Mouvement des femmes

Depuis la fin du XIXe siècle, les Canadiennes se sont regroupées pour redéfinir leur place dans la société et pour exiger égalité et justice. Par des moyens juridiques et politiques, le mouvement féministe leur a permis d'obtenir une certaine égalité formelle. Parallèlement à cette lente conquête de droits égaux, leur mode de vie a subi de profonds changements, tout comme celui des femmes de la plupart des autres pays occidentaux. Les biens et services traditionnellement produits au foyer sont maintenant offerts sur le marché. Ces progrès techniques, joints à la croissance du secteur des services, ont facilité l'accès des femmes au marché du travail, de telle sorte que, dès le début des années 80, la majorité des Canadiennes mariées avaient un emploi rémunéré.

Il subsiste encore cependant d'importantes inégalités entre hommes et femmes. En 1967, le gouvernement fédéral a mis sur pied la commission royale d'enquête sur la condition féminine, qui a formulé, dans son rapport en 1970, 167 recommandations visant à donner aux femmes une plus grande égalité.

Émergence d'un nouveau mouvement des femmes

Comme partout dans le monde occidental, on assiste à la fin des années 60 à l'émergence d'un nouveau mouvement des femmes au Canada. Ce nouveau courant rejette toute limite à l'égalité des droits et démontre que cette égalité ne peut s'obtenir dans la vie quotidienne par de simples modifications juridiques, politiques ou institutionnelles. Les femmes sont fortement influencées par les livres et les articles de féministes comme Kate Millett, Germaine Greer, Gloria Steinem et Shulamith Firestone de même que par des publications comme Women Unite: An Anthology of the Women's Movement (1972) et Mother Was Not a Person (1973) de Margaret Anderson. Ces auteures soutiennent que le principal rapport de pouvoir dans la société est fondé sur la domination et l'oppression des femmes par les hommes. Le système de relations sociales et le fonctionnement même de la société sont donc remis en question et analysés.

À la fin des années 60, les femmes découvrent la « puissance de la sororité » et se regroupent, de Vancouver à Halifax. Le Women's Caucus de Vancouver est créé en 1968 et publie The Pedestal de 1969 à 1973. Le Montreal Women's Liberation Movement est fondé en 1969, le Front de libération des femmes du Québec publie un manifeste féministe en 1970, et le Centre des femmes fait paraître le premier périodique féministe radical francophone, Québécoises deboutte! (1971-1975). Au début, certains de ces groupes ne visent qu'à éveiller les consciences, mais d'autres passent rapidement à l'action concrète en créant des services d'avortement, des centres de santé des femmes, des magazines féministes, du théâtre militant, des garderies, des refuges pour femmes battues, des centres pour les victimes de viol ainsi que des regroupements pour obtenir un salaire égal. Dès la fin des années 60, la société canadienne s'adapte peu à peu à la renaissance d'un important mouvement social, celui des femmes.

Les mouvements sociaux, définis dans un sens large comme des efforts collectifs pour changer certains aspects de l'ordre social, sont difficiles à décrire avec précision. Les plus importants renferment de nombreux sous-groupes dont les objectifs diffèrent parfois beaucoup. Ainsi, le mouvement des femmes comprend, par exemple, des féministes libérales, radicales et marxistes, des écoféministes, des séparatistes lesbiennes et des femmes qui considèrent le lesbianisme comme un mode de vie parmi d'autres. Si ces groupes tiennent un débat vigoureux sur divers problèmes, ils visent tous à améliorer la situation des femmes. Le mouvement féministe lutte sur de nombreux fronts pour obtenir une justice sociale : politique, culture, médias, législation, éducation, santé, main-d'oeuvre, environnement et vie au foyer. Il devient de plus en plus important de combiner la lutte au sexisme à la lutte au racisme. La structure organisationnelle comprend des groupes de toute envergure et de toutes les régions, à l'échelle nationale et internationale.

Certains groupes se concentrent sur l'autonomie, d'autres souhaitent un changement social global. Au début des années 70, le mouvement est constitué de petits groupes radicaux, mais il s'étend progressivement pour rejoindre des femmes d'opinions diverses et de toutes les couches sociales : des mères bénéficiaires de l'assistance sociale aux professionnelles, femmes d'affaires, et cadres, en passant par les femmes autochtones et les domestiques immigrantes. Des regroupements importants et bien établis adoptent aussi des vues féministes, et le mouvement des femmes lui-même engendre un certain nombre d'organismes autonomes.

Modification de la structure sociale

La création d'une société équitable pour les femmes implique l'élimination du sexisme dans toutes les sphères d'activité et, particulièrement, dans le système juridique, dans l'organisation de la production sociale, dans la perception et le traitement du corps féminin de même que dans les arts, les sciences, l'éducation et les médias.

Le progrès réalisé touche surtout le domaine juridique. Les différents aspect du droit de la famille figurent parmi les premières cibles du mouvement. En 1973, l'affaire Murdoch, mettant en cause la femme d'un agriculteur albertain qui s'est vue refuser la propriété de la moitié des intérêts de la ferme qu'elle et son mari ont gérée ensemble pendant plus de 25 ans parce que son travail était considéré comme son devoir d'épouse fait prendre conscience des injustices du droit de la famille. Par la suite, toutes les provinces réforment plus d'une fois leur droit de la famille afin d'assurer une plus grande égalité entre les époux.

À compter des années 80, certaines provinces mettent sur pied des agences qui prélèvent les pensions alimentaires et les distribuent aux parents seuls. La cour entend plusieurs causes types, dont la cause Thibodeau sur l'imposition des pensions alimentaires. Par suite de la réaction du public, le gouvernement fédéral annonce en 1996 que les pensions alimentaires ne seront plus imposables. Un autre jugement, celui de l'affaire Lavell (1973), concerne une Amérindienne qui a perdu son statut et ses privilèges par son mariage avec un non-Amérindien. En 1985, on abolit cette mesure discriminatoire dans la Loi sur les Indiens. Dorénavant, les femmes ayant perdu leur statut d'indienne pour la même raison pourront le réclamer, ainsi que leurs enfants de la première génération. Toutefois, des problèmes persistent.

Une des principales préoccupations du mouvement des femmes est d'obtenir une rémunération adéquate pour tout travail effectué par des femmes. Dans ce contexte, l'expression « travail » désigne une tâche rémunérée ou une tâche non rémunérée et implique la reconnaissance d'un lien étroit entre les deux. C'est le mouvement des femmes qui, le premier, fait valoir que la tâche accomplie au foyer est effectivement un travail et devrait être considéré comme tel. Le mouvement en faveur du salaire pour le travail domestique aide à attirer l'attention sur ce problème. Outre ces préoccupations, des campagnes ainsi qu'une commission fédérale et un comité parlementaire sont mis sur pied pour élargir le réseau de services de garde, favoriser les congés de maternité et de paternité et faire reconnaître dans une certaine mesure le travail effectué par la femme au foyer dans les régimes de retraite et en cas de divorce.

En ce qui concerne la main-d'oeuvre rémunérée, les revendications visent d'abord l'obtention d'un salaire égal pour un travail égal. Dans les années 80, ces revendications donnent lieu à la comparaison des emplois de façon à pouvoir établir des échelles de salaires équitables pour des emplois nécessitant compétences, efforts et responsabilités équivalentes. La Commission d'enquête sur l'égalité en matière d'emploi (Commission Abella), qui dépose son rapport en 1984, soumet certaines recommandations pour apporter des changements radicaux. L'équité salariale et l'équité en matière d'emploi deviennent une source de préoccupation pour les syndicats, les employés et les gouvernements. Certains programmes visent à abolir la discrimination qui existe depuis longtemps en facilitant la promotion des femmes à des niveaux hiérarchiques et à des genres d'occupations traditionnellement réservés aux hommes. On tente aussi de faire reconnaître la contribution des femmes en tant qu'associées de leur mari dans une entreprise non incorporée, de sorte que le salaire payé à l'épouse puisse être évalué à des fins juridiques et fiscales.

L'action féministe la plus controversée reste l'affirmation du droit de la femme à être maîtresse de son corps en ce qui concerne, notamment, la fertilité, les rapports sexuels, la violence sexuelle et le pouvoir médical sur la santé des femmes. Les plus ardentes manifestations touchent le droit à l'avortement, lutte entreprise à la fin des années 60. Le Dr Henry Morgentaler, qui prône l'établissement de cliniques d'avortement autonomes, est au centre du débat. Après plusieurs procès, il est finalement acquitté au Québec, où l'avortement peut maintenant être pratiqué dans les cliniques de planning familial. Le sujet de l'avortement rebondit de nouveau dans les années 80, après que le Dr Morgentaler a ouvert, en 1983, des cliniques d'avortement à Toronto et à Winnipeg. Ce dernier est poursuivi et acquitté de nouveau par un jury. Le procureur de la Couronne en appelle de ce verdict et ordonne un nouveau procès. C'est alors que le Dr Morgentaler porte sa cause devant la Cour suprême du Canada.

Au début de 1988, la Cour suprême, dans un geste historique, désavoue la loi canadienne en matière d'avortement. En 1991, les sénateurs rejettent, par une seule voix, une nouvelle loi fédérale. Par la suite, le gouvernement choisit de ne pas proposer de nouvelles mesures législatives. Le Canada ne possède donc aucune loi axée particulièrement sur l'avortement. En pratique, cela signifie que l'accessibilité à l'avortement varie selon les régions en fonction des coûts, de la présence de cliniques et du consentement des médecins à pratiquer des avortements dans les hôpitaux.

Le débat sur l'avortement a comme corollaire une réévaluation des pratiques et des recherches médicales dans le domaine de la contraception. Il soulève les questions suivantes : faut-il que la femme supporte seule le fardeau de la contraception? Pourquoi sont-elles les seules à subir les effets secondaires des contraceptifs? Pourquoi la recherche sur la contraception masculine est-elle si lente? Pourquoi les médecins pratiquent-ils si souvent une hystérectomie sur les femmes ménopausées? De telles interrogations ont incité les féministes à produire des « trousses » médicales rassemblant une documentation écrite et visuelle visant à promouvoir les cliniques de santé des femmes, la médecine alternative et le suivi des grossesses et des naissances hors du milieu hospitalier. Concrètement, ce débat mène notamment à la légalisation et à l'institutionnalisation du travail des sages-femmes dans plusieurs provinces.

En raison des changements rapides qui surviennent dans le domaine des méthodes artificielles de procréation et des dispositions sociales les concernant, toute la question du contrôle de la femme sur son processus de reproduction prend une nouvelle dimension et il faut s'en occuper sans tarder. D'une part, certaines techniques comme la fécondation in vitro et la transplantation d'embryons permet à des femmes stériles d'avoir des enfants. D'autre part, toutes ces techniques et ces dispositions sociales soulèvent des problèmes d'un type et d'une ampleur inconnues jusque là. Qui devrait profiter de ces méthodes? Doit-on tenir compte de l'orientation sexuelle, de la situation maritale et de la capacité de payer? Les groupes de femmes allèguent que ces facteurs ne doivent pas constituer un obstacle. Devrait-on même utiliser ces techniques?

Les médecins font désormais partie du processus de reproduction et détiennent littéralement le pouvoir de façonner le matériel génétique des nouveaux être humains lorsqu'ils utilisent certaines de ces nouvelles méthodes. Les lois et les politiques ayant trait à un grand nombre de ces questions sont soit inexistantes, soit incomplètes. Qui est propriétaire du sperme d'un donneur décédé? Devrait-on permettre le don d'ovules? Si oui, le donneur devrait-il être anonyme et est-il possible de désigner les receveuses? Les cellules humaines sont-elles brevetables? La manipulation des cellules somatiques doit-elle être permise? Comment peut-on exercer une surveillance sur les motifs d'ordre pécuniaire de la reproduction humaine?

En 1987, la Coalition canadienne pour la création d'une commission royale d'enquête sur les nouvelles technologies de reproduction humaine commence à exercer des pressions systématiques sur le gouvernement afin qu'il instaure une commission royale sur la question. Ces efforts portent fruit avec la création, en 1989, de la Commission Royale sur les Nouvelles Techniques de Reproduction. Toutefois, de profondes dissensions éclatent au sein même de la Commission. À la suite de son rapport, publié en 1994, le ministre de la Santé réclame, au début de 1996, un moratoire volontaire concernant certaines pratiques, demande dont personne n'a encore tenu compte.

Le pouvoir de l'homme sur le corps de la femme s'exprime aussi depuis longtemps par la violence. De nouveaux centres de transition pour femmes battues ouvrent leurs portes dans plusieurs villes, et les analyses et les rapports sur ce sujet auparavant tabous sont publiés dans les journaux et les magazines. Le vioI, principale manifestation de l'agression contre les femmes, sort du silence qui l'entoure. À compter de 1973, des centres d'aide aux victimes de viol sont mis sur pied dans les grands centres urbains; des groupes de pression se forment pour accélérer les modifications de la loi; chaque automne, des citadines manifestent pour faire valoir leur droit de marcher le soir en toute sécurité dans les rues et, chaque année, des milliers de Canadiennes suivent des cours d'autodéfense.

En 1990, un jeune homme armé tue 14 jeunes femmes à l'École polytechnique de Montréal, en s'écriant : « Vous êtes toutes des féministes! ». Cette tragédie rallie des femmes et des hommes de tout le Canada contre la violence sous toutes ses formes faite aux femmes et aux enfants, y compris l'inceste, le viol par une connaissance et le harcèlement sexuel. Le gouvernement fédéral met sur pied le Centre canadien sur la violence faite aux femmes, qui présente son rapport en 1993. La loi sur le contrôle des armes à feu est la mesure qui fait l'objet du plus grand battage publicitaire de la part du gouvernement fédéral.

Le nouveau féminisme influence aussi les arts, l'activité créatrice, l'éducation et les médias. Les débats sur les femmes sont analysés, évalués, disséqués et, conséquemment, les femmes utilisent de nouveaux langages, de nouvelles images et de méthodes d'analyse.

Au cours des dernières années, l'écriture féminine a connu une explosion revitalisante sans précédent. Les femmes discutent maintenant de leur condition. Elles parlent de choses auparavant privées, cachées ou mythifiées comme le viol, l'inceste et la violence familiale. Certains écrits dénoncent l'oppression faite aux femmes; d'autres « glorifient les différences » et traitent de la maternité, des tâches quotidiennes de la mère, des enfants, du mariage, de la famille, de la relation entre la femme et la nature, et de l'amour entre femmes. Des auteures comme Nicole Brossard, Louky Bersianik, Madeleine Gagnon, Denise Boucher, Margaret Atwood, Alice Munro, Jane Rule et plusieurs autres marquent un point tournant dans les littératures québécoise et canadienne. Au cours des années 80 et 90, des écrivaines et des poètes comme Gloria Escomel intègrent le féminisme dans la pluralité des expériences des femmes. Des productions théâtrales sont acclamées, parmi lesquelles La Nef de sorcières (1976), écrite par un groupe d'auteures féministes, Les Fées ont soif (1978) de Denise Boucher, et Jenny's Story (1982) de Betty Lambert. Des troupes de théâtre féministes existent depuis les années 70 et les pièces féministes font maintenant partie du répertoire des petits et des grands théâtres.

Dans les médias, les journalistes féministes et l'action des groupes féministes ont eu un effet certain en favorisant une plus grande prise de conscience du rôle des femmes en tant que lectrices et participantes à l'actualité. Les collaboratrices de plusieurs journaux et périodiques importants écrivent maintenant dans une optique explicitement féministe. Cependant, les relations entre le mouvement féministe et les médias demeurent tendues, étant donné que ces derniers donnent parfois une fausse image du mouvement. Par conséquent, une presse féministe a vu le jour, avec ses propres publications et son réseau de distribution.

Des humoristes, des rockeuses et des artistes de sexe féminin politiquement engagées s'adressent sans détour à leurs auditoires. Des productrices de l'Office National du Film réalisent ou coréalisent, par l'intermédiaire du Studio D, des documentaires dont l'importante série En tant que femmes (1973) de même que C'est surtout pas de l'amour, Le temps des bûchers, On the Eight Day et Forbidden Love: The Unashamed Story of Lesbian Lives. En 1996, le Studio D ferme ses portes.

Le marché de la vidéocassette a toujours été ouvert aux femmes : en 1975, pour célébrer l'Année internationale de la femme, des centres féministes de production et de distribution de vidéos ont ouvert leurs portes dans huit villes canadiennes. Certains existent encore et produisent chaque année des oeuvres réalistes ou fictives distribuées par des groupes communautaires ou éducatifs.

Un effort considérable vise à éliminer le sexisme dans l'éducation. Les études des femmes font maintenant officiellement partie de nombreux programmes d'études. En 1983, le Conseil de Recherches en Sciences Humaines du Canada crée un comité pour promouvoir l'égalité des sexes dans la recherche en sciences humaines et sociales. Il publie une brochure, rédigée par Eichler et Lapointe, intitulée Le traitement objectif des sexes dans la recherche, selon laquelle une bonne recherche doit être non sexiste. En général, l'intégration de la femme dans notre système de pensée est maintenant largement perçue comme un aspect prioritaire et légitime, quoique ce processus ne fasse que débuter.

Depuis les années 90, le plus grand défi auquel doivent faire face les mouvements féministes, tout comme les autres groupes engagés socialement, sont les changements de politique qui surviennent dans un contexte de déficit et de réduction de la dette, tant à l'échelle fédérale que provinciale. Les compressions dans les programmes et l'abolition des infrastructures n'ont pas la même envergure d'une province à l'autre, mais la tendance générale est de réduire les dépenses publiques dans les programmes sociaux. Ces programmes sont souvent destinés aux personnes pauvres et défavorisées, ce qui comprend un nombre disproportionné de femmes. Celles-ci sont donc particulièrement affectées par la façon dont le gouvernement canadien équilibre son budget.

L'appauvrissement des femmes et d'autres groupes défavorisés qui découle de la globalisation de l'économie peut amener la formation de nouvelles coalitions entre les groupes populaires qui recherchent l'équité à l'échelle nationale et internationale. Par exemple, en 1995, des femmes ont effectué la marche du pain et des roses durant 10 jours vers Québec pour rappeler le côté dramatique de la pauvreté.

Conclusion

Depuis sa résurgence, le féminisme a une emprise certaine sur notre société. En définitive, la création d'une justice sociale pour la femme implique une profonde restructuration de la société, de notre façon de penser et de notre expérience du monde. En insistant sur le fait que « le privé est politique », le mouvement féministe a fait de l'inégalité sociale de la femme une affaire publique. Cette réalisation en elle-même est majeure.

En raison de l'évolution de la situation, de nouveaux problèmes surgissent et doivent être réglés. En 1996, au Canada, la globalisation, la pénurie de bons emplois, les compressions dans les programmes sociaux, la désinstitutionnalisation et le transfert des responsabilités du gouvernement fédéral au gouvernement provincial ou aux administrations municipales, la diminution des normes nationales ou provinciales et la détérioration de l'environnement sont des questions qui préoccupent le mouvement des femmes autant que celles que nous avons mentionnées ci-dessus. En ce qui a trait à d'autres dossiers comme les services de garde, l'étendue de la tâche a été définie, mais la mise en application n'est pas encore chose faite.

Promotion des objectifs du mouvement

Le mouvement des femmes recourt à divers moyens pour promouvoir son objectif de justice sociale. Par des rassemblements publics, des conférences, des activités socioculturelles variées et la distribution de tracts, on tente de « réveiller les consciences » et de répandre l'information. On organise aussi des moyens de pression comme des manifestations, marches, vigiles et pétitions. On exerce des pressions auprès des gouvernements, des partis politiques, des organismes particuliers, des établissements et des employeurs pour obtenir des réformes. Souvent, les moyens d'action consistent d'abord à former un comité (ou un groupe de pression) sur le statut de la femme et ensuite à s'informer sur les inégalités existantes, à formuler des propositions d'amélioration et, finalement, à exercer des pressions pour leur application. Les gouvernements fédéral et provinciaux réagissent en établissant des conseils consultatifs sur la condition féminine. Le conseil consultatif du fédéral, qui joue un rôle important en traitant de ces questions dans ses publications, devient Condition féminine Canada en 1996. On établit des institutions bureaucratiques à tous les ordres de gouvernement, notamment dans les municipalités, ainsi que dans le monde de l'éducation et de la santé.

Le mouvement des femmes axe aussi son action sur la publication : dépliants, affiches, volumes très spécialisés, livres pour enfants, manuels pour autodidactes et articles de journaux. Ces documents sont publiés par les moyens habituels, de même que par la presse féministe.

Le mouvement des femmes organise avec efficacité son action en recourant à une multitude de mesures et en mobilisant groupes et individus. Les dossiers qui nécessitent une action collective incluent, entre autres, le droit d'obtenir un avortement légal, l'enchâssement de l'égalité des sexes dans la Charte Canadienne des Droits et Libertés de 1982, la pornographie, les nouvelles techniques en matière de génétique et de reproduction et les dangers pour l'environnement, les libertés civiles et la paix (voir Mouvement pacifiste).

Groupes et organismes

En somme, les femmes sortent de leur isolement pour former des groupes et des organismes dans tout le pays ou se joignent à ceux qui existent déjà. Depuis la fin des années 70, la coopération entre les divers regroupements s'accroît. Les groupes nationaux comprennent le Comité canadien d'action sur le statut de la femme, l'Institut canadien de recherches sur les femmes, le Congrès canadien pour la promotion des études chez les femmes, l'Association nationale de la femme et du droit, l'Association canadienne pour la promotion des services de garde à l'enfance, la Fédération nationale des femmes canadiennes-françaises, l'Organisation nationale des femmes immigrantes et des femmes appartenant à une minorité visible au Canada, l'Évaluation nationale des femmes dans les médias Inc., le Fonds d'action et d'éducation juridiques pour les femmes, le Réseau d'action des femmes handicapées du Canada, le Congrès national des femmes noires du Canada, le Native Women's Association of Canada, le Conseil national des femmes du Canada, La voix des femmes, l'Association canadienne des centres contre le viol, et plusieurs autres.

Ces groupes se composent principalement des femmes des provinces anglophones, parce que les Canadiennes françaises se rangent plutôt du côté des groupes francophones que « nationaux ». Par conséquent, le Québec possède toute une série d'organismes équivalents, dont la Fédération des femmes du Québec et l'Association féminine d'éducation et d'action sociale, les centres d'aide et de lutte contre les agressions à caractère sexuel, le Centre d'intervention pour l'accès des femmes au travail et le « R » des centres de femmes. Ces groupes et organismes déterminent dans une certaine mesure la structure du mouvement féministe au Canada. La majorité des Canadiens et des Canadiennes sympathisent avec l'idée d'une justice sociale pour les femmes, mais les actions concrètes viennent surtout des organismes féministes de « premier plan », dont certains semblent être plus ou moins permanents tandis que d'autres groupes spéciaux sont formés à des fins précises.