Renaud, Émiliano

Émiliano Renaud. Pianiste, compositeur, organiste, professeur (Saint-Jean-de-Matha, près Joliette, Québec, 26 juin 1875 - Montréal, 3 octobre 1932). Il commença l'étude du piano avec sa mère et travailla ensuite avec Paul Letondal, puis Dominique Ducharme. À 12 ans, il fut organiste au collège de Montréal avant de remplir cette fonction au collège Sainte-Marie où il poursuivit ses études classiques. En 1892, il fut engagé comme professeur et dir. de chorale à Church Point, N.-É., mais revint à Montréal l'année suivante. Organiste à l'église Sainte-Marie d'Oswego, N.Y., en octobre 1896, il était de nouveau de retour à Montréal en mai 1897 et partit en septembre travailler à Vienne avec Olga Varet-Stepanoff, disciple de Leschetizky, puis à Berlin. Rentré à Montréal (1899), il fut soliste de lOSM de Goulet à la salle Windsor le 20 avril 1900, jouant son propre Concerstück pour piano et orchestre, repris par le même ensemble en janvier 1903. Dans le Montreal Daily Star du 21 avril 1900, on pouvait lire : « Il joue avec virilité et de grands effets de bravoure. Sa composition remplit les exigences de la pensée musicale moderne en ce qu'il avait quelque chose de valable à exprimer et qu'il l'a fait avec clarté et lucidité. Ce jeune artiste est plein de promesses et possède une personnalité intéressante et fait qu'on lui pardonne des imperfections d'ailleurs facilement surmontées lorsqu'on peut compter sur un tel tempérament. »

Virtuose de premier plan se spécialisant dans le répertoire romantique, il se produisit en récital au Canada, aux États-Unis et en Angleterre. Il fut nommé professeur au moment où le McGill Cons. (Université McGill) ouvrit ses portes (1904). J.D. Archambault, Alfred La Liberté et Maurice Rousseau furent au nombre de ses élèves. En mars 1904, il donna trois récitals à la salle Windsor où il fut acclamé comme le Paderewski canadien. Il enseigna ensuite au Cons. d'Indianapolis (v. 1908), puis effectua une tournée nord-amér. avec Emma Calvé. Il se fixa alors à Boston puis poursuivit une carrière de virtuose et de pédagogue à New York (1915). En 1918, il lança aux É.-U. une méthode d'enseignement du piano à l'aide de disques, la Renaud-Phone Piano Method, Inc., qui fut endossée par Paderewski et le critique amér. James Gibbons Huneker. Il revint à Montréal en 1921 et se livra à l'enseignement et à la composition jusqu'à sa mort. À l'automne de 1924, il présenta trois récitals au Wigmore Hall de Londres, interprétant les grandes oeuvres de compositeurs romantiques : les Études symphoniques et la Fantaisie op. 17 de Schumann, les Variations sérieuses de Mendelssohn et des Variations sur un thème de Haendel de Brahms ainsi que ses transcriptions de mélodies de Schubert, Schumann, Wolf et Tchaïkovsky. En 1925, il entreprit un cours élémentaire de piano en 30 leçons, présenté à la station radiophonique CKAC de La Presse. À cet effet, il publia un cahier comportant leçons et exercices (Montréal 1925). Le 17 février 1930, il donna un récital consacré à ses oeuvres, avec le concours du ténor Rodolphe Plamondon et du violoniste Émile Taranto, à la salle Windsor de Montréal. L'auditoire y fut gratifié de Prélude, fugue et choral, Sept variations sur un thème original, Concerto sans orchestre et autres pièces pour piano, une Romance, une Sonate en un mouvement pour violon et piano ainsi que des mélodies.

Outre un grand nombre d'oeuvres pour piano dont quelques-unes sont parues dans PMC (vol. VI), Renaud à également écrit des pièces pour chant et piano et de la musique de chambre. Son oeuvre comprend aussi une « farce musicale » en deux actes (prologue et deux tableaux), Djymko, dont il écrivit le livret. Plusieurs de ses oeuvres ont été publiées aux États-Unis chez Ditson, White Smith et New Music, et au Canada chez Archambault ainsi que dans la revue MusiCanada (1922) dont il a assuré la direction et la présidence. Trois de ses compositions ont été enregistrées sur disques Brunswick et Starr (voir En remontant les années). Son Prélude, fugue et choral est interprété sur disque par Josephte Dufresne. Émiliano Renaud a été le sujet d'articles dans plusieurs revues, dont L'Art musical (octobre 1898), Le Passe-Temps (17 mars 1900) et Le Canada musical (17 mai 1919).

Ses oeuvres, qui n'auraient pas été jouées en public depuis 1934, firent l'objet d'un concert présenté à l'Université Laval et retransmis à la radio de la SRC dans le cadre de l'Année internationale de la musique canadienne en 1986; les participants étaient Sylvie Godbout, mezzo-soprano, György Terebesi, violoniste, et Anna-Marie Globenski, pianiste.