Le passage du Nord-Ouest est un corridor maritime qui traverse l’archipel arctique canadien le long de la côte nord de l’Amérique du Nord. Les explorateurs européens ont cherché le passage en vain pendant 300 ans, employant tous les moyens pour découvrir une route maritime vers l’ouest entre l’Europe et l’Asie qui soit économiquement viable. Le changement climatique pourrait maintenant ouvrir le passage, jadis bloqué par les glaces, au transport maritime régulier.

Début de l'exploration européenne

La recherche d'une voie maritime traversant l'Arctique, au nord des terres continentales du Canada, pour atteindre les supposées richesses de l'Extrême-Orient est un chapitre de frustrations dans l'histoire de l'exploration du Canada. Les premiers explorateurs européens imaginent que l’Amérique du Nord est un continent étroit près du Japon et de la Chine. Après que l'on eut découvert la vraie taille du continent, les explorateurs passent 300 ans à explorer les eaux et les terres inhospitalières à la recherche d'une voie commerciale pour atteindre le Pacifique.

Martin Frobisher (1576) et plus tard John Davis (1585) signalent l'obstacle que constitue l'improductive île de Baffin, mais relèvent, au nord et au sud de cette grande île, des passages obstrués par les glaces en direction ouest. Au début du XVIIe siècle, l'exploration est détournée dans la grande embouchure du détroit d'Hudson, mais aucune voie maritime n'est découverte à l'ouest de la baie d'Hudson.

En 1819, Edward Parry, commandant des navires de la marine britannique, explore le passage au nord de l'île de Baffin et à l'ouest du détroit de Lancaster vers l'île Melville. Ce parcours empruntant le détroit du Vicomte de Melville est le passage le plus large entre les îles arctiques, mais Parry signale que, même en août, la voie est bloquée par de denses banquises se déplaçant vers l'est. Après 1829,John Ross confirme le prolongement de la péninsule de Boothia au nord de la terre ferme, ce qui bloque toute voie maritime dans cette partie de l'Arctique central, mais l'étroite ouverture du détroit deBellot lui échappe.

Désastre de l'expédition Franklin

En 1845, Sir John Franklin mène une expédition britannique qui essaiera de trouver le passage. Ni lui ni ses hommes n'en reviennent vivants. Les nombreuses expéditions menées pendant les douze années suivantes à la recherche de l’équipage perdu permettent enfin de dresser le profil côtier de la plupart des îles arctiques et de constater que la période de navigation sans glace dure à peine un ou deux mois, en août et en septembre.


En 1853-1854, Robert McClure est le premier à faire le trajet d'ouest en est, en partie en traîneau sur les glaces de la mer, à partir de l'île Banks jusqu'à proximité de l'île Devon. Toutefois, en conséquence de l'accumulation de renseignements sur l’Arctique, les entreprises de navigation commerciale perdent leur intérêt dans le passage. La Compagnie de la baie d'Hudson continue à se servir d'une partie de la voie maritime pour se rendre dans ses postes de traite autour de la baie d'Hudson.

De 1898 à 1902, Otto Sverdrup confirme l'absence d'un passage maritime entre les îles au nord-ouest des détroits de Lancaster et du Vicomte de Melville.

Découverte d'un passage par Amundsen

De 1903 à 1906, l'aventurier norvégien Roald Amundsen réussit enfin à naviguer le passage du Nord-Ouest à bord de son petit navire, le Gjoa. Il se dirige vers le sud-ouest du détroit de Lancaster en passant par le détroit de Peel et en longeant la côte ouest de l'Arctique dans les baies de la Reine-Maud et du Couronnement.

Dans son premier passage d'ouest en est de 1940 à 1942, le navire St-Roch de la Gendarmerie royale du Canada, mené par Henry Larsen, suit un itinéraire semblable en passant par les chenaux relativement peu profonds le long de la côte continentale. Pour sortir de l'Arctique central, Larsen emprunte le chenal Bellot et navigue au nord et à l'est de l'île de Baffin.

À l'été 1944, le St-Roch est le premier navire à traverser le passage d'est en ouest en une seule année. Il emprunte un nouveau tracé, passant à l'ouest du détroit de Lancaster, traversant en direction sud le détroit Prince of Wales entre les îles Victoria et Banks, puis longeant la côte nord de l'Alaska. Finalement, en 1954, le Labrador, un brise-glace du gouvernement canadien, est le premier navire à réussir le passage d'ouest en est en une seule année.

À qui appartient le passage du Nord-Ouest?

En 1969, le pétrolier américain Manhattan, assisté du brise-glace canadien John A. Macdonald, franchit le passage du Nord-Ouest d'est en ouest.

Le passage retient de nouveau l'attention internationale en 1985, lorsque le navire américain Polar Sea le traverse sans obtenir l’autorisation canadienne, soulevant la question de la souveraineté dans l'arctique.

Au début de 1988, le Canada et les États-Unis concluent un accord qui donne aux brise-glaces américains un accès ponctuel aux eaux arctiques, y compris au passage du Nord-Ouest. Toutefois, l'accord ne tranche pas la question de la souveraineté. Le Canada considère que le passage se trouve dans les eaux canadiennes internationales, mais les États-Unis, ainsi que certains pays européens, le qualifient de détroit international.

Changements climatiques

Un passage du Nord-Ouest économiquement viable diminuerait de 7 000 km la voie de navigation actuelle entre l’Atlantique Nord et le Pacifique par le canal de Panama. L’élimination de 14 jours de transport représenterait des économies colossales, mais ceci a été impossible au cours des 400 dernières années parce que les conditions physiques difficiles exigent que le trajet se fasse en brise-glace fortifié.

Cependant, la glace du passage du Nord-Ouest fond, ce que la plupart des chercheurs attribuent aux changements climatiques. Beaucoup de scientifiques croient que les changements climatiques vont tôt ou tard ouvrir un corridor économiquement viable. On estime que la glace estivale pourrait complètement disparaître entre 2031 et 2100. En 2012, des images satellites semblaient montrer que la majorité des glaces de la section du passage dans le détroit de Parryavaient fondu en août.

Si une route commerciale s’ouvre, il importera de déterminer si elle se trouve en eaux internationales, la rendant ainsi librement navigable, ou en eaux canadiennes, donc soumise aux règles et à la surveillance canadiennes.

Voir aussi Exploration de l'arctique.