Yves Gaucher, artiste (né le 3 janvier 1934 à Montréal, au Québec; mort le 8 septembre 2000 à Montréal) est spécialisé en gravure et en peinture abstraite géométrique. On retrouve de ses œuvres dans les collections du Musée des beaux-arts de Montréal, du Musée des beaux-arts de l’Ontario et du Musée d’art contemporain de Montréal, entre autres.

Formation et début de carrière

Yves Gaucher étudie à l’École des Beaux-Arts de Montréal de 1954 à 1956, année de son renvoi de l’institution. Le jeune artiste poursuit néanmoins sa formation auprès du graveur Albert Dumouchel jusqu’en 1960. Cette même année, il achète une presse, grâce à laquelle il réalise des eaux-fortes qui lui permettront de s’illustrer sur la scène internationale. D’ailleurs, en 1962, il remporte pour la première fois la bourse du Conseil des arts du Canada, un prix qui lui permettra notamment de voyager en Europe. Sa production de la première moitié des années 60 est principalement consacrée à la gravure. Les œuvres de cette époque, réduites à quelques lignes ou rectangles sur fond blanc, lui permettent d’explorer le processus de lecture visuelle et l’effet des tensions internes de ses œuvres abstraites et réduites. Pour parvenir à des reliefs plus prononcés, Gaucher expérimente diverses techniques originales et superpose parfois deux épaisseurs de papier. En 1962, lors d’un voyage à Paris, il assiste à un concert d’Anton Webern. De cette rencontre musicale nait sa série de trois gravures intitulée En hommage à Webern. L’effet de grille suggéré par de fines lignes et des formes géométriques en relief et en creux porte à réfléchir sur les principes de tensions linéaires, de dynamisme et de symétrie et asymétrie qui régissent la lecture de ces impressions. Dans plusieurs œuvres, d’ailleurs, Gaucher établit des liens entre les arts visuels et la musique en réfléchissant en termes de rythme, de structure, de variations et de synthèse. Dès 1963, il est représenté et financièrement épaulé par quelques galeries de Montréal, de Toronto et de New York et il obtient sa première exposition solo à la Martha Jackson Gallery, à New York. La même année, le Museum of Modern Art acquiert En hommage à Webern no 2; sa carrière internationale est lancée.

Mi-carrière

En 1964, Gaucher se détourne des arts de la gravure et revient à la peinture, de même qu’à la couleur. Le peintre joue alors avec des champs colorés qui se confrontent selon des énergies chromatiques et des jeux de symétrie, d’asymétrie et de vides. En 1966, il participe à la 33e Biennale de Venise et devient professeur adjoint de beaux-arts à l’Université Sir George Williams (depuis 1974, l’Université Concordia), à Montréal, où il enseigne les arts graphiques et la peinture jusqu’en 2000. Parmi ses étudiants, on retrouve de grandes figures artistiques comme Betty Goodwin, Jana Sterbak et Marc Séguin. La même année, il entame sa série Signals/Silences, qui contient ce qu’il appelle des « signaux », soit de courts traits horizontaux qui créent une composition symétrique et ordonnée et permettent d’explorer les changements de perception chromatique selon les lois des contrastes et de la complémentarité.

Sa série Transitions, créée en 1967, lui permet d’explorer la lithographie. Cette technique d’impression donne un résultat plus en aplat que ses gravures de jeunesse et permet des jeux subtils d’apparitions et de disparitions, très dynamiques et stimulants pour l’œil du spectateur. Certaines planches tirées de cette série seront exposées l’année suivante à la Biennale internationale de l’estampe, à Paris. En décembre 1973, Gaucher est élu membre à l’Académie royale des arts du Canada. Au début des années 70, il se rend au Yucatan et produit une grande quantité de documentation sur les cultures précolombiennes. Il puise dès lors dans une palette plus colorée, plus vive. En 1975, c’est en Égypte, en Grèce et au Maroc qu’il voyage et accumule de la documentation visuelle. En 1978, l’artiste commence à travailler sur une série de tableaux de très grandes dimensions intitulée Jéricho : une allusion à Barnett Newman, caractérisée par des jeux de diagonales et d’asymétries grâce à l’exploitation de triangles tronqués traversés à la verticale d’une bande vierge. Ces structures triangulaires ou trapézoïdales rappellent certaines structures architecturales anciennes du Mexique, du Guatemala et de l’Égypte, qu’il a longuement étudiées lors de ses expéditions. L’asymétrie des segments y crée de fortes tensions.

Fin de carrière et rétrospective

Au cours des années 80 et 90, Gaucher participe en Amérique du Nord à de nombreuses expositions collectives, dont certaines consacrées aux grandes figures d’avant-garde des années 60. À travers ses toiles des années 80, le peintre explore les effets lumineux propres à différentes palettes et tonalités de couleurs et délaisse les problématiques d’ordre structurel. Au début des années 90, après quelques décennies davantage consacrées à la peinture, Gaucher retourne à la gravure, au relief, à la matérialité. En 1996, la Galerie Simon Blais et le Musée des beaux-arts de Montréal mettent sur pied des expositions rétrospectives de son œuvre. Après son décès en septembre 2000, de nombreuses expositions rétrospectives seront aussi organisées en l’honneur de sa carrière à travers le pays.

En plus d’avoir participé à titre d’artiste à de très nombreuses expositions collectives dans de grandes institutions muséales à travers l’Amérique du Nord, dont la Vancouver Art Gallery, la Malborough Gallery à New York, la Winnipeg Art Gallery et le Centre culturel Casa Lamm à Mexico, Gaucher s’est énormément engagé au sein de différentes instances de la scène artistique locale. Membre du Comité consultatif de la programmation du Musée d’art contemporain de Montréal pendant quelques années, il a en outre très longtemps pris part aux activités du Conseil des arts du Canada à titre de membre du jury pour différents comités.