Montréal

Ville située sur l'île du même nom au confluent du fleuve Saint-Laurent et de la rivière des Outaouais, dans la province de Québec. L'île fait partie d'un archipel qui comprend aussi l'île Jésus (Ville de Laval depuis 1965) et les îles Bizard et Perrot. Montréal est sise au pied du mont Royal, dont elle emprunta le nom, « réal » étant une modification de « royal ».

C'est l'explorateur français Jacques Cartier qui découvrit l'île en 1535 et y trouva un village indien nommé Hochelaga. Il donna à la montagne son nom de mont Royal en l'honneur du roi François I. Le fondateur de la ville de Québec, Samuel de Champlain, y vint 75 ans plus tard et établit un poste de traite de fourrures qu'il nomma place Royale. Paul de Chomedey, sieur de Maisonneuve, soldat français né en Champagne, fonda le 17 mai 1642 une colonie permanente à laquelle il donna le nom de Ville-Marie. Accompagné d'une cinquantaine de colons, il agissait au nom de la Société Notre-Dame de Montréal, organisme fondé à Paris par Jérôme le Royer de la Dauversière, fonctionnaire français soucieux d'abord de convertir les Amérindiens au christianisme. En 1663, l'île entière fut concédée comme seigneurie aux Messieurs de Saint-Sulpice, société de prêtres catholiques fondée à Paris en 1639. Même menacée par les Iroquois, Montréal se développa à partir de 1665 et devint le point de départ de missionnaires, explorateurs et commerçants vers toute l'Amérique septentrionale. En 1701, la ville comptait 2000 âmes et, en 1760, au moment de la conquête par l'Angleterre, sa population s'élevait à 5000 habitants, en grande majorité d'origine française. Par suite de l'immigration anglaise et du départ de nombreux Français, les deux groupes linguistiques devinrent peu à peu égaux. En 1851, la population était de 58 000 et passait à plus de 100 000 dix ans plus tard. En 1900, elle était de 370 000. En 1990, la population de toute l'île se chiffrait à environ 1 750 000 âmes et la ville voisine de Laval comptait 300 000 habitants. Depuis 1945, une forte immigration d'Europe, d'Asie, d'Amérique latine et d'Afrique du Nord a quelque peu modifié son caractère mais Montréal reste la deuxième ville de langue française du monde. Depuis 1969, les 29 municipalités de l'île constituent la Communauté urbaine de Montréal.

1642-1850

Dans son Histoire du Montréal (Montréal 1868) / A History of Montreal, 1640-1672 (Toronto 1928), Dollier de Casson rapporte que Maisonneuve, le fondateur de Montréal, « avait appris à pincer le lut » pour son plaisir. On sait peu de choses cependant sur l'activité musicale qui aurait pu exister avant 1750, sauf le chant choral à l'église et un enseignement rudimentaire de la musique donné par certains missionnaires. Il est même possible que l'unique église n'ait pas eu d'orgue, du moins pas avant la fin du XVIIe siècle. J.-B. Poitiers du Buisson, venu à Montréal en 1698, est le premier organiste dont le nom nous soit parvenu. Il joua à l'église paroissiale de 1705 jusque vers 1718. Au nombre de ses successeurs se trouvent Jean Girard (qui apporta en 1724 l'imposant volume de pièces d'orgue connu depuis sa découverte en 1978 sous le nom de Livre d'orgue de Montréal), Guillaume Mechtler et J.-C. Brauneis II, Leonard Eglauch, Henry Berlyn et J.-B. Labelle. Le premier journal, La Gazette, n'ayant paru de façon régulière qu'à partir de 1785, il n'existe à peu près aucune documentation sur la vie musicale avant cette date. En 1786, ce journal annonçait cependant que « plusieurs musiciens nouvellement arrivés d'Europe donneront un concert vocal et instrumental », et un certain M. Duplessy offrait de donner des cours de musique. La même année, The Enchanters, pantomime de John Bentley, fut présentée.

Une année importante est 1789 alors que fut fondé le Théâtre de Société par Louis Dulongpré, Joseph Quesnel et quelques citoyens. Colas et Colinette, opéra-comique de Quesnel, y fut chanté au début de 1790. Situé rue Notre-Dame, ce théâtre présenta aussi Les Deux chasseurs et la laitière de Duni. Des troupes de tournée présentèrent des opéras-comiques comme The Poor Soldier de Shield et The Padlock de Dibdin. Charles Watts de Londres ouvrit une école de musique en 1789 et Dulongpré fit de même en 1791. À un concert « dans la grande salle de Mr. Cushing », George E. Saliment exécuta son propre concerto pour flûte et l'on entendit aussi une « ouverture à grand orchestre » de Pleyel et un « concerto sur le piano-forte » par Mechtler (1796). Des concerts étaient aussi donnés par des corps de musique régimentaires. Une autre année importante fut 1825 alors que le brasseur John Molson, avec le concours de quelques actionnaires, construisit le théâtre Royal, le premier établissement au Canada consacré exclusivement aux arts d'interprétation. Pendant l'été 1840, M. et Mme Arthur Séguin y présentèrent une importante saison lyrique. En août 1843, une troupe de la Nouvelle-Orléans dirigée par Julie Calvé y chanta notamment Les Diamants de la couronne d'Auber et Le Chalet d'Adam. À ce théâtre comme dans les salles d'hôtels se déroulaient des manifestations musicales d'un goût parfois douteux, où les primas donnas et les ténors italiens voisinaient avec les acrobates et autres attractions, le tout avec le concours des musiques de régiments ou « bandes ». D'autres artistes entendus à cette époque furent le ténor John Braham à l'hôtel Rasco, le pianiste Leopold von Meyer et un harpiste aveugle, M. Wall. La facture d'orgues et de pianos commença vers 1820 avec Jacotel, Auguste Fay, Samuel R. Warren et John M. Thomas. John Lovell publia de la musique et J.W. Herbert fut à la fois éditeur et marchand de musique.

1850-1900

Placés dans un contexte économique difficile et préoccupés par les luttes politiques, les Montréalais n'avaient que peu de temps pour les loisirs et la musique. Les musiciens professionnels étaient peu nombreux, et l'enseignement musical quasi inexistant. En 1852, un bateau amena de France deux personnalités qui allaient jouer un rôle de premier plan. L'une était A.J. Boucher, un Canadien qui allait être actif comme musicien, éditeur et marchand de musique; l'autre était le Français Paul Letondal, pianiste et violoncelliste aveugle. Un autre Français, C.W. Sabatier, s'était fixé à Montréal dès 1848. Il composa le chant « La Montréalaise » (Lovell 1859). Une certaine vie musicale allait s'organiser peu à peu grâce aux initiatives d'hommes comme J.-B. Labelle, qui dirigea notamment un concert d'extraits d'opéras au nouveau Mechanics' Hall en 1857 et fonda six ans plus tard une société philharmonique dont l'existence fut brève. Quelques futurs grands noms firent leur apparition comme Calixa Lavallée, Moïse Saucier, les trois frères Lavigne, Dominique Ducharme et Romain-Octave Pelletier, puis Guillaume Couture et Alexis Contant. La cantatrice Emma Albani, née Lajeunesse, la première Canadienne à connaître une gloire internationale, donna ses premiers concerts à Montréal en 1856 et 1862 mais ne revint au pays qu'en 1883 pour la première de plusieurs tournées. Vers 1865, le violoniste belge Jules Hone vint s'établir à Montréal et fut peu après rejoint par son compatriote Frantz Jehin-Prume, célèbre violoniste, le premier musicien de réputation internationale à prendre résidence au Canada. Il contribua pour beaucoup au développement de la musique par ses concerts et son enseignement. Il organisa des « concerts classiques » avec un quatuor à cordes en 1870 et fonda l'Assn artistique en 1892. Montréal accueillit à cette époque des visiteurs renommés : Adelina Patti, Henri Vieuxtemps, Auguste Wilhelmj, Camilla Urso, Louis-Moreau Gottschalk, Sigismond Thalberg et plusieurs autres.

Le chant choral, jusque-là surtout confiné à l'église, devint populaire au concert à partir de 1861 avec la formation d'ensembles connus sous le nom de Montagnards. Le Mendelssohn Choir fut fondé par Joseph Gould en 1864 et présenta des concerts durant 30 années. La Montreal Philharmonic Society (1877-99) fit connaître aux Montréalais les grands oratorios ainsi que des opéras de Wagner, et présenta pour la première fois au Canada la IXe Symphonie de Beethoven en 1897. L'insuffisance de bons instrumentistes locaux nécessitait cependant l'importation fréquente d'un orchestre de Boston. Une trentaine d'instrumentistes venus de Belgique et de France vers 1890 à l'invitation d'Ernest Lavigne, pour jouer au parc Sohmer, constituèrent le noyau du premier OSM que J.-J. Goulet mit sur pied en 1894.

Le théâtre lyrique fut l'apanage de troupes de tournée jusqu'en 1877 alors que Lavallée dirigea Jeanne d'Arc de Gounod et, l'année suivante, La Dame blanche de Boieldieu avec des distributions entièrement recrutées sur place, tout comme l'orchestre. L'Opéra français présenta un répertoire varié d'opéras et d'opérettes dans son propre théâtre au cours de trois saisons (1893-96). Emma Albani et sa troupe donnèrent des représentations à l'Académie de musique en 1890 et 1892. Dans ce théâtre, Cyrano de Bergerac de Victor Herbert fut chanté en première mondiale en 1899. Montréal accueillit aussi des troupes de France et de la Nouvelle-Orléans ainsi que le Metropolitan Opera dès 1899, au Her Majesty's Theatre.

Des concerts eurent aussi lieu à la salle Windsor ouverte en 1890. Le Monument national fut inauguré en 1893, et le Her Majesty's Theatre en 1898. Dans cette salle, The Singing Girl, une autre opérette de Herbert, fut chantée pour la première fois en 1899. Le Ladies' Morning Musical Club fut fondé en 1892 et demeurait en 1990 l'une des plus anciennes sociétés musicales encore existantes au Canada.

L'essor grandissant de la vie musicale à cette époque trouva son écho dans une presse musicale plus spécialisée. L'Artiste vit le jour en 1860, suivi de la revue Les Beaux-Arts (1863-64), Le Canada musical (1866-67, 1875-81), L'Écho musical (1888), Le Canada artistique (1890) et enfin LePasse-Temps (1895-1949) et L'Art musical (1896-99). Des collaborateurs assidus furent Gustave Smith, A.J. Boucher, Guillaume Couture, Gustave Comte, Aristide Filiatreault, Charles Labelle et C.-O. Lamontagne.

L'enseignement de la musique était surtout du domaine privé, même si plusieurs collèges classiques, écoles supérieures et couvents s'assuraient les services de professeurs spécialisés. Un certain contrôle de la qualité était assuré par des organismes mandatés pour faire passer des examens, comme l'AMQ, le Collège de musique Dominion et l'Associated Board of the Royal Schools of Music. Au niveau supérieur, l'enseignement demeura longtemps au stade embryonnaire malgré des initiatives comme le Montreal Conservatory de Carl Emil Seifert, le conservatoire de la Société artistique canadienne d'Edmond Hardy et l'Institut Nazareth pour les jeunes aveugles. La création des bourses Strathcona en 1895 fut une première initiative dont les résultats ne se firent pas attendre : ses premiers lauréats furent Béatrice La Palme, Ada Moylan, Lynnwood Farnam et Pauline Donalda. L'arrivée de Clara Lichtenstein en 1899 allait ouvrir un nouveau chapitre dans le domaine de l'enseignement supérieur. Des talents remarquables s'étaient cependant déjà affirmés, tels Alexis Contant, Émiliano Renaud, François Boucher, Arthur Letondal, R.-O. Pelletier, Joseph Saucier, Alfred De Sève, Oscar Martel et plusieurs autres. Parmi les facteurs d'instruments se sont illustrés Mitchell, Craig et Pratte. Des éditeurs actifs furent Boucher, Hardy, De Zouche, Lavigne et Yon.

1900-1945

La première moitié du XXe siècle allait marquer une consolidation des efforts précédents coïncidant avec un accroissement de la population, le développement des moyens de transport et de communication et les débuts de l'ère industrielle. Cet essor allait cependant connaître un ralentissement au moment de la Première Guerre mondiale, laquelle fut suivie d'une reprise, de nouveau ralentie par la crise économique des années 1930.

Si l'OSM survécut, ce fut surtout grâce à la ténacité et la générosité de J.-J. Goulet qui en avait assumé la responsabilité financière et la direction en 1897 et qui la conserva jusqu'à sa dissolution 1919. Sa participation au Cycle des festivals de musique du Dominion du Canada en 1903 fut notable non seulement à Montréal mais aussi à Halifax, Moncton et Saint-Jean, N.-B., où l'OSM se rendit pour donner des concerts. Après 1919, des concerts d'orchestre sporadiques furent présentés grâce aux efforts d'hommes comme Jerry Shea et Henri Delcellier. Auparavant, la Compagnie d'opéra de Montréal (1910-13) et la Compagnie nationale d'opéra du Canada (1913-14) avaient inclus des concerts symphoniques parallèlement aux représentations lyriques. J.-J. Gagnier fit revivre l'OSM en 1927 mais il fallut attendre la naissance du Montreal Orchestra (1930) avec Douglas Clarke puis celle des CSM (1934) pour voir Montréal dotée non seulement d'un, mais de deux orchestres professionnels permanents. La venue de la radio au début des années 1920 donna aussi un essor à l'activité symphonique, et la station CKAC eut pendant un certain temps son propre orchestre que dirigèrent des musiciens comme Henri Miro, Delcellier et Edmond Trudel. Les stations montréalaises de la CCR et ensuite de la SRC allaient bientôt posséder leurs ensembles avec la participation de J.-J. Gagnier et J.-M. Beaudet. Miro fut aussi dir. mus. à la maison Berliner (1916-21), qui fit de nombreux enregistrements phonographiques. Un des premiers orchestres de chambre, créé par Gagnier, fut suivi de la Petite symphonie de Montréal puis, à la SRC, de l'orchestre des « Petites symphonies ».

À la suite de la disparition de la Montreal Philharmonic Society, la Montreal Oratorio Society fondée par Horace Reyner fut active de 1902 à 1908. La musique chorale allait connaître un renouveau grâce à l'Assn chorale Saint-Louis-de-France surtout active après 1907 et l'Assn des Chanteurs de Montréal fondée en 1918 par Jean Goulet. Un peu plus tard vinrent l'Assn chorale Brassard (1921), la Chorale Elgar de Montréal (1923) avec Berkley E. Chadwick puis les Disciples de Massenet (1928) avec Charles Goulet.

Le théâtre lyrique connut un essor remarquable à cette époque. La troupe du Metropolitan Opera fut de retour en 1901, à l'Aréna de Montréal, puis, avec Toscanini au pupitre, au His Majesty's en 1911. Certains membres de troupes venues de France si fixèrent à Montréal comme professeurs, notamment Salvator Issaurel, Victor Occellier, Jean Riddez et plusieurs autres. Particulièrement digne de mention est la fondation de la Compagnie d'opéra de Montréal par Albert Clerk-Jeannotte et Frank Meighen dont les trois saisons (1910-13) furent remarquables tant par le répertoire que par la qualité des présentations. Cette nouvelle tentative pour créer un théâtre lyrique permanent fut suivie d'une autre, la Compagnie nationale d'opéra du Canada qui, elle aussi, ferma ses portes pour des raisons d'ordre financier, après une seule saison (1913-14). Après la Première Guerre mondiale, d'autres animateurs comme Arthur Laurendeau, Henri Delcellier, Albert Roberval et Céline Marier oeuvrèrent dans le même sens mais une certaine stabilité ne fut atteinte qu'avec la Société canadienne d'opérette en 1923 puis les Variétés lyriques en 1936. Ces deux sociétés présentèrent opéras et opérettes mais l'Opera Guild (1942-69) se consacra uniquement à l'opéra. Fondée en 1936, la Société des Festivals de Montréal présenta jusqu'en 1965 des manifestations annuelles surtout consacrées à l'oratorio, mais aborda l'opéra en 1940 avec la première présentation au Canada de Pelléas et Mélisande. Wilfrid Pelletier dirigea une représentation de la Canadian Opera Company en 1931 et fut l'initiateur de saisons lyriques d'automne au théâtre Saint-Denis de 1941 à 1945.

Les Montréalais avaient accueilli l'orchestre du Metropolitan Opera dirigé par Anton Seidl en 1896, et, en 1902, Pietro Mascagni vint diriger trois de ses opéras à l'Aréna. Le soprano Lillian Nordica et les pianistes Raoul Pugno et Edward MacDowell furent entendus la même année. Un concert consacré entièrement à des oeuvres canadiennes fut présenté à la salle Windsor en 1903. Mémorables pour de nombreux Montréalais furent les concerts d'Emma Albani en 1903 puis en 1906, l'année de sa tournée d'adieu. L'enseignement supérieur, assez déficient jusqu'alors, allait être l'objet d'initiatives remarquables. À l'Université McGill, le conservatoire fut fondé en 1904 par Charles Harriss et, l'année suivante, Alphonse Lavallée-Smith fonda le Cons. national de musique. Le développement de ces deux établissements fut considérable au cours des décennies qui suivirent. Le deuxième fut affilié à l'Université de Montréal en 1921 et le demeura jusqu'en 1951, cette dernière ayant fondé sa propre faculté de musique en 1950. Des écoles supérieures pour jeunes filles et ensuite mixtes furent ouvertes, comme l'École normale de musique en 1927 et l'École supérieure de musique d'Outremont (plus tard École Vincent-d'Indy) en 1932. L'innovation la plus originale dans ce domaine fut toutefois le Cons. de musique du Québec, inauguré à Montréal en 1943. Établi selon les modèles européens, particulièrement celui de Paris, il dispensa dès ses débuts un enseignement supérieur gratuit dans toutes les disciplines. Durant cette période, Rodolphe Mathieu, Auguste Descarries et Alfred La Liberté, entre autres, firent entendre leurs propres oeuvres, et Claude Champagne devait s'affirmer non seulement comme un compositeur de talent mais aussi comme le professeur de la plupart des compositeurs de la génération suivante.

La croissance de la vie musicale sous toutes ses formes incita la presse quotidienne à se doter de critiques musicaux mieux informés, notamment Thomas Archer, Philip King et H.P. Bell dans la presse de langue anglaise et Léo-Pol Morin, Henri Letondal, Paul-G. Ouimet, Frédéric Pelletier, Eugène Lapierre, Marcel Valois, Jean Vallerand et Dominique Laberge dans la presse de langue française. Les revues spécialisées eurent cependant une existence éphémère. Le Canada musical réapparut (1917-24 et 1930); La Lyre (1922-31) fut l'une des dernières publications de quelque importance avant la Deuxième Guerre mondiale, bien que Le Passe-Temps ait continué de paraître jusqu'en 1949.

Si la période 1939-45 ne fut pas particulièrement propice à de nouveaux développements, la plupart des institutions en place réussirent à survivre malgré des contraintes financières de plus en plus sérieuses. Alexander Brott fonda en 1939 le Quatuor à cordes McGill, prenant la relève du Quatuor à cordes Dubois qui avait présenté des saisons régulières de 1910 à 1938. Les Concerts Campbell gratuits, inaugurés en 1924, continuaient encore en 1990 de faire le bonheur des mélomanes durant la saison d'été. À la suite d'Emma Albani, des artistes comme Béatrice La Palme, Pauline Donalda, Ellen Ballon, Sarah Fischer et Rodolphe Plamondon s'illustrèrent à l'étranger.

Au nombre des mécènes qui ont contribué à l'essor de la musique durant cette période figurent Frank Meighen, Cécile Léger, Jean Lallemand et Mme Athanase David. L'industrie du disque commença à se développer avec Berliner, Compo, Starr-Gennett et plus tard d'autres étiquettes comme RCA (Musique BMG), Columbia (Sony), Baroque, London, Madrigal, etc.

1945-1990

L'après-guerre s'avéra un puissant stimulant et la reprise de la vie musicale allait marcher de pair avec le développement économique de la métropole, aidée en cela par une participation de plus en plus grande des pouvoirs publics et l'arrivée de nombreux musiciens européens de valeur. Déjà en 1941, l'orchestre des CSM avait pu retenir les services de Désiré Defauw comme dir. artistique. Il fit entrer l'orchestre au rang des grands du continent grâce à un répertoire de plus en plus varié et la participation de solistes aux noms prestigieux. Après 1950, l'orchestre a eu à sa tête Otto Klemperer, Igor Markevitch, Zubin Mehta, assisté de Pierre Hétu, Franz-Paul Decker, Rafael Frühbeck de Burgos et, à partir de 1978, Charles Dutoit, assisté de Uri Mayer puis de Richard Hoenich.

L'Orchestre de chambre McGill succéda au quatuor du même nom et donna des saisons régulières à partir de 1953, sous la direction d'Alexander Brott. Avec la fondation de l'Orchestre métropolitain en 1981, Montréal se dotait d'un second orchestre permanent. Ses progrès ont été rapides sous la direction d'Agnès Grossmann, son chef depuis 1988. L'ensemble à cordes I Musici de Montréal fut fondé en 1983 par Yuli Turovsky et s'est affirmé par ses tournées et ses disques. Une véritable école de Montréal allait se créer avec des compositeurs comme Violet Archer, Maurice Blackburn, Brott, Jean Papineau-Couture, Robert Turner et Jean Vallerand. D'autres ont suivi comme Gabriel Charpentier, Serge Garant, Jacques Hétu, Roger Matton, Pierre Mercure, François Morel, André Prévost, Micheline Coulombe Saint-Marcoux, Gilles Tremblay, Claude Vivier, etc.

Une date marquante fut l'ouverture en 1963 de la Grande salle (Wilfrid-Pelletier) de la PDA où l'OSM trouva enfin un cadre à la hauteur de sa qualité après 30 ans dans une salle inadéquate de 1300 places, l'auditorium Le Plateau. Les salles Maisonneuve et Port-Royal furent ajoutées à la PDA en 1967. Ce complexe fut alors le théâtre du Festival mondial d'Expo 67, encore considéré comme une des plus imposantes manifestations musicales de notre époque.

Les Festivals de Montréal élargirent le cadre de leurs activités à partir de 1950 tout en conservant une place prépondérante à la musique et au théâtre lyrique. C'est sous leurs auspices que Pierre Mercure organisa en 1961 une Semaine internationale de musique actuelle qui fit couler beaucoup d'encre et provoqua de vives réactions. L'exécution de la nouvelle musique canadienne, largement insuffisante jusqu'alors, fut prise en main par la Société de musique canadienne fondée en 1953, puis, dans une large mesure, par la SMCQ fondée en 1966 par Serge Garant, Maryvonne Kendergi et d'autres. La musique nouvelle a suscité la formation de plusieurs groupes spécialisés, tels les Événements du neuf (1978-90) et le Nouvel ensemble moderne (1989 -). La musique chorale, surtout mise en valeur par les Disciples de Massenet et la Chorale Elgar, connut un nouvel essor avec la fondation de la Chorale Bach par Georges Little en 1951 et de l'Ensemble vocal Tudor par Wayne Riddell en 1962. La musique de chambre fut particulièrement bien servie par le Quatuor à cordes de Montréal (1955-63) composé de Hyman Bress, Mildred Goodman, Otto et Walter Joachim, ces deux derniers venus de Chine à la fin des années 1940. En 1948, Gertrude Constant Gendreau fonda la Société Pro Musica qui a permis aux Montréalais d'entendre régulièrement les meilleurs ensembles de musique de chambre. La musique ancienne fut largement ignorée jusqu'à ce que Celia Bizony fonde Musica Antica e Nuova en 1951, société à laquelle participèrent notamment John Newmark et Mario Duschenes. Ce dernier contribua à populariser la flûte à bec, notamment auprès des membres de CAMMAC. Le Trio baroque de Montréal fut actif de 1955 à 1973 et le Studio de musique ancienne fut fondé en 1974. De nombreuses autres formations étaient actives en 1990, comme le Quatuor Morency, le Quatuor Claudel, le Quatuor Alcan, le Trio Nelligan, le quintette à vent Pentaèdre et le groupe Musica Camerata Montréal.

L'orgue fut toujours populaire à Montréal grâce à la présence de nombreux instruments de valeur, dont la plupart sont signés Casavant. Des récitals furent régulièrement présentés dans les années 1940 par la Société Casavant. Le mouvement favorisant le retour à l'orgue classique à traction mécanique s'amplifia en 1960 avec la fondation d'Ars Organi par un groupe de jeunes organistes dont Gaston Arel, Raymond Daveluy, Kenneth Gilbert, Bernard et Mireille Lagacé et Lucienne L'Heureux-Arel. Montréal s'est enrichie de nombreux instruments de ce type fabriqués par Rudolf von Beckerath, Karl Wilhelm et Hellmuth Wolff.

Le théâtre lyrique demeura relativement florissant après 1945 avec les Variétés lyriques, l'Opera Guild, les Festivals de Montréal et l'Opéra Minute. Ces quatre sociétés disparurent l'une après l'autre entre 1953 et 1969. L'OSM réalisa des productions (1964-68) mais ce n'est qu'en 1971 qu'une compagnie que l'on espérait permanente, l'Opéra du Québec, fut constituée. Elle cessa toutefois ses activités en 1975 mais une nouvelle compagnie, l'Opéra de Montréal, après une première saison en 1980-81, en était à sa 12e en 1991-92, sous la direction de Bernard Uzan qui avait succédé à Jean-Paul Jeannotte en 1988. Plusieurs artistes montréalais suivirent l'exemple de leurs aînés et s'illustrèrent sur les scènes internationales comme Pierrette Alarie, Colette Boky, Clarice Carson, Pierre Duval, Maureen Forrester, Louis Quilico, Robert Savoie, Léopold Simoneau, Huguette Tourangeau et André Turp.

La presse quotidienne accorda à cette époque de plus en plus d'importance à la musique. Parmi les critiques actifs ont figuré Claude Gingras (La Presse), Eric McLean (The Montreal Star puis The Gazette), Gilles Potvin (Le Devoir, La Presse, Le Nouveau Journal), Pierre Prévost (Le Jour), Paul Roussel (Le Canada, L'Autorité), Jacob Siskind (The Standard, The Gazette), Brian Macdonald (Montreal Herald), Carol Bergeron (Le Devoir), Arthur Kaptainis et Ilse Zadrozny (The Gazette).

Pour encourager l'appréciation et l'étude de la musique chez les jeunes, les Amis de l'art furent fondés en 1942, suivis des JMC en 1949. Le secrétariat de ce dernier organisme est à Montréal, comme celui des Concours de musique du Canada. Le Concours international de musique de Montréal, le seul du genre au Canada, fut établi en 1963. Le Centre de musique canadienne ouvrit un bureau à Montréal en 1973. L'Alliance chorale canadienne (1961-82) maintint également son secrétariat à Montréal, tout comme l'ACREQ, le CINARS, la Communauté électroacoustique canadienne et le RIDEAU. Le premier Festival international de musique (plus tard de piano) de Montréal fut tenu en 1988. En novembre 1990 avait lieu le festival Montréal Musiques actuelles (New Music America). Montréal fut par ailleurs une étape importante lors de deux manifestations internationales : la Semaine mondiale de la musique sous les auspices du Conseil international de la musique en 1975, et les Journées mondiales de la musique de la SIMC en 1984.

Le Conseil des arts de la région métropolitaine de Montréal, un des premiers du genre au Canada, fut fondé en 1956. En 1980, il est devenu le Conseil des arts de la Communauté urbaine de Montréal. Son Grand prix annuel, assorti d'une bourse de 15 000 $, fut créé en 1986 pour souligner l'excellence de l'expression artistique sur le territoire de la Communauté urbaine. Louis Lortie en fut le lauréat pour l'année 1986. Le réseau des Maisons de la culture de Montréal fut instauré en 1979 avec l'objectif de rendre la culture accessible au plus grand nombre de citoyens possible. En 1991, on comptait 13 Maisons, chacune exerçant deux fonctions essentielles : la fonction bibiothèque et la fonction diffusion culturelle. On y présente des expositions, conférences, pièces de théâtre, concerts et récitals, etc.

Bien que la chanson et les chansonniers du Québec ne soient pas un phénomène spécifiquement montréalais, c'est surtout dans la métropole qu'ils sont partis à la conquête du monde francophone. Le premier d'une longue liste fut Félix Leclerc au début des années 1950. Les boîtes à chansons furent florissantes à cette époque et la vogue de la chanson se propagea avec des auteurs-compositeurs-interprètes comme Raymond Lévesque, Jean-Pierre Ferland, Claude Léveillée, Jacques Blanchet et Robert Charlebois, et des interprètes comme Pauline Julien, Diane Dufresne et Ginette Reno. Pendant longtemps, les hôtels et cabarets de la métropole ont eu à leur emploi des orchestres de danse qui ont fait les beaux soirs des Montréalais. Dans le domaine du jazz, des individus et ensembles se sont illustrés, particulièrement depuis la Deuxième Guerre mondiale, et en 1980, la ville devenait l'hôte du FIJM, l'un des grands festivals de jazz du monde. De nombreux solistes et groupes voués à la musique country, au rock et au rhythm and blues continuent de fleurir.

Montréal se distingue de toutes les autres villes du Canada par le nombre considérable de rues et avenues portant le nom de musiciens. En 1990, on en comptait une trentaine. Plusieurs écoles, parcs et places publiques portent également les noms de musiciens (voir Commémorations et hommages).

Parallèlement à la réforme de l'enseignement survenue au Québec dans les années 1960, des départements de musique furent ouverts à l'UQAM, à l'Université Concordia et dans certains cégeps.

D'importants dépôts d'archives et documents se rapportant à la musique se trouvent au Centre régional de Montréal des ANQ, à la Bibliothèque de la Ville de Montréal, à la BN du Q, à la bibliothèque Marvin Duchow de l'Université McGill, à la Bibliothèque publique juive, au CMM, à l'Université de Montréal et dans d'autres établissements privés.

Musiciens nés à Montréal

Au nombre des musiciens nés à Montréal ou dans la région, on remarque Pierrette Alarie, Émilien Allard, Violet Archer, Serge Arcuri, André Asselin, Gilles et Marcel Baillargeon, Fleurette Beauchamp, Pierre Béique, Pierre Béluse, Alfred Bernier, Félix-R. Bertrand, Jacques Bertrand, Napoléon Bisson, Paul Bley, Max Bohrer, Colette Boky, Colette Bonheur, Lise Boucher, Richard Boucher, Walter Boudreau, Louis-H. et Rosario Bourdon, Pierre Brabant, Timothy Brady, Henry Brant, J.-Arsène Brassard, Cédia et Victor Brault, Pierre Brault, Michel-Georges Brégent, Alexander, Boris et Denis Brott, Noël Brunet, Germaine Bruyère, Réjane Cardinal, Martin Chalifour, Albert Chamberland, Claude Champagne, Jean-Noël Charbonneau, Renée Claude, Alexis Contant, Paul-Émile Corbeil, Marcelle Corneille, François, Jean et Luc Cousineau, Guillaume Couture, Lionel Daunais, Hugh Davidson, Reine Décarie, Maurice Dela, Isabelle Delorme, Rosita del Vecchio, Jean-François Denis, Auguste Descarries, Alfred De Sève, Jeanne Desjardins, L.-Édouard Desjardins, Jean Deslauriers, Gérald Desmarais, Lorraine Desmarais, Rolande Désormeaux, Samuel Dolin, Pauline Donalda, Michel Donato, Roger Doucet, Paul Doyon, Claude Dubois, Jules Dubois, Charles-Joseph Ducharme, Dominique Ducharme, Yolande Dulude, Guillaume Dupuis, Pierre Duval, Maynard Ferguson, Jean-Pierre Ferland, Janina Fialkowska, Roger Filiatrault, Rosario Forget, Joseph-A. Fowler, Hélène et Marcelle Gagné, J.-J., Guillaume, René, Armand, Ernest, Lucien, Réal, Roland et Gérald Gagnier, Conrad Gauthier, Gérard et Marc Gélinas, Samuel Gesser, Michel Gonneville, Mildred Goodman, Pierre Grandmaison, Fernand Graton, Richard Grégoire, Monik Grenier, Richard Gresko, Guylaine Guy, Marc-André Hamelin, Denis Harbour, Edmond Hardy, Pierre Hétu, Jean-Pierre Hurteau, Marie Iösch-Lorcini, Jean-Paul Jeannotte, Oliver Jones, Paul Jourdain dit Labrosse, Chantal Juillet, Diane Juster, Walter Kemp, Jean Lallemand, Alain Lalonde, Gérard Lamarche, C.-O. et Yvette Lamontagne, Gilles Lamontagne, Alfred Lamoureux, Caro Lamoureux, Béatrice La Palme, Eugène Lapierre, Bruno Laplante, Louise Laplante, Thérèse Laporte, Roméo Larivière, Annette Lasalle-Leduc, Marcel Laurencelle, Jean Laurendeau, Calixa Lavallée, Marguerite Lavergne, Arthur, Émery et Ernest Lavigne, Gabrielle Lavigne, Louise Lebrun, Jacques LeComte, Jean et Roland Leduc, Pierre Leduc, Germain Lefebvre I et II, Gilles Lefebvre, Ovila Légaré, Arthur et Henri Letondal, Claude Léveillée, Monique Leyrac, C.W. Lindsay, Michel Longtin, Nicole Lorange, André Lortie, Louis Lortie, Germaine Malépart, Charles Marchand, Oscar Martel, Gilberte, Magdeleine, Marcelle et Raymonde Martin, Lucien Martin, Rafael, Pietro, Joseph, Rodolfo, Alfredo, Paul, Mario et Giulio Masella, Nicholas Massue, É.-Z. Massicotte, André Mathieu, Salomon Mazurette, Peter McCutcheon, Edmond McMahon, Colin McPhee, Pierre Mercure, André Mérineau, Alfred et André Mignault, François Morel, Clément Morin, Jean C. Morin, Pierre Morin, Albertine Morin-Labrecque, Charles-Marie Panneton, Jean Papineau-Couture, Marie-Thérèse Paquin, Gérard Paradis, Hector Pellerin, Colombe Pelletier, Louis-Philippe Pelletier, Romain-Octave I, Frédéric, Romain et Romain-Octave II Pelletier, Wilfrid Pelletier, Joseph-Julien Perrault, Michel Perrault, Oscar Peterson, Joseph, Eudore et Bernard Piché, Gilles Potvin, Henri Prieur, Albert Quesnel, Louis et Lina Quilico, Caroline Racicot, Ginette Reno, Jacqueline Richard, Lyse Richer, Lucien Robert, Nicole Rodrigue, Tony Romandini, Paul Roussel, Ruth Rubin, Moïse, Joseph et Marcel Saucier, Jean Saulnier, Claude Savard, J.-Élie et Georges Savaria, Robert et André-Sébastien Savoie, Joe Sealy, Lucien Sicotte, Émile Taranto, J.-Antonio Thompson, Huguette Tourangeau, Jennie Tourel, Amédée Tremblay, William Tritt, Pierre Trochu, Alain Trudel, Nadia Turbide, Ronald Turini, Robert Turner, André Turp, Honoré Vaillancourt, Gilles Valiquette, Jean Vallerand, Marcel Valois, Jeannine Vanier, Stéphane Venne, Louis et Paule Verschelden, Albert Viau, Claude Vivier, Vic Vogel, Dorothy Weldon et Karen Young. La plupart des musiciens énumérés ci-dessus ont des articles à leur nom dans l' EMC. Ceux qui ne font pas l'objet d'articles individuels sont cités dans l'index.