Joseph Jacques Jean Chrétien, C.C., c.p., O.M., C.R., premier ministre du Canada de 1993 à 2003, avocat, auteur et homme politique, est né le 11 janvier 1934 à Shawinigan, au Québec. Avocat et membre du Parlement, Jean Chrétien a été le 20e premier ministre du Canada. Dans les débuts de sa carrière politique, il prend part aux négociations sur le rapatriement de la Constitution canadienne de même que sur la Charte canadienne des droits et libertés. En tant que premier ministre, il a mené le gouvernement fédéral à ses premiers excédents en près de 30 ans. Cependant, son gouvernement a également mis sur pied un programme de commandites coûteux pour le Québec qui a mené à l’un des plus grands scandales politiques des temps modernes. Par ailleurs, Jean Chrétien a engagé les Forces canadiennes dans le conflit au Kosovo, en 1999, et dans la guerre en Afghanistan, à partir de 2002, et ce, malgré avoir refusé publiquement d’appuyer directement les troupes américaines dans leur campagne contre l’Iraq. Récipiendaire de nombreux prix et distinctions, il s’est joint à plusieurs organisations internationales qui visent la paix, la démocratie et d’autres questions d’intérêt mondial.

Enfance, entourage et formation

Jean Chrétien est le 18e enfant d’une famille modeste de 19 enfants. Son père, Wellie Chrétien, a été machiniste dans une usine de papier et organisateur du Parti libéral. Jean Chrétien, qui se surnomme des années plus tard « le p’tit gars de Shawinigan », est un élève connu pour son caractère et son côté bagarreur. D’après la biographie Chrétien: The Will to Win, par Lawrence Martin, un des camarades de classe de Jean Chrétien aurait écrit dans un album de fin d’année que son cauchemar était de recevoir un coup de poing de Jean Chrétien. Selon son ami Jean Pelletier, Jean Chrétien est un bagarreur; il doit gagner.

À l’âge de 12 ans, Jean Chrétien souffre de la maladie de Bell qui paralyse partiellement le côté gauche de son visage. Il affirmera plus tard qu’il est un politicien qui « parle d’un seul côté de la bouche ». Membre d’une famille fervemment libéral, Jean Chrétien est exposé jeune à la politique, participant à des ralliements et distribuant des brochures politiques alors qu’il est enfant.

En 1957, il marie Aline Chaîné, qui le soutient et le conseille tout au long de sa carrière politique. Le couple a trois enfants : deux garçons, Hubert et Michel, et une fille, France (qui reçoit l’Ordre du Canada en 2011 pour son bénévolat et ses œuvres de bienfaisance). En 1959, Jean Chrétien obtient un diplôme en droit de l’Université Laval, puis joint une pratique à Shawinigan. Alors qu’il développe sa pratique, il demeure actif sur le plan politique.

Début de carrière politique

En 1963, Jean Chrétien est élu à la Chambre des communes comme député libéral, représentant de la circonscription Saint-Maurice–Laflèche. Il fait partie du Cabinet du premier ministre Lester Pearson en tant que ministre sans portefeuille, puis à titre de ministre du Revenu. En 1968, il soutient la candidature de Mitchell Sharp à la direction du parti. Sous le mandat du premier ministre Pierre Elliott Trudeau, il assume les responsabilités de plusieurs ministères, dont le Conseil du Trésor, le ministère de l’Industrie et du Commerce, le ministère des Finances (il est le premier Canadien français à en être responsable), le ministère de la Justice, le ministère de l’Énergie, des Mines et des Ressources et le ministère des Affaires indiennes et du Nord canadien. Alors ministre de ce dernier, dans les années 1970, Jean Chrétien, avec sa femme Aline Chaîné, adopte leur fils Michel d’un orphelinat d’Inuvik.

Orateur expressif et convaincant, Jean Chrétien a la faveur populaire aussi bien au Québec qu’à l’extérieur de celui-ci. En tant que ministre de la Justice (1980-1982), il rallie les forces fédéralistes à l’occasion du référendum du Québec en mai 1980 et participe ensuite à l’élaboration et à la mise en œuvre de la stratégie du gouvernement fédéral pour le rapatriement de la Constitution et l’adoption de la Charte des droits et libertés.

S’exprimant dans une langue imagée et populaire, en français comme en anglais, Jean Chrétien sait toucher son auditoire. Pendant la campagne pour la direction du Parti libéral en 1984, il démontre clairement ses dons d’orateur, sa faculté de s’identifier aux gens et ses qualités d’organisateur politique. Il termine néanmoins deuxième, derrière John Turner. Jean Chrétien conserve son siège à l’élection suivante, mais il s’impatiente dans l’Opposition. Lorsque le congrès nomme John Turner à la direction du parti en 1986, Jean Chrétien démissionne de son poste à la Chambre des communes et renoue avec la pratique du droit. Avant sa démission, il publie son autobiographie Dans la fosse aux lions (1985; V.O. Straight from the Heart) qui connaît un immense succès.

Chef du Parti libéral

John Turner démissionne en 1990, après une seconde défaite devant les conservateurs. La même année, Jean Chrétien revient à la Chambre des communes en tant que député libéral de la circonscription de Beauséjour au Nouveau-Brunswick, défaisant Paul Martin fils.

Jean Chrétien hérite d’un parti désorganisé et au bord de la faillite. Son opposition à l’Accord du lac Meech en 1990 lui coûte des partisans nationalistes du Québec, alors que l’échec de l’Accord de Charlottetown (voir Accord de Charlottetown : Document) de 1992 multiplie les voix pour la souveraineté de la province.

Cependant, le Parti libéral est suffisamment préparé pour l’élection d’octobre 1993. Jean Chrétien mène une campagne quasi irréprochable en ciblant la question de la création d’emplois. Il publie aussi un livre sur son programme politique, le Livre rouge, qui répond efficacement aux critiques selon lesquelles il engagerait des dépenses extravagantes, à l’instar des gouvernements libéraux précédents. Jean Chrétien regagne ainsi son ancienne circonscription de Saint-Maurice et réussit à gagner 19 sièges pour son parti au Québec, et ce, malgré l’assaut du Bloc québécois.

Partout ailleurs au Canada, les libéraux triomphent. Ils gagnent 177 sièges et sont nettement majoritaires. Après une brève transition à la suite de l’élection du 25 octobre, Jean Chrétien devient le 20e premier ministre du Canada. Vu la complète désintégration du Parti conservateur de Kim Campbell, qui passe de 151 sièges à seulement 2, et l’effondrement du Nouveau Parti démocratique (NPD), le Parti libéral de Jean Chrétien devient le seul parti national à la Chambre des communes pour faire face aux groupes régionaux représentés par le Parti réformiste et le Bloc québécois.

Premier mandat

Le gouvernement de Jean Chrétien hérite de plus d’un problème, mais a la main heureuse pendant qu’il est au pouvoir. En 1993, le Canada accuse un taux d’imposition et une dette nationale élevés ainsi qu’un déficit annuel alarmant. Jean Chrétien décide alors de s’attaquer à la réduction des programmes fédéraux, y compris les subventions aux provinces, et du déficit, dont la suppression est une priorité de son gouvernement. Les libéraux maintiennent l’impopulaire taxe sur les produits et services, malgré avoir promis l’abolir. Heureusement, la conjoncture économique favorable et l’augmentation des revenus donnent, en 1998, le premier excédent canadien en près de 30 ans. Grâce aux compressions budgétaires du Libéral, Jean Chrétien et son ministre des Finances, Paul Martin, connaissent beaucoup de succès auprès du public comparativement à l’Opposition qui est alors désemparée.

Jean Chrétien a toutefois moins de chance avec l’éternelle question du séparatisme québécois. À l’occasion du référendum d’octobre 1995, les fédéralistes remportent une très mince victoire et, Jean Chrétien est fort critiqué pour son rôle dans cette campagne.

Incident au 24, promenade Sussex

Peu de temps après le référendum, un homme armé s’est introduit par infraction dans la résidence du premier ministre au 24, promenade Sussex. Le procès de l’accusé, André Dallaire, révèle que celui-ci souffrait de schizophrénie paranoïaque et qu’il aurait entendu des voix l’ordonner de tuer le premier ministre pour se venger du résultat du vote. Le jour de l’incident, l’homme aurait escaladé la clôture, brisé une fenêtre et entré dans la maison. Aline Chaîné, réveillée par le bruit, se serait levée pour en connaître la provenance et se serait retrouvée face à André Dallaire tout juste à l’extérieur de la chambre à coucher. De retour dans la chambre, la porte verrouillée derrière elle, Aline Chaîné aurait réveillé son mari avant d’appeler la Gendarmerie royale du Canada (GRC). Jean Chrétien aurait empoigné une sculpture inuit d’un huard qui reposait sur une table de chevet pour se défendre. Par contre, André Dallaire n’aurait jamais essayé d’entrer dans la chambre, et la GRC l’aurait appréhendé. L’accusé a été condamné pour tentative de meurtre sans responsabilité criminelle.

Programme de commandites

Le résultat du référendum québécois joue certes en défaveur de Jean Chrétien qui est de moins en moins aimé des gens de sa province natale. Jean Chrétien tente de remédier à la situation en mettant sur pied un programme de commandites qui vise à promouvoir l’image du Canada et du gouvernement fédéral au Québec au moyen d’un programme publicitaire ciblé. Malheureusement, le programme mal pensé et en grande partie secret s’avère un scandale de plusieurs millions de dollars qui rapporte peu au fédéralisme. Des révélations publiées dans le Globe and Mail engendrent une série d’enquêtes, dont une de la GRC et une de la fameuse Commission Gomery, qui révèlent que des fonds publics ont servi à enrichir des agences publicitaires associées aux libéraux, et à financer la campagne du Parti libéral au Québec et à verser des pots-de-vin à certains membres. Jean Chrétien témoigne à la Commission Gomery en 2005 et, bien qu’il affirme ne pas être impliqué dans l’affaire, le scandale politique nuira à son successeur, Paul Martin, et entachera la réputation du Parti libéral au Québec pour les années à venir.

Équipe Canada

Sur le plan de la politique étrangère, les libéraux misent avant tout sur la diplomatie économique durant le premier mandat de Jean Chrétien. Ce dernier même dirige à l’étranger des missions d’Équipe Canada fort médiatisées qui s’avèrent d’excellentes occasions de publicité favorable pour le parti. Cependant, elles soulèvent également des critiques qui accusent le gouvernement d’ignorer les violations des droits de la personne dans des pays comme la Chine et l’Indonésie pour des raisons commerciales. De plus, les retombées économiques durables de ces missions sont remises en question. Quant aux relations entre le Canada et les États-Unis, Jean Chrétien se montre discret mais cordial envers le président Bill Clinton.

Deuxième mandat

En 1997, Jean Chrétien annonce des élections fédérales pour le 2 juin. Les partis de l’Opposition présentent une image fragmentée, peu impressionnante et d’envergure régionale plutôt que nationale. Jean Chrétien reste au pouvoir avec une mince mais utile majorité de 155 sièges sur 301. Le deuxième mandat du gouvernement de Jean Chrétien continue à tirer profit de la prospérité économique, malgré des soubresauts en Asie et un ralentissement en Europe. En matière de politique étrangère, le nouveau ministre, Lloyd Axworthy, opte pour les droits de la personne comme cheval de bataille. En 1999, il est donc logique que le Canada prenne part avec l’OTAN à la guerre du Kosovo.

Avec une économie en pleine vitesse de croisière et un ministre des Finances fort apprécié, Paul Martin, on ne remarque aucun problème stratégique ou administratif grave jusqu’à la fin de l’année 1999. Jean Chrétien se tourne alors vers la politique interne. La menace la plus évidente pour les libéraux vient de la droite. En effet, le Parti réformiste tente de se repositionner de façon à absorber le reste des membres du Parti conservateur. Au début de l’an 2000, la droite se réorganise en tant que l’Alliance canadienne. Cette dernière élit un nouveau chef, inconnu du monde politique (du moins à l’échelle fédérale), Stockwell Day. Jean Chrétien saisit tout de suite l’occasion, imposant une élection générale à un Parti libéral peu enthousiaste.

Les libéraux de ban et d’arrière-ban sont hésitants, mais l’Alliance canadienne manque carrément de préparation. Le 27 novembre 2000, Jean Chrétien obtient un troisième mandat avec une majorité de 172 sièges et 41 % du vote. Selon lui, sa plus grande réussite aura été de dépasser le Bloc québécois au Québec, pour la première fois par vote populaire.

Troisième mandat

Les principales difficultés du troisième mandat de Jean Chrétien sont les relations du pays avec les États‑Unis. Le Canada dépend fortement du marché américain pour ses exportations, ce qui n’a jamais été un problème dans les années 1990, une décennie marquée par la prospérité économique. Cependant, à partir de septembre 2001, lorsque les États-Unis subissent des attaques terroristes du groupe islamique d’Al-Quaïda, la sécurité accrue des frontières américaines pose un véritable problème pour la première fois depuis la Deuxième Guerre mondiale. Les Canadiens, particulièrement Jean Chrétien, appuient les Américains, mais des décennies de négligence et de sous-financement ont laissé le Canada avec des forcées armées affaiblies et des ressources limitées pour faire face à la crise. Au début de 2002, le Canada envoie les troupes qu’il peut pour soutenir la guerre en Afghanistan, mais Jean Chrétien refuse de participer directement à celle en Iraq, faisant valoir que le Canada n’agira pas sans l’autorisation du Conseil de sécurité des Nations-Unies.

La position de Jean Chrétien sur la question de l’Iraq se révèle immensément populaire au Canada, en particulier au Québec, mais ne suffit pas à freiner le mécontentement dans son propre parti; les partisans du ministre des Finances, Paul Martin, réussissent à miner l’influence de ceux de Jean Chrétien. Il annonce finalement qu’il va se désister de son poste de chef du Parti libéral. Il termine officiellement son mandat par un discours de bravoure prononcé à l’occasion du congrès du Parti libéral qui se tient à Toronto en novembre 2003. Le mois suivant, il démissionne du poste de premier ministre. Le 12 décembre 2003, le nouveau chef du Parti libéral, Paul Martin, remplace Jean Chrétien à titre de premier ministre.

Retraite

Maintenant retraité du monde politique, Jean Chrétien agit en tant qu’avocat-conseil au cabinet Heenan Blaikie LLP. En février 2014, après la fermeture d’Heenan Blaikie, il se joint à l’équipe du cabinet Dentons Canada à titre de conseiller.

Jean Chrétien demeure tout de même actif en politique, si ce n’est de façon officielle. En 2008, lui et l’ancien chef du NPD, Ed Broadbent, travaillent à la formation d’une coalition entre les libéraux et le NPD pour retirer le pouvoir à Stephen Harper, chef du Parti conservateur. Ce dernier réussit cependant à proroger le Parlement et à arrêter les efforts de coalition grâce à motion de non-censure. En 2013, Jean Chrétien critique publiquement la politique étrangère du premier ministre Stephen Harper, lançant un débat sur l’image qu’un pays géré par des gouvernements différents projette à l’étranger.

Depuis le début de sa retraite, Jean Chrétien se joint à multiples organisations internationales. En autres, il est membre de la World Leadership Alliance – Club de Madrid, un groupe d’anciens premiers ministres et présidents qui se rencontrent pour discuter d’enjeux auxquels font face les gouvernements démocratiques. Il siège au comité d’honneur de la Fondation Chirac, un organe dédié à la paix dans le monde. En 2008, Jean Chrétien se joint au Conseil interaction, une organisation d’anciens chefs d’État et de gouvernement qui développe et propose des solutions à des problèmes mondiaux.

Prix et distinctions

  • Membre du Conseil privé de la Reine pour le Canada (1967)
  • Compagnon, Ordre du Canada (2007)
  • Membre de l’Ordre du mérite (2009)
  • Conseiller de la reine

Diplômes honorifiques

  • Université Wilfrid-Laurier (1981)
  • Université Laurentienne (1982)
  • Université de Western Ontario (1982)
  • Université York (1986)
  • Université de l’Alberta (1987)
  • Université Lakehead (1988)
  • Université d’Ottawa (1994)
  • Université Memorial de Terre-Neuve-et-Labrador (2000)
  • Université Queen’s (2004)
  • Université McMaster (2005)
  • Université du Québec à Trois-Rivières (2008)
  • Université Concordia (2010)
  • Université de Montréal (2011)
  • Université de Winnipeg (2014)