La guerre froide désigne la période comprise entre la fin de la Deuxième Guerre mondiale et la chute de l’Union soviétique, en 1991. Pendant cette période, le monde était divisé en deux grands camps idéologiques : l’« Ouest » capitaliste, mené par les États-Unis, et l’« Est » communiste, dominé par les Soviétiques. Le Canada faisait partie du premier camp, puisque sa structure gouvernementale, ses politiques, sa société et l’opinion populaire correspondaient à celles des États-Unis, de la Grande-Bretagne, et d’autres pays libres et démocratiques. La lutte mondiale entre les États-Unis et l’Union soviétique a pris plusieurs formes différentes et a touché à plusieurs domaines. Toutefois, les deux adversaires principaux n’ont jamais laissé leurs esprits « s’échauffer » en ayant recours à la confrontation militaire directe.

Débuts

L’effondrement de l’alliance états-unienne, britannique et soviétique, à la suite de sa victoire sur les Allemands et les Japonais lors de la Seconde Guerre mondiale, est à l’origine de la guerre froide. Déjà, les deux camps sont divisés sur le plan idéologique et sont profondément méfiants de la vision du monde de l’autre camp. Après la guerre, les relations diplomatiques entre les États-Uniens et les Britanniques et l’Union Soviétique de Joseph Staline refroidissent nettement sur plusieurs points. En outre, les Soviétiques mettent ou maintiennent en place des partis communistes locaux au pouvoir comme gouvernements fantoches dans les pays d’Europe de l’Est, jadis indépendants, au mépris d’un processus démocratique en bonne et due forme. À la lumière de cette situation, l’ancien premier ministre britannique Sir Winston Churchill déclare, en 1946, qu’un « rideau de fer » s’est abattu sur le continent européen.

La même année, le gouvernement canadien révèle qu’il a octroyé l’asile politique à Igor Gouzenko qui, en septembre 1945, alors qu’il était chiffreur à l’ambassade soviétique à Ottawa, s’était enfui avec des documents prouvant que des espions soviétiques étaient à l’œuvre dans des ministères et des organismes scientifiques et dans les gouvernements des États-Unis, de la Grande-Bretagne et du Canada. La population canadienne prend alors conscience de la nouvelle réalité mondiale. L’année suivante, en 1947, Bernard Baruch, financier et conseiller présidentiel américain, remarque avec justesse, lors d’un discours, que « nous sommes à présent en pleine guerre froide ».

Apogée

La guerre froide atteint son apogée entre 1947 et 1953, alors que les négociations entre l’Est et l’Ouest sur l’avenir de l’Europe sont rompues. Plusieurs événements marquants enveniment le climat mondial. La population canadienne participe à certains d’entre eux, notamment la création de l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord (OTAN), un pacte de sécurité occidental visant à défendre l’Europe de l’Ouest d’une invasion soviétique, dont le Canada fait partie, et la guerre de Corée (1950–1953), durant laquelle les forces canadiennes combattent, avec l’Organisation des Nations Unies, les forces nord-coréennes et chinoises appuyées par les Soviétiques.

Préoccupations au pays

Comme le démontre l’affaire Gouzenko, la guerre froide se vit tant au Canada qu’à l’étranger. À l’instar des États-Unis, la société et le gouvernement canadiens lancent une « chasse aux sorcières » contre les communistes. Bien qu’elle soit moins agressive, elle entraîne de réelles conséquences. Les personnes identifiées comme communistes sont exclues des syndicats, alors que des diplomates canadiens aux allégeances présumément douteuses font l’objet de soupçons. En 1957, le diplomate Herbert Norman se suicide de façon tragique après avoir été la cible, pendant près de dix ans, de nombreuses accusations et enquêtes sur ses prétendues sympathies communistes par les services de renseignements états-uniens. Aujourd’hui, elles demeurent entourées de mystère et donnent encore matière à discussion parmi les spécialistes.

Le Canada et la guerre froide

Après la mort de Staline en 1953, les pourparlers diplomatiques entre l’Est et l’Ouest reprennent. Toutefois, les tensions internationales demeurent élevées pendant plusieurs décennies. À l’échelle mondiale, les Forces armées canadiennes participent aux opérations de maintien de la paix, notamment dans des zones divisées entre les factions communistes et anti-communistes. Les dirigeants politiques et militaires canadiens se préparent pour une guerre éventuelle contre les Soviétiques en Europe, et ce, même s’ils critiquent parfois les mesures prises par les États-Unis pour contrer le communisme au Moyen-Orient, en Amérique latine et en Asie. L’engagement du Canada envers l’OTAN comprend un groupe-brigade de l’armée en Allemagne de l’Ouest, ainsi que des avions de combat des forces aériennes capables de transporter des armes nucléaires. Des années 1950 aux années 1980, le gouvernement et la population canadienne craignent l’éclosion d’une guerre nucléaire entre les États-Unis et l’Union soviétique. Les Canadiens sont actifs à plusieurs niveaux pour tenter d’éviter qu’une telle catastrophe ne se produise.

À la fin des années 1980, la guerre froide commence à perdre en intensité dans un contexte marqué par la mise en place de politiques antisoviétiques intransigeantes par les États-Unis, par une nouvelle ouverture des dirigeants soviétiques et par la montée des mouvements de libération dans les états communistes d’Europe. Cette tendance culmine avec le démantèlement du mur de Berlin, qui divisait l’Allemagne de l’Ouest et l’Allemagne de l’Est depuis 1961, en 1990 et la chute de l’Union Soviétique l’année suivante.