Méthodisme

 Le mouvement méthodiste, dirigé par John Wesley (1703-1791), fait son apparition en Angleterre au sein de l'Église anglicane. Il préconise la sainteté personnelle et une vie chrétienne très disciplinée (ou « méthodique »). Le méthodisme se distingue par une tendance arminienne (doctrine selon laquelle les gens sont libres d'accepter ou de refuser la grâce de Dieu et peuvent atteindre la perfection sur terre en surmontant la tentation de pécher).

Dans le futur Canada, l'un des disciples de Wesley, Laurence COUGHLAN, est le premier représentant du mouvement. Il commence à prêcher à Terre-Neuve, en 1766. Dans les années 1770, des colons venus du Yorkshire et installés près de Chignectou (Nouvelle-Écosse) constituent le premier véritable groupe méthodiste des Maritimes. Pendant la génération suivante, William BLACK devient le plus grand prédicateur et organisateur méthodiste des colonies de l'Atlantique. Après la Révolution américaine, on assiste à l'arrivée de LOYALISTES méthodistes. Black collabore alors avec l'American Methodist Episcopal Church, mais il commence bientôt à recruter des prédicateurs d'Angleterre. Après avoir adhéré à l'English Wesleyan Conference en 1800, les méthodistes des Maritimes voient l'immigration renforcer leurs liens avec l'Angleterre. Ils deviennent ainsi dépendants des politiques anglaises, respectueux des élites anglicanes dominantes, et conservateurs. Ce n'est qu'en 1855 qu'ils acquièrent une certaine autonomie au sein d'un nouveau regroupement, la Conference of Eastern British America.

Influence

C'est dans le Haut-Canada que le méthodisme a le plus d'influence. En effet, on retrouve des méthodistes parmi les loyalistes fondateurs et plusieurs aussi parmi les « loyalistes à retardement » qui affluent dans le Haut-Canada avant la GUERRE DE 1812. Les prédicateurs ambulants de l'Église méthodiste épiscopale arrivent avec eux, et leur zèle ainsi que leur grande facilité d'adaptation les rendent très efficaces dans les régions frontalières. Après la guerre, on soupçonne de plus en plus les méthodistes du Haut-Canada d'être pro-Américains. Pour mettre fin aux soupçons, ils rompent leurs liens avec les États-Unis en 1828. En 1833, ils négocient une union avec un groupe plus conservateur, celui des méthodistes anglais arrivés dans la colonie en 1817. La Wesleyan Methodist Church qu'ils fondent alors se dissout en 1840, mais elle est rétablie en 1847. Les méthodistes qui s'opposent à cette union forment en 1834 un groupe qui continue l'Église méthodiste épiscopale et ils tentent de conserver des liens étroits avec leurs homologues américains. D'autres groupes d'évangélistes sont introduits dans le Haut-Canada à la faveur des vagues d'immigrants anglais : Primitive Methodists (1829), Bible Christian Church (1831) et New Connexion Methodists (1837).

Caractéristiques religieuses

Fidèle à ses origines anglicanes, le méthodisme garde les sacrements du baptême et de la sainte communion. Toutefois, il insiste davantage sur la prédication évangélique et la nécessité d'une conversion personnelle. Les assemblées chantent avec enthousiasme (les hymnes de Charles Wesley en particulier), et cela contribue grandement à l'ambiance chaleureuse des offices méthodistes. La foi et la discipline des méthodistes sont alimentées par la « réunion de classe » hebdomadaire. Au temps des défricheurs de l'Amérique du Nord, les « réunions de camp », qui durent parfois plusieurs jours, sont des expériences très émouvantes pour les participants. Plus tard, les succès et la richesse amènent dans l'Église un assouplissement doctrinal et disciplinaire, et les offices deviennent plus formels et plus calmes.

Influencés par Egerton RYERSON, fondateur et éditeur du Christian Guardian , les méthodistes se mêlent à la vie politique du Haut-Canada parce qu'ils s'opposent énergiquement à la prétention de l'Église anglicane au titre d'Église établie dans la colonie (voir ANGLICANISME). Cependant, leur appui à l'égalité des droits civils et religieux ne tourne pas en radicalisme politique, et la sympathie de Ryerson pour William Lyon MACKENZIE et le Reform Party est de courte durée. Ryerson et la plupart des méthodistes ont une position modérée lors des RÉBELLIONS DE 1837 et des élections de 1844, alors que la loyauté est matière à controverse. La préoccupation de l'Église méthodiste pour les questions sociales en fait la plus canadienne des confessions et encourage ses membres à considérer leur Église comme un facteur de progrès national.

En 1874, la Wesleyan Methodist Church, la Conference of Eastern British America et la New Connexion Church s'unissent, inspirées entre autres par le mouvement d'unification qui a abouti à la CONFÉDÉRATION. En 1884, l'Église méthodiste épiscopale, les Méthodistes primitifs et les Bible Christians se joignent au mouvement, devenu l'Église méthodiste. La nouvelle Église méthodiste est gérée par une conférence nationale quadriennale et des conférences régionales annuelles, auxquelles des laïcs (hommes seulement) participent à tous les niveaux. Non seulement elle continue les missions déjà en cours auprès des Amérindiens dans plusieurs régions, mais elle en entreprend de nouvelles au Japon (1873) et en Chine (1892).

Engagement des méthodistes dans l'éducation

Les méthodistes s'engagent dans l'éducation en fondant des écoles supérieures : Upper Canada Academy (fondée en 1836, renommée Victoria College en 1841) à Cobourg (Haut-Canada); Mount Allison Academy (1843; devenue l'UNIVERSITÉ MOUNT ALLISON en 1862), à Sackville (Nouveau-Brunswick); Wesley College (1888), à Winnipeg, qui s'associe au Presbyterian Manitoba College pour former le United College (1938). Ils fondent aussi des écoles secondaires : Belleville Seminary (1857, renommé Albert College en 1866); Stanstead Wesleyan College (1873), au Québec; Alma College (1877), à St. Thomas (Ontario); Mount Royal College (1910), à Calgary.

Mouvement Social Gospel

Pendant la colonisation de l'Ouest canadien, l'Église méthodiste tente de se gagner les Canadiens et les colons britanniques qui s'y installent. Elle encourage également à assimiler à la culture canadienne protestante les milliers de colons non anglophones qui affluent dans l'Ouest avant la Première Guerre mondiale. Cette activité est étroitement associée au MOUVEMENT SOCIAL GOSPEL. De nombreux méthodistes considèrent l'intervention de l'État dans la vie économique et sociale comme une condition essentielle à l'instauration du Royaume de Dieu sur terre. Ainsi, l'Église méthodiste et la plupart de ses membres sont très ouvertement patriotes pendant la Première Guerre mondiale. Ils croient en effet que ce conflit purifiera la nation et ouvrira la voie à l'établissement d'un nouvel ordre social. À la fin de la guerre, de nombreux groupes au sein de l'Église souscrivent aux programmes des socialistes chrétiens. Toutefois, la prédominance du conservatisme dans l'Église se manifeste ensuite par le rejet de ces politiques. Lorsque, en 1925, les méthodistes s'intègrent à la nouvelle ÉGLISE UNIE DU CANADA, les 2061 pasteurs, les 418 352 membres et les nombreux adhérents véhiculent des traditions à la fois conservatrices et radicales.

Méthodisme après 1925

Plusieurs Églises méthodistes n'entrent pas dans l'Église unie en 1925. Les membres de ces confessions sont souvent trop loyaux à un groupe ethnique distinct ou mécontents des compromis doctrinaux nécessaires pour cette union. Ces Églises méthodistes, en particulier cette dernière, favorisent souvent une doctrine plus conservatrice que l'Église unie, bien qu'elles conservent habituellement l'engagement du méthodisme envers la sensibilisation sociale.

Au nombre des Églises méthodistes qui restent indépendantes de l'Église unie figurent l'Association évangélique, la United Brethren in Christ et l'Église épiscopale méthodiste britannique, qui comprennent toutes trois des minorités ethniques. L'Association évangélique et l'United Brethren in Christ sont principalement composées d'immigrants allemands venus s'installer dans le sud-ouest de l'Ontario et dans la vallée de l'Outaouais au cours des années 1830 et de leurs descendants en Ontario et dans les provinces des Prairies. L'Église épiscopale méthodiste africaine est fondée en 1816, aux États-Unis, par des méthodistes afro-américains, puis elle est importée au Canada où elle devient l'Église épiscopale méthodiste britannique en 1856. L'Église épiscopale méthodiste britannique n'est pas invitée à prendre part aux unions menant à la formation de l'Église méthodiste du Canada en 1884. Malgré ses origines américaines, elle devient une Église de plus en plus canadienne, fière de son indépendance en matière de confession. En 1925, 24 congrégations de l'United Brethren in Christ entrent dans l'Église unie. Les autres congrégations se joignent à l'Association évangélique en 1946 pour former l'Evangelical United Brethren Church. En 1968, en raison de la diminution du nombre de personnes parlant l'allemand, les sections ontarienne et québécoise de l'Evangelical United Brethren Church acceptent de se joindre à l'Église unie. Fidèle à sa doctrine conservatrice, l'Evangelical United Brethren Church des Prairies décide de rester en dehors de l'union.

Certains groupes méthodistes tiennent fermement à leurs propres interprétations de la doctrine de John Wesley, notamment à ses idées sur la « perfection » (ou la sainteté). Ces églises de sainteté approuvent également le travail des professionnels du renouveau religieux, comme Phoebe Palmer, qui tentent de mener des groupes de personnes à un état de « perfection » au moyen de prédications charismatiques. Parmi ces églises, on retrouve des confessions maisons, comme l'Église méthodiste libre au Canada, fondée en 1897 par Ralph Horner, ancien évangéliste méthodiste, et la Gospel Workers Church of Canada, fondée en 1902 par Frank Goff. En 1958, la Gospel Workers Church of Canada est absorbée par la Church of the Nazarene, une église de sainteté américaine. Une autre importation des États-Unis, l'Église méthodiste libre, qui arrive au Canada en 1876, espère profiter de la formation de l'Église unie en 1925. Elle adopte une position qui en fait le choix logique pour les Méthodistes non satisfaits de l'union. Toutefois, l'Église méthodiste libre n'attire pas assez de fidèles après 1925 et, depuis les années 1970, elle est divisée entre ceux qui désirent une association plus intime avec les groupes fondamentalistes, comme les Pentecôtistes, et ceux qui veulent demeurer dans la confession ordinaire.

La plupart des Méthodistes qui ne veulent pas entrer dans l'Église unie sont attirés par l'Armée du Salut ou l'Église missionnaire évangélique, qui deviennent les deux plus importantes églises de sainteté du Canada au début du XXIe siècle. L'Armée du Salut, qui met l'accent sur l'action sociale et la « perfection », attire les Méthodistes qui croient en une doctrine conservatrice, mais qui veulent transformer les Canadiens, et la société canadienne en général, en un Commonwealth chrétien. L'Église missionnaire évangélique, créée en 1993 par l'union de l'Église évangélique du Canada et de l'Église missionnaire du Canada, souligne aussi l'importance de la « perfection » ainsi que du travail missionnaire au Canada et à l'étranger.

D'après le recensement, l'Église missionnaire évangélique est la confession méthodiste dont la croissance est la plus rapide au Canada, ses fidèles étant passés de 44 935 en 1991 à 66 705 en 2001. En 2001, le nombre de Méthodistes libres est de 14 110, tandis que l'Armée du Salut compte 87 790 fidèles. En 2001, 25 730 personnes se disent membres d'autres Églises méthodistes non spécifiées au Canada.