Missions et missionnaires

En Nouvelle-France comme ailleurs, un motif déclaré de l'occupation européenne est la christianisation des populations autochtones, et des pressions officielles sont exercées sur les compagnies de commerce et les gouverneurs pour qu'ils y travaillent. En pratique, ce sont surtout les sociétés et ordres religieux qui font ce travail. Les JÉSUITES arrivent en Acadie en 1611; les RÉCOLLETS vont dans la vallée du Saint-Laurent et au pays des Hurons en 1615; les capucins, les SULPICIENS et les prêtres de la Société des missions étrangères se mettent à l'oeuvre plus tard. Des missions sont progressivement établies partout où vont les Français, y compris au pays des Iroquois, jusqu'à la baie James, à l'ouest des Grands Lacs et plus loin encore.

La plus célèbre de ces missions est celle des Hurons, qui est reprise par les jésuites en 1634 et prend fin en 1649-1650 lorsque les Iroquois détruisent la Confédération huronne et tuent Jean de BRÉBEUF et plusieurs autres missionnaires (voir SAINTE-MARIE-DES-HURONS).

La conquête britannique de 1759-1760 tarit le recrutement pour les missions françaises; par ailleurs, les protestants tardent à s'intéresser aux missions auprès des Indiens. La première entreprise qui donne des résultats est celle des méthodistes, commencée en 1823 auprès des Mississaugas du Haut-Canada et réalisable grâce à la formation d'un groupe de missionnaires autochtones, dont les plus importants sont Peter JONES, alias Kahkewaquonaby, et John SUNDAY, alias Shah-wun-dais. Les anglicans et les MORAVES ont également des missions et les jésuites sont de retour en 1843.

Dans l'Ouest du Canada, les principales organisations sont la Church Missionary Society (CMS, anglicane) à partir de 1820, les méthodistes wesleyens (appelés plus tard canadiens) à partir de 1840, les Oblats de Marie Immaculée (catholiques) à partir de 1845, les presbytériens à partir de 1866 et l'Église unie du Canada à partir de 1925. Chez les Inuits, les moraves arrivent au Labrador en 1771 et sont suivis par la CMS et les Oblats. Bien que toutes ces missions aient été empreintes d'un esprit assez paternaliste dans le passé, on s'applique aujourd'hui à encourager la participation active des chrétiens autochtones. Ces dernières années, beaucoup de nouvelles missions ont vu le jour; les plus notables sont celles des pentecôtistes et d'autres groupes évangéliques conservateurs.

Un travail missionnaire a également été nécessaire pour dispenser des services religieux aux colons de race blanche. Les sociétés et ordres religieux français qui oeuvrent chez les Indiens sont également au service des colons de la Nouvelle-France. Certaines organisations protestantes sont importantes, notamment la Society for the Propagation of the Gospel (anglicane), la Glasgow Colonial Society (Église d'Écosse), la Colonial Missionary Society (congrégationaliste) et l'American Home Missionary Society (congrégationaliste et presbytérienne). Des prédicateurs américains fondent les Églises méthodistes et baptistes du centre du Canada, tandis que les méthodistes des provinces de l'Atlantique reçoivent leurs missionnaires surtout de l'Angleterre. Les missions catholiques, tant chez les Blancs que chez les Indiens, sont généreusement soutenues par la société de la Propagation de la foi, fondée à Lyon en 1822.

Avant le milieu du XIXe siècle, les Églises canadiennes parrainent des missionnaires envoyés à l'étranger. En 1845, Richard Burpee va en Inde grâce à l'appui des baptistes des Maritimes; en 1846, la minuscule Église presbytérienne de Nouvelle-Écosse accepte d'envoyer John Geddie aux Nouvelles-Hébrides. À la fin du siècle, à peu près toutes les Églises protestantes canadiennes soutiennent des missions à l'étranger; celle des méthodistes dans l'Ouest de la Chine finit par devenir la plus imposante mission protestante du monde. La Sudan Interior Mission, officiellement organisée à Toronto en 1898 et non rattachée à une confession, est probablement la plus grosse organisation missionnaire protestante lorsqu'elle fusionne avec l'Andes Evangelical Mission pour former la Society of International Missionaries. Depuis la Deuxième Guerre mondiale, les activités missionnaires des catholiques et des évangélistes conservateurs dépassent en ampleur celles des grandes Églises protestantes. Ces dernières, pendant ce temps, ont évolué vers un partenariat d'égal à égal avec les Églises étrangères et une grande partie de leur travail se fait en collaboration avec des organismes internationaux comme le Conseil oecuménique des Églises.