Labrador

Le Labrador, la partie continentale de la province de Terre-Neuve, est situé presque entièrement au nord de l'île de Terre-Neuve, séparé par les 20 km du détroit de Belle-Isle, et à quelque 800 km au sud du Groenland. La côte du Labrador, qui s'étend sur une distance de 1125 km, est dentelée d'innombrables fjords, de baies et de petits bras de mer, dont, notamment, l'Inlet Hamilton (lac Melville), qui s'avance à plus de 250 km à l'intérieur des terres. Le Labrador fait partie du Bouclier canadien, une masse ancienne de roches cristallines et dont le relief ne dépasse que rarement les 300 m. Le littoral et le nord du Labrador sont presque entièrement formés de roc dénudé et de toundra mais les vallées fluviales au sud du lac Melville et l'intérieur de la péninsule constituent de riches réserves forestières.

Les MontsTorngat, les sommets les plus élevés à l'est des Rocheuses, se dressent au nord, dans une isolation splendide. Bien que le Labrador soit situé à la même latitude que les îles Britanniques, il est très peu habité en raison de ses terres inhospitalières et de son climat extrême. Le courant du Labrador, originaire des eaux arctiques, descend vers le sud, refroidit la côte et obstrue les ports de glaces du mois de décembre au mois de mai. En 1986, les principaux établissements sont, du sud au nord du littoral, Cartwright, Rigolet, Makkovik, Postville, Hopedale et Nain; North West River et Happy Valley-Goose Bay sur les rives du lac Melville; enfin, à l'intérieur des terres, Churchill Falls, Wabush et Labrador City.

Historique

La côte du Labrador est peuplée depuis très longtemps. Des traces des établissements des peuples de culture archaïque des Maritimes datant d'au moins 7000 ans ont été découvertes dans les sépultures de L'Anse Amour, au sud. Le Labrador est vraisemblablement le « Markland » des sagas vikings qui décrivent les plages anormalement argentées à proximité de Groswater Bay. Les pêcheurs basques organisent des chasses à la baleine, concentrées à Red Bay, sur la côte Nord-Est du détroit de Belle-Île, bien avant que Jacques Cartier n'explore l'endroit, au début du XVIe siècle.

La culture archaïque maritime est déplacée, il y a environ 4 000 ans, par le mouvement vers le sud des Paleoeskimos, en provenance de l'Arctique, déplacés à leur tour par les ancêtres des Montagnais-Naskapis et des Inuits. Les explorateurs portugais sont présents le long de la côte et le nom « Labrador », d'abord attribué à la côte du Groenland, vient vraisemblablement de l'explorateur portugais Joao Fernandes, un « lavrador » ou « petit propriétaire terrien » des Açores. Les premiers occupants européens se consacrent exclusivement à la pêche le long du littoral, tandis que les Inuits au nord et les Naskapis au sud leur font une lutte féroce. La France et la Grande-Bretagne se disputent la côte, mais ni l'un ni l'autre n'arrive à imposer sa suprématie. Au début du XIXe siècle, des milliers de pêcheurs et de chasseurs de baleines de la Nouvelle-Angleterre longent ses côtes chaque année.

La question des frontières du Labrador est l'une des causes judiciaires les plus célèbres de l'histoire coloniale britannique. Même si la Loi constitutionnelle reconnaît que le bassin hydrographique de toutes les rivières du Labrador se jetant dans l'océan Atlantique appartient à Terre-Neuve, de nombreux Québécois considèrent encore que le Labrador fait partie du « Nouveau-Québec ».

Économie

Le peuplement du Labrador s'est fait de façon aléatoire : quelques pêcheurs y résidaient à l'année (les liveyers), tandis que des milliers de « pêcheurs migrants » (qui pêchaient en été à partir d'établissements côtiers) et de « pêcheurs flottants » (qui vivaient sur leurs goélettes) allaient et venaient au gré des saisons de pêche. En 1770, George Cartwright fonde une entreprise à Cap Charles et l'exploite pendant 16 ans. Les moraviens établissent une mission à Nain, en 1771, qui existe encore aujourd'hui. La compagnie de la baie d'Hudson installe un premier poste à Rigolet en 1834, un deuxième à North West River, en 1836, et un troisième à Cartwright. John McLean, à l'emploi de cette compagnie, explore l'intérieur des terres en 1839, mais la traite des fourrures demeure une activité marginale.

Au cours des années 1890, le géologue A.P. Low découvre un important gisement de minerai de fer à l'intérieur du territoire et, en 1937 et 1939, le géographe finlandais V.A. Tanner fait une compilation, la plus détaillée jusque-là, des désignations du Labrador. Les modestes établissements le long du littoral du Labrador sont parmi les plus isolés, les plus démunis et les plus négligés au monde. À l'exception de la mission moravienne, à Nain, le Labrador n'offre aucun service médical, scolaire, d'habitation, jusqu'à l'intervention héroïque de Wilfred Grenfell, dans les années 1890. Grenfell et ses associés établissent hôpitaux, écoles, orphelinats et coopératives, grâce à des levées de fonds qu'ils organisent partout dans le monde.

La Deuxième Guerre mondiale met fin à la dépendance d'une économie traditionnellement orientée vers la pêche, alors qu'un aéroport est construit à Goose Bay pour servir de relais aux Ferry Command. Elle sert par la suite de base à l'armée de l'air américaine et devient, au début des années 50, le deuxième aéroport le plus achalandé au monde. Happy Valley, située à proximité, prend de l'essor. Le monumental chemin de fer Québec North Shore and Labrador est construit (1954), permettant l'exploitation des immenses réserves de fer de l'intérieur. La BRINCO exploite l'immense potentiel hydroélectrique de la rivière Churchill, à Churchill Falls, la deuxième centrale hydroélectrique en importance au Canada.

Au début des années 90, deux prospecteurs de diamants découvrent d'importantes concentrations de nickel, de cuivre et de cobalt à Voisey Bay, près de Nain. Cette découverte déclenche aussitôt une ruée vers le secteur et les demandes de concessions minières qui étaient de 5 000 à 8 000 dans les années antérieures, passent à 200 000 en 1995.