Pendant la Deuxième Guerre mondiale, le 19 août 1942, les Alliés lancent un raid important sur Dieppe, un petit port de la côte française. L'Opération Jubilé est le premier engagement des Forces canadiennes dans la guerre en Europe. Elle a pour but de tester la capacité des Alliés à lancer des assauts amphibies contre la « Forteresse Europe » d'Adolf Hitler. Le raid est désastreux : plus de 900 soldats canadiens sont tués et des milliers sont blessés et faits prisonniers. Malgré le carnage, le raid donne de précieuses leçons qui serviront lors des prochains assauts amphibies sur l'Afrique, l'Italie et la Normandie.

Tester la Forteresse Europe

Le raid vise principalement à évaluer la capacité des Alliés à effectuer des assauts amphibies contre l'Europe occupée et à y gagner une position avantageuse. Le but ultime des chefs américains et britanniques est de libérer le continent. Le dirigeant soviétique Joseph Stalin leur a demandé d'ouvrir un « deuxième front » en Europe de l'Ouest afin de soulager la pression exercée par l'ennemi sur le front russe dans l'est. Le raid de Dieppe est conçu pour que la force alliée puisse prendre un port défendu, établir et maintenir un périmètre autour de la ville, détruire les installations du port et enfin se retirer par voie marine.

Le lieutenant-général Harry Crerar veut que les troupes canadiennes forment le gros de la force d'assaut à cause de l'opinion publique, qui insiste pour qu'il y ait plus d'engagements de la part de l'Armée canadienne dans la guerre, ainsi que pour améliorer le moral du personnel canadien à l'étranger, car ceux-ci sont stationnés au Royaume-Uni depuis deux ans sans participer aux opérations militaires.

En tout, 4 963 soldats canadiens, des avions de l'Aviation royale canadienne (ARC) et d'autres forces alliées, sont engagés dans l'Opération Jubilé, lancée depuis l'Angleterre, de l'autre côté de la Manche.

Tragédie sur les plages

Aux premières heures de l'aube, la deuxième Division d'infanterie canadienne commandée par le majeur général J. H. Roberts prend la plage d'assaut à quatre endroits désignés. À la Plage bleue, au village de Puys (à 1,6 km à l'est de Dieppe), les troupes du Royal Regiment of Canada et du Black Watch (Royal Highland Regiment) du Canada arrivent tard pour tenter d'éliminer l'artillerie ennemie et les mitrailleuses qui protègent les plages de Dieppe. Dès le début, l'ennemi les fige au sol et leur tire dessus jusqu'à ce que le raid soit fini.

À la Plage verte, près du village de Pourville (à 4 km à l'ouest de Dieppe), le South Saskatchewan Regiment arrive à l'heure prévue, dans la noirceur. Hélas, la sous-unité qui doit atteindre la station radar et l'artillerie antiaérienne à l'est de Pourville débarque du côté ouest de la rivière Scie, qui traverse la ville. Ces troupes doivent traverser la rivière par le seul pont du village, que les Allemands défendent avec férocité. Les South Saskatchewans et les Cameron Highlanders du Canada finissent par être repoussées.

Aux Plages rouge et blanche, immédiatement devant le port, les régiments Essex Scottish et Royal Hamilton Light Infantry (RHLI) débarquent sans le soutien du quatorzième Régiment blindé de l'armée canadienne (les Calgary Tanks),qui arrive en retard. Depuis un terrain plus élevé et du Casino de la ville, l'ennemi concentre ses tirs nourris sur les unités canadiennes. Certains membres de l'infanterie parviennent à entrer à Dieppe, mais les Canadiens échouent dans l'atteinte de leurs objectifs.

À bord d'un navire près de la côte, le majeur général Roberts, qui croit qu'il y a plus de troupes à Dieppe qu'en réalité, envoie les troupes de réserve, les Fusiliers Mont-Royal, afin d'exploiter cette avance. Ce régiment est lui aussi anéanti. Enfin, les Calgary Tanks qui débarquent sur terre ont une marge de mouvement restreinte à cause de la plage de galets (constitué de grands cailloux appelés chert) et de barrières en béton. Les chars qui survivent fournissent un tir de protection qui permet d'évacuer les forces.

Lourd tribut et leçons cruciales

À midi, le raid est déjà fini. Après neuf heures de combat, 907 soldats canadiens sont tués, 2 460 sont blessés et 1 946 sont faits prisonniers; ce nombre dépasse celui des soldats morts pendant les 11 mois de la campagne du nord-ouest de l'Europe en 1944-1945. Dans la bataille aérienne qui accompagne l'assaut, l'ARC perd 13 avions et 10 pilotes parmi les 106 aéronefs et 81 aviateurs alliés perdus au total.

Seuls les Commandos britanniques, qui ont comme mission de neutraliser l'artillerie côtière, connaissent un certain succès. Pour les Canadiens, la journée ne manque pas d’héroïsme. En effet, le capitaine honoraire J. W. Foote du RHLI et le lieutenant-colonel C.C.I. Merritt du South Saskatchewan reçoivent tous les deux la Croix de Victoria. Foote, un aumônier, la reçoit parce qu'il aide à soigner les soldats blessés; Merrit parce qu'il mène courageusement ses hommes à l'assaut du pont de Pourville et, plus tard, mène une arrière-garde qui permet à certaines troupes de s'échapper. Tous deux sont faits prisonniers.

À part 48 aéronefs, les pertes allemandes sont légères. Du côté des Alliés, le raid échoue en grande partie à cause d'un manque de planification, d'une mauvaise direction et de malchance. Les Allemands n'étant pas au courant du raid imminent, mais sont alertés lorsque des aéronefs alliés en route vers Dieppe rencontrent un convoi allemand.

Les leçons douloureuses de cet événement sont nombreuses : éviter de mener d'autres assauts sur des ports défendus, tâcher d'obtenir de meilleurs renseignements sur les conditions du terrain et les défenses allemandes, établir une meilleure communication entre le personnel en navire et sur terre, utiliser de l'artillerie navale plus lourde et plus d'avions de bombardement en soutien, des véhicules de débarquement spécialisés, ainsi que des chars qui peuvent surmonter les obstacles sur la plage. Tous ces éléments sont mis en œuvre plus tard, lors d'assauts amphibies en Afrique du Nord, Italie et Normandie, le 6 juin 1944.