Fondation, 1713

Au cours des 17e et 18e siècles, la France et la Grande-Bretagne se livrent bataille pour le contrôle territorial du Canada atlantique et la mainmise sur la précieuse pêche à la morue au large de ses côtes. En vertu du traité d’Utrecht (1713), la Grande-Bretagne prend le contrôle des territoires français de Terre-Neuve et de l’Acadie (Nouvelle-Écosse continentale). La même année, les Français colonisent l’île Royale (île du Cap-Breton) et fondent Louisbourg, entreprenant des travaux de fortification dès 1719. Stratégiquement situé sur la pointe nord de l’île Royale, à l’entrée du golfe du Saint-Laurent, Louisbourg est conçu pour garder l’accès à la Nouvelle-France.

La forteresse, dont la construction prend plus de 24 ans, est bâtie par des ingénieurs militaires sous Jean-François Verville, et plus tard Étienne Verrier, en fonction de dessins de Sébastien Le Prestre de Vauban, ingénieur en chef du roi de France Louis XIV. Atteignant presque onze mètres d’épaisseur à certains endroits, ses murs ont une hauteur de neuf mètres et surplombent un fossé profond, tout en donnant sur la mer sur trois côtés. La forteresse peut accueillir jusqu’à 148 canons, bien que ce nombre ne soit jamais atteint. D’autres emplacements de canons aux alentours du port de Louisbourg et de Battery Island en protègent l’accès depuis la mer. Le sol du côté de Louisbourg relié à la terre ferme est jugé trop marécageux pour permettre à l’ennemi de déployer de l’artillerie lourde à portée des murs. Louisbourg est ainsi jugé imprenable.

La construction et l’entretien de la forteresse sont toutefois onéreux. On dit que le roi Louis XV déclare s’attendre à ce que ses murs puissent être distingués à l’horizon depuis la fenêtre de son palais de Versailles, en France. En outre, en raison de l’emplacement reculé de Louisbourg et du climat inhospitalier qui y règne, les gouverneurs et les officiers militaires n’aiment pas y être détachés. L’alcoolisme est un problème récurrent parmi les soldats.

Croissance

Plus qu’un ouvrage militaire, Louisbourg se développe également en ville et en port d’importance. L’agriculture y étant peu pratiquée, la pêche à la morue constitue la principale activité économique. À titre de plaque tournante du secteur des pêcheries, Louisbourg développe des liaisons maritimes diversifiées. Chaque année, le port accueille des navires commerciaux de France, des Caraïbes, des colonies britanniques d’Amérique, de l’Acadie et du Québec. Venus de France et d’Espagne, des pêcheurs bretons, normands et basques viennent y pêcher chaque été. La population des colons de la ville, issue en partie de la Nouvelle-France mais également de la France elle-même, franchit le cap des 2 000 habitants en 1740, et même le double dans les années 1750.

Bien que son gouverneur soit subordonné au gouverneur général de la Nouvelle-France établi à Québec, l’île Royale fonctionne comme une colonie distincte. Sa garnison militaire et son importance en tant que port de pêche et de commerce en font le centre du pouvoir français dans la région.

Premier siège, 1745

En 1744, la Grande-Bretagne est entraînée dans un conflit contre la France dans le cadre de la guerre de la Succession d’Autriche. L’affrontement franco-anglais est connu dans les colonies britanniques comme la Troisième guerre intercoloniale. Louisbourg n’a alors jamais fait l’objet d’opérations militaires, bien que la forteresse ait servi de refuge aux peuples autochtones alliés des Français ayant attaqué les colonies anglaises. Louisbourg sert également de port sûr pour les corsaires français qui s’en prennent aux flottes de pêche et aux navires de la Nouvelle-Angleterre.

Le 24 mai 1744, à bord d’une flotte de 17 navires sous le commandement du capitaine François du Pont Duvivier, un détachement de soldats de Louisbourg lance une attaque-surprise sur le petit fort et la colonie anglaise sur l’île Grassy, près de Canso (situé dans ce qui est aujourd’hui la partie continentale de la Nouvelle-Écosse), forçant sa garnison britannique à se rendre. Les Français anéantissent la colonie et en emprisonnent les habitants britanniques. Alors que les Britanniques attendent de retourner à Boston dans le cadre d’un échange de prisonniers, les officiers parmi eux peuvent librement se déplacer dans la ville. Ils ne manquent pas de noter les faiblesses de la forteresse dite « imprenable ».

À Boston, les officiers libérés rapportent leurs observations au gouverneur du Massachusetts, William Shirley. Ils lui révèlent que la garnison de Louisbourg est non seulement sous-équipée, mais que le moral des troupes françaises est faible, en grande partie en raison de la piètre qualité des vivres et du fait qu’ils n’ont pas reçu leur solde depuis des mois. Ils ajoutent qu’en raison d’une mauvaise construction, une partie des murs apparemment redoutables tombe en ruine. Ils soulignent la présence de crêtes et de collines avoisinantes qui surplombent les murs de Louisbourg donnant sur la terre. Finalement, ils remettent à William Shirley des croquis des défenses de Louisbourg qu’ils ont réalisés.

En vue d’une expédition contre Louisbourg, William Shirley met sur pied une force de plus de 4 000 habitants de la Nouvelle-Angleterre, commandée par William Pepperell. L’armée coloniale est soutenue par une escadrille de la Royal Navy sous le commodore Peter Warren. En avril 1745, William Pepperell établit une base à Canso, où il joint ses forces à celles de Peter Warren au début mai pour planifier une opération terrestre et maritime.

Le premier siège de Louisbourg se met en branle le 11 mai 1745. William Pepperell s’empare de lieux stratégiques près de la forteresse, tandis que les navires de Peter Warren imposent un blocus du port. L’armée coloniale se sert de luges pour transporter l’artillerie sur un terrain marécageux vers des points en saillie, desquels les canons sont en mesure de bombarder la ville et de pilonner les murs de la forteresse. Transportant des fournitures et des renforts vitaux, le navire de guerre français Vigilant est capturé par l’escadrille de Peter Warren. Le 28 juin, les murs de Louisbourg cèdent et l’escadrille s’apprête à pénétrer dans le port. À court de fournitures et de munitions, et sous la pression des marchands de la ville qui l’incitent à capituler, le gouverneur français Louis DuPont Duchambon se rend.

Des dispositions sont prises pour déporter la majorité de la population vers la France. Peter Warren est promu contre-amiral, tandis que William Pepperell se voit conférer le titre de baronnet par la Grande-Bretagne.

Retour à la France, 1748

Selon les termes du traité d’Aix-la-Chapelle de 1748, les Britanniques rendent Louisbourg et l’ensemble de l’île Royale aux Français, au grand dam des colons de la Nouvelle-Angleterre, qui voient en cela une trahison de la part du gouvernement britannique.

Le nouveau gouverneur français, Augustin de Boschenry de Drucour, renforce les défenses de Louisbourg et fait passer la garnison à plus de 3 500 soldats des forces régulières, appuyés par des miliciens, des troupes navales et des marins. Enfin, il dote les magasins de vivres et de munitions pour tenir un an en cas de nouveau siège. Celui-ci se produit en 1758 pendant la guerre de Sept Ans (1756-1763), connue dans les colonies américaines sous l’appellation de « French and Indian War », et comme la guerre de la Conquête en Nouvelle-France.

L’objectif ultime de la Grande-Bretagne en Amérique du Nord au milieu du 18e siècle est la prise du bastion français de Québec. Toutefois, avant qu’une force d’invasion puisse remonter le fleuve Saint-Laurent, Louisbourg – qui garde l’entrée du golfe du Saint-Laurent – doit impérativement être repris.

Second siège, 1758

Au début du mois de juin 1758, une flotte britannique fait son apparition au large de Louisbourg. Elle est sous le commandement du major général Jeffery Amherst et de l’amiral Edward Boscawen. L’un de ses officiers supérieurs est le brigadier général James Wolfe.

Le second siège de Louisbourg s’amorce le 8 juin, lorsque James Wolfe procède au débarquement de ses troupes à la baie Gabarus, au sud de Louisbourg. De cette base, il chasse peu à peu les Français de plusieurs positions stratégiques autour du port, y compris de Lighthouse Point. Le 25 juin, son artillerie étant parvenue à mettre hors d’état de nuire les canons français sur Battery Island, le siège se rapproche des murs de Louisbourg. Lors d’un des innombrables accrochages et raids, Wolfe investit les hauteurs surplombant la porte Dauphine de la forteresse. Les Britanniques peuvent ainsi y installer leurs plus imposants canons, de 24 et 32 livres, qui sont désormais en mesure de pilonner autant la ville que les cinq navires de guerre français qui sont ancrés aussi près que possible des parois.

Les Français ripostent, mais perdent l’usage de la plupart de leurs canons dans les jours qui suivent. Le 21 juillet, un obus de mortier britannique explose dans le magasin, soit le dépôt d’explosifs, d’un des navires français, provoquant un incendie qui se propage à deux autres navires. Tous trois s’embrasent jusqu’à la ligne de flottaison. Le 26 juillet, un raid de la Royal Navy vise les deux autres navires de guerre français. L’un d’eux est incendié, tandis que l’autre est capturé puis intégré à la flotte britannique.

La défaite étant inévitable, Augustin de Boschenry de Drucour se rend le jour même. Les civils de la ville sont autorisés à rentrer en France, mais les soldats et les officiers sont envoyés en Angleterre comme prisonniers de guerre. Les ingénieurs britanniques rasent la forteresse, s’assurant ainsi que Louisbourg ne constitue plus jamais une menace, si jamais il est retourné aux Français en vertu d’un traité.

La chute de Louisbourg, suivie par la prise de Québec en 1759 et la capture de Montréal en 1760, met fin à la puissance militaire et coloniale française dans ce qui est aujourd’hui leCanada. Les anciens territoires français sont intégrés à l’Amérique du Nord britannique. Les petites îles de Saint-Pierre et Miquelon, au large des côtes de Terre-Neuve et acquises par la France en 1763, prennent le relais de l’île Royale comme base des pêcheries françaises.

Louisbourg aujourd’hui

Petit port de pêche, la ville moderne de Louisbourg, en Nouvelle-Écosse, s’est développée à l’extrémité opposée du port de Louisbourg, où la forteresse se trouvait.

La forteresse de Louisbourg est désignée comme site historique national en 1928. En 1961, Parcs Canada en entreprend la reconstruction en fonction de relevés archéologiques approfondis, appuyés par l’examen des documents historiques bien conservés de la colonie. Une partie des fortifications, les bâtiments de la citadelle, le quai de la ville et plusieurs rues avec leurs maisons, boutiques et tavernes sont soigneusement reconstruits, selon leur apparence probable vers 1744.

Des visites guidées de la forteresse sont offertes à l’année. Les visiteurs peuvent y faire la rencontre d’animateurs costumés et consulter des panneaux d’interprétation. La forteresse reconstruite constitue une attraction touristique majeure qui contribue grandement au secteur touristique du Cap-Breton, tout en représentant un exemple de reconstitution historique jouissant d’une reconnaissance mondiale.