Palais de l'intendant, site archéologique du

Le site du Palais de l'Intendant est situé dans la Basse-Ville de Québec, au pied de la côte du Palais. Ayant fait l'objet d'un premier sondage exploratoire en 1971 qui confirma la présence de vestiges anciens sous les bâtiments de la brasserie Dow que l'on venait de démolir, ce n'est pourtant qu'à partir de 1982 que le site fut l'objet d'un projet de recherche continu à plus long terme, dans le cadre d'un partenariat entre la Ville de Québec et l'université Laval. Les fouilles effectuées dans le cadre d'un stage pratique offert par le Département d'histoire de l'Université Laval s'y sont échelonnées de 1982 à 1990 et elles s'y continuent depuis 2000. Il faut ajouter que, en prévision de la célébration du 400e anniversaire de la fondation de Québec, en 1608, et de la construction d'un centre d'interprétation de l'archéologie, des équipes d'archéologues de la ville de Québec ont aussi été actives sur ce site en 2006 et 2007.

Après ces multiples campagnes de fouilles sur le terrain et de recherches en laboratoire, la quantité de connaissances accumulées à partir des vestiges matériels et de la documentation écrite et même orale est impressionnante. Le site du Palais de l'intendant se montre comme un ensemble complexe d'occupations stratifiées, généralement en bon état de conservation et bien reconnaissables. Ces occupations sont liées non seulement à différentes périodes de l'histoire de la ville, mais témoignent aussi des relations commerciales avec les métropoles de la France et de l'Angleterre, et même de la zone d'influence du fragile empire français d'Amérique. Les archéologues y ont relevé non moins de huit périodes d'occupations superposées, s'étalant sur une période de plus de trois siècles : occupation amérindienne; première occupation euroaméricaine (1666-1668); brasserie de l'intendant Talon (1668-1675); premier palais de l'intendant (1684-1713); nouveau palais de l'intendant et magasins du roi (1716-1760); abandon du site et réoccupation par des militaires et civils (1760-1852); brasserie Boswell-Dow, fonderie Bisset et occupations civiles (1852-1971); centre d'interprétation de l'archéologie, caserne de pompiers et espace vert (1971-).

Occupations anciennes
Les deux occupations les plus anciennes ne se manifestent que par quelques traces. Quelques éclats de chert démontrent que l'on a taillé de la pierre à cet endroit, et quelques outils, une herminette en pierre polie et une pointe en pierre taillée, témoignent d'une présence amérindienne, probablement à la période préhistorique. De même, la première présence euroaméricaine n'est marquée que par des copeaux de bois et du bran de scie, qui expliquent la fabrication sur place de pièces de bois qui, à première vue, ont l'aspect de pièces ayant servi à la construction d'embarcations. L'analyse de ces objets est en cours et, si leur lien à la construction navale est confirmé, il se pourrait bien que l'on se trouve ici en présence du chantier naval de l'intendant TALON, dont la documentation écrite atteste l'existence dans ces parages dans les années 1660.

La brasserie de l'intendant
Plusieurs éléments appartenant à la brasserie de l'intendant Talon (1668-1675) ont été identifiés par les archéologues. Ils sont liés aux principales étapes de la fabrication de la bière : le germoir avec son plancher dallé, ses deux âtres pour assurer une température propice à la germination de l'orge et son drain pour évacuer les eaux usées; la touraille où l'on chauffait l'orge germée avant de la passer au moulin pour en faire du malt; et les fours sur lesquels on cuisait la bière dans de grands chaudrons de cuivre. On a aussi pu déterminer les dimensions de l'édifice qui faisait environ 45 m en longueur; il s'agissait donc d'un grand bâtiment industriel. La brasserie était un projet probablement trop ambitieux pour l'époque - la ville de Québec comptait alors moins de 1000 habitants, ce qui expliquerait la courte durée des opérations.

Le premier palais
À partir de 1684, l'intendant De Meulles, dont la résidence avait été rasée par les flammes, vint s'installer dans ce que l'on appelait alors la « maison de la Brasserye ». De Meulles obtint les crédits nécessaires pour transformer ce vaste bâtiment en un lieu digne de son statut dans la colonie, qui le faisait au moins l'égal du Gouverneur. En effet, si le gouverneur s'occupait du politique et du militaire, l'intendant était en charge de l'administration de la justice et de l'économie. C'était ce dernier qui présidait le Conseil Souverain qui était composé, en plus du gouverneur et de l'évêque de Québec, de notables de la colonie. À l'intendance, on rendait donc la justice et on décidait des édits et ordonnances, mais c'est aussi à cet endroit que se trouvaient les prisons du roi, la boulangerie où l'on fabriquait le pain pour les troupes et les entrepôts ou magasins qui recevaient le matériel destiné tant aux militaires qu'au commerce des fourrures.

Les fouilles archéologiques ont permis aux archéologues de déterminer les ajouts effectués pour transformer la brasserie en palais pour l'intendant, ce qui portait à 67 m la longueur de l'édifice. Les quatre grandes salles des magasins situées dans les caves ont révélé une riche culture matérielle mêlée aux décombres de l'édifice qui fut détruit par un terrible incendie dans la nuit du 5 au 6 janvier 1713 : des pièces de fusils pour les troupes, des restes de tonneaux pour entreposer les marchandises, mais aussi un assemblage de couteaux de traite et de médailles religieuses dont on trouve la pareille jusque sur les sites français et amérindiens des Grands Lacs et de la vallée du Mississipi. De cette période, on a aussi mis au jour des éléments de fortifications érigés dans les années 1690 pour protéger l'intendance d'une attaque possible par les colonies de la Nouvelle-Angleterre.

Le nouveau palais et l'occupation civile
Après la destruction du premier palais, on décida d'en reconstruire un nouveau, encore plus monumental, un peu plus au nord. Quant aux ruines de l'ancien palais, on les réutilisa pour les transformer en de vastes magasins détachés. Les fouilles du nouveau palais ont permis de définir le tracé exact de ses fondations et de récupérer un riche dépôt d'objets du XVIIIe siècle dans des latrines. Du côté des magasins du roi, c'est encore dans les caves que l'on trouva d'abondants dépôts de garnitures de fusils de traite artistiquement incisées de décors rococo, des perles de verre, des couteaux et de la quincaillerie d'architecture. Comme c'était le cas pour le premier palais, du matériel de traite à peu près identique a été mis au jour dans les sites de postes avancés de la colonie.

Les magasins détachés furent détruits au printemps de 1760, au moment de l'attaque par le chevalier de Lévy de la ville de Québec prise par les Britanniques l'année précédente. Ils furent laissés plus ou moins à l'abandon et il en sera de même du nouveau palais, au moment de l'invasion américaine et du siège de Québec en 1775-1776. Cette période se caractérise donc par une première utilisation des ruines des magasins détachés comme dépotoir, puis d'aménagements reliés à des occupations par des civils qui ont pu racheter du gouvernement britannique des parties de terrain. On a retrouvé, entre autres les vestiges d'une malterie et ceux de la boulangerie Clearihue. En 1846, une immense conflagration détruisit le quartier et obligea les habitants du lieu à fuir en toute hâte, abandonnant derrière eux leurs biens, transformés en une couche de cendres et de débris carbonisés facilement identifiable et datable par les archéologues.

La brasserie Boswell-Dow
En 1852, Joseph Knight Boswell, un brasseur déjà installé à Québec, décida d'agrandir sa brasserie en acquérant les terrains libres de la rue Saint-Vallier. Il s'installa donc directement sur les niveaux archéologiques anciens et initia une nouvelle période d'occupation intensive qui devait y laisser de profondes empreintes. En fait, la brasserie Boswell était considérée comme l'un des établissements les plus modernes au Canada à la fin du XIXe siècle. En interprétant les traces laissées par les réaménagements successifs exigés par les transformations de cette industrie, les archéologues ont distingué quatre phases différentes qui vont de 1852 à l'abandon de la production de bière en 1968 et la démolition d'une partie des installations dans les années qui suivent.