Enfance et début de carrière

Le père d’Hector-Louis Langevin est commerçant et titulaire d’une fonction, membre de la classe moyenne émergente à Québec. Hector-Louis, l’un des 13 enfants de la famille, reçoit une formation religieuse. Ses frères Jean et Edmond deviendront l’évêque de Rimouski et le vicaire général des diocèses de Québec et de Rimouski, respectivement. Les trois frères sont très proches et sont investis d’un pouvoir en coulisses considérable dans le courant politique de leur époque. Ils sont souvent perçus comme la personnification de l’union entre l’Église et l’État dans le Canada français de la fin du 19e siècle.

Hector-Louis Langevin étudie en droit. Il devient le stagiaire d’Augustin-Norbert Morin et de George-Étienne Cartier. Cependant, il s’intéresse déjà au journalisme en 1847, avant d’être admis au Barreau en octobre 1850. Il devient le rédacteur en chef de Mélanges religieux et contribue au Journal d’agriculture. Plus tard, il devient le rédacteur en chef du journal Le Courier du Canada en 1857, occupe le poste de rédacteur en chef en matière de vie politique de 1872 à 1875, et devient propriétaire du journal Le Monde en 1884.

Dans son travail de journalisme, il s’intéresse surtout à la politique. Ses écrits le dévoilent comme nationaliste prudent. Il s’oppose au radicalisme et à l’annexion aux États-Unis réclamée par les torys de l’époque et par ceux qui appuient Louis‑Joseph Papineau. Il plaide plutôt pour une fédération de colonies dans l’Amérique du Nord britannique. Dans plusieurs articles, il apporte les arguments qui seront plus tard employés par les Pères de la Confédération.

Carrière politique

Hector-Louis Langevin est élu au conseil municipal de Québec pour le quartier Palais en 1856. Ensuite, il devient maire de Québec en 1858 et occupe ce poste jusqu’en 1861. Pendant son mandat, ses principaux projets incluent la restructuration des finances de la ville et la construction du chemin de fer de la rive Nord.

À la suite des élections de 1857-1858, il est envoyé à l’Assemblée législative pour représenter Dorchester comme membre du Parti bleu. Il occupe la fonction de solliciteur général pour le Canada‑Est de 1864 à 1866, et de ministre des Postes de 1866 à 1867. Il est aussi chef de la Société Saint‑Jean‑Baptiste à Québec (1861-1863) et de l’Institut canadien (1863-1864).

Confédération

En tant que membre du Cabinet pendant la Grande Coalition, Hector-Louis Langevin défend les intérêts du Québec à la Conférence de Charlottetown et à celle du Québec en 1864. Il participe aussi à la Conférence de Londres en 1866.

Ses discours et ses arguments pendant les conférences sur la Confédération et les débats auxquels il participe indiquent qu’il est un preneur de risques passionné, prouvant que la minorité francophone est capable d’exercer une influence remarquable. Selon lui, les objectifs de la Confédération sont de défendre les intérêts du pays et de protéger les droits des Canadiens français. Il maintient que le Canada‑Est représente une société distincte et que les Canadiens français sont un peuple distinct. Il prend aussi la décision d’interpréter les exigences de la hiérarchie catholique. Il refuse d’accepter toute position qui rende le Québec inférieur; il se méfie des anglophones et se bat pour protéger les intérêts des francophones. Il rejette toute mesure qui anéantirait manifestement les coutumes et lois françaises. Il est convaincu que le système fédéral est la meilleure façon de conserver la tradition culturelle des Canadiens Français et d’assurer l’égalité politique avec le reste du pays.

À la Conférence de Londres, Hector-Louis Langevin exerce une influence sur ses collègues afin qu’ils respectent les 72 résolutions établies à la Conférence de Québec. Il est donc reconnu pour avoir contribué au texte final de l’Acte de l’Amérique du Nord britannique.

Voir aussi Le Québec et la Confédération.

Carrière politique après la Confédération

Après 1867, Hector-Louis Langevin représente le comté de Dorchester au Québec et au niveau fédéral jusqu’à ce que la double représentation soit abolie en 1874. À Ottawa, il est secrétaire d’État et surintendant des Affaires indiennes dans le Cabinet de sir John A. Macdonald (1867‑1869) et ministre des Travaux publics (1869‑1873). Il adopte une position centraliste, ce qui contribue à certaines difficultés qui s’élèvent dans les relations fédérales-provinciales dans les années qui suivent la Confédération (voir Partage des pouvoirs).

Il succède à sir George‑Étienne Cartier en tant que dirigeant de l’aile québécoise du Parti conservateur (1873-1891). Cependant, il est impliqué dans le scandale du Pacifique en 1873 et ne se présente pas lors des prochaines élections fédérales. Il essaie de réintégrer la vie politique en 1876, mais ce retour est différé par l’élection contestée de Charlevoix. En 1878, après une défaite dans le comté de Rimouski, il est élu à Trois‑Rivières.

Hector-Louis Langevin dispose d’une influence appréciable dans le gouvernement de John A. Macdonald après les élections de 1878. Au cours des années 1880, il est le bras droit du premier ministre, au Québec. John A. Macdonald s’y réfère comme « un administrateur de premier rang ». Il dirige la Poste (1878-1879) et les Travaux publics (1878-1891).

Pensionnats

Pendant son mandat comme ministre des Travaux publics, Hector-Louis Langevin compte parmi les premiers architectes du système des pensionnats indiens, qui est conçu pour assimiler les enfants autochtones à la culture eurocanadienne. En mai 1883, il présente à la Chambre des communes un programme pilote de trois écoles. Dans son allocution, il suggère que le gouvernement crée trois « écoles industrielles indiennes » dans les Territoires du Nord-Ouest, soulignant le succès de telles écoles aux États-Unis. À la lumière du modèle américain, il poursuit en disant que les enfants doivent être séparés de leurs parents pour que les écoles soient efficaces :

Le fait est que, si vous voulez éduquer ces enfants, vous devez les séparer de leurs parents pendant qu’ils reçoivent l’éducation. Si vous les laissez dans leur famille, ils sauront peut-être comment lire et écrire, mais ils seront toujours des sauvages, alors que si vous les séparez de la manière proposée, ils acquièrent les habitudes et les goûts — qui, nous l’espérons, se limiteront au bon goût — des gens civilisés.

Il décrit ensuite l’emplacement des trois premiers pensionnats qui seraient établis par le gouvernement Macdonald, soit à Qu’Appelle, Battleford et High River et aborde les questions du budget, du personnel, de l’organisation et plus encore.

On estime que 150 000 enfants des Premières Nations, des Inuits et des Métis sont enlevés à leur famille et forcés de fréquenter les pensionnats. Pendant plus de 100 ans, les pensionnats bouleversent des vies et des communautés, causant des traumatismes à long terme qui continuent à se faire sentir.

Fin de vie et carrière

Des conflits dans le Parti conservateur ébranlent son influence. Il est compromis par un autre scandale quand on le lie au favoritisme du député Thomas McGreevy. Hector-Louis Langevin est expulsé du Cabinet en 1891 sur fond d’accusations de corruption dans son ministère. Bien qu’il soit par la suite exonéré, il reste un politicien d’arrière-ban jusqu’à sa retraite de la politique en 1896.

Les événements qui entourent sa retraite — et la promotion promise au rang de lieutenant‑gouverneur du Québec qui n’est jamais accordée – sont vus comme le dénouement honteux de sa longue carrière politique. Hector-Louis Langevin en sort anéanti et se cache de la scène publique jusqu’à sa mort en 1906.

Héritage

On se souviendra de sir Hector-Louis Langevin comme participant des trois conférences qui mènent à la Confédération et pour le fort sentiment national qu’il a démontré. Il incarne l’esprit centralisant des fondateurs du pays (voir Fédéralisme) et soutient un agenda économique national, la colonisation de l’Ouest, l’établissement d’un chemin de fer transcontinental et l’industrialisation par le protectionnisme. Sa carrière est longue et intense. Il est un pilier du Parti conservateur et un ministre du Cabinet pendant presque 30 ans.

En juin 2015, les noms du pont Langevin et de la Langevin School à Calgary et de l’édifice Langevin, qui abrite le Cabinet du premier ministre à Ottawa, suscitent l’attention de la part du public en raison de leur lien avec un politicien impliqué dans la création du système de pensionnats indiens. Ceci se produit peu après la cérémonie de clôture officielle de la Commission de vérité et de réconciliation (CVR) à Ottawa. Le rapport final de la CVR inclut une citation de l’allocution de 1883 d’Hector-Louis Langevin devant la Chambre des communes. Comme l’explique à la CBC Linda Many Guns, un professeur d’études amérindiennes à l’Université de Lethbridge « Le problème est le rôle de [Hector-Louis Langevin] qui a fortement plaidé en faveur de la perte de la culture des enfants [autochtones] lorsqu’ils sont entrés dans ce système ». Au début de 2017, le Conseil de la ville de Calgary vote pour le changement du nom du pont Langevin pour pont de la Réconciliation. Le 21 juin 2017, à l’occasion de la Journée nationale des Autochtones, le premier ministre Justin Trudeau annonce que l’édifice Langevin sera rebaptisé le « Bureau du premier ministre et du Conseil privé ».