Géographie

Le Nunavut couvre 1 936 113 km2 de terres et 157 077 km2 d’eau dans le nord du Canada, soit 21 % de la surface totale du pays. Le territoire comprend une partie du Canada continental, une grande partie de l’archipel Arctique, et toutes les îles de la baie d’Hudson, de la baie James et de la baie d’Ungava.

On distingue trois régions physiographiques à l’intérieur du territoire : les basses-terres de la baie d’Hudson, le Bouclier canadien et les terres de l’Arctique.

Les basses-terres de la baie d’Hudson, qui forment un bassin sédimentaire au milieu du Bouclier canadien, comprennent l’île Southampton et l’île Coats, dans la baie d’Hudson.

Le Bouclier canadien couvre une bonne partie du Canada continental, certaines îles autour de la baie d’Hudson et quelques régions de l’archipel Arctique. Les basses terres du Bouclier canadien, qui reposent sur un socle rocheux vieux d’au moins 1 milliard d’années et couvert d’une fine couche de terre, sont souvent plates et mal drainées. Les milliers de lacs et de rivières qui parsèment cette région en constituent l’une des caractéristiques typiques. L’île de Baffin représente la limite orientale du Bouclier canadien. Elle est classée « haute-terre » et on y trouve des séries de plateaux ondulants interrompues par des auges glaciaires.

La région physiographique des terres de l’Arctique s’étend à travers toute la moitié nord du Nunavut. Elle englobe les plaines côtières de l’Arctique, les basses terres de l’Arctique et la région Innuitienne du Haut-Arctique. Comptant presque 100 grandes îles et plus de 36 000 îles mineures, l’archipel Arctique constitue le plus grand territoire terrestre de l’Extrême-Arctique. Le Nunavut compte cinq des 30 plus grandes îles du monde sur son territoire archipélagique : l’île de Baffin (la plus grande île du Canada et la cinquième plus grande du monde), l’île d’Ellesmere, l’île Devon, l’île Axel Heiberg et l’île Prince-de-Galles. Les îles Victoria et Melville, qui font aussi partie des 30 plus grandes îles du monde, sont partagées entre le Nunavut et les Territoires du Nord-Ouest. Le chenal Parry, qui joint le détroit de Lancaster à la partie orientale du détroit de M’Clure, partage l’archipel en une moitié nord et une moitié sud. La frange orientale de l’archipel est constituée d’une zone montagneuse qui s’élève à presque 2 000 m au nord et dont la côte est découpée de nombreux fjords. Les calottes glaciaires qui recouvrent les hautes terres sur un grand nombre de ces îles arborent les plus grands glaciers du Canada. Ce paysage diffère radicalement des îles centrales et occidentales qui sont relativement plates et peu élevées. Sur les îles du Nord, la nuit est continue en hiver et le jour continu en été.

Géologie

Le Nunavut est divisé en trois régions géologiques: l’orogène Inuitien dans plusieurs parties du nord de l’archipel, le Bouclier canadien et la plateforme de l’intérieur. L’orogène Inuitien, qui couvre principalement la moitié nord de l’archipel, est constitué de couches de roches sédimentaires plissées et légèrement inclinées. Cette région englobe le bassin de Franklin et le bassin de Sverdrup qui accumulent les dépôts sédimentaires depuis 500 millions d’années. La région du Bouclier canadien contient certaines des plus vieilles roches ignées, métamorphiques et sédimentaires présentes sur Terre (leur âge est compris entre 1 et 4 milliards d’années). La région de la plateforme intérieure, qui couvre presque toute la moitié sud de l’archipel, est couverte de roches issues du Cambrien ou du Cénozoïque (et dont l’âge peut donc atteindre 542 millions d’années).

Les ressources minérales et pétrolières sont abondantes dans l’ensemble du Nunavut. Le territoire contient des réserves prouvées de pétrole et de gaz, des diamants, de l’or, de l’étain, de l’uranium, du minerai de fer, du zinc, du plomb, du sel gemme, du gypse et d’autres métaux communs. On estime que le bassin de Sverdrup contient à lui seul plus de 481 milliards de m3 de gaz exploitable.

Surface

La plupart des terres au Nunavut sont qualifiées de toundras, c’est-à-dire qu’elles sont nues, rocheuses et dépourvues d’arbres. La terre de la toundra est prisonnière du pergélisol (sol continuellement gelé), dont l’épaisseur, au Nunavut, va de quelques mètres à 1 500 m. Seule une fine couche superficielle de la toundra dégèle durant la période estivale. Le sol devient alors gorgé d’eau et se recouvre de marais, de tourbières, de lacs et de cours d’eau. Plus loin vers le nord de l’archipel, la toundra se transforme progressivement en désert polaire avec un climat de plus en plus sec et froid.

Eau

Le Nunavut contient 21 % de l’eau douce du Canada dans ses cours d’eau et ses lacs. L’archipel Arctique, où les zones aquatiques occupent la même surface que les terres, est caractérisé par ses nombreux passages, dont la profondeur varie de quelques dizaines de mètres à plus de 600 m dans la partie est du détroit de Lancaster. Ces passages sont typiquement couverts de glace de mer de manière saisonnière ou pluriannuelle, et cette couverture peut atteindre plusieurs mètres d’épaisseur. La glace de mer recouvre l’ensemble de l’archipel durant l’hiver, à l’exception de plusieurs polynies (zones d’eau libre entourées de glace) récurrentes, la plus grande d’entre elles se trouvant dans le nord de la baie de Baffin.

Climat

Le climat varie d’un bout à l’autre du grand territoire que couvre le Nunavut, mais on y observe partout des hivers longs et froids et des étés frais. Le Nunavut est la région la plus froide et la plus sèche du Canada. Les précipitations annuelles y sont très faibles. De vastes régions de l’archipel, en particulier dans la moitié nord, ne reçoivent qu’entre 100 et 200 mm de précipitations par an et peuvent donc être qualifiées de « déserts polaires ». Sur l’île de Baffin, la température moyenne annuelle peut descendre jusqu’à -20 °C dans le Nord et -6 °C dans le Sud. À Kugluktuk, le site le plus doux du Nunavut, la température peut parfois atteindre 30 °C en été, tandis qu’elle oscille entre -15 et -40 °C en hiver. Par contre, à Grise Fiord, le site habité le plus froid du Nunavut, la température ne dépasse que rarement 0 °C et elle plonge fréquemment jusqu’à −50 °C en hiver. Au printemps, les températures sont plus homogènes sur l’ensemble du territoire, avec des maxima quotidiens moyens oscillant entre -20 °C et ‑10 °C.

Le réchauffement climatique est plus rapide et plus intense dans l’Arctique que dans la plupart des autres régions du globe. Au Nunavut, ces changements se traduisent par une élévation des températures, le dégel du pergélisol, une diminution de la glace de mer, le rétrécissement et la retraite des glaciers, et la diminution des plates-formes de glace. Ces modifications menacent les ours polaires, les phoques, les morses, les caribous et de nombreuses autres espèces dont dépendent les Inuits. Le dégel du pergélisol a également un impact négatif sur les habitations et les infrastructures dans l’ensemble du Nunavut.

Végétation et faune

Les différentes régions physiographiques du Nunavut abritent une flore et une faune variées. Les arbres sont absents, mais d’autres végétaux, notamment des arbustes nains, des graminées, des mousses, des lichens et près de 200 espèces d’angiospermes parviennent à survivre sur le sol mince du Nunavut. On y rencontre aussi des dizaines de mammifères terrestres, notamment des ours polaires, des caribous de Peary, des caribous de la toundra, des bœufs musqués, des renards arctiques, des loups arctiques, des lièvres arctiques, des carcajous et des lemmings. Le territoire est également fréquenté par plus de 100 espèces d’oiseaux, dont la plupart sont migrateurs, notamment des alcidés, des passerins et des bruants, des canards, des oies, des grues, des huards, des pluviers, des bécasseaux, des chevaliers, des sternes et des guifettes. Seuls le corbeau, le harfang des neiges et le lagopède passent toute l’année au Nunavut. Les eaux du territoire sont quant à elles riches en mammifères et en poissons. Les mammifères aquatiques qui fréquentent les eaux de l’archipel comprennent le morse, les phoques annelés, les phoques barbus, les bélugas, les narvals, les baleines boréales et diverses autres espèces de baleines.

Parcs nationaux et parcs territoriaux

En 2015, 12 % du territoire, parties terrestres et aquatiques confondues, étaient protégés (soit 236 621 km2). Le Nunavut compte cinq parcs nationaux qui couvrent au total 110 364 km2 : Auyuittuq, Quttinirpaaq, Sirmilik, Ukkusiksalik et Qausuittuq. Le territoire possède également des aires protégées, des réserves nationales de faune, des parcs territoriaux, des sites de conservation, des sites historiques et des refuges fauniques. Le détroit de Lancaster fait à l’heure actuelle l’objet d’une demande visant à en faire une aire marine nationale de conservation.

Histoire

Cultures Pré-Dorset et Dorset

Au cours de la dernière époque glaciaire, la plus grande partie du Nunavut était recouverte d’une épaisse couche de glace. Il y a entre 15 000 et 10 000 ans, les glaciers qui recouvrent le Nunavut fondent et peu de temps après, arrivent des caribouset des bœufs musqués, tandis que des morses, des phoques et des baleines colonisent les passages entre les îles. Les Autochtones suivent alors les caribous en migration jusqu’à la limite des arbres, mais ils ne s’aventurent jamais jusqu’aux rivages arctiques ou sur les îles situées au-delà.

Il y a environ 5 000 ans, des hommes commencent néanmoins à explorer les terres et la mer qui forment aujourd’hui le Nunavut. Entraînés dans une vague migratoire probablement originaire de la Sibérie, les Paléoesquimaux de la culture Pré-Dorset arrivent par petits groupes le long des côtes de l’Arctique et dans l’archipel, continuant jusqu’au Groenland et au Labrador. Confrontés à une topographie et à des écosystèmes différents, ils adaptent leurs outils et leurs techniques de chasse. Au Nunavut, ils chassent le bœuf musqué et le caribou à l’arc; les poissons, les phoques, les morses et même de petites baleines au harpon à partir du rivage ou de plaques de glace de mer. En guise d’abri, ils utilisent des tentes fabriquées à l’aide de peaux d’animaux. Le petit bord tranchant de leurs outils en pierre a amené les archéologues à baptiser la culture Pré-Dorset de « tradition arctique des petits outils ».

Le style de vie Pré-Dorset évolue il y a 2 500 ans vers la culture Dorset, caractérisée par des outils très différents, notamment des lames triangulaires et des lampes en saponite. Les Dorsétiens chassent les mammifères marins, notamment le narval et le morse. Contrairement à leurs prédécesseurs, ils vivent dans des maisons plus permanentes, faites de neige, de pierres et de tourbe.

Thulé

Il y a environ 1 000 ans, une autre vague migratoire se déplace du sud de la mer de Béring jusqu’à l’Arctique oriental. Ces nouveaux arrivants – les « gens de Thulé » – développent une culture maritime avec les outils, les embarcations et les techniques de chasse nécessaires à la capture des baleines de grande taille rencontrées dans les eaux de l’archipel Arctique. Des outils perfectionnés tels que le kayak en peau de phoque, le canot ouvert baptisé umiaq, les harpons, les lances de pêche et de chasse, les arcs et les flèches, un type de couteau baptisé ulu, les lampes et les récipients en saponite ainsi que des lunettes de protection pour la neige aident les gens de Thulé à se déplacer et à chasser pour subsister. En plus des baleines, ils pêchent des poissons et chassent également le phoque, le caribou et des mammifères plus petits. Grâce à l’abondance de nourriture que leur procure la chasse au phoque, les gens de Thulé peuvent constituer des communautés plus importantes et plus permanentes, le village typique comprenant au moins une douzaine de maisons construites à l’aide de pierres, de terre et d’ose de baleine. Dans ces villages, les habitants disposent de tout le temps qu’il faut pour confectionner leurs outils sophistiqués, souvent en métal, et développer leur vibrante culture, en créant notamment des sculptures élaborées.

Lorsque les gens de Thulé s’avancent dans l’archipel Arctique, ils y rencontrent les Dorsétiens. Les récits traditionnels inuits mentionnent les gens du Dorset comme étant les Tuniit ou les Sivullirmiut (les premiers habitants) et les décrivent comme étant des géants pacifiques, plus grands et plus forts que les gens de Thulé. Il y a peut-être eu quelques mariages mixtes et quelques conflits entre les deux groupes, mais dans l’ensemble, il semble que les rencontres soient restées sans suite et que les Dorsétiens préféraient rester à distance des gens de Thulé et de leur culture. Lorsque les Dorsétiens se replient vers des zones plus marginales et inhospitalières, leur lutte pour survivre devient de plus en plus difficile. Les archéologues débattent encore aujourd’hui de cette idée, mais il se pourrait qu’un petit groupe de Dorsétiens, les Sadlermiut, aient survécu dans une petite communauté isolée, dispersée sur les îles Coats, Walrus et Southampton dans la baie d’Hudson (près du site où est présentement implantée la communauté de Coral Harbour, au Nunavut) avant de disparaître, victime d’une épidémie survenue au début du 20e siècle.

La culture Thulé change radicalement il y a environ 500 ans. Confrontés au refroidissement du climat, les gens de Thulé abandonnent en effet la plus grande partie de la partie nord de l’archipel. Leurs villages permanents ont par ailleurs commencé à tomber en décrépitude lorsque leurs habitants ont adopté un style de vie plus nomade, gouverné par des modes de substances saisonniers variant avec l’environnement local. Les gens de Thulé se regroupent alors au sein de petits groupes familiaux mobiles dépourvus de toute hiérarchie.

Inuits

Le tournant de la culture Thulé se conclut par l’émergence des diverses sociétés inuites qui existent encore aujourd’hui au Nunavut. Dans tout le Kitikmeot, des groupes d’Inuits – les Inuinnait et les Netsilingmiut – prospèrent en adoptant un style de vie parfaitement adapté aux conditions environnementales du centre de l’Arctique. Au rythme des saisons, d’une année à l’autre, ils vivent en hiver dans de grands villages d’igloos sur la glace de mer, d’où ils partent chasser le phoque, puis retournent sur la terre ferme au printemps, en petits groupes, pour y pêcher et chasser le caribou jusqu’à la fin de l’été. Ces groupes sont parmi les plus nomades de ceux qui peuplent à l’époque l’Arctique nord-américain. Ils couvrent de longues distances lors de leurs déplacements saisonniers, à la recherche des meilleurs sites de pêche et de chasse de la région.

Dans les zones côtières du Kivalliq, les Kivallirmiut – ou « Inuits du Caribou » – s’adaptent à la vie dans l’intérieur des terres, où ils chassent le caribou et les oies et pêchent la truite. Leur dépendance à l’égard de ce type de ressources terrestres plutôt que côtières les a rendus uniques au sein des sociétés inuites. Durant la chasse d’automne, les groupes se réunissent autour d’un petit nombre de bons lieux de chasse pour refaire leurs provisions de nourriture pour l’hiver. Les peaux de caribou sont utilisées pour la confection de vêtements, de récipients et de tentes durant les mois d’été, et de huttes de neige durant l’hiver.

Dans le Qikiqtaaluk, les différents groupes, constitués d’Inuits de l’île de Baffin et d’Iglulingmuit, s’adaptent eux aussi à leur milieu. Les habitants de cette région chassent le morse, le phoque et le caribou et pêchent l’omble chevalier.

D’un bout à l’autre du Nunavut, les Inuits développent une culture riche et dynamique ainsi que des connaissances traditionnelles intimement liées à leur environnement local. Cela ne les empêche pas de participer à plusieurs réseaux d’échanges commerciaux qui leur permettent d’échanger des peaux, du bois flotté, de la saponite, du silex, du cuivre, des vêtements et des outils. (Voir aussi Autochtones : l’Arctique.)

Exploration européenne

Les Scandinaves sont les premiers Européens à explorer l’Arctique nord-américain. Après s’être établis le long de la côte sud-ouest du Groenland à partir de 980, des groupes de Scandinaves s’aventurent de manière intermittente jusqu’à l’extrémité orientale de l’archipel Arctique jusqu’en 1450 EC, à la recherche de ressources et de partenaires commerciaux. La plupart des spécialistes s’accordent sur le fait que les Scandinaves appelaient l’île de Baffin « Helluland ». Plusieurs artefacts archéologiques montrent que les Scandinaves qui se sont avancés dans la région ont d’abord rencontré et commercé avec les gens du Dorset puis ceux de Thulé.

Lors des premières incursions menées au 16e et au début du 17e siècle, des explorateurs européens cherchent une route vers l’Asie, un passage maritime connu sous le nom de passage du Nord-Ouest, censé relier l’Atlantique au Pacifique en passant au nord de l’Amérique du Nord.

Au cours de trois expéditions menées à la fin des années 1570, Martin Frobisher explore le Groenland (les Scandinaves ont abandonné la région au début du 15e siècle), entre dans la baie qui porte aujourd’hui son nom sur la côte ouest de l’île de Baffin et revendique la région pour la reine Élisabeth Ire. En 1620, John Davis, Robert Bylot et William Baffin empruntent la route découverte par Martin Frobisher et poussent encore plus au nord jusqu’aux détroits de Davis, de Smith, de Jones et de Lancaster, ce qui leur permet de dresser la carte de la côte est de l’île de Baffin. Peu après, les Anglais se concentrent sur la partie méridionale de l’archipel nord-américain et Henry Hudson explore en 1610 l’immense baie qui portera plus tard son nom. À la fin du siècle, la Compagnie de la Baie d’Hudson, nouvellement formée, domine l’exploration dans le Nord. Ses efforts sont néanmoins centrés sur la traite des fourrures dans la zone subarctique et elle ne voit pas l’intérêt de soutenir des expéditions dans l’archipel Arctique. Bénéficiant d’une aide considérable de la part des Autochtones et de leurs technologies, Samuel Hearne parvient en 1771 jusqu’au littoral arctique en empruntant le fleuve Coppermine et en s’arrêtant à l’endroit où se situe aujourd’hui Kugluktuk.

Après la défaite finale de Napoléon à Waterloo en 1815, la Marine royale britannique domine les mers. Sans aucune guerre à mener et sans utilité réelle le long des voies de commerce maritimes anglaises qui sont déjà très sûres, la Marine royale a du mal à trouver à investir son énergie. Les explorations polaires subventionnées par le gouvernement viennent lui offrir un objectif et un banc d’essai pour ses navires et ses hommes, tout en renforçant la puissance et le prestige de l’Empire britannique. Entre 1818 et 1845, la Marine royale découvre de grandes parties de l’Arctique nord-américain en envoyant navires et équipages dans les glaces et le labyrinthe des îles de l’archipel (voir Exploration de l’Arctique).

Lorsqu’arrivent les années 1840, John Ross et William Parry ont déjà exploré par la mer plusieurs parties de l’est et du centre de l’archipel, tandis que les explorateurs de la Compagnie de la Baie d’Hudson ont révélé de nouveaux détails sur l’extrémité ouest du passage du Nord-Ouest. Le gouvernement britannique estime donc avec assurance qu’une nouvelle expédition dirigée par John Franklin, qui a alors 59 ans, permettra de conquérir le passage dans son entier. Ses deux navires, l’Erebus et le Terror, sont les premiers à passer le détroit de Peel, mais ils sont pris par les glaces près de l’île du Roi-Guillaume (grâce aux récits traditionnels inuits, l’Erebus est retrouvé en 2014, le Terror en 2016). John Franklin meurt en juin 1847 et le reste de l’équipage abandonne les navires au printemps suivant, en 1848, pour essayer en vain de rejoindre le plus proche village, à plusieurs centaines de kilomètres au sud. Tous vont mourir de faim ou d’épuisement. Plusieurs expéditions britanniques, envoyées pour élucider cette mystérieuse disparition, parcourent de long en large le centre de l’archipel à bord de navires et de traîneaux, complétant du même coup la carte de la région et découvrant trois passages du Nord-Ouest. (Voir aussi Exposition : Exploration de l’Arctique.)

La recherche de John Franklin contribue à faire connaître l’exploration de l’archipel Arctique dans le monde entier. L’anglais E.A. Inglefield et les Américains E.K. Kane, I. Hayes et C.F. Hall empruntent le passage entre le Groenland et l’île d’Ellesmere, tandis que G.S. Nares dirige l’expédition polaire britannique chargée d’arpenter la côte est de cette île entre 1875 et 1876. En 1876, P. Aldrich navigue le long des côtes nord de l’île d’Ellesmere et baptise le point le plus septentrional cap Columbia, aujourd’hui en territoire canadien. Le Norvégien Otto Sverdrup explore à son tour la côte ouest de l’île Ellesmere entre 1898 et 1902. Avec ses hommes, il arpente également l’ensemble du rivage de l’île Axel Heiberg et découvre à l’ouest les îles Amund Ringnes, Ellef Ringnes et King Christian. Entre 1903 et 1906, un autre explorateur norvégien, Roald Amundsen, met à profit le moteur à combustion interne pour propulser Gjøa, son navire de 47 tonnes, à travers le passage du Nord-Ouest, une première en son temps.

Entre 1913 et 1918, la section de l’Expédition canadienne dans l’Arctique chargée du Nord, dirigée par Vilhjalmur Stefansson, définit le pourtour du plateau continental canadien et découvre quelques-unes des dernières grandes îles du globe jusqu’alors inconnues – les îles Lougheed, Borden, Mackenzie King, Meighen et Brock – en se laissant dériver dangereusement, mais volontairement, sur la glace flottante. Pendant ce temps, la section chargée du Sud explore la plus grande partie du Kitikmeot, entrant en contact avec des groupes d’Inuinnait et étudiant en détail leur culture et leur langue.

À cette époque, de nombreux groupes d’Inuits rencontrent des explorateurs européens et commencent à échanger des fourrures et d’autres articles traditionnels contre de la nourriture européenne et des outils en métal. Les Inuits ont joué un rôle important dans un grand nombre de ces expéditions, en tant que chasseurs, guides ou interprètes, allant jusqu’à aider les Européens à dresser leurs cartes. De nombreux explorateurs doivent leur succès – et leur vie – aux Inuits qui leur ont enseigné comment se déplacer efficacement, s’habiller adéquatement en fonction du temps et vivre de la terre.

Baleiniers, marchands de fourrures et missionnaires

Les explorateurs ont établi les premiers contacts avec de nombreux groupes d’Inuits, mais l’arrivée des baleiniers, des marchands de fourrures et des missionnaires va avoir un impact beaucoup plus important. À la fin du 18e siècle, les Européens commencent à chasser la baleine dans l’est de l’Arctique et en 1840, les baleiniers américains, anglais et écossais ont déjà établi plusieurs stations ouvertes toute l’année dans la baie Cumberland où ils embauchent à l’occasion des familles inuites. Cette présence européenne prolongée permet aux groupes inuits de la région d’intensifier leurs activités commerciales, mais elle apporte également des maladies. La pêche extensive des baleines aboutit par ailleurs à une surexploitation des stocks, qui incite les équipages à se tourner vers la chasse au caribou et au bœuf musqué, ce qui réduit l’abondance de ces animaux essentiels à la survie des Inuits. À la fin du siècle, l’industrie de la pêche à la baleine dans l’est de l’Arctique est arrivée à sa fin.

À la fin du 19e siècle, les marchands de fourrures commencent à s’avancer dans le territoire qui constitue aujourd’hui le Nunavut. Au début du 20e siècle, des postes de traite de fourrures sont établis là où existent aujourd’hui de nombreuses communautés du Nunavut. La participation des Inuits dans le commerce des fourrures a changé leur style de vie de manière subtile. Bénéficiant d’une source continue de revenus en liquide, les Inuits peuvent en effet acheter à loisir, auprès des négociants en fourrures, du matériel de chasse, des aliments en conserve et divers produits de luxe. Ces produits, qui comprennent du matériel moderne tel que des fusils, des réchauds et des pièges en acier, modifient le style de vie et les techniques de chasse des Inuits. Pour entretenir leurs sentiers de piégeage entre avril et novembre, de nombreux Inuits du centre de l’Arctique s’installent dans des sites de piégeage côtiers plutôt que dans des camps d’hiver sur la glace de mer, mettant ainsi fin au cycle saisonnier que leurs ancêtres avaient suivi pendant des siècles. Le commerce des fourrures a incité les Inuits à passer d’une chasse satisfaisant uniquement leurs besoins en nourriture et en matériaux pour leurs vêtements et leurs abris à une activité leur permettant de fournir des produits à des tiers. Cette mutation altère les modes d’échange et de migration traditionnels et certains Inuits choisissent de s’installer plus près des postes de traite des fourrures.

Inscrivant leurs pas dans les traces des baleiniers et des marchands de fourrures, les missionnaires catholiques et protestants qui arrivent dans la région construisent des églises, offrent des soins de santé et établissent des écoles de missionnaires, qui se font souvent concurrence. De nombreux missionnaires encouragent des pratiques et des idéaux qui vont à l’encontre du système de croyances des Inuits et ils essaient même de mettre fin à certaines pratiques traditionnelles. Dans l’est et l’ouest de l’Arctique, les missionnaires traduisent le Nouveau Testament en divers dialectes inuits en utilisant un système d’écriture syllabique.

Ces développements entraînent une mutation du style de vie des Inuits et induisent parfois des difficultés supplémentaires, mais aucun n’a eu de conséquences aussi sévères que celles provoquées par les épidémies importées par les Européens. La rougeole, la tuberculose et la grippe ont en effet tué de nombreux Inuits.

Malgré ce tournant dans le style de vie des Inuits à la suite de l’arrivée des baleiniers, des marchands de fourrures et des missionnaires, qui s’est traduit par l’introduction d’une nouvelle économie, de nouvelles religions et de nouvelles technologies, de nombreux Inuits du Nunavut parviennent à maintenir leurs modes de vie traditionnels durant une bonne partie du 20e siècle. Les Inuits continuent à se déplacer souvent, passant d’un nouveau sentier de piégeage à l’autre et alternant entre les meilleures zones de chasse et de pêche. « On travaillait fort à l’époque. On voyageait beaucoup, confie l’aîné Ekalun au magazine Weekend, en 1970. Si la chance était avec nous, on avait beaucoup à manger. Sinon, on avait faim. On avait souvent faim. Puis la chance revenait, et tout le monde se réjouissait et dansait ».

Administration par le gouvernement canadien

Durant la majeure partie du 19e siècle, le gouvernement britannique et son Bureau colonial ne pensent pratiquement pas aux îles dont ils ont revendiqué la possession. Les explorateurs ont bien planté des drapeaux et déclaré leurs revendications, mais la Grande-Bretagne n’a jamais annexé officiellement les îles de l’Arctique pour les intégrer à son empire. Dans les années 1870, on commence cependant à s’inquiéter d’une possible revendication des îles de l’archipel par les Américains. En 1880, la Grande-Bretagne transfère ses droits sur les îles au Canada qui ne fera cependant pas grand-chose pour consolider son emprise administrative et son contrôle sur l’archipel. Au tournant du siècle, les activités des explorateurs étrangers dans le Haut-Arctique et l’inquiétude permanente concernant la validité juridique de sa revendication poussent le gouvernement canadien à étendre ses efforts dans l’Arctique nord-américain. Joseph-Elzéar Bernier va ainsi patrouiller les eaux de la baie d’Hudson et des îles arctiques, affirmant le contrôle et la supervision de la région par le Canada. Il intercepte les baleiniers étrangers et leur impose l’achat d’une licence, collecte les droits de douane, effectue des études géographiques et plante le drapeau sur de nombreuses îles du Nord. En 1919 et 1920, le supposé refus du gouvernement danois de reconnaître la souveraineté du Canada sur l’île d’Ellesmere motive un regain d’activité du gouvernement canadien dans la marge orientale de l’archipel. En 1922, le gouvernement libéral de William Lyon Mackenzie King institue une patrouille navale annuelle dans l’est de l’Arctique et ordonne l’aménagement de nouveaux détachements de la GRC à Pond Inlet, sur l’île de Baffin et à Craig Harbour, sur l’île d’Ellesmere. Lorsqu’en 1925, une expédition américaine annonce son projet d’explorer la région située au-dessus de l’île d’Ellesmere et refuse de demander l’autorisation au gouvernement canadien, Ottawa installe des postes de police et des patrouilles supplémentaires autour des îles et souligne que tout explorateur ou chercheur qui désire voyager dans l’archipel doit au préalable présenter une demande de licence. En 1930, les négociations engagées avec le gouvernement norvégien se concluent par la reconnaissance par ce dernier de la souveraineté canadienne sur les îles Sverdrup.

Alors qu’il étend son contrôle administratif sur l’ensemble du Nunavut, le gouvernement canadien s’efforce également de définir sa relation avec les Inuits. L’effondrement de la traite des fourrures dans les années 1930 amène le gouvernement fédéral à mettre en place des programmes d’aide pour certains groupes d’Inuits. Néanmoins, pour minimiser les coûts administratifs, il continue aussi à promouvoir auprès des Inuits un style de vie traditionnel et autonome jusqu’à la fin des années 1950. En 1939, la Cour suprême du Canada juge que dans l’affaire Re Eskimo, d’un point de vue constitutionnel, les Inuits doivent être considérés comme des Indiens au Canada et qu’ils sont donc sous la responsabilité du gouvernement fédéral. Aucune politique détaillée concernant les Inuits ne verra cependant le jour. En 1951, le gouvernement modifie la Loi sur les Indiens pour en exclure les Inuits. Tandis que ces épisodes politiques se succèdent à Ottawa, la plupart des Inuits continuent à vivre de manière traditionnelle, mais la fréquence des contacts avec des visiteurs venus du Sud augmente lentement.

Deuxième Guerre mondiale

Durant la Deuxième Guerre mondiale, l’armée américaine développe plusieurs projets de défense ambitieux pour ce qui est aujourd’hui le Nunavut, notamment la route Crimson, un itinéraire auxiliaire permettant de convoyer des avions et du matériel vers la Grande-Bretagne. Des bases aériennes sont construites avec les installations de soutien et les infrastructures nécessaires. Des installations sont ainsi aménagées à Churchill, au Manitoba, sur l’île Southampton dans la baie d’Hudson, à Fort Chimo (Kuujjuaq), à Iqaluit (« Frobisher Bay » à l’époque pour les non-Inuits), sur l’île Padloping dans la baie Merchants du détroit de Davis et sur d’autres sites du Nord. La présence d’un grand nombre de militaires américains en ces lieux aura un impact important sur les Inuits qui vivent dans leur voisinage. Pendant la guerre, le gouvernement canadien commence à attribuer des médaillons numérotés aux Inuits pour tenter de les identifier et de les suivre, les réduisant du même coup à un simple nombre pour des raisons de facilité administrative (cette pratique ne sera abandonnée qu’en 1971, date à laquelle les Inuits ont dorénavant un nom de famille).

Réseau DEW


Avec la détérioration des relations entre l’Union soviétique et les États-Unis après la Deuxième Guerre mondiale, les planificateurs de la défense réalisent que la ligne de front se situera en Arctique si un autre conflit mondial éclate. Dans les années qui suivent, des bases aériennes et des postes militaires sont construits sur le territoire du Nunavut et ces efforts culminent avec l’aménagement, en 1955, du Réseau d’alerte avancé, une ligne de radars capable de détecter précocement toute intrusion de bombardiers soviétiques. La construction du réseau DEW (de l’anglais Distant Early Warning, pour « détection lointaine avancée ») s’accompagne de l’arrivée de centaines de navires, d’avions et de travailleurs dans l’Arctique canadien. Avec eux apparaissent des édifices, des tours en acier, des bidons d’huile, des équipements électroniques, de la peinture, du bois, des câbles et toutes sortes d’équipements liés à la construction. Ce projet et les autres activités de défense motivés par la guerre froide vont changer à jamais l’aspect du Nunavut et la vie des Inuits.

Les projets de construction militaire incitent fortement les Inuits à s’installer dans des communautés permanentes. Ils sont recrutés par les militaires pour travailler sur les chantiers de construction et nombre d’entre eux quittent la terre pour s’installer autour des casernes. Nombre d’entre eux effectuent des travaux d’entretien et des travaux manuels, mais certains suivent une formation pour devenir mécanicien, charpentier, chauffeur ou conducteur d’engins lourds. Les travailleurs inuits continuent à chasser et à pêcher dès qu’ils en ont l’occasion, mais les familles complètent de plus en plus leur nourriture traditionnelle avec des rations qu’ils obtiennent du personnel qui travaille dans les stations du réseau DEW. Le système de salariat ne tarde pas à saper l’organisation sociale traditionnelle des Inuits, à altérer leur vile familiale et leur mode de parentage (les hommes s’absentant plusieurs semaines à la fois) et à modifier les rôles respectifs des hommes et des femmes. Chez de nombreux Inuits, le réseau DEW a entraîné l’abandon de leur style de vie nomade autonome et l’adoption d’une vie sédentaire en communauté, avec un emploi salarié. L’arrivée de nouveaux vêtements, de nouvelles habitations et de nouvelles technologies sont autant de facteurs qui vont précipiter l’évolution très rapide de leur style de vie.

La phase de construction du réseau DEW n’a duré que deux ans. À la suite de quoi, quelques Inuits se sont vu offrir des emplois à plein temps dans les stations, tandis que la plupart ont été licenciés. La traite des fourrures leur permet cependant encore de gagner de l’argent et plusieurs d’entre eux continuent à s’occuper de leurs sentiers de piégeage. Mais pour la plupart, la traite des fourrures ne peut remplacer un emploi à plein temps. Certains Inuits trouvent du travail au sein de divers organismes gouvernementaux qui se sont établis dans le Nord, tandis que d’autres en sont réduits à exercer des emplois occasionnels et à bénéficier de l’aide sociale. Les ouvertures de poste étant rares, le chômage va rester un problème sérieux dans chaque communauté au cours des décennies qui vont suivre.

Paternalisme et État-providence

Dans les années 1950 et 1960, le gouvernement canadien intervient de plus en plus dans la vie quotidienne des Inuits alors qu’il cherche à étendre ses activités administratives dans le Nord. Ottawa abandonne ce faisant son vieux principe politique voulant qu’il faille « garder les Indigènes indigènes » et adopte une approche beaucoup plus paternaliste à leur égard, ce qui va souvent nuire à ces derniers. Dans les années 1950, Ottawa réinstalle de force les Inuits d’Inukjuak, dans le nord du Québec, à Grise Fjord et à Resolute, soi-disant pour leur offrir de meilleurs terrains de chasse et leur permettre de mieux prospérer. Pour de nombreux Inuits et historiens, l’objectif du gouvernement était en fait d’installer une présence humaine permanente dans le Haut-Arctique pour renforcer la souveraineté du Canada dans la région.Durant la construction du réseau DEW, le gouvernement fédéral détache des administrateurs du Nord chargés d’administrer les nouvelles communautés qui se forment au Nunavut. Le gouvernement lance également des programmes de sécurité sociale axés sur le logement, l’éducation, la santé et le développement économique. Pour être scolarisés, de nombreux jeunes Inuits doivent cependant intégrer un pensionnat indien ou un hôtel fédéral, loin de leur communauté, où ils sont souvent victimes de sévices émotionnels, physiques ou sexuels ainsi que de pratiques assimilatrices qui nuisent à leur langue, à leur culture et à leurs croyances.

Le logement reste le problème le plus pressant pour les communautés en pleine expansion. Dans ce domaine, la capacité d’accueil dans des logements adéquats ne parvient pas à croître aussi vite que la population des nouveaux arrivants, et les Inuits au chômage ou n’ayant accès qu’à des emplois occasionnels ne peuvent s’offrir une maison. Les logements surpeuplés deviennent rapidement très problématiques. Lorsque des rapports faisant état de ces conditions de vie déplorables parviennent à Ottawa, le gouvernement décide la mise en place, au début des années 1960, d’un programme visant à envoyer des logements préfabriqués dans les communautés concernées. Au fur et à mesure que ces communautés se développent, les modes de vie traditionnels s’avèrent de plus en plus difficiles à maintenir, compte tenu des distances à couvrir pour accéder aux ressources et de la nécessité de participer à une économie basée sur le travail salarié.

Le gouvernement canadien met en place ses politiques pour le Nord sans consulter les Inuits. Cette approche paternaliste d’Ottawa est mise en lumière en 1952 lors d’une réunion du Comité des affaires esquimaudes au cours de laquelle un agent du gouvernement déclare que « la seule raison pour laquelle les Esquimaux n’ont pas été invités à la réunion est (…) que la plupart d’entre eux, voire la totalité, ne nous semblent pas avoir atteint le niveau nécessaire pour pouvoir participer de manière responsable à une telle discussion ». Un conseil territorial administre à l’époque, à partir d’Ottawa, la totalité des Territoires du Nord-Ouest qui s’étalent alors sur un tiers du territoire canadien. Les Inuits vont cependant devenir de plus en plus actifs sur la scène politique. Ils participent à des gouvernements et à des organismes administratifs locaux tels que des conseils municipaux ou des offices d’habitation dans les villes ou les hameaux. En 1950, ils acquièrent le droit de vote aux élections fédérales et en 1966, la première personne inuk, Simonie Michael, est élue au Conseil des Territoires du Nord-Ouest. La situation évolue encore en 1967 lorsque le gouvernement territorial déménage d’Ottawa à Yellowknife, mais le nouveau centre administratif reste très éloigné pour les Inuits qui vivent dans l’Arctique orientale.

Création du Nunavut

À la fin des années 1960 et au début des années 1970, des Inuits de l’Arctique canadien commencent à s’organiser pour discuter de leurs revendications territoriales et de meilleurs modes de gouvernance. En 1971, l’organisme Inuit Tapirisat du Canada est créé et participe activement à la préparation, en 1976, de la première proposition inuite relative à une revendication territoriale. Dans cette proposition, les Inuits revendiquent des terres et demandent la création d’un nouveau territoire, qui sera administré par un nouveau gouvernement. Les Inuits aspirent à prendre le contrôle politique de ce nouveau territoire grâce à leur nombre et à leur pouvoir électoral. La proposition est néanmoins retirée assez vite, à cause de sa complexité, du manque de consultation des communautés et de l’influence inquiétante de certains conseillers du Sud sur sa préparation. La Commission inuite de revendications territoriales des Territoires du Nord-Ouest (en 1977), puis le projet de revendications territoriales du Nunavut (en 1979) et finalement la Fédération Tunngavik du Nunavut (1982) sont créés successivement pour faire avancer les négociations concernant ces revendications territoriales. Durant ces négociations, les Inuits et le gouvernement fédéral s’affrontent constamment sur la question de savoir si les revendications territoriales doivent inclure la division politique des Territoires du Nord-Ouest et donc la création d’un nouveau territoire. Le gouvernement fédéral finit par accepter l’idée du Nunavut après des années de débats, mais il persiste à vouloir négocier sa création indépendamment des revendications territoriales.

Le concept d’un Nunavut indépendant fait alors lentement mais sûrement son chemin dans les esprits. En 1979, les Territoires du Nord-Ouest sont divisés en deux districts électoraux fédéraux, avec la création du nouveau district oriental de Nunatsiaq, qui deviendra plus tard le Nunavut. Le premier député à être élu pour ce district, Peter Ittinuar, est aussi le premier Inuk à siéger à la Chambre des communes.En 1982, le référendum sur la division des Territoires du Nord-Ouest montre que 56 % des votants sont en faveur de la division. Dans l’est de l’Arctique, où la population inuite est la plus importante, ce pourcentage atteint 80 %. L’Assemblée constitutionnelle du Nunavut est créée par la suite pour planifier la division. Le tracé de la limite entre le Nunavut et les Territoires du Nord-Ouest fait l’objet d’intenses débats, mais en 1992, la limite proposée est acceptée lors d’un nouveau référendum.

Une entente de principe concernant le règlement des revendications territoriales est finalement signée en1990. Ce document, l’Accord sur les revendications territoriales du Nunavut (ARTN), est signé en septembre 1992 par la Fédération Tunngavik et les équipes fédérales de négociation. Il est ensuite soumis à référendum en octobre 1992, une consultation qui mobilise un nombre record d’électeurs. L’accord sera approuvé avec une large majorité de votes : 84,7 %. La Loi concernant l’Accord sur les revendications territoriales du Nunavut – le règlement le plus conséquent concernant des revendications territoriales autochtones jamais finalisé au Canada – qui ratifie l’accord, et la Loi sur le Nunavut, qui officialise la création du nouveau territoire, sont adoptées ensemble le 10 juin 1993. L’ARTN accorde aux Inuits le droit de chasser, de pêcher et de piéger dans tout le territoire. Il subdivise le Nunavut en trois catégories de terres : 1) Les terres publiques sur lesquelles les Inuits ont le droit de chasser, de piéger, de pêcher et de participer à leur gestion. 2) 318 084 km2 de terres appartenant aux Inuits qui détiennent un droit foncier sur la surface, mais pas sur ce que le sous-sol recèle. 3) 37 883 km2 de terres appartenant aux Inuits qui détiennent un droit foncier sur la surface et le sous-sol. Les Inuits ont été invités à choisir les parcelles de terre pour chaque catégorie. Afin de dédommager les Inuits pour les terres publiques sur lesquelles ils n’obtiendront aucun droit foncier, le gouvernement fédéral convient de payer la somme de 1,17 milliard de dollars sur 14 ans aux organismes inuits reconnus.

Après la ratification des deux lois en 1993, leur mise en œuvre monopolise l’attention. Elle est dirigée par le commissaire en chef John Amagoalik, tandis que le processus de règlement des revendications territoriales était mené par Nunavut Tunngavik Incorporated (NTI). Au cours des quelques années qui suivent, ces groupes créent de nouveaux ministères et forment des employés. Le 15 février 1999, la première élection du Nunavut est organisée pour élire les premiers députés. Après l’élection, l’Assemblée choisit Paul Okalik comme premier ministre du territoire, tandis que le gouvernement fédéral nomme Helen Maksagak première commissaire du Nunavut. Le 1er avril 1999, le Nunavut se sépare officiellement des Territoires du Nord-Ouest pour devenir le tout dernier territoire canadien.

Démographie

Le Nunavut était le moins peuplé des territoires et des provinces du Canada jusqu’en 2016, date à laquelle le Yukon lui dame le pion. Actuellement, le territoire bénéficie de la plus forte croissance démographique du pays, avec une augmentation de 12,7 % entre les recensements de 2011 et de 2016 (la population passant de 31 906 à 35 944 habitants). Cette augmentation résulte en grande partie du taux de natalité du Nunavut, en moyenne 2,9 enfants par femme, le plus élevé du Canada, et bien supérieur à la moyenne nationale de 1,6. Cette augmentation rapide permet au Nunavut de détenir un autre record : il a la plus jeune population du pays, avec environ 30 % des Nunavummiut en dessous de 14 ans en 2016.

Langue et ethnicité

Il y a quatre langues officielles au Nunavut : l’inuktitut, l’inuinnaqtun (un dialecte dérivé de l’inuktitut qui est parlé au Kitikmeot), l’anglais et le français. Au total, 83 % des Nunavummiut ont pour langue maternelle l’inuktitut ou l’inuinnaqtun. L’anglais est parlé dans l’ensemble du territoire, mais Iqaluit possède aussi une importante communauté francophone. Le Nunavut a adopté la Loi sur la protection de la langue inuit,la seule loi au Canada qui vise à protéger et à faire revivre une langue autochtone et qui incite le gouvernement du Nunavut à prendre des mesures pour promouvoir cette langue au gouvernement, dans le domaine de l’éducation et dans les autres services publics.

Religion

En 2001, la dernière année pour laquelle des statistiques sont disponibles, plus de 93 % des Nunavummiut se déclaraient chrétiens.

Communautés

Liste des 10 plus grandes communautés du Nunavut

Nom de la communauté

Population

Iqaluit

7,740

Rankin Inlet

2,842

Arviat

2,657

Baker Lake

2,069

Cambridge Bay

1,766

Igloolik

1,682

Pond Inlet

1,617

Kugluktuk

1,491

Pangnirtung

1,481

Cape Dorset

1,441

Source : Statistique Canada. Recensement de 2016.

La population du Nunavut, qui compte 35 944 résidents, est répartie sur 25 communautés qui comptent entre quelques centaines de personnes et 7 740 habitants à Iqaluit, la capitale du territoire. La plupart de ces communautés sont isolées sur le plan géographique et ne sont accessibles que par air ou par la mer.

Les communautés font partie de trois régions administratives : le Qikiqtaaluk, le Kivalliq et le Kitikmeot. Le Qikiqtaaluk est la région la plus peuplée. Il comprend les parties les plus au nord, les plus à l’est et les plus au sud du Nunavut. On compte 13 communautés au Qikiqtaaluk : Iqaluit, Cape Dorset, Hall Beach, Igloolik, Arctic Bay, Resolute, Pond Inlet, Grise Fiord, Clyde River, Pangnirtung, Sanikiluaq, Qikiqtarjuaq et Kimmirut. La région du Kivalliq comprend toutes les terres continentales situées à l’ouest de la baie d’Hudson, ainsi que l’île Southampton et les îles Coats. Cette région abrite sept communautés : Rankin Inlet, Chesterfield Inlet, Baker Lake, Coral Harbour, Whale Cove, Naujaat (Repulse Bay) et Arviat. La région du Kitikmeot couvre les parties sud et est de l’île Victoria, l’île King William, la partie sud de l’île Prince-de-Galles et la partie continentale adjacente jusqu’à la péninsule de Boothia. Le Kitikmeot comprend sept communautés : Cambridge Bay, Kugluktuk, Taloyoak, Gjoa Haven, Kugaaruk, Umingmaktuuq et Bathurst Inlet(Umingmaktuuq et Bathurst Inlet ne sont habités qu’occasionnellement).

La santé, l’éducation et l’emploi se sont améliorés dans un grand nombre de ces communautés, mais leurs résidents continuent à être confrontés à des difficultés qui ont un impact sévère sur leur niveau de vie. Ces défis comprennent notamment le prix élevé de la nourriture et d’autres produits, une pénurie de logements qui deviennent surpeuplés, des coûts de construction élevés, la prestation difficile des services essentiels, une pénurie de prestataires de soins dans les petites communautés, un accès inadéquat à Internet et une croissance économique lente.

Économie

L’extraction des ressources a toujours été la base de l’économie basée sur le travail salarié au Nunavut. Après le déclin de l’industrie de la chasse à la baleine à la fin du 19e siècle et la fin de la traite des fourrures dans les années 1930, le Nunavut ne s’est guère développé sur le plan économique. Dans les décennies qui suivent la Deuxième Guerre mondiale, le Nunavut est néanmoins le théâtre d’une vague d’explorations minières et pétrolières. Le gouvernement canadien et plusieurs compagnies privées explorent les ressources naturelles de la région sans consulter beaucoup les Inuits qui y résident. Avec l’expansion des communautés dans les années 1960, le gouvernement canadien aide au développement des entreprises coopératives (la pêcherie coopérative établie à Cambridge Bay en est un exemple) dans le but de créer des emplois pour les Inuits. Depuis les années 1960, l’économie du Nunavut s’étend et comprend aujourd’hui des pêches commerciales côtières et hauturières, l’exploitation de ressources renouvelables, l’art et l’artisanat, le tourisme et un secteur des services en pleine expansion. En général, les Inuits sont favorables au développement, tant qu’il respecte la terre et offre des possibilités économiques aux Nunavummiut.

Plusieurs agences de développement ont pour mandat de saisir de nouvelles possibilités économiques pour les Nunavummiut. Au niveau territorial, la Société de développement du Nunavut est une agence publique ayant pour mandat de créer des emplois et de promouvoir la diversité et la stabilité économique pour tous les Nunavummiut. L’Atuqtuarvik Corporation, le Groupe d’investissement NCC Inc. et la Nunasi Corporation sont des sociétés d’investissement aux mains d’Inuits qui ont été créées pour représenter les intérêts de tous les bénéficiaires de l’Accord sur les revendications territoriales du Nunavut. Trois sociétés régionales de développement – la Qikiqtaaluk Corporation, la Sakku Investments Corporation et la Kitikmeot Corporation – encouragent également le développement dans leur région respective.

Pétrole et gaz naturel

Après la guerre, l’expansion de l’économie alimentée par l’abondance d’un pétrole à bon marché a un impact spectaculaire sur le Nunavut. L’exploration pétrolière commence dans plusieurs régions de l’archipel Arctique dans les années 1950 et 1960, et des puits d’essai sont forés sur plusieurs îles, notamment les îles Cornwallis, Bathurst, King Christian et Melville. Les efforts d’exploration s’intensifient avec la crise pétrolière des années 1970.

L’île Cameron est le seul site du Nunavut qui a été développé pour la production commerciale de pétrole. Entre 1985 et 1996, Suncor utilise le pétrolier MV Arctic pour acheminer du pétrole léger de Bent Horn, dans le sud-ouest de l’île, jusqu’à Montréal. Le champ pétrolifère produit 2,8 millions de barils de pétrole avant d’être abandonné par Suncor.

L’exploration pétrolière et gazière se poursuit au Nunavut. En 2016, les membres de la communauté de Clyde River ont entamé des poursuites contre l’Office national de l’énergie qui a décidé d’autoriser les compagnies d’exploration à procéder à des essais sismiques dans la baie de Baffin et le détroit de Davis dans le cadre de la recherche de pétrole et de gaz extracôtiers. De nombreuses personnes pensent en effet que ce type d’essais sera nuisible aux organismes marins. En décembre 2016, le gouvernement fédéral a décrété l’interdiction de tout forage pétrolier et gazier dans les eaux de l’Arctique, cette interdiction devant être réévaluée tous les cinq ans.

Énergie

Le Nunavut est seul parmi les provinces et les territoires du Canada à dépendre exclusivement de combustibles fossiles importés pour ses besoins en énergie. Toute l’électricité distribuée au Nunavut est fournie par la Qulliq Energy Corporation (QEC), une société territoriale appartenant au gouvernement du Nunavut, qui gère 26 centrales indépendantes au diesel réparties dans 25 communautés (Iqaluit en possède deux). Le Nunavut est complètement dépendant de l’importation de millions de litres de produits pétroliers pour le maintien de la vie quotidienne de ses habitants.

Exploitation minière

La mise en valeur des ressources minérales au Nunavut a toujours été difficile à cause des conditions opérationnelles extrêmes et du manque d’infrastructure. Plusieurs mines lucratives ont cependant été ouvertes dans le territoire au cours des dernières décennies. Les exploitations minières au Nunavut comptent notamment : la mine Lupin, près du lac Contwoyto (or), la mine Polaris sur l’île Little Cornwallis (plomb et zinc), la mine Nanisivik sur l’île de Baffin (plomb et zinc); la mine de nickel de Rankin Inlet (nickel, cuivre et platine) et la mine de diamants Jericho, à 420 km au nord-est de Yellowknife. Il y a actuellement deux grandes mines en exploitation au Nunavut. La mine Meadowbank, d’Agnico-Eagle, est une mine d’or à ciel ouvert dans la région du Kivalliq, tandis que la mine de minerai de fer Mary River, exploitée par Baffinland Iron Mines, fournit un minerai de si haute qualité qu’aucun traitement n’est requis avant sa mise sur le marché. Baffinland a expédié sa première cargaison de minerai de fer vers les marchés européens en juillet 2015. De plus, TMAC Resources a également commencé à extraire de l’or de sa mine de Doris North, sur la baie Hope, mais le site n’est pas encore complètement opérationnel. Dans le même temps, les efforts d’exploration continuent dans l’ensemble du territoire, en particulier dans la ceinture de roches vertes du Kitikmeot, une vaste zone géographique qui recèle un grand nombre de gisements. Les exploitations minières soulèvent souvent des inquiétudes concernant notamment la perte d’habitats fréquentés par le caribou et d’autres animaux. Cette industrie peut néanmoins fournir des centaines d’emplois aux Inuits ainsi que des revenus au gouvernement territorial grâce aux redevances qu’elle doit payer sur les ressources.

Récoltes traditionnelles

Les récoltes traditionnelles continuent à jouer un rôle important dans l’économie du Nunavut. Le prélèvement d’animaux sauvages permet d’obtenir de la nourriture traditionnelle pour compléter l’alimentation, mais aussi de la fourrure, de la peau et des os pour la confection de vêtements, de jeux et d’objets artistiques.

Pêches

Le Nunavut a établi des pêches commerciales axées sur l’omble, la crevette et le turbot. La pêche du turbot est un secteur riche en emplois dans la région de l’île de Baffin. Au vu des résultats des études menées sur les stocks de poissons commerciaux, le secteur de la pêche au Nunavut devrait être un important vecteur de croissance pour l’économie du territoire.

Tourisme

Au Nunavut, le tourisme est le plus souvent axé sur les activités de plein air, la beauté naturelle du territoire et la culture inuite. Les touristes ont le choix entre l’écotourisme (en particulier l’observation de la faune), l’exploration des parcs territoriaux et nationaux, la chasse au gros gibier, la pêche, des jeux d’aventure ou des activités culturelles ou éducatives. Le nombre de navires de croisière entrant dans les eaux du Nunavut a augmenté au cours des dernières années, en grande partie grâce à la réduction de la couverture des glaces et une saison de navigation allongée.

Art et artisanat inuits

La production d’objets artistiques inuits joue un rôle important dans l’économie du Nunavut. Sur l’ensemble des communautés du Nunavut, le secteur de l’art est associé à presque 1 100 emplois à temps plein et permet à quelque 2 000 Nunavummiut de vendre leurs œuvres en faisant du porte-à-porte. Le territoire est connu pour ses sculptures en pierre, en os ou en ivoire, ainsi que pour la sérigraphie pratiquée dans de nombreuses communautés, mais les artistes locaux produisent également des objets tissés, des vêtements, des bijoux, des objets en métal et des dessins de grandes dimensions. L’industrie se diversifie par ailleurs d’année en année. À Kugluktuk, par exemple, les résidents produisent une laine de haute qualité – le qiviut – provenant du bœuf musqué et destiné à l’exportation.

Population active

En 2016, le taux de chômage moyen sur l’année au Nunavut était de 14,9 %, le plus élevé du pays. Le plus gros employeur du territoire est le gouvernement du Nunavut, mais de nouveaux emplois sont créés dans les secteurs de la construction, des mines, de l’exploration minière, des pêches et du tourisme.

Gouvernement territorial

L’Assemblée législative du Nunavut, unicamérale, comprend 22 sièges. Il n’existe pas de parti politique au niveau territorial et les candidats se présentent à titre personnel. Après les élections générales, les membres de l’Assemblée législative (les députés) prennent part au « Forum du leadership du Nunavut » pour élire le président de l’Assemblée, le premier ministre et le Cabinet – la branche exécutive du territoire – dans des élections à bulletin secret. C’est Paul Okalik qui assume en premier le rôle de premier ministre du territoire, de 1999 à 2008. Eva Ariak lui succède de 2008 à 2013. Peter Taptuna occupe le poste de 2013 à 2017 et cest maintenant Paul Quassa qui a pris sa place depuis 2017. (Voir aussi Tableau : Premiers ministres du Nunavut.)

Le Nunavut a adopté un modèle de gouvernement par consensus, qui mêle les principes de la démocratie parlementaire et les valeurs inuites de coopération, d’égalitarisme et de prise de décisions en communauté. Un tel modèle diffère du système basé sur les partis politiques, en vigueur partout ailleurs au Canada, à l’exception des Territoires du Nord-Ouest. Une entente unanime n’est pas nécessaire pour que des décisions puissent être prises au sein de l’Assemblée, mais l’unanimité est souvent atteinte. Les ministres doivent normalement voter dans le même sens que le Cabinet, mais les simples députés peuvent voter en fonction de leurs opinions personnelles.

Le Nunavut possède aussi un commissaire, nommé par le gouvernement canadien. Son rôle est symbolique, un peu comme celui du lieutenant-gouverneur dans une province. Le commissaire assermente les membres de l’Assemblée législative et du Conseil exécutif, ouvre les sessions de l’Assemblée, sanctionne les projets de loi et agit généralement comme un chef d’État symbolique au service du territoire. Helen Mamayaok Maksagaka occupé la première le poste de commissaire. Elle a été suivie de Peter Taqtu Irniq, Ann Meekitjuk Hanson, Edna Ekhivalak Elias et, depuis 2015, Nellie Taptaqut Kusugak. (Voir aussi Tableau : Commissaires du Nunavut.)

À présent, le Nunavut est en pleine discussion concernant la dévolution. Les débats, auxquels participent Ottawa, le gouvernement du Nunavut et Nunavut Tunngavik Incorporated, se concluront par le transfert des terres publiques de la Couronne et des ressources du Nunavut au gouvernement du territoire. La dévolution permettra aux Nunavummiut de mieux participer à la résolution des problèmes qui les affectent et de prendre des décisions concernant la manière d’utiliser ces terres et ces ressources. Les Nunavummiut considèrent que la dévolution est une étape clé qui leur permettra d’atteindre l’autonomie économique tout en maintenant ce que les Inuits appellent Avatittinnik Kamatsiarniq – le respect de l’environnement. (Voir aussi Gouvernement territorial au Canada.)

Gouvernement local

Un des principaux objectifs du Nunavut a toujours été de décentraliser la gouvernance exercée par la capitale du territoire, Iqaluit. Les régions du Kitikmeot, du Kivalliq et du Qikiqtaaluk n’ont pas de gouvernement autonome, mais elles possèdent des associations inuites régionales – la Qikiqtani Inuit Association, la Kivalliq Inuit Association et la Kitikmeot Inuit Association – qui assurent la base de l’administration locale. Ces associations gèrent les terres appartenant aux Inuits pour les bénéficiaires inuits de ces régions, s’investissent dans la protection, l’administration et l’avancement des droits inuits et cultivent le bien-être économique, social, politique et culturel de leurs régions.

Magistrature

Le Nunavut est unique au Canada pour s’être doté d’un tribunal à palier unique, la Cour de justice du Nunavut. Contrairement aux autres provinces et territoire dans lesquels officient des tribunaux provinciaux inférieurs et supérieurs, les juges du Nunavut, nommés par le gouvernement fédéral, instruisent tous les dossiers assignés aux tribunaux provinciaux inférieurs et aux cours supérieures. En plus de présider des audiences à Iqaluit, les juges voyagent avec un tribunal itinérant qui visite les communautés du Nunavut en fonction de leurs besoins, une fois toutes les six semaines dans certaines d’entre elles, moins d’une fois tous les deux ans dans d’autres. Le personnel du tribunal itinérant comprend un juge, un greffier du tribunal, un sténographe judiciaire, un procureur et au moins un avocat. Lorsque le tribunal est en circuit, il tient ses audiences dans les salles communautaires, les gymnases scolaires ou tout autre espace disponible. Les aînés siègent souvent avec les juges dans la salle d’audience.

Soins de santé

À l’heure actuelle, le Nunavut possède un hôpital, l’Hôpital général Qikiqtani, à Iqaluit, et deux grands centres de santé dans les centres régionaux que sont Rankin Inlet et Cambridge Bay, également servis par des médecins. Les services de santé dans les autres communautés sont assurés par des infirmières communautaires et des médecins y sont envoyés occasionnellement suivant les besoins. Ces centres sont administrés par le ministère de la Santé du gouvernement du Nunavut. Pour recevoir des soins spécialisés ou avancés, les Nunavummiut doivent souvent se rendre dans des centres de soins tertiaires situés à Yellowknife, Edmonton, Winnipeg ou Ottawa. Le gouvernement du Nunavut offre également de nombreux services de santé publique et de promotion de la santé, notamment pour des services d’aide sanitaire destinés aux mères et aux enfants, des cliniques de vaccination, des services spécialisés dans les maladies chroniques, la santé sexuelle, ainsi que des programmes de lutte contre le tabagisme et de promotion de la santé dentaire, d’une alimentation saine et de la sécurité alimentaire. La médecine et les techniques de guérison traditionnelles continuent néanmoins à jouer un rôle important pour la santé des Nunavummiut d’un bout à l’autre du territoire.

Les Nunavummiut doivent faire face à de nombreux défis sanitaires, souvent causés par des logements surpeuplés et mal aérés, dans des lieux où il n’est pas facile d’accéder à des soins médicaux. Plus de 60 % des Nunavummiut fument et on observe une forte incidence du cancer des poumons et d’autres maladies respiratoires dans le territoire. Le Nunavut présente également un taux élevé de diabète, d’obésité, de maladies transmissibles sexuellement, de suicides et de tuberculose, et on y relève le plus haut taux de mortalité infantile du pays. Le prix élevé de la nourriture disponible dans les communautés du Nunavut fait que la sécurité alimentaire demeure un problème sanitaire pressant, deux tiers des enfants d’âge préscolaire vivant dans l’insécurité alimentaire.

Éducation

À partir des années 1970, les Inuits prennent de plus en plus le contrôle de l’éducation au Nunavut. Dans les années 1980, trois commissions scolaires inuites sont actives dans l’est de l’Arctique où elles sont responsables du recrutement, des politiques et des programmes. À la suite de la création du Nunavut, le ministère de l’Éducation dissout ces commissions et les remplace par des offices régionaux, mais il continue à utiliser la législation héritée des Territoires du Nord-Ouest. En 2008, le Nunavut adopte sa propre loi sur l’éducation. Celle-ci prévoit la mise en place d’une éducation bilingue pour tous les élèves d’ici 2020 (une langue inuite et soit l’anglais, soit le français), l’incorporation de la culture inuite dans tous les aspects du système éducatif (notamment la consultation des membres de la communauté et des aînés) et un soutien supplémentaire à certains élèves pour maintenir leur participation au processus éducatif.

Les progrès accomplis en direction des objectifs fixés dans la Loi sur l’Éducation du Nunavut sont lents. Le ministère de l’Éducation a été la cible d’un grand nombre de critiques faisant état du manque d’efficacité du système éducatif, et plusieurs voix se sont élevées en faveur d’une influence inuite plus importante, d’une meilleure adaptation aux besoins particuliers des élèves, et d’un contrôle accru au niveau local. En 2015, le Nunavut présentait le taux le plus faible, au Canada, de diplômés de l’enseignement secondaire dans sa population en âge de travailler, malgré des dépenses d’éducation proportionnellement supérieures à toutes celles engagées dans les autres provinces et territoire. Juste un peu plus de 54 % des Nunavummiut âgés entre 25 et 64 ans ont en effet terminé leurs études secondaires.

Capitalisant sur les programmes d’éducation pour adultes lancés dans un grand nombre de communautés du Nord dans les années 1960 et 1970, le Collège de l’Arctique est créé en 1984, avec des campus à Fort Smith et à Iqaluit. En 1986, la Loi sur le Collège de l’Arctique confère à ce collège le mandat d’offrir des services d’éducation postsecondaires et pour adulte dans l’ensemble des Territoires du Nord-Ouest. En 1995, le Nunavut Arctic College est créé dans la perspective de la division des Territoires du Nord-Ouest. C’est aujourd’hui le seul établissement d’enseignement secondaire du territoire. Il offre toute une gamme de degrés, diplômes et certificats dans les domaines des langues, de la culture, du commerce, des arts, des technologies environnementales, des services à la personne, des métiers artisanaux (apprentissage) et de l’éducation de base des adultes. Les programmes menant aux deux degrés offerts par le collège – enseignant et infirmier – sont mis en œuvre en partenariat avec respectivement l’Université de Regina et l’Université Dalhousie. Le collège possède cinq campus : le campus Nunatta à Clyde River, le campus scientifique de l’Institut de recherches du Nunavut à Iqaluit, le campus du Kivalliq et le Centre de formation professionnelle du Nunavut à Rankin Inlet, et le campus du Kitikmeot, à Cambridge Bay. Des centres communautaires d’apprentissage, où travaillent des éducateurs d’adultes, sont présents dans les 25 communautés.

Transports

La plupart des infrastructures du Nunavut relatives aux transports ont été construites dans les années 1970, avec quelques parties mises en place dans les années 1940 et les années 1950. Il n’y a pas de routes entre le Nunavut et le reste du Canada, ni entre les communautés du territoire. Des routes ont été construites à l’intérieur et autour des communautés, mais le réseau n’est pas étendu. Au Nunavut, le Programme de routes d’accès aux collectivités étend progressivement le réseau routier vers les lieux de récolte, les zones de loisir et les sites culturels.

Un grand nombre de produits de première nécessité parviennent au Nunavut par avion ou par bateau. Le réseau d’aéroports du territoire est constitué des centres régionaux d’Iqaluit, de Rankin Inlet et de Cambridge Bay, qui peuvent accueillir des avions à réaction. De là, des avions plus petits transportent les personnes et les marchandises, y compris le courrier, les produits alimentaires frais et autres marchandises vers d’autres communautés plus petites. Durant le court été, de gros bateaux et des barges à grande capacité acheminent les matériaux de construction, les véhicules, le carburant et les produits non périssables dans les différentes communautés du Nunavut. Au cours des dernières années, l’augmentation des croisières touristiques en Arctique a entraîné une intensification du trafic maritime.

Depuis la création du Nunavut, les discussions visant à déterminer la meilleure manière d’améliorer le réseau de transport du territoire se sont concentrées sur la construction de ports communautaires pour petits bateaux, de ports en eaux profondes et de voies de liaison en surface vers le reste du Canada, en particulier entre Kivalliq et le Manitoba, et entre Yellowknife et les sites potentiels d’exploitation minière situés autour de l’inlet Bathurst.

Arts et culture

La vie des Inuits a subi une mutation au cours du 20e siècle, mais les Nunavummiut continuent à entretenir de solides valeurs traditionnelles et pratiques culturelles. L’Inuit Qaujimajatuqangit, un terme qui désigne l’ensemble des connaissances traditionnelles inuites et qui comprend les récits, la mythologie, la musique et la danse, reste un aspect essentiel de la vie culturel au Nunavut. Les Inuits continuent à voir la terre et la mer comme des parties intégrantes de leur identité culturelle et du dynamisme de leur communauté. Ainsi, la récolte de ressources locales dans les terres et le partage de ces richesses avec sa famille et la communauté restent également des éléments importants de la vie culturelle des Nunavummiut.

Des instituts culturels et des sociétés de promotion du patrimoine ont vu le jour dans la plupart des communautés du Nunavut et ces organismes s’occupent activement d’enregistrer les connaissances des aînés, de préserver les langues inuites, d’enseigner les savoir-faire et la culture traditionnels et de promouvoir les valeurs sociétales des Inuits. De nombreuses communautés possèdent également des musées ou des expositions culturelles qui expliquent leur histoire et leur culture.

L’art est florissant dans de nombreuses communautés du territoire où il a une longue histoire. Parmi les artistes graphistes les plus connus au Nunavut, on peut citer Luke Anguhadluq (1895-1982), Jessie Oonark (1906-1985), Pudlo Pudlat (1916-1992), Andrew Qappik (1964-)et Annie Pootoogook (1969-2016). Chez les graveurs, les plus éminents sont Pitseolak Ashoona (1916-1992), Kenojuak Ashevak (1927-2013) et Kananginak Pootoogook (1935-2010). Les sculpteurs Simeonie Amagoalik (1933-2011) et Looty Pijamini (1953-) sont connus pour leurs œuvres qui rendent hommage aux Inuits qui ont été déplacés de force vers le Haut-Arctique par le gouvernement fédéral.

Parallèlement aux arts et à l’artisanat traditionnels tels que la sculpture et la gravure, les artistes du Nunavut sont aussi très présents dans les domaines de la musique, du cinéma et de radiodiffusion. Le succès international de films tels que Ce qu’il faut pour vivre (réalisé par Benoît Pilon et mettant en vedette l’acteur inuk Natar Ungalaaq) et Atanarjuat: la légende de l’homme rapide (réalisé par Zacharias Kunuk et révélant les acteurs inuits Ungalaaq, Sylvia Ivalu et Peter-Henry Arnatsiaq) a braqué les projecteurs sur la toute nouvelle industrie du film au Nunavut. Le chant guttural inuit, le tambour traditionnel et d’autres performances musicales autochtones continuent par ailleurs à émerveiller les auditeurs du monde entier. Susan Aglukarka grandi à Arviat, au Nunavut, est a gagné trois fois un prix Juno pour sa musique qui marie le country et le pop. En 2014, l’interprète innovatrice de chants gutturaux Tanya Tagaq gagne le prix de musique Polaris pour son album Animism.

Sports

Les Nunavummiut pratiquent de nombreux sports occidentaux tels que le soccer, le hockey, le baseball et le basketball, mais ils s’adonnent aussi aux jeux inuits traditionnels tels que le coup de pied simple et le coup de pied double, le saut à genou et le bras-de-fer. Les Jeux d’hiver de l’Arctique, organisés deux fois par an depuis 1970, offrent une variété de jeux traditionnels et non traditionnels et voient défiler des athlètes venus de tout le monde circumpolaire.