Thérèse Casgrain, née Forget, C.C., O.B.E., LL.D., réformatrice, militante féministe et politicienne (née le 10 juillet 1896 à Montréal, QC; décédée le 2 novembre 1981 à Montréal). On se souvient de cette grande dame pour son rôle de premier plan dans la campagne en faveur du droit de vote des femmes au Québec. Madame Casgrain est la première femme élue à la tête d’un parti politique au Canada. Elle a mené une longue carrière politique au cours de laquelle elle a combattu énergiquement les injustices sociales, économiques et politiques qui touchent tant les femmes que les hommes.

Les premières années

Issue d'une famille bien nantie, Thérèse Casgrain est la fille de sir Rodolphe Forget, avocat, financier et politicien conservateur. Celui-ci était considéré comme l’un des hommes les plus riches de Montréal au tournant du XXe siècle. En 1916, elle épouse Pierre-François Casgrain, avocat et homme politique d'allégeance libérale, dont elle a quatre enfants.

Une femme engagée

Membre fondatrice du comité provincial pour l'émancipation des femmes en 1921, elle milite sans relâche pour les droits des femmes au Québec. Elle dirige pendant 14 ans, de 1928 à 1942, la Ligue des droits de la femme qui réclame, non seulement, le droit de vote pour les femmes au niveau provincial, mais aussi d’importantes réformes sociales et juridiques. Le droit de vote leur fut accordé en 1940 par le gouvernement libéral d’Adélard Godbout.

Durant les années 30, elle anime la populaire émission Fémina à Radio-Canada. Au cours de la Deuxième Guerre mondiale, elle est l'une des deux présidentes du Comité féminin de surveillance de la Commission des prix et du commerce en temps de guerre. À l'élection partielle fédérale de 1942, Thérèse Casgrain est candidate libérale indépendante dans la circonscription de Charlevoix–Saguenay, le siège détenu antérieurement par son père, puis par son mari. Elle termine en deuxième place. Elle se présentera six autres fois (en 1952, 1953, 1957, 1958, 1962 et 1963) dans trois circonscriptions électorales différentes, mais ne sera jamais élue.

En 1946, elle rompt avec le Parti libéral et se joint à la Co-operative Commonwealth Federation (CCF), aujourd’hui le Nouveau Parti démocratique. En 1948, elle accède à l'un des postes de vice-président du CCF; elle est alors la seule femme à siéger au comité exécutif. Elle en est la dirigeante provinciale de 1951 à 1957 (à partir de 1955, ce parti prend le nom de Parti social démocratique du Québec) et devient ainsi la première femme de toute l'histoire canadienne à diriger un parti politique. Son travail au sein de cette organisation contribue à renforcer les liens socialistes internationaux.

Au Québec, elle prend part à la mobilisation contre le premier ministre Maurice Duplessis aux côtés d'intellectuels et de syndicalistes. En 1961, elle fonde la section québécoise de La Voix des femmes (voir aussi Ligue internationale des femmes pour la paix et liberté) afin de protester contre la menace nucléaire. Elle participe à la fondation de la Ligue des droits de l'homme en 1960 et à celle de la Fédération des femmes du Québec en 1966. En 1969, elle devient présidente de l’Association des consommateurs du Canada. Les pressions de ce groupe mènent notamment à la création d’un poste de ministre canadien de la Consommation. En 1970, alors âgée de 74 ans, elle est nommée sénatrice et siège comme indépendante. Toutefois, elle n’occupe ce poste que neuf mois, étant donné que l’âge de la retraite au Sénat est de 75 ans.

Héritage

Thérèse Casgrain est une grande humaniste qui a lutté non seulement pour la reconnaissance du droit de vote pour les femmes, mais aussi pour les droits universels. Son engagement politique et social a favorisé de nombreuses réformes en matière d’emploi, de soins de santé, d’éducation et de logement. En 1982, la Fondation Thérèse F. Casgrain est mise sur pied afin de « favoriser l’avancement de la cause des femmes au Canada et de soutenir toute initiative leur permettant de transformer [la] société ». Elle subventionne des projets qui visent à promouvoir l’éducation, l’avancement des femmes et l’économie sociale.

En 1982, le gouvernement de Pierre Elliott Trudeau met sur pied le prix Thérèse-Casgrain du bénévolat afin de récompenser un Canadien et une Canadienne dont « l'engagement social et la persévérance dans l'action ont contribué de manière significative à l'avancement d'une cause sociale et au mieux-être de leurs concitoyens et concitoyennes ». Aboli en 1990 par le gouvernement de Brian Mulroney, le prix est rétabli en 2001 sous le règne du Parti libéral dirigé par Jean Chrétien.

En juillet 2014, la Presse canadienne révèle que le prix a été une nouvelle fois éliminé en 2010, puis remplacé l’année suivante par le Prix du Premier ministre pour le bénévolat (PPMB). Rapidement, cette révélation suscite de nombreuses critiques envers le gouvernement de Stephen Harper, notamment quant à ses positions sur la question des droits des femmes ainsi qu’à ses priorités en matière d’histoire publique et de commémoration. Les porte-parole du gouvernement, en réponse à ces critiques, signalent que Thérèse Casgrain est mentionnée dans Découvrir le Canada, le guide officiel de la citoyenneté publié en 2009 et remis à tous les nouveaux immigrants. De plus, ils mentionnent que le mandat du Prix du Premier ministre pour le bénévolat a été élargi, mais que deux des cinq catégories de prix respectent l’esprit et les objectifs de l’ancien Prix Thérèse-Casgrain. Le 11 avril 2016, le gouvernement de Justin Trudeau annonce qu'il restaure le Prix Thérèse-Casgrain pour le bénévolat.

Le 17 avril 1985, la Société canadienne des postes émet un timbre en l’honneur de Thérèse Casgrain. Entre 2004 et 2012, afin de souligner son rôle dans l’obtention du droit de vote pour les femmes, elle est représentée au verso des billets de 50 $ de la monnaie canadienne aux côtés des Cinq femmes célèbres. Chaque année, la médaille Thérèse-Casgrain est attribuée à une étudiante de l’Université Concordia qui s’est distinguée dans le programme de baccalauréat d’études des femmes.

En 1990, l’Université du Québec à Montréal a aussi inauguré un pavillon Thérèse-Casgrain. Celui-ci accueille les départements de sexologie, de sciences des religions, de philosophie, des sciences juridiques et l’École de travail social.

Un monument érigé à proximité de l’Assemblée nationale lui rend aussi hommage depuis décembre 2012. Sa statue côtoie celles d’Idola Saint-Jean, de Marie Gérin-Lajoie (née Lacoste) et de Marie-Claire Kirkland, toutes des pionnières en politique qui ont lutté comme elle, pour les droits des femmes et l’amélioration de leurs conditions sociales et économiques.

Prix et récompenses

Officier, Ordre du Canada (1967)

Compagnon de l’Ordre du Canada (1974)

Doctorat honorifique en droit, Université de Montréal (1968)

Doctorat honorifique en droit, Université McGill (1974)

Doctorat honorifique en droit, Université Queen’s (1974)

Doctorat honorifique en droit, Université Trent

Doctorat honorifique en droit, Université d’Ottawa (1979)

Doctorat honorifique en droit, Université York (1979)

Prix du Gouverneur général pour son rôle dans l’obtention du droit de vote pour les femmes québécoises (1979)

Doctorat honorifique en droit, Université Concordia (1980)

Académie des Grands Montréalais, Chambre de commerce du Montréal métropolitain (1980)

Doctorat honorifique en droit, Université de Windsor (1981)

Officier de l’Ordre de l’Empire britannique