes, comprend des messes et hymnes, certaines avec accompagnement d'orchestre, peu de musique de chambre, des mélodies, des quadrilles, polkas et marches pour le piano. Parmi ces oeuvres, on note une Fantaisie-Sonate en cinq parties pour flûte et quintette à cordes et une Cantate profane pour quatre solistes et choeur a cappella en cinq mouvements qui célèbre la venue de l'été et des vacances; le quatrième mouvement de cette cantate est une valse pour soprano avec accompagnement de piano. Le Chant des voyageurs, composé en 1862 sur un texte de Crémazie, serait le premier chant « cageux » ou coureur des bois composé ici. En avril 1984, le choeur et l'orchestre de l'École de musique de l'Université Laval, dirigés par Chantal Masson, ont présenté à la chapelle du Petit séminaire la Messe en mi bémol ; la qualité lyrique de cette oeuvre montre à quel point Dessane se rattache à Gounod.

Plusieurs des enfants de Dessane s'adonnèrent à la musique. Léon (Québec, 15 décembre 1863 - 7 mai 1930), élève de Calixa Lavallée, fut organiste à Saint-Roch pendant 33 ans. Maître de chapelle à Manrèse, maison de retraite des Jésuites à Québec, il fonda le quatuor Gounod et la chorale Dessane, et dirigea plusieurs oeuvres de son père. Professeur de musique à Québec, il fut prés. de l'AMQ (1923-26). Le PMC (vol. IVa) a publié ses Trios dans tous les tons pour orgue dont l'authenticité demeure douteuse. Irma et Antonia étaient chanteuses, tout comme Nancy dont le fils, Paul-G. Ouimet, devint critique musical. Marie fut en charge de la musique au couvent Jésus-Marie de Sillery. Après la mort du père, l'enseignement se poursuivit avec succès dans la maison selon sa fille Irma. Du côté français, un descendant, Albert Dessane, élève de Paul Loyonnet, faisait carrière de pianiste en France vers 1950.

COMPOSITIONS (Sélection)

La plupart des partitions de ces oeuvres sont déposées aux archives de l'Université Laval et/ou à la biliothèque du séminaire de Québec.

Musique instrumentale

La Capricieuse, polka : p; J.T. Brousseau.

Fantaisie-Sonate : 1858; fl, quin cdes.

Les Gardes nobles, marche en « pas redoublé » : 1871; grand orch.

Mouvements nos 1 et 2 : 1863; orch.

Quadrille sur cinq airs canadiens ou Quadrille canadien : 1854; p; Léger Brousseau, Crémazie 1855, PMC I.

La Québécoise, polka : v. 1850; p.

Souvenir de Kamouraska« quadrille historique pour piano » : 1854; J.T. Brousseau.

Autres oeuvres pour vn et p, pour vc et p, pour p, pour org, pour orch. Il aurait aussi composé une Symphonie en do avant 1858. Deux ouvertures pour grand orchestre d'Adolphe Adam ont été faussement attribuées à Dessane : la première, en fa, est reproduite dans le PMC (vol. VIII); la seconde, en ré, a été enregistrée par l'Orchestre métropolitain.

Choeur ou voix

« Le Chant des voyageurs » (O. Crémazie) : v, p; à compte d'auteur 1862, PMC VII.

« Chant du vieux soldat canadien » (O. Crémazie) : v, p; Crémazie 1856, Chansonnier des collèges 1860 (v seulement); PMC VII.

« Chant patriotique canadien » : 1850; basse, p.

« Chant pour les vacances » : 1859; v, p.

« Hommage à la France » (O. Crémazie) : 1860; v; Chansonnier des collèges 1860.

« Libera me Domine » : 1868, 4 vx, org; G. Schirmer 1868, Boucher, Morgan, PMC II.

« La Mère canadienne » (E. Blain de Saint-Aubin) : 1862; v, p; Eusèbe Sénécal 1862, Albert Turcotte 1862 (v seulement), PMC VII.

Messe« La Conception » : 1862; SATB.

Messe de Noël : 1861; SATB.

Messe en mi bémol : SATB, orch.

Messe royale de Pâques : 1864; SATB.

Messe solennelle en ré mineur : 1869; 4 sol, SATB, orch.

Messe solennelle en sol : 1849; SATB, org.

Te Deum : 4 sol, SATB.

« Terra tremuit » : 1864; basse, ch (ch d'hommes); PMC II.

Autres cantiques et hymnes, notamment 4 « Regina Coeli » (dont 1 publié dans PMC II), 3 « Tantum ergo », 3 « Ave Maria », 1 « Laudate » (1857); 2 « Domine, salvum fac regem » (1851, 1864), « Haec dies » (1864) enregistré par l'Ensemble vocal Tudor de Montréal (CBC Musica Viva MVCD-1039), « Panis Angelicus » (1864) et « Regina coeli », publiés dans PMC II.

Autres mélodies, dont « Une larme » (1860), « La Fiancée du marin » (1860), « Le Drapeau de Carillon » (1861); 3 mélodies publiées dans PMC VII : « Le Grillon », « L'Enfant Dieu » (1861) et « Écho malin » (entre 1864 et 1873).