Thomas D’Arcy McGee, homme politique, journaliste, poète et historien (né le 13 avril 1825 à Carlingford, en Irlande; décédé le 7 avril 1868 à Ottawa, en Ontario).

La carrière politique de Thomas D’Arcy McGee se caractérise surtout par un engagement passionné dans la cause de la libération nationale de l’Irlande, cause qui incite d’ailleurs l’homme à soutenir une doctrine anti-britannique révolutionnaire dans ses jeunes années. Le cours des événements, pour le moins tumultueux, l’amène toutefois à terminer sa carrière en tant que parlementaire canadien et grand défenseur de la monarchie constitutionnelle britannique. Devenu très impopulaire à la suite de ce drastique revirement politique, Thomas D’Arcy McGee est assassiné en 1868.

Enfance et début de carrière

Originaire d’un petit village côtier de l’Est de l’Irlande, le jeune Thomas D’Arcy McGee ne connaît pas l’opulence. Sa mère, fascinée par la mythologie celte et appuyant ouvertement la lutte nationaliste, lui transmet dès l’enfance une vive passion pour la culture irlandaise. En 1842, alors âgé de 17 ans, il émigre d’Irlande aux États-Unis, s’installant à Boston. Il ne tarde pas à se faire connaître. Après avoir prononcé un discours devant la société des amis irlandais de Boston (Boston Friends of Ireland), dans lequel il fustige sans ménagement la domination britannique, il est embauché au Boston Pilot, journal dont il devient le rédacteur en chef adjoint deux ans plus tard. Dans ses articles destinés à la communauté irlandaise en plein essor de la Nouvelle-Angleterre, Thomas D’Arcy McGee manifeste son appui au mouvement dirigé par Daniel O’Connell, en faveur de l’autodétermination de l’Irlande.

Au bout d’un certain temps, le travail de Thomas D’Arcy McGee retient l’attention de Daniel O’Connell, si bien qu’en 1845 (année marquant le début de la Grande Famine), il revient en Irlande pour se joindre au Freeman’s Journal, une publication étroitement liée à la Repeal Association, le parti politique de ce dernier.

À la même époque, Thomas D’Arcy McGee adhère à Young Ireland, un mouvement en faveur de l’émancipation irlandaise aux approches résolument plus drastiques que les avenues législatives proposées par Daniel O’Connell. Ses divergences d’opinions avec les autres rédacteurs l’amènent à quitter le Freeman’s pour le journal The Nation du mouvement Young Ireland.

En 1848, profitant du vent révolutionnaire qui souffle sur le continent européen, Thomas D’Arcy McGee tente de déclencher une rébellion pour l’indépendance de l’Irlande. Il se rend d’abord en Écosse, où il tente de trouver des sympathisants à la cause irlandaise qui seraient prêts à prendre les armes contre le gouvernement britannique. Revenant bredouille en Irlande, il appelle la population à la révolte dans le nord-est du pays. Cette nouvelle tentative se solde elle aussi par un échec. Démoralisé, et maintenant dans la mire des autorités, Thomas D’Arcy McGee s’enfuit aux États-Unis en octobre 1848. À New York, il fonde un journal servant à propager en sol américain le message de The Nation.

Au cours des dix années suivantes, Thomas D’Arcy McGee s’intéresse de plus en plus à la politique canadienne. Ayant déjà côtoyé le milieu journalistique américain, le ressentiment qu’il nourrit à l’égard du gouvernement britannique, autrefois purement pro-irlandais, prend naturellement une perspective américaine. Dans quelques-uns de ses éditoriaux antérieurs, il appelle même à l’annexion, par les États-Unis, de l’Amérique du Nord britannique. « Il ne fait aucun doute que les États-Unis d’Amérique devront un jour ou l’autre annexer les provinces britanniques du Nord », écrit-il. « On ne peut abandonner un fleuve comme le Saint-Laurent à des mains européennes. […] Que ce soit par voie de transaction, de conquête ou de clause juridique, la Grande-Bretagne doit céder le Canada à cette république. »

Dans le Canada-Est

Thomas D’Arcy McGee est d’abord et avant tout loyal à la communauté irlandaise. Dans les années 1840, avec une immigration irlandaise de plus en plus massive aux États-Unis, émerge un mouvement anti-immigration mené par un groupe du nom de « Know Nothing ». Après une série de visites au Canada, Thomas D’Arcy McGee change graduellement d’avis sur ce pays, constatant que les communautés minoritaires « jouissent là-bas de plus de liberté et de tolérance [...] qu’aux États-Unis ». Devant la popularité grandissante du mouvement Know Nothing, il commence à militer en faveur de l’établissement d’une colonie irlandaise à la frontière ouest du Canada ou des États-Unis, projet qui lui vaudra le sobriquet « Moses McGee ». Déterminé à faire de son rêve une réalité, il organise en 1856 une conférence à Buffalo, dans l’État de New York, événement auquel participent une centaine de délégués, dont 43 Canadiens. Le groupe ne réussit malheureusement pas à amasser suffisamment de fonds pour revendiquer un canton, d’autant plus que le projet se voit barrer la route par certains cercles d’influence catholiques new-yorkais.

Cela ne fait qu’exacerber la tension qui existait déjà entre Thomas D’Arcy McGee et l’Église catholique. Catholique conservateur d’une grande ferveur, il tient pourtant l’Église pour responsable de l’échec de la révolte irlandaise de 1848. Alors qu’il poursuit ses efforts pour fonder une colonie, il subit la moquerie de certains évêques américains après avoir laissé entendre que le Canada serait plus libéral que les États-Unis en raison de l’imposante présence de l’ordre d’Orange dans ce pays. Selon Thomas D’Arcy McGee, l’organisation canadienne est beaucoup plus modérée que son homologue irlandais. Il écrit à ce sujet que l’organisation « a une vocation plus politique que religieuse », ajoutant que « des catholiques respectables du Canada-Ouest m’ont assuré à maintes reprises qu’ils ne pourraient avoir de meilleurs voisins que les Orangistes ».

David A. Wilson, auteur de la biographie de Thomas D’Arcy McGee, observe que certains des détracteurs de ce dernier n’ont pas tout à fait tort lorsqu’ils suggèrent que les Canadiens ne démontrent pas nécessairement une plus grande tolérance que les Américains envers les catholiques. Dans certaines régions, l’ordre d’Orange, très exclusif, jouit d’un grand pouvoir. En même temps, le gouvernement canadien a déjà commencé à prendre certaines dispositions pour répondre aux besoins des catholiques, surtout dans le Canada-Est. David A. Wilson écrit ceci : « Les variations locales et régionales étaient si nombreuses que l’on pouvait facilement réunir les preuves nécessaires pour appuyer toute position prédéterminée, fût-elle positive ou négative ».

De plus en plus déçu des États-Unis, et suivant les conseils de certains amis canadiens qui estiment que la communauté irlandaise a grand besoin d’une direction politique plus solide, Thomas D’Arcy McGee émigre à Montréal au printemps 1857. Il y fonde un nouveau journal du nom de New Era, dans lequel il appuie dès les premiers articles la cause de la Confédération.

Nouvelle carrière politique et Confédération

En décembre 1857, Thomas D’Arcy McGee est élu à l’Assemblée législative du Canada, aux côtés de deux autres députés représentant Montréal. Dans sa vie publique comme dans ses écrits, il défend avec vigueur la cause de la nation canadienne. Le biographe Alexander Brady écrit à ce sujet : « Pour Thomas D’Arcy McGee, rien n’est plus évident que la nécessité, pour les deux Canadas, de s’unir pour former une nation. » Ayant réalisé l’exploit de mettre sur pied un journal et de se lancer en politique à l’intérieur de la même année, Thomas D’Arcy McGee devient pour certains le « plus fervent partisan de l’union et de la nationalité britanno-américaine ».

Les dix dernières années de sa vie, Thomas D’Arcy McGee adopte une position politique de plus en plus conservatrice et empreinte de respect pour la démocratie parlementaire britannique. Il travaille d’abord avec George Brown et son Parti réformiste – rapidement dissous –, pour ensuite se joindre au gouvernement réformiste modéré de John Sandfield Macdonald. Il prend toutefois le virage conservateur en 1861, se portant à l’appui d’un projet de loi pour des écoles catholiques séparées, puis rejoint les rangs du gouvernement de John A. Macdonald à titre de ministre chargé de l’agriculture, de l’immigration et des statistiques.

En 1864, Thomas D’Arcy McGee organise une tournée diplomatique des colonies des Maritimes à l’intention de délégués de la Province du Canada. Les discours qu’il prononce à cette occasion, en faveur d’une union britanno-américaine, lui valent la réputation d’orateur public le plus éloquent de sa génération; deux de ses discours les plus célèbres sur la Confédération sont d’ailleurs publiés par la suite. Thomas D’Arcy McGee participe aux Conférences de Charlottetown et de Québec en 1864, se voyant en revanche exclu de la Conférence de Londres deux ans plus tard, alors que s’amenuise sa base d’appui politique.

Fin de carrière et assassinat

La popularité de Thomas D’Arcy McGee s’effrite rapidement lorsqu’il commence à critiquer publiquement le mouvement nationaliste irlandais des fenians, en croissance constante. Pourtant, les méthodes et les objectifs de ce dernier pourraient pour ainsi dire être issus directement des tirades révolutionnaires lancées par l’homme politique seulement quelques années auparavant. Thomas D’Arcy McGee préconise désormais une lutte nationaliste irlandaise suivant un modèle semblable à celui adopté au Canada, soit un gouvernement autonome (restreint) au sein de l’Empire britannique. (Voir aussi Les raids des fenians.)

Thomas D’Arcy McGee est à cette époque considéré comme un traître par la communauté irlandaise, celle-là même qu’il a tant défendue par le passé. En 1867 il exprime son désir de quitter la politique, ratant le poste de commissaire aux brevets que sir John A. Macdonald avait prévu pour lui afin de lui laisser plus de temps libre pour se consacrer à l’écriture.

Le mardi 7 avril 1868, au petit matin, Thomas D’Arcy McGee est assassiné près de sa résidence d’Ottawa. Les autorités, soupçonnant un complot orchestré par les fenians, appréhendent aussitôt un dénommé Patrick James Whelan. Celui-ci clame son innocence tout au long du procès; on ne réussira jamais à démontrer son affiliation avec les fenians. C’est quand même lui que l’on accuse du meurtre de Thomas D’Arcy McGee, et il est exécuté par pendaison le 11 février 1869 devant plus de 5 000 personnes.

La police du Dominion est mise sur pied par le gouvernement fédéral en 1868 afin de garder les édifices du Parlement à Ottawa à la suite de l’assassinat de Thomas D’Arcy McGee. Elle fournit également des gardes du corps aux chefs du gouvernement, et comporte un service d’espionnage qui infiltre la société des fenians. Elle est intégrée à la Gendarmerie royale du Canada en 1920.

Voir aussi L’assassinat de Thomas D’Arcy McGee.

Héritage

En dépit de la popularité quelque peu émoussée de Thomas D’Arcy McGee au moment de son assassinat, ses funérailles attirent une foule impressionnante dans les rues de Montréal. En effet, ce jour-là – qui aurait marqué le 43e anniversaire de l’homme politique –, plusieurs milliers de personnes se rassemblent pour lui rendre un dernier hommage.

Thomas D’Arcy McGee laisse le souvenir d’un pionnier dans la défense des droits des minorités, particulièrement à une époque marquée par une grande agitation politique au chapitre de l’identité ethnique et religieuse. Selon des normes contemporaines, il représente un personnage extrêmement social sur la scène politique, ainsi qu’un défenseur passionné des intérêts canadiens.

À la fin de sa vie, Thomas D’Arcy McGee a à son actif dix ouvrages, dont deux œuvres de fiction et plusieurs essais historiques approfondis. Il est également l’auteur de centaines de poèmes de style romantique, dont plusieurs sont publiés de son vivant. Après sa mort, 309 de ses poèmes sont publiés sous forme de recueil par son amie Mary Anne Sadlier Madden.