Mary Ann Camberton Shadd Cary, éducatrice, éditrice et abolitionniste (Wilmington, Delaware, 9 octobre 1823 – Washington, DC, 5 juin 1893), est la première femme noire rédactrice en chef d'un journal au Canada. Elle fonde The Provincial Freeman et ouvre une école interraciale pour les réfugiés noirs à Windsor, au Canada-Ouest. En 1994, on reconnaît enfin l'importance historique de Mary Ann Shadd pour le Canada.

Jeunesse

Née de parents libres au Delaware, un état esclavagiste, Mary Ann Shadd est l’aînée de 13 enfants. Elle fait ses études dans une école quaker, puis enseigne dans le nord-est des États-Unis, y compris à New York. Influencée par les convictions de ses parents, des abolitionnistes dont la maison est considérée comme une « station » (ou « refuge ») du chemin de fer clandestin, Mary Ann Shadd s’engage dans l’activisme communautaire une fois installée au Canada.

Établissement au Canada-Ouest

Le 10 septembre 1851, elle assiste à la North American Convention of Coloured Freemen, organisée pour la première fois en dehors des États-Unis, à St. Lawrence Hall, Toronto. L’évènement est présidé par Henry Bibb, Josiah Henson, J. T. Fisher et d’autres personnages influents. Des centaines de dirigeants de communautés noires venant de partout au Canada, du nord-est des États-Unis et de l’Angleterre y assistent également. Pendant le congrès, les délégués encouragent les esclaves américains et ceux qui ont fui l’esclavage à venir se réfugier au Canada. L'année précédente, le Congrès des États-Unis avait adopté la Fugitive Slave Act, une loi qui donnait le droit aux anciens propriétaires de rattraper leurs esclaves en fuite dans les états où l’esclavage avait été aboli.

Au congrès, Mary Ann Shadd rencontre Henry Bibb et son épouse Mary, militants et éditeurs du journal antiesclavagiste Voice of the Fugitive. Ils la convainquent d’accepter un poste d’enseignante près de leur résidence de Sandwich (la Windsor d'aujourd'hui), au Canada-Ouest. En 1851, Mary Ann Shadd s'installe donc à Windsor et y ouvre, grâce au soutien financier de l’American Missionary Association, une école interraciale qui accepte quiconque peut payer (en ce temps-là, l’enseignement n’était pas public).

Mary Ann Shadd est l’auteure de brochures éducatives, dont A Plea for Emigration or Notes of Canada West (1852), dans lesquelles elle fait ressortir les avantages du Canada pour ceux et celles qui veulent s’installer plus au Nord. Vers la même époque, opposée à toute forme d’éducation ségrégée, elle s’engage dans un débat enflammé avec Henry et Mary Bibb, qui eux préconisent la ségrégation. La querelle donne lieu à plusieurs éditoriaux par les deux parties dans le Voice of the Fugitive. À la suite de ce différend exposé en public, l’American Missionary Association retire son soutien à l’école de Mary Ann Shadd.

The Provincial Freeman

Entre 1800 et 1865 (fin de la guerre de Sécession), près de 30 000 à 40 000 Noirs américains, nés libres ou esclaves, s’établissent ou se réfugient au Canada. En 1850, plus de 35 000 Noirs vivent au Canada-Ouest. Pour encourager l’émigration noire, Mary Ann Shadd fait connaître les succès des Noirs qui vivent en liberté au Canada dans The Provincial Freeman, un hebdomadaire dont la première édition paraît le 24 mars 1853. C'est ainsi qu'elle devient la première femme noire à publier un journal en Amérique du Nord. L'hebdomadaire a pour devise « L’autonomie es la seule voie vers l’indépendance ».

Le journal est coédité par Samuel Ringgold Ward, conférencier bien connu et ancien esclave qui vit à Toronto. On le publie à Windsor (1853–1854), Toronto (1854–1855) et Chatham (1855–1857). Le nom de Ward apparaît comme rédacteur en chef sous le titre du journal, mais pas celui de Mary Ann Shadd. Elle ne signe pas non plus ses articles, cachant ainsi le fait que le journal est dirigé par une femme. En 1860, The Provincial Freeman connaîtra la faillite.

Retour aux États-Unis

Pendant les premières années de la guerre de Sécession, Mary Ann Shadd enseigne à Chatham, puis retourne aux États-Unis et devient agente de recrutement pour l’armée de l’Union. Plus tard, elle s’installe à Washington, où elle travaille comme enseignante. Quelques années après, elle entreprend des études de droit à l’Université Howard et devient, en 1883, l’une des premières femmes noire à obtenir une licence en droit.