Sœurs grises

  Les religieuses catholiques couramment appelées Sœurs grises forment aujourd'hui six communautés distinctes qui descendent toutes d'une même fondation, celle des Sœurs de la Charité de l'Hôpital Général de Montréal. En 1737, une jeune veuve, Madame D'YOUVILLE, y fonde une association laïque de bienfaisance qui ouvre une maison pour les pauvres. Dix ans plus tard, son groupe assume la succession des Frères Charon à la direction de l'Hôpital Général de Montréal. Les frères qui œuvrent alors à l'hôpital sont très populaires, et les gens, que le changement choque, se moquent des religieuses en les appelant sœurs grises (au sens d'« éméchées »), faisant ainsi référence à Madame d'Youville dont le défunt mari était trafiquant d'alcool. En 1755, lorsque leur communauté religieuse est enfin reconnue officiellement, les sœurs gardent leur surnom et prennent un habit gris comme symbole de leurs humbles origines.

C'est seulement dans les années 1840 qu'il est question d'expansion et de nouvelles fondations. Elles décident d'abord de suivre la coutume des communautés cloîtrées en accordant l'autonomie à chaque fondation. C'est ainsi que les sœurs prennent la direction d'un hôpital à Saint-Hyacinthe en 1840; qu'elles s'aventurent aussi loin que Saint-Boniface, sur la rivière Rouge, en 1843; qu'elles entreprennent une œuvre d'éducation à Bytown (Ottawa) en 1845 et qu'elles ouvrent un orphelinat à Québec en 1849. En 1855, les Sœurs grises s'implantent aux États-Unis et fondent une communauté à Toledo, en Ohio, afin de venir en aide aux malades et aux orphelins du choléra.

 Au Canada, quelques fondations existent depuis plus de 150 ans, mais la plupart, notamment en Alberta, en Saskatchewan et au Manitoba, sont fondées pendant la Crise, soit de 1920 à 1940. Ces fondations, à l'exception de Saint-Boniface qui a besoin de l'aide de la communauté montréalaise, deviennent des centres pour des congrégations distinctes qui maintiennent les traditions de l'ordre fondateur, mais orientent leur travail et leur spiritualité en fonction des besoins spécifiques de leur communauté. Par ailleurs, deux nouvelles ramifications anglophones de la communauté d'Ottawa voient le jour dans les communautés de Yardley, en Pennsylvanie (1921) et de Pembroke, en Ontario (1926).

En 1844, Monseigneur Provencher persuade quelques Sœurs de la Charité de Montréal de s'établir à Saint-Boniface pour apporter leur aide au travail missionnaire au Manitoba. Par la suite, en 1858, Monseigneur Taché convainc les sœurs Emery, Lamy et Alphonse de s'établir à Lac Sainte-Anne, en Alberta; cet endroit se nomme aujourd'hui Saint-Albert. À leur arrivée en1863, elles y fondent un orphelinat. En 1864, et toujours afin de répondre aux besoins de la communauté, les sœurs y annexent une école et un hôpital puis, en 1949, y incluent un établissement de soins prolongés pour aînés. Depuis les débuts modestes de l'école administrée par le couvent de Saint-Albert, l'arrondissement d'écoles catholiques de Saint-Albert deviendra le plus vieil arrondissement scolaire de l'Alberta.

Les Sœurs grises consacrent leur vie aux œuvres de compassion et apportent de l'aide aux plus démunis de la société par l'entremise d'œuvres de charité, de centres de soins prolongés, de centres hospitaliers, de maisons de répit et d'écoles. Depuis peu, un grand nombre d'établissements des Prairies et des provinces de l'Atlantique administrés par les Sœurs grises concentrent leurs activités dans le soutien social plutôt que dans les soins de santé et l'éducation. Même si les communautés florissantes des années 1960 connaissent un déclin dans les années 1990, les Sœurs grises continuent à accomplir leurs œuvres au Canada, aux États-Unis et en Amérique du Sud.

Vu le nombre décroissant de Sœurs grises, un nombre croissant de leurs établissements au Canada sont administrés par les instances municipales et provinciales.