Au Canada, le monarchisme repose sur un système de gouvernement en tant que monarchie constitutionnelle. Le monarchisme se distingue du royalisme, car il représente la monarchie à titre d’institution politique, plutôt que celle d’un monarque individuel. Le monarchisme a joué un rôle déterminant dans le développement du Canada, et continue d’être présent dans le discours politique et populaire.

Influence de la monarchie française

Les expéditions de Samuel de Champlain, Jacques Cartier et d’autres explorateurs français ont été financées par les rois de France, qui étaient des monarques absolutistes. Le monarchisme a joué un rôle fondamental lors de ces premières expéditions : des terres ont été revendiquées au nom du roi, et les colonies ont porté souvent des noms de place royale. Le monarchisme a aussi influencé la façon dont les Européens se sont liés avec les peuples autochtones, car ils ont cherché une hiérarchie sociale amicale en désignant comme « rois » les chefs parmi les communautés qu’ils rencontraient.

En 1663, le roi Louis XIV a placé la Nouvelle-France sous son contrôle personnel. Le roi et son ministre des finances, Jean-Baptiste Colbert, sont devenus directement impliqués dans la gouvernance et l’expansion de la Nouvelle-France. Le roi a nommé le gouverneur, l’intendant et l’évêque. Il favorise l’immigration de femmes appelées « Filles du roi ».

Influence de la monarchie britannique

Les premières expéditions d’exploration du Canada ont été aussi financées par la Couronne. Le premier jour de l’Action de grâce sur le sol qui allait devenir le Canada a été célébré par Martin Frobisher et son équipage. Ils ont remercié Dieu d’être arrivés en santé sur l’île de Baffin lors d’un voyage pour explorer le passage du Nord-Ouest, voyage financé par la reine Elizabeth I (voir Premier jour d’Action de grâce en Amérique du Nord). En 1670, le roi Charles II a octroyé à la Compagnie de la Baie d’Hudson tout le territoire de la baie d’Hudson qui se déverse dans les terres du bassin et a nommé son cousin le prince Rupert du Rhin (voir aussi Terre de Rupert).

Après que le Canada français a été cédé aux Britanniques dans le Traité de Paris, en 1763, le roi britannique George III a assumé le rôle du roi Louis XV comme monarque de la nouvelle Amérique du Nord britannique élargie. Cependant, la monarchie constitutionnelle britannique différait pour beaucoup de la monarchie française absolutiste.

Au cours des siècles, la monarchie anglaise a évolué vers une monarchie constitutionnelle responsable envers le Parlement. Lorsque le roi Jean d’Angleterre a accepté la Magna Carta, en 1215, il est devenu le premier monarque anglais qui accepte de limiter ses pouvoirs dans un document rédigé par ses sujets. Les premières réunions du Parlement se tiennent durant le règne de son fils, le roi Henri III. En 1689, le roi Guillaume III et la reine Marie II ont accepté la Déclaration des droits. Désormais, le monarchisme moderne au Canada a consisté à appuyer et à défendre une monarchie constitutionnelle plutôt que les autres formes de gouvernement monarchique. L’évolution d’un gouvernement responsable lors du XIXe siècle passe d’une classe politique issue d’une élite fortunée et influente pour inclure un électorat plus vaste. De ce fait, un gouvernement responsable a renforcé un système politique dans lequel le monarque accomplit des gestes à la suite des conseils des ministres qui reçoivent la confiance du Parlement, en particulier la Chambre des communes, dont les membres sont élus par le peuple.

La Couronne et les peuples autochtones

En 1763, le roi George III a promulgué la Proclamation royale, qui protège les revendications territoriales des Autochtones, et qui demeure le fondement de la relation entre la Couronne et les peuples autochtones canadiens. En 1764, des représentants de 24 nations concluent le Traité du Niagara, qui ratifie la Proclamation royale et crée une nouvelle alliance qui a façonné la participation des autochtones à la guerre de 1812. Les dispositions de la Proclamation royale sont garanties dans la Loi constitutionnelle de 1982.

L’évolution vers un gouvernement responsable a compliqué la relation entre la Couronne et les peuples autochtones canadiens. Le monarchisme parmi les communautés autochtones s’est exprimé en termes personnels et familiers. Par exemple, lorsque le gendre de la reine Victoria, John Campbell, marquis de Lorne, a visité l’Ouest canadien, en 1881, les chefs des Premières Nations s’adressaient à lui par « frère » et « grand beau-frère ».

Le monarchisme avec les Premières Nations continue de s’exprimer en termes de relation personnelle avec le monarque. En 1982, toutefois, la Cour d’appel britannique a décidé que « La Couronne n’est plus individuelle et indivisible. Elle constitue une entité séparée et divisible pour chaque Dominion, province ou territoire autonomes. » Désormais, la Proclamation royale devient une entente entre la Couronne canadienne et la Couronne britannique, comme c’était le cas en 1763.

Les dispositions de la Proclamation royale continuent d’être garanties dans la Charte canadienne des droits et libertés, et offrent un cadre pour les relations entre le gouvernement du Canada et les peuples autochtones du Canada. Le mouvement Idle No More a interpelé le gouvernement du Canada pour qu’il respecte les droits de la Proclamation royale. L’une des recommandations du rapport de la Commission de vérité et réconciliation du Canada de 2015 propose une nouvelle proclamation royale de réconciliation. Le rapport recommande « une proclamation qui s’appuierait sur la Proclamation royale de 1763 et le Traité du Niagara de 1764, et réaffirmerait la relation de nation à nation entre les peuples autochtones et l’État ».

Loyalistes de l’Empire uni

Le déclenchement de la Révolution américaine a divisé la population des 13 colonies entre les « patriotes », qui préconisent la création d’une République américaine, et les « loyalistes », qui souhaitent maintenir les liens avec la Grande-Bretagne et la Couronne. Quelque 50 000 loyalistes de divers milieux immigrent vers l’Amérique du Nord britannique, y compris des membres des Premières Nations alliés des Britanniques durant la Révolution américaine et des loyalistes noirs. Plus tard, au cours de la décennie suivant la Révolution américaine, des milliers de loyalistes « tardifs » émigrent vers l’Amérique du Nord britannique pour réclamer des terres gratuites et des indemnités. Pour ces derniers loyalistes, le monarchisme représente un principe fondamental de leur identité culturelle. Le loyalisme influencera le développement du Canada, car de nombreux Pères de la Confédération, en particulier ceux des Provinces maritimes, étaient des descendants des loyalistes et étaient marqués par les traditions familiales du monarchisme.

Monarchisme et Confédération

Le monarchisme a joué un rôle important dans la Confédération du Canada. La reine Victoria a favorisé l’autonomie gouvernementale pour l’Amérique du Nord britannique, un arrangement qui réduirait les obligations de la Grande-Bretagne dans la défense outre-mer. Lorsque John A. Macdonald, George-Étienne Cartier et d’autres Pères de la Confédération visitent la Grande-Bretagne pour se rendre à la Conférence de Londres, en 1866, ils rencontrent la reine Victoria et reçoivent son appui personnel pour la Confédération. Certains Pères de la Confédération préconisent des points de vue politiques et économiques divers, mais partagent une loyauté envers la Couronne, et l’appui de la reine Victoria aide John A. Macdonald et ses alliés politiques à surmonter les oppositions régionales au projet. Ce dernier envisage pour le nouveau pays de devenir le « Royaume du Canada », et il invite la reine Victoria pour l’ouverture de la première session du Parlement, tenue le 1er juillet 1867. La reine n’assiste pas à l’ouverture de la session du Parlement, bien que chacun de ses quatre fils et l’une de ses filles visitent le Canada entre 1860 et 1883. On attribue à Samuel Leonard Tilley, un autre Père de la Confédération, la suggestion de désigner le pays par « Dominion du Canada » dans la foulée des préoccupations possibles des Américains, qui réagiraient à un royaume situé au nord de leur frontière. La monarchie constitutionnelle a distingué le Canada des États-Unis tout en contribuant à l’identité politique et culturelle du nouveau pays.

Monarchisme et culture canadienne

Le monarchisme a marqué l’identité culturelle du Canada au XIXe siècle et au début du XXe siècle. La loyauté envers la Couronne a donné à la culture canadienne un caractère distinct de celle des États-Unis et a agi comme une force unificatrice des Canadiens provenant de milieux variés. En 1845, la Province du Canada a décrété que le 24 mai serait un congé public en l’honneur de l’anniversaire de la reine Victoria, un congé laïque adopté par le Canada français et le Canada anglais. Les premières célébrations canadiennes du jour de l’Action de grâce commémorent des événements touchant la famille royale, comme celle de 1872 lorsque le fils aîné de la reine Victoria, le futur Édouard VII, se rétablit de la fièvre typhoïde. Les événements royaux tels que les naissances, les mariages, les tournées et les jubilés sont salués par des célébrations publiques au Canada. (Voir aussi Jubilé de diamant de la reine Victoria –1897.)

Le thème du monarchisme se retrouve dans de multiples œuvres de la littérature de langue anglaise. Dans le roman Anne… la maison aux pignons verts, de Lucy Maud Montgomery, Anne découvre la journée de la fête de Victoria une île et la nomme d’après la reine, déclarant « Diana et moi sommes très loyales. » Un des principaux personnages du roman Cinquième emploi, un roman de Robertson Davies, se représente d’après le futur Édouard VII et dépeint l’avantage d’avoir des liens royaux pour l’avancement dans la société canadienne. Le roman Aminata, de Lawrence Hill, raconte les expériences des loyalistes noirs, et l’accueil du personnage principal à Londres par le roi George III et la reine Charlotte.

Attitudes changeantes des Canadiens français à l’égard de la monarchie

Avant la Révolution tranquille, des années 1960, les chefs politiques au Québec considéraient la Couronne comme la protectrice des droits des minorités du Canada français à l’intérieur du contexte plus général du Canada anglais, une relation qui remontait à l’Acte de Québec de 1774. En 1939, lorsque le roi George VI et la reine Elizabeth visitent le Canada, ils sont accueillis par des foules enthousiastes à Montréal et dans la ville de Québec. Des célébrations en l’honneur du couronnement de la reine Elizabeth II se tiennent sur les plaines d’Abraham (voir Bataille des plaines d’Abraham).

Les opinions envers la monarchie au Québec changent avec la montée de la Révolution tranquille, au cours des années 1960, alors que la Couronne est perçue comme un symbole de l’oppression britannique. La reine rencontre des manifestants lorsqu’elle visite la ville de Québec, en 1964. Au cours des dernières années, il y a certains indices que les attitudes envers la monarchie deviennent progressivement plus positives, mais le monarchisme demeure moins répandu au Québec que dans les autres régions du Canada.

Monarchie constitutionnelle moderne

La Loi constitutionnelle de 1982 du Canada énonce au paragraphe 41a qu’un amendement visant la « charge de la Reine » doit être autorisé par le Sénat, la Chambre des communes et toutes les assemblées législatives provinciales. La modification du système politique serait complexe. Non seulement il y a les monarchistes qui appuient le système politique actuel, mais aussi des citoyens qui sont indifférents à la monarchie, et s’opposent néanmoins à la réouverture de la Constitution pour de multiples raisons. L’image publique de la monarchie dans le Canada moderne est étroitement associée à la promotion de symboles visibles de la monarchie constitutionnelle, y compris les visites royales, les icônes et la photographie, et l’héraldique.

Les sondages concernant le nombre de monarchistes qui appuient activement la monarchie constitutionnelle actuelle, par opposition aux personnes indifférentes ou en faveur de changements dans le système politique, varient largement selon la question et le moment du sondage. Souvent, une visite royale populaire au Canada augmente l’appui pour la monarchie, tandis que les questions qui soulignent les coûts et les autres aspects financiers reliés à la monarchie se traduisent par des pourcentages moindres des monarchistes avoués.

Sociétés monarchistes au Canada

Il existe de nombreuses sociétés qui prônent l’utilité de la monarchie constitutionnelle, comme le système de gouvernance du Canada, et qui enseignent aux Canadiens l’histoire de la monarchie constitutionnelle. Ces sociétés comprennent les suivantes :

La United Empire Loyalists’ Association of Canada, fondée en 1914, favorise la sensibilisation du public aux contributions au Canada réalisées par les loyalistes de l’Empire Uni.

La Société royale du Commonwealth du Canada est l’entité canadienne de la Société royale du Commonwealth, fondée en 1868. Cette société fait la promotion du Commonwealth comme une force du bien dans le monde, y compris la gestion pour la jeunesse et les occasions de dialogue à travers le Commonwealth.

La Ligue monarchiste du Canada, fondée en 1970, préconise les avantages de la monarchie constitutionnelle comme système politique du Canada, et exerce son lobbying auprès de tous les niveaux de gouvernement, pour rendre la Couronne et les symboles royaux visibles pour les Canadiens.

Le Fonds du patrimoine royal canadien, un organisme caritatif national dans le domaine de l’éducation, établi en 1994, renseigne les Canadiens au sujet de la monarchie constitutionnelle dans l’histoire du Canada et vise à accroître les connaissances du rôle de la Couronne dans le système politique du Canada.

On retrouve aussi d’autres instituts académiques au sein de diverses universités canadiennes, et des groupes de réflexion qui prônent l’importance de la monarchie constitutionnelle du Canada en matière d’histoire, de la politique et du droit à travers leurs recherches.

Critiques du monarchisme

Au cours du XIXe siècle, le monarchisme britannique a été critiqué par certains journalistes canadiens qui souhaitaient assister à l’émergence d’une Couronne canadienne distincte, qui allierait les traditions de loyalisme avec une image égalitaire plus adaptée au contexte nord-américain. On devait s’attendre des membres royaux qui visitaient le Canada et en particulier ceux qui y résidaient pour de longues périodes qu’ils adoptent les traditions culturelles du Canada.

Au cours de la fin du XXe siècle, la monarchie constitutionnelle du Canada a fait l’objet de nombreuses critiques étayées par de multiples arguments. Ceux-ci incluent la pertinence d’un monarque qui réside au Royaume-Uni pour un Canada de plus en plus multiculturel, la popularité déclinante de la monarchie dans le Québec moderne, les coûts des visites royales et la réputation personnelle de divers membres de la famille royale.

Il existe des associations canadiennes qui préconisent l’abolition de la monarchie, y compris Citoyens et citoyennes pour une République canadienne et Votre Canada, votre Constitution, mais le nombre de leurs membres et leur influence sont peu élevés, si l’on compare des mouvements similaires en Australie, où l’avenir de la monarchie a fait l’objet d’un référendum, en 1999.

Récemment, de nouveaux Canadiens provenant de divers pays, incluant l’Irlande, la Jamaïque et Israël, se sont objectés à prêter allégeance à la reine lors de leur serment de citoyenneté au Canada.

Monarchisme dans le Commonwealth

En plus de son rôle de reine du Canada, Elizabeth II est la reine du Royaume-Uni et de 14 autres pays du Commonwealth. Les individus monarchistes ou les sociétés monarchistes dans les autres pays du Commonwealth appuient la monarchie constitutionnelle par des arguments qui découlent des relations particulières à chaque pays avec la Couronne. En Australie, les monarchistes ont défendu le rôle de la Couronne dans le système politique au cours d’un référendum sur l’avenir de la monarchie. En Nouvelle-Zélande, les monarchistes ont fait valoir l’importance de la monarchie pour une nation moderne, qui remonte au Traité de Waitangi entre la Couronne et le peuple maori. Dans les pays des Caraïbes, le monarchisme est souvent exprimé en termes de loyauté personnelle envers le monarque. Même les chefs des gouvernements qui favorisent et réclament le républicanisme, tels que les premiers ministres de la Jamaïque et de la Barbade, soulignent leur respect personnel envers la reine dans leurs déclarations publiques.