La présence francophone en Ontario remonte au Régime français (1610). Elle se manifeste clairement dans le Haut-Canada (1791) et lors de la Confédération (1867), puis s’accentue nettement tout au long du XXe siècle. La langue française a toujours joué un rôle historique et honorable en Ontario. Le terme « Franco-Ontarien » est synonyme de « Canadien français »; employé dès 1937, ce terme ne s’impose qu’à partir des années 1970.

Les Franco-Ontariens sont des Canadiens qui vivent en Ontario et qui parlent le français à la maison. Selon le recensement de 2011, on dénombre 611 500 Franco-Ontariens (4,9 % de la population de la province).Ils se répartissent comme suit : 42,2 % dans l’Est; 30 % dans le Centre; 20,8 % dans le Nord-Est; 5,7 % dans le Sud-Ouest et 1,2 % dans le Nord-Ouest. La communauté francophone est plus âgée que l’ensemble des Ontariens (44 ans contre 40,1 ans) et c’est dans le Nord-Ouest et le Sud-Ouest que l’âge médian est le plus élevé, soit 52,1 ans et 50,8 ans respectivement. Dans toutes les régions sauf le Nord-Ouest, les femmes sont plus nombreuses que les hommes (entre 51,7 % et 53,9 %).

Histoire de la présence francophone en Ontario

Les Français s’établissent sur le territoire de l’Ontario sous le Régime français. En 1610, Étienne Brûlé, envoyé en mission de reconnaissance par Samuel de Champlain, est le premier Européen à fouler le sol de ce qui est aujourd’hui l’Ontario. Des soldats français sont mis en garnison au fort Frontenac (Kingston) en 1673, au fort Conti (fort Niagara) en 1673, au fort Buade (fort Michilimackinac) en 1683, au fort Pontchartrain (Détroit-Windsor) en 1701 ainsi qu’au fort Rouillé (Toronto) en 1750. Des coureurs des bois et des voyageurs parcourent la province, tandis que des missionnaires jésuites font œuvre d’évangélisation en Huronie. Huit d’entre eux sont capturés, puis tués par les Iroquois entre 1642 et 1649. Connus sous le nom des saints Martyrs canadiens, ils sont canonisés par le pape Pie XI en 1930.

Lorsque qu’Antoine Laumet, dit de Lamothe Cadillac fonde le fort Pontchartrain, il établit des colons qui défrichent des terres du côté sud de la rivière Détroit. Il s’agit de la première colonie permanente en sol ontarien. C’est aussi là qu’une première paroisse (1767) et une première école (1786) voient le jour, toutes deux de langue française. La population francophone de l’Ontario n’augmente pas de manière significative avant les années 1840, lorsque des cultivateurs québécois à la recherche de terres fertiles s’établissent dans l’Est ontarien.

À la fin du XIXe siècle, lors de la construction du chemin de fer, on découvre du nickel à Sudbury et de l’or à Timmins. Ceci attire nombre de Canadiens français vers le Nord de l’Ontario. Entre 1861 et 1901, la population francophone de Toronto passe de 500 à 3 000 personnes. En 1902, l’Alliance française de Toronto est fondée, favorisant l’avènement d’une presse française et acadienne (Toronto Presse en 1955, Les Nouvelles françaises de Toronto en 1958, Courrier Sud en 1973, Toronto Express en 1976, Acadianité en 1984).

En 1920, une usine de pâtes et papier s’établit à Kapuskasing, puis un moulin à scie à Hearst, attirant nombre de Canadiens français. Au milieu du XXe siècle, l’industrie automobile se développe rapidement à Windsor et Oshawa, entraînant un nouvel afflux francophone. Le gouvernement de l’Ontario reconnaît le français comme langue officielle des écoles secondaires en 1969, et adopte la Loi sur les tribunaux judiciaires qui confère au français le statut de langue officielle en 1984. Enfin, en 1986, l’Assemblée législative adopte la Loi sur les services en français.

La province ne se déclare pas officiellement bilingue (voir Bilinguisme), mais ses politiques d’ouverture ont pour effet d’accueillir un plus grand nombre de francophones. À la fin du XXe siècle, seulement trois Franco-Ontariens sur cinq sont nés dans la province alors que 14 % sont nés à l’extérieur du Canada. Près de 22 % des immigrants francophones en Ontario sont arrivés entre 2001 et 2006. De plus, 10 % des francophones de l’Ontario disent appartenir à une minorité visible. Selon le recensement de 2006, 36,7 % des immigrants francophones de l’Ontario proviennent de l’Europe, 26,4 % de l’Afrique, 12,4 % de l’Asie, 11,1 % du Moyen-Orient, 7,1 % des Caraïbes et 4 % de l’Amérique centrale et de l’Amérique du Sud. C’est dans la région de Toronto-Niagara que les francophones nés à l’extérieur du Canada sont les plus nombreux.

L’Ontario français affiche donc un visage de plus en plus multiculturel. La meilleure illustration de cette nouvelle identité demeure la liste des auteurs finalistes du prestigieux Prix littéraire Trillium en 2001 : Marguerite Andersen, née en Allemagne et vivant à Toronto; Michel Thérien, né à Ottawa; Arash Mohtashami-Maali, originaire d’Iran et établi à Ottawa; Pierre Pelletier, né à Hull et vivant à Ottawa; Didier Leclair, né de parents originaires du Rwanda et établi à Toronto. La francophonie ontarienne prolonge désormais ses racines sur plusieurs continents. Enfin, soulignons que depuis l’automne 2012, le gouvernement s’est aussi fixé une cible de 5 % pour l’immigration francophone en Ontario, un objectif qui contribuera certainement à la vitalité de la communauté francophone.

Les institutions d’enseignement

La grande majorité des Franco-Ontariens ont tenu à recréer leurs institutions traditionnelles, telles que les paroisses, les écoles primaires et secondaires, les coopératives et les Caisses populaires. En 1910, ils fondent l’Association canadienne-française d’éducation de l’Ontario (devenue en 2006 l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario) et, trois ans plus tard, le quotidien Le Droit (Ottawa).

De 1912 à 1927, les Franco-Ontariens luttent avec acharnement pour maintenir l’enseignement en français dans leurs écoles, à la suite de l’imposition du Règlement 17 (voir Politique linguistique; Question des écoles de l’Ontario). Depuis 1997, ils jouissent de douze conseils scolaires (8 catholiques et 4 publics) couvrant l’ensemble de la province. En ce qui concerne le postsecondaire, on compte trois collèges de langue française (La Cité collégiale dans l’Est, le Collège Boréal dans le Nord et le Sud, le Collège de technologie agricole et alimentaire à Alfred), et six universités – l’Université Laurentienne (Sudbury), l’Université de Sudbury, l’Université d’Ottawa, l’Université Saint-Paul (Ottawa), l’Université de Hearst et le Collège Glendon de l’Université York (Toronto) – qui sont toutes bilingues.

Vie politique

Dès la création du Haut-Canada (1791), le parlement compte un député francophone en la personne de François Baby; son frère Jacques siège au Conseil législatif et au Conseil exécutif. Depuis la Confédération (1867), les Franco-Ontariens ont été représentés à la Chambre des communes, au Sénat et à l’Assemblée législative de l’Ontario. Plusieurs ont occupé des postes importants au sein d’un conseil des ministres. Sur la scène fédérale, Paul Martin père (Windsor) a été ministre de la Santé et ministre des Affaires extérieures. Lionel Chevrier (Cornwall) a été ministre des Transports, puis ministre de la Justice; il est le père de la Voie maritime du Saint-Laurent. Diane Marleau (Sudbury) a été ministre de la Santé. Paul Martin fils fut premier ministre du Canada de 2003 à 2006.

Sur la scène provinciale, Alfred Évanturel (Alfred) a été président de l’Assemblée législative, Paul Leduc (Ottawa) a été ministre des Mines, Louis Cécile (Tecumseh) et Fernand Guindon (Cornwall) ont été ministres du Tourisme et René Brunelle (Cochrane) a été ministre des Terres et Forêts. Bernard Grandmaître (Ottawa) a été ministre des Affaires municipales; il est aussi le père de la Loi sur les services en français (1986).


Vie religieuse

Il n’est pas exagéré de parler du travail herculéen des religieux au développement moral, intellectuel, social et culturel des Franco-Ontariens. Au total, entre 1848 et 1968, 26 communautés – 6 congrégations de pères, 4 de frères et 16 de sœurs – dispensaient un enseignement en français en Ontario. Entre 1845 et 1984, sept communautés de sœurs offraient des soins de santé. Plusieurs Franco-Ontariens sont devenus évêques, le plus célèbre étant Mgr Joseph Charbonneau, évêque de Hearst, puis archevêque de Montréal.

Arts et culture

De Hearst à Windsor, une douzaine de centres culturels présente régulièrement des spectacles d’artistes et des expositions d’arts visuels. On compte sept troupes professionnelles de théâtre : une à Sudbury, deux à Toronto et quatre à Ottawa. Six maisons d’édition œuvrent en Ontario français et plusieurs écrivains ont remporté le Prix littéraire Trillium (Ontario) ou les Prix littéraires du Gouverneur général. Les plus connus sont Cécile Cloutier (poésie), Daniel Poliquin (roman), Michel Ouellette (dramaturgie) et François Paré (essai).

Chaque année, le Festival franco-ontarien (Ottawa), la Franco-Fête (Toronto) et La Nuit sur l’étang (Sudbury) accueillent les artistes de la chanson d’ici et d’ailleurs. Le groupe Cano, ainsi que les musiciens Robert Paquette, Donald Poliquin et Paul Demers ont été les premiers à faire rayonner le talent musical franco-ontarien. Aujourd’hui, Véronic DiCaire et Damien Robitaille – pour n’en mentionner que deux – ont pris le relais.

Médias

Entre 1950 et 1980, l’Ontario a vu naître 26 journaux de langue française. Aujourd’hui, on compte un quotidien à Ottawa et des hebdomadaires à Windsor, London, Hamilton, Toronto (deux), Penetanguishene, Hawkesbury, Embrun, Clarence Creek, Ottawa, Cornwall, Sudbury et Hearst.

Quatre postes de radio de la Société Radio-Canada – CBEF-Windsor, CJBC-Toronto, CBOF-Ottawa, CBON-Sudbury – diffusent du contenu en français en Ontario, de même que trois postes de télévision (CBOFT, CBLFT, TFO). Il existe des postes privés de radio à Sudbury, ainsi que des radios communautaires à Cornwall, Ottawa, Toronto, Penetanguishene, Kapuskasing et Hearst.

Mouvement associatif et identité franco-ontarienne

Dans toutes les sphères d’activités, les Franco-Ontariens ont créé des clubs, des comités, des centres, des associations et des regroupements évoluant en français. C’est le cas de la Fédération des femmes canadiennes-françaises (1914), de l’Association des traducteurs et interprètes de l’Ontario (1920), de l’Union des cultivateurs franco-ontariens (1929), de l’Association des enseignantes et enseignants franco-ontariens (1939), de la Fédération de la jeunesse franco-ontarienne (1975), de la Fédération des aînés francophones de l’Ontario (1978), de l’Association des juristes d’expression française de l’Ontario (1980), de l’Association des auteures et auteurs de l’Ontario français (1988), de l’Association française des municipalités de l’Ontario (1989), de l’Association des professionnels de la chanson et de la musique (1990), du Bureau des regroupements des artistes visuels de l’Ontario (1991), de l’Union provinciale des minorités raciales et ethnoculturelles francophones de l’Ontario (2005) et de FrancoQueer (2005), un organisme qui représente et défend les droits des gais et lesbiennes, bisexuels, transgenres et personnes altersexuelles (queers) d’expression française (voir Droits des gais, lesbiennes et des transgenres au Canada).

Le 24 février 1997, à la suite de l’annonce par le gouvernement de Mike Harris de fermer l’hôpital Montfort, unique établissement francophone de la région d’Ottawa (et aussi le seul hôpital canadien à offrir une formation universitaire en français à l’ouest du Québec), la communauté franco-ontarienne se mobilise. Afin de faire valoir ses droits linguistiques, elle emprunte la voie des tribunaux. Le 29 novembre 1999, la Cour divisionnaire de la Cour supérieure de justice de l’Ontario donne gain de cause aux requérants de Montfort, sur la base que la Constitution canadienne protège les minorités de langues officielles. Toutefois, le gouvernement ontarien décide d’interjeter appel. Le 7 décembre 2001, la Cour d’appel maintient ce jugement en première instance. Le gouvernement ne contestera pas cette décision devant la Cour suprême du Canada. L’hôpital Montfort est sauvegardé et son rôle s’est même accru. D’importants investissements y ont été faits depuis 2005 et le 13 juin 2013, grâce à l’action de l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario, il a été désigné comme centre hospitalier universitaire de groupe A. Cette mobilisation, le combat qui s’en est suivi et la victoire obtenue attestent de l’importance et de la vigueur de l’identité franco-ontarienne.

Au début du XXIe siècle, deux autres événements ont contribué à l’affirmation de l’identité franco-ontarienne; l’un en 2001 lorsque le drapeau franco-ontarien fut reconnu comme l’un des emblèmes officiels de la province, l’autre en 2009 lorsque la province a adopté une nouvelle définition des francophones pour mieux refléter l’évolution de la diversité de la francophonie ontarienne. La nouvelle définition englobe désormais ceux dont la langue maternelle n’est ni le français ni l’anglais, mais qui utilisent le français à la maison, ce qui comprend la majorité des nouveaux arrivants. Cette définition inclusive fait accroître de 50 000 le nombre de Franco-Ontariens. Depuis 2010, le 25 septembre est le Jour des Franco-Ontariens et des Franco-Ontariennes.

Signalons, enfin, que le 22 février 2016, la première ministre Kathleen Wynne a présenté au nom du gouvernement ontarien des excuses officielles aux Franco-Ontariens pour l’adoption du Règlement 17 et les conséquences néfastes qu’il a eu sur leurs communautés. Une motion en ce sens avait été déposée en décembre 2015 par le député de la circonscription de Sudbury Glenn Thibeault.

La langue française en Ontario jouit du statut de langue officielle à l’Assemblée législative de la province, devant les tribunaux et dans le système d’éducation. Que ce soit les Canayens du Haut-Canada, les Canadiens français du début de la Confédération, les Franco-Ontariens d’aujourd’hui, y compris les nouveaux arrivants, les parlants français en Ontario ont toujours contribué au patrimoine culturel de leur province d’origine ou d’adoption. Cette population entend le sauvegarder pour les générations à venir. C’est d’ailleurs ce que proclame haut et fort le préambule de la Loi sur les services en français.