Les Italo-canadiens sont parmi les premiers Européens à avoir visité le Canada et s’y être installés. Les vagues d’immigration les plus soutenues, cependant, ont lieu au cours du XIXe et du XXe siècle. Les Italo-canadiens figurent au premier plan des syndicats et des associations de gens affaires. Le groupe est ciblé à titre d’ennemi étranger en raison des allégeances canadiennes au cours de la Deuxième Guerre mondiale, et est stéréotypé comme mafieux parce que l’on représente souvent le crime organisé comment étant un phénomène italien. Néanmoins, l’ensemble de la communauté prospère au Canada, et les Italiens jouent un rôle important dans le développement et la promotion du multiculturalisme.

Le premier contact des Italiens avec le Canada date de 1497, année où le navigateur Giovanni Caboto (Jean Cabot), originaire de Venise, explore les côtes de Terre-Neuve et revendique ce territoire au nom de l’Angleterre. En 1524, un autre Italien, Giovanni da Verrazzano, explore une partie du Canada atlantique au nom de la France. Sous le régime français, dans les années 1640, Francesco Giuseppe Bressoni fait partie de la mission jésuite en territoire huron et publie plus tard un témoignage sympathisant sur la vie iroquoise dans le cadre des rapports Relation des jésuites. En 1682, Enrico di Tonti, Henri de Tonty est le lieutenant de René-Robert Cavelier de La Salle au cours de la première expédition à atteindre l’embouchure du Mississippi. Des Italiens sont militaires en Nouvelle-France (dans le régiment de Carignan-Salières, entre autres) et plusieurs se distinguent en tant qu’officiers. D’autres font aussi partie des régiments de mercenaires suisses de Meurons et de Watteville intégrés à l’armée britannique pendant la guerre de 1812. À l’exemple d’anciens soldats italiens de la Nouvelle-France qui s’établissent sur des terres vers la fin du XVIIe siècle, quelque 200 mercenaires s’installent sur des parcelles octroyées par la Grande-Bretagne dans les Cantons de l’Est, au Québec, et dans le sud de l’Ontario.

Début du XIXe siècle

Au début du XIXe siècle, on compte à Montréal un bon nombre d’Italiens, dont plusieurs travaillent dans l’hôtellerie, et jusqu’à la fin du siècle, une vague d’immigrants italiens, des artisans, des artistes, des musiciens et des enseignants, arrive au Canada, majoritairement du nord de l’Italie. Les musiciens ambulants italiens (joueurs d’orgue de Barbarie, chanteurs) se font remarquer au Canada, et vers 1881, près de 2 000 personnes d’origine italienne vivent au pays, surtout à Montréal et à Toronto.

En 1897, Mackenzie King, qui travaille alors comme journaliste, décrit le premier musicien ambulant qui vit à Toronto dans les années 1880. Cet immigrant italien de la première heure aurait usé 5 pianos et gagné en moyenne 15 dollars par jour au cours de ses premières années à Toronto. Certains musiciens ambulants finissent par s’établir en tant que professeurs de musique ou organisent des ensembles ou des orchestres.

Fin du XIXe siècle

Vers la fin du XIXe siècle, des millions des paysans émigrent en Amérique du Sud, aux États-Unis et au Canada, ainsi qu’en Europe de l’Ouest. Des recruteurs professionnels et l’exemple d’émigrés rentrés en Italie après avoir réussi encouragent les Italiens à mettre le cap sur l’Amérique du Nord, où des emplois les attendent dans le secteur des chemins de fer, des mines et de l’industrie. En 1901, près de 11 000 personnes d’origine italienne vivent au Canada, surtout à Montréal et à Toronto.

Si de nombreux Italiens croient pouvoir atteindre le bien-être économique et social en immigrant au Canada, le succès n’est pas toujours au rendez-vous. En 1901, une série d’articles parus dans un journal milanais décrit un système de recrutement peu scrupuleux basé à Chiasso, à la frontière italo-suisse, qui passe par Liverpool puis Montréal pour aboutir dans le Nord canadien. Souvent, des travailleurs abusés par ce système finissent dans des camps de travail dans le nord de l’Ontario ou se retrouvent sans emploi et démunis dans les grandes villes du Canada. En 1902, le Commissariat général de l’émigration, à Rome, envoie le commissaire Egisto Rossi en mission au Canada pour dresser un rapport sur la situation des travailleurs italiens. Rossi fait état de voies de recrutement encore plus utilisées qui passent par les États-Unis, et surtout par New York, et confirme qu’à Montréal, de nombreux et puissants padroni (agents de recrutement) sont de mèche avec les agents de sociétés ferroviaires et maritimes en Europe pour recruter de la main-d’œuvre bon marché contre paiement immédiat en liquide.

En 1904, étant donné la situation, le gouvernement fédéral lance une commission royale d’enquête sur l’immigration d’ouvriers italiens à Montréal et de présumées pratiques frauduleuses d’agences de placement. La commission en conclut que bien que les padroni de Montréal recrutent et exploitent souvent des ouvriers italiens, ils agissent à leur tour à la demande de puissants employeurs canadiens comme le Canadien Pacifique. La commission recommande une réglementation stricte des bureaux de main-d’œuvre, et conséquemment, du recrutement d’immigrants. Toutefois, et le phénomène est plus important encore, au fur et à mesure que les Italiens s’installent au Canada, ils parrainent de plus en plus les membres de leur famille et les habitants de leur village natal (paesani), réduisant ainsi leur dépendance à l’égard d’intermédiaires.

Origines

Plus de 75 % des immigrants italiens au Canada viennent de la campagne dans le sud de l’Italie et surtout des régions de Calabre, des Abruzzes, de Molise et de Sicile. Chaque ville compte pour plus de 10 % du total d’immigrants. Près des trois quarts d’entre eux sont de petits fermiers ou des paysans. À la différence du nord de l’Italie, qui domine l’État italien nouvellement constitué (1861-1870) et continue à s’industrialiser, le sud maintient son caractère rural et traditionnel. La surpopulation, le morcellement des terres des paysans, la pauvreté, l’insalubrité et les mauvaises conditions d’apprentissage, la forte taxation et l’insatisfaction politique provoquent une forte émigration. Les facteurs qui attirent les Italiens au Canada incluent des attentes toujours plus grandes, le faible coût des voyages en mer, la réussite des membres de la famille et des amis dans le Nouveau Monde et les salaires qui y sont bien plus élevés. La dévastation qui suit la Deuxième Guerre mondiale et engendre des pénuries de nourriture, d’essence, de vêtements et d’autres nécessités aggrave des conditions déjà mauvaises. Après la Deuxième Guerre mondiale, une grande partie des réfugiés italiens proviennent du nord-est du pays (en raison de la perte de l’Istrie à la Yougoslavie communiste). Frioul, qui entretient déjà une longue tradition d’émigration vers le Canada, se joint aux régions du sud comme source importante d’immigrants.

Début de l'immigration et peuplement

L’immigration italienne au Canada s’effectue en deux vagues, dont la première s’étend de 1900 à la Première Guerre mondiale et la deuxième de 1950 à 1970. Au cours de la première vague, 119 770 Italiens entrent au Canada (la plupart en provenance des États-Unis), l’année de la plus grande affluence étant 1913. Environ 80 % sont de jeunes hommes qui occupent des emplois saisonniers sur les lignes de chemin de fer, dans les mines ou dans les camps de bûcherons. De nombreux travailleurs décident de s’installer définitivement au Canada, de sorte qu’à l’époque de la Première Guerre mondiale, on retrouve des Italiens non seulement dans les grandes agglomérations urbaines, mais aussi à Sydney (Nouvelle-Écosse), à Welland, à Sault Ste. Marie et à Copper Cliff (Ontario) ainsi qu’à Trail (Colombie-Britannique). En 1911, un recensement des personnes d’origine italienne fait état de 7 000 personnes habitant à Montréal et 4 600 personnes habitants à Toronto.

Des milliers de travailleurs italiens s’établissent dans les villes en pleine croissance du centre du Canada, où ils travaillent comme ouvriers de la construction ou d’usine, hommes de métier, épiciers ou marchands de fruits, ou encore comme artisans. Quelques-uns, dont le Montréalais Onorato Catelli dans l’industrie de la transformation alimentaire et le Torontois Vincent Franceschini dans la construction routière, partent d’une condition modeste pour connaître une immense réussite. Si la plupart des immigrants optent pour les centres urbains, des colonies agricoles sont établies à Lorette (Manitoba) et à Hylo (Alberta). Dans la péninsule de Niagara et dans la vallée de l’Okanagan, des Italiens propriétaires de vergers, de vignobles ou d’exploitations maraîchères sont prospères. De nombreux maraîchers italiens font des cultures à petite échelle aux abords des villes, pour la consommation locale.

Malgré les restrictions imposées à l’immigration à l’issue de la Première Guerre mondiale, plus de 29 000 Italiens entrent au Canada avant 1930. Nombre d’entre eux sont des travailleurs agricoles ou des femmes et des enfants parrainés par un membre de la famille déjà au Canada. Toutefois, cette immigration s’arrête presque totalement avec la Crise des années 30.

La crise économique

Tout au long des années 30, grâce aux réseaux de solidarité familiale et à l’épargne, les Canadiens d’origine italienne parviennent à amortir, du moins en partie, le choc économique du chômage et de la privation. Leurs problèmes s’aggravent à partir de 1935, car l’attitude hostile des Canadiens envers le fascisme se dirige contre les Canadiens de souche italienne, dont bon nombre sont des sympathisants de Mussolini. Lorsque l’Italie scelle son alliance avec l’Allemagne au cours de la Deuxième Guerre mondiale, les Canadiens d’origine italienne sont déclarés « sujets d’un pays ennemi » et sont victimes de préjugés et de discrimination généralisés. Des hommes perdent leur emploi, des boutiques sont saccagées, les droits civils sont suspendus au nom de la Loi des mesures de guerre et des centaines de personnes sont internées au camp Petawawa dans le nord de l’Ontario. Si certains de ces hommes sont effectivement des fascistes militants, beaucoup d’entre eux ne le sont pas, et ceux-ci, ainsi que leur famille, à qui on refuse toute aide, doivent supporter le fardeau des hostilités. Par conséquent, de nombreux Italiens vont angliciser leur nom de famille et renier leurs origines.

Après la Deuxième Guerre mondiale, le manque généralisé de main-d’œuvre dans une économie en pleine croissance ainsi que les nouvelles obligations du Canada au sein de l’OTAN ouvrent à nouveau les frontières canadiennes à l’immigration italienne. Presque 70 % des Canadiens d’origine italienne, soit près d’un demi-million, sont des immigrants d’après-guerre. Plusieurs immigrent sous l’égide du gouvernement canadien ou de sociétés privées. Par exemple, la Welch Construction Co., fondée au début du siècle par deux anciens ouvriers, Vincenzo et Giovanni Veltri, se spécialise dans l’entretien des chemins de fer. Souvent munis d’un contrat d’un an, des hommes viennent accomplir ce dur labeur, semblable au travail entrepris auparavant par leurs compatriotes, à cette différence près que la plupart arrivent en tant qu’immigrés permanents et font venir femme, enfants et autres membres de la famille. La « migration en chaîne » des familles italiennes devient si importante qu’en 1958, l’Italie dépasse la Grande-Bretagne en tant que source d’immigrants. À partir de 1967, les nouveaux règlements sur l’admissibilité se fondent sur des critères universels, tels que l’éducation. Ce système de « points » d’appréciation établit les conditions de parrainage qui s’appliquent à un nombre limité de membres de la famille, de sorte que l’immigration italienne connaît une forte baisse au cours des années suivantes.

Établissement et vie économique

En 2006, 60 % des Canadiens d’origine italienne vivent en Ontario, 21 % au Québec et 10 % en Colombie-Britannique. Environ 95 % d’entre eux habitent en ville. Les plus fortes concentrations s’observent à Toronto, où l’on compte 466 155 Canadiens d’origine italienne, et à Montréal, où l’on en dénombre 260 345. Par ordre décroissant, les autres villes qui en comptent plus de 10 000 sont Vancouver, Hamilton, St. Catharines-Niagara, Ottawa-Hull, Windsor, Calgary, Edmonton, London, Winnipeg, Thunder Bay, Sudbury et Oshawa. Dans le recensement de 2006, 741 045 Canadiens se déclarent d’origine exclusivement italienne, tandis que 704 285 indiquent une origine italienne parmi d’autres, pour un total de plus de 1,4 million de Canadiens d’origine italienne.

Dans les villes où ils se trouvent en bon nombre, les Italiens tendent à créer des quartiers ethniques. Ces « petites Italies » ont leurs propres boutiques, restaurants, clubs et églises qui sont facilement reconnaissables, mais elles constituent rarement des ghettos coupés du reste de la société. Au fil des ans, l’ampleur de ces quartiers d’immigrés a beaucoup décru, mais la plupart survivent en tant que centres économiques. Si on constate un important mouvement des communautés d’immigrés vers des secteurs résidentiels plus opulents, même dans la banlieue, on retrouve souvent des concentrations de Canadiens de souche italienne qui ont choisi de vivre à proximité les uns des autres en raison de liens familiaux ou d’origines villageoises communes. Parmi les immigrants arrivés après la Deuxième Guerre mondiale, 75 % occupent des emplois à faibles revenus, mais cette situation change de façon radicale à partir de la deuxième génération. Au milieu des années 1980, les enfants des immigrants atteignent un niveau d’enseignement supérieur équivalent à celui de la moyenne nationale, ce qui se reflète dans l’importance croissante de leurs occupations professionnelles ou semi-professionnelles. Les Italo-canadiens ont le taux le plus élevé d’accession à la propriété au Canada, ce qui témoigne du rôle central qu’occupe la famille. Dans les années 1980, 86 % sont propriétaires d’une maison, par rapport à 70 % pour la population en général.

Tout comme leurs homologues américains, les Italo-canadiens sont souvent liés à la mafia. La Commission Charbonneau de novembre 2011, qui enquête sur la corruption de fonctionnaires en ce qui a trait à la gestion de contrats en construction, a sans doute renforcé la perception associant la criminalité à la culture italienne, tout comme les douzaines de meurtres qui ont eu lieu après l’arrestation, l’extradition et l’emprisonnement du chef de la mafia à Montréal, Vito Rizzuto, en 2004. Toutefois, comme le signale le Service canadien du renseignement de sécurité dans son rapport de 2010, il n’y a pas un seul groupe dominant du crime organisé au Canada.

Vie communautaire

Des sociétés d’entraide mutuelle, souvent issues d’organisations villageoises, sont parmi les premières institutions créées par les immigrants italiens. L'Order of Italy (dont la première section canadienne est créée à Sault Ste. Marie en 1915) accueille toute personne de souche italienne. En 1927, certaines sections du Québec s’opposent aux tendances profascistes de l’ordre et s’en séparent pour former une structure parallèle qui devient, une décennie plus tard, l’Order of Italo-Canadians. Pendant la guerre, les hostilités paralysent le travail de ces associations, mais leur déclin est de toute façon inévitable à cause de l’influence grandissante de l’État providence et des sociétés d’assurances.

Après la Deuxième Guerre mondiale, nombre de nouveaux clubs et sociétés se consacrent à des activités de nature régionale, religieuse, sociale ou sportive. Au début des années 60, le Centre for Organizing Technical Courses for Italians (COSTI) est fondé à Toronto pour dispenser des cours de formation et de perfectionnement techniques, ainsi que des cours d’anglais et des services d’orientation. Vers le milieu des années 70, le COSTI ajoute un programme spécial pour répondre aux besoins des immigrantes et prend de l’ampleur au cours de la décennie suivante pour aider d’autres groupes d’immigrants (p. ex. personnes d’origine chinoise ou portugaise, personnes provenant de l’Amérique latine).

En 1971, à Toronto, on met sur pied l’Italian Canadian Benevolent Corporation (ICBC). L’ICBC entreprend la construction d’un vaste complexe comportant des logements pour personnes âgées et un centre communautaire qui offre des services récréatifs, culturels et sociaux, le plus grand projet de ce genre à cette époque. Des projets semblables ont lieu dans les communautés italiennes partout au Canada, dont celles de Thunder Bay, de Winnipeg et de Vancouver.

La fondation du Congrès national des Italo-canadiens à Ottawa, en 1974, vise à assurer la cohésion nationale du groupe et à accroître son influence politique. Le congrès coordonne la collecte de millions de dollars provenant de partout au Canada pour soulager les victimes des séismes qui dévastent le Frioul, en 1976, et la Campanie et la Basilicate, quelques années plus tard. À la fin des années 1980, le Congrès s’attaque à la question des détentions injustifiées d’Italo-canadiens durant la Deuxième Guerre mondiale. Le premier ministre présente des excuses à cet égard. Étant donné la largeur du groupe visé, il n’est pas surprenant d’observer des rivalités internes régionales et politiques, ainsi qu’entre les générations et les classes sociales. La Canadian Italian Business and Professional Men’s Association et la Chambre de commerce italienne représentent les intérêts du patronat et des professions libérales, alors que les Italo-canadiens de la classe ouvrière cherchent à protéger leurs intérêts au moyen de divers syndicats. Puisqu’ils constituent un pourcentage important et visible de la main-d’œuvre des secteurs de la construction et du textile, ils sont particulièrement actifs au sein de l’International Labourers Union et des Travailleurs amalgamés du vêtement et du textile.

Vie culturelle

À l’instar de nombreuses organisations communautaires, les médias italo-canadiens favorisent la cohésion de la communauté et servent d’intermédiaires entre ses membres et la société en général. Le premier journal italien au Canada paraît à Montréal vers la fin du XIXe siècle. En 1914, on en compte déjà plusieurs autres de Toronto à Vancouver. À partir de 1950, des douzaines de journaux et de revues italiennes, souvent destinés à des clientèles régionales, religieuses ou politiques précises, voient le jour. Au milieu des années 60, on estime à 120 000 le nombre de lecteurs de publications en langue italienne. Les plus influentes d’entre elles sont Il Corriere Italiano de Montréal et Il Corriere Canadese de Toronto qui, avant sa disparition en mai 2013, offre aussi une programmation en anglais pour rejoindre la jeune génération d’Italo-canadiens. En 1978, le propriétaire d’Il Corriere Canadese lance une station de télévision plurilingue en Ontario, CFMT (renommé OMNI TV en 1986 après avoir été achetée par Rogers), qui transmet chaque jour une programmation en Italien et en d’autres langues. Quelques années plus tard, le réseau Telelatino est lancé comme chaîne nationale de programmation italienne et espagnole. Actuellement, l’italien et le chinois sont les langues non officielles les plus parlées à la télévision et à la radio canadiennes.

Les Canadiens d’origine italienne ont influencé les goûts de notre société en matière d’architecture, de mode et de récréation, donnant ainsi à la vie canadienne une dimension cosmopolite. Ils ont également apporté une contribution remarquable au domaine artistique. Par exemple, en 1968, Mario Bernardi de Kirkland Lake, en Ontario, devient le premier chef de l’orchestre du Centre national des Arts à Ottawa, et, sous sa direction, l’orchestre va s’imposer sur la scène internationale. Les tableaux avant-gardistes du Montréalais Guido Molinari figurent aujourd’hui dans des galeries de renom. Sur un autre plan, l’ancien acteur shakespearien Bruno Gerussi est devenu une personnalité de la radio et de la télévision. J.R. Colombo est un auteur à succès renommé pour ses ouvrages de référence et de littérature et l’auteur Nino Ricci est récipiendaire du prix de Gouverneur général (voir Publications de langue italienne; Littérature ethnique).

Éducation

Partout au Canada, les associations Dante Alighieri proposent des films, des conférences, des cours d’italien et d’autres programmes pour faire connaître l’Italie au reste du pays. Créé à Toronto en 1976, le Centre canadien d’éducation et de culture italienne s’occupe de la conception et de la mise en œuvre de programmes de langue italienne dans les écoles. D’égales importances sont les instituts culturels gérés par le gouvernement italien, les fonds de livres en italien des bibliothèques publiques et de nombreux clubs d’italien dans les écoles secondaires, dans les collèges et dans les universités.

Les années 70 marquent le début d’importants changements dans le système d’éducation canadien à la suite de l’adoption d’une approche multiculturelle en matière de politiques publiques. Au milieu des années 1980, toutes les provinces sauf celles du Canada atlantique ont en place des programmes de langue du patrimoine qui comprennent l’enseignement de l’italien là où la demande est suffisante. En Ontario, plus de 40 000 étudiants du primaire sont inscrits à des cours d’italien, ce qui compte pour près de la moitié du nombre total d’inscriptions à des cours de langue non officielle.

Les Italo-canadiens réalisent de grandes choses en ce qui a trait à la réussite scolaire, comme le démontrent les statistiques sur l’éducation postsecondaire. Au milieu des années 80, le pourcentage d’Italiens qui ont fait leurs études au Canada (nés au Canada ou ayant immigré au pays avant 15 ans) et détiennent un diplôme universitaire dépasse la moyenne de 10 % qui représente l’ensemble de la population canadienne. Plus d’un quart détient un diplôme d’un collège communautaire, ce qui dépasse l’ensemble de la population de 3 %. Chez les Italo-Canadiens aux études, plus de 7 % des hommes sont inscrits dans les domaines professionnels du droit de la dentisterie et de la médecine (ce qui équivaut à la moyenne de tous les groupes). Ils affichent l’un des taux d’inscription les plus élevés aux études supérieures.

Vie religieuse

L’ethnicité italienne au Canada est étroitement liée à l’Église catholique romaine, qui est la religion de 95 % des Italo-canadiens. Par le passé, l’Église catholique cherche à établir des ministres du culte italiens grâce à des ordres religieux, surtout des Servites à Montréal, des Franciscains à Toronto et des Oblates sur la côte ouest. Les prêtres scalabriniens qui travaillent auprès des immigrants se trouvent dans les grandes villes après la Deuxième Guerre mondiale. Une expansion rapide a lieu dans les années 1960 lorsqu’on établit plusieurs paroisses nationales et plusieurs services en langue italienne partout au pays. En 1970, les Italiens qui résident à Montréal ont accès à 8 églises, alors qu’à Toronto (où ils comptent pour un tiers de la population catholique de la ville) ils ont accès à 3 fois plus d’églises et à 65 prêtres qui parlent italien.

En plus de répondre aux besoins spirituels de ses membres, l’église participe au soutien, à l’éducation et au divertissement des immigrants et contribue à la préservation de la langue et de la culture de la communauté italo-canadienne. Le catholicisme italo-canadien est préservé grâce à deux importantes pratiques, l’observation de la Toussaint, avec les feste, et la célébration des sacrements (surtout le mariage) lors de banquets. Ces pratiques, religieuses et sociales, rassemblent souvent des centaines de membres de la famille et paesani.

Au quotidien, l’influence de la religion catholique se voit dans les solides valeurs familiales des Italo-canadiens, ce qui donne au groupe un taux plus élevé de mariage et de naissance et un taux inférieur de divorces et de séparations par rapport à l’ensemble de la population canadienne. La majorité des Italo-canadiens s’opposent au divorce, à l’avortement et même aux méthodes de contraception artificielles. La plupart sont d’avis qu’il faut prendre soin de ses parents âgés, une conviction qui se reflète dans les conditions de logement. Près de la moitié vivent en effet dans des ménages multifamiliaux.

Politique

Les premières percées en politique se font dans le nord de l’Ontario et sur la côte ouest plutôt que dans les grandes villes. Dans les années 1930, des Italo-canadiens sont élus aux conseils municipaux et bureaux du maire de Fort William (maintenant Thunder Bay), en Ontario, de Mayerthorpe et de Coleman, en Alberta, et de Trail et de Revelstoke, en Colombie-Britannique. Dans les années 50, une de ces personnes, le maire Hubert Badanai de Fort William, est un des premiers Italiens à être élu député au Parlement, comme membre du Parti libéral. En 1952, Philip Gaglardi de la ville de Mission, en Colombie-Britannique, est élu à l’Assemblée législative provinciale pour le Crédit social et devient l’un des premiers ministres d’origine italienne en politique canadienne de l’après-guerre. Toutefois, ce n’est qu’en 1981 que le premier ministre Trudeau nomme le premier ministre fédéral d’origine italo-canadienne, Charles Caccia, élu député de Toronto en 1968. En 1973, Laura Sabia, ancienne conseillère municipale de St. Catharines et militante bien en vue du mouvement féministe, devient la présidente du Conseil du statut de la femme de l’Ontario.

Sur la scène fédérale, les Italo-canadiens ont surtout voté pour les candidats libéraux, puisque ce parti est perçu comme étant ouvert en matière d’immigration et de multiculturalisme. Comme plusieurs autres Canadiens, les Italo-canadiens tendent à voter pour un autre parti lors des élections provinciales. En Ontario et en Colombie-Britannique, par exemple, plusieurs appuient le Nouveau Parti démocratique. Aux élections fédérales de 1984, cependant, le Parti progressiste-conservateur du Canada gagne du terrain au sein de la communauté, surtout au Québec, où deux candidats montréalais d’origine italienne sont élus.

Au milieu des années 1980, les Italo-canadiens atteignent un niveau de représentation politique correspondant à leur nombre. En 1993, 15 Italo-canadiens sont élus à Ottawa, occupant ainsi 5 % des sièges de la Chambre des communes, ce qui se compare avantageusement au nombre de sièges occupés par des personnes d’origine multiple qui représente 4 % de la population canadienne. En date de 2012, 14 membres du Parlement sont nés en Italie.

Survie de la culture

Bien que la cohésion de la communauté italo-canadienne soit attribuable à une histoire commune, aux centres communautaires et aux caractéristiques religieuses et culturelles distinctes, la survie de la culture repose sur le fondement de la famille. L’institution sociale la plus importante chez les Canadiens d’origine italienne demeure la famille, immédiate et élargie. En général, dans les familles traditionnelles, en Italie, les rôles sont clairement définis, ce qui reflète des tendances semblables partout dans le monde. Le mari est considéré comme le chef et le soutien de la famille, la femme doit être bonne ménagère et bonne mère, et les enfants doivent se montrer obéissants et respectueux envers leurs parents. Chacun doit agir pour le mieux-être de la famille et non en fonction de ses intérêts personnels. Nombre d’immigrants italiens ont cherché à maintenir ce modèle, mais le changement est inévitable.

Parce que ces valeurs traditionnelles diffèrent nettement des attentes de la société canadienne en général, de nombreux problèmes sociaux sont attribuables aux conflits qui en découlent. Chez les enfants d’immigrés, il arrive que le désir de monter dans l’échelle sociale et de s’exprimer sur un plan personnel se heurte à l’insistance familiale sur la solidarité et la fidélité aux rôles traditionnels. Toutefois, la famille italo-canadienne de deuxième génération a profondément changé. Si elle accorde souvent beaucoup d’importance à la cohésion familiale, au respect et à la loyauté, elle évolue de plus en plus vers l’égalité des rôles du mari et de la femme. Néanmoins, la famille offre encore un soutien important à ses membres, et la famille élargie (jusqu’au cousin au troisième degré) se réunit souvent à l’occasion de mariages, de baptêmes et d’autres événements du genre. Souvent, les amis proviennent de la famille élargie et les membres de la famille n’hésitent pas à s’accorder des faveurs liées à l’argent. De même, les relations entre Italo-canadiens originaires du même village (paesani) inscrivent les familles étendues dans un réseau beaucoup plus vaste, mais toujours maintenu par des liens personnels.

Les Italiens ne souhaitent pas pour autant vivre en vase clos. En 1941, pour toute la période d’avant-guerre, on constate chez les Canadiens d’origine italienne un taux de mariages mixtes de 45 %, donc plus élevé que chez presque tous les autres groupes ethniques d’importance. Dès l’après-guerre un taux semblable est atteint au milieu des années 1980. Au Québec, les Canadiens de souche italienne s’intègrent à la société francophone plus facilement que de nombreux autres groupes ethniques. Selon le recensement de 2006, 476 905 personnes déclarent que l’italien est leur langue maternelle (première langue apprise).

L’expansion et la consolidation de la communauté italo-canadienne après la Deuxième Guerre mondiale sont dues au niveau élevé d’engagement de la part des immigrants et de leurs enfants. Le nombre élevé d’institutions qui en découlent fournit aux Italo-canadiens l’occasion d’exprimer leur identité ethnoculturelle grâce à une grande variété d’activités allant des ligues sportives à la télévision en langue italienne.

Dans la vie privée, la famille et la religion sont des piliers interreliés de continuité culturelle. Les deux demeurent plus importants pour les Italo-canadiens que pour l’ensemble de la population canadienne. Malgré une proportion grandissante d’Italo-canadiens nés au Canada et un niveau accrue d’unions interculturelles, la famille italienne et ses valeurs morales sont encore bien ancrées. L’appartenance à la Famiglia et à un groupe culturel est une façon privilégiée pour les Italo-canadiens de créer un sentiment de sécurité au sein d’une société de masse impersonnelle. Fait intéressant, le recensement suggère que plusieurs enfants provenant de mariages interculturels ont tendance à s’identifier comme faisant partie de la communauté italo-canadienne. Par conséquent, le nombre d’Italo-canadiens provenant d’origines a plus que triplé entre 1981 et le milieu des années 90.