Morissette, Alanis

À neuf ans, après des études en piano, en ballet et en danse jazz, Morissette commence à écrire des chansons. Deux ans plus tard, elle se joint au chanteur de folk et policier Dominic D'Arcy pour se produire dans les hôpitaux et les centres communautaires d'Ottawa.

Morissette, Alanis
L'album de Morissette Jagged Little Pill (1995) s'est vendu \u00e0 un nombre faramineux de 25 millions d'exemplaires dans le monde entier.

Morissette, Alanis

Alanis (Nadine) Morissette. Auteure-compositrice-interprète, productrice, actrice, activiste (Ottawa, 1er juin 1974).

Débuts de carrière

À neuf ans, après des études en piano, en ballet et en danse jazz, Morissette commence à écrire des chansons. Deux ans plus tard, elle se joint au chanteur de folk et policier Dominic D'Arcy pour se produire dans les hôpitaux et les centres communautaires d'Ottawa. Après avoir reçu une humble subvention de FACTOR (Foundation To Assist Canadian Talent On Record) et étudié auprès de la musicienne galloise Lindsay Morgan et Rich Dodson (de The Stampeders), elle sort son premier single de danse indépendant, « Fate Stay With Me » (1987, Lamor LMR-10-12). L'enregistrement est diffusé à la radio d'Ottawa et contribue à la faire connaître localement. Dans le milieu des années 1980, Morissette joue régulièrement dans la série de télévision payante pour enfants You Can't Do That on Television. Elle bâtit par la suite une entente de promotion avec Stephan Klovan, d'Ottawa, et une collaboration musicale avec Leslie Howan, également d'Ottawa et membre de One To One.

Premiers succès

John Alexander (du groupe d'Ottawa Octavian) obtient à Morissette un contrat d'édition avec MCA Publishing (MCA Records Canada) et Howe produit alors son premier succès sous cette étiquette, l'album dance-pop Alanis (1991, MCA MCAD-10253). Les chansons « Too Hot » et « Feel Your Love » mènent à la certification platine de l'album (100 000 exemplaires vendus) au Canada et Morissette remporte le prix Juno de la chanteuse la plus prometteuse de l'année. Son deuxième album, Now Is the Time (1992, MCAD 10731) emploie également un son de danse énergique. Bien que plus introspectif qu'Alanis, il ne connaît pas autant de succès commercial.

Cherchant à évoluer en tant qu'auteure-compositrice, Morissette s'installe à Toronto, où elle participe à Songworks, un programme de composition organisé par la maison d'édition Peer Music.

En 1994, Morissette réapparaît brièvement à l'écran et à Ottawa pour animer le programme Music Works à la télévision de la SRC. L'émission, qui présente des musiciens de rock alternatif et leur hôte dans un décor décalé et non-traditionnel, mène la jeune Morissette à de nouveaux développements artistiques.

Libérée de son contrat d'enregistrement canadien mais conservant ses liens avec MCA Publishing, Morissette suit les conseils de son nouvel imprésario, Scott Welch, et retourne s'installer à Los Angeles, où elle se fait remarquer par l'auteur-compositeur-producteur Glenn Ballard et le cadre de MCA Guy Oseary et signe avec Maverick Records.

Son premier album chez Maverick, Jagged Little Pill (1995, CDW 45901) est un ensemble mûr et incontestablement personnel de compositions originales de style rock moderne qui se vend à plus de 30 millions d'exemplaires dans le monde entier. Des singles tels que « Ironic », « You Learn » et particulièrement la chanson très controversée « You Oughta Know » font d'elle la porte-parole de sa génération. Jagged Little Pill, un succès phénoménal, devient le premier album d'une femme le plus vendu en Amérique du Nord (il est considéré comme son premier parce que ses deux albums précédents ne sont pas parus sur la scène internationale). Le critique du New York Time Neil Strauss dit que Morissette est « autant une conscience pour le monde introverti du public actuel du rock que la musique folklorique était une voix pour le monde extraverti de la génération précédente ».

Jagged Little Pill rafle les Grammy de 1996, franchissant un nouveau pas et méritant à Morissette quatre des prix les plus convoités : l'album de l'année, la meilleure performance vocale rock d'une femme, la meilleure chanson rock et le meilleur album rock. Beaucoup estiment que les Grammy favorisent trop le style de rock alternatif cru de Morissette : « You Oughta Know » est la première chanson dans l'histoire des nominations aux Grammy qui contient un juron.

Suite à la parution de Jagged Little Pill, Morissette entreprend une tournée d'un an et demi comprenant 252 spectacles dans 28 pays. En 1997, la télévision de la SRC diffuse Alanis Morissette In Concert (financé par Warner Bros. et l'équipe de gestion de Morissette), qui comprend des séquences en plan serré de la chanteuse en tournée. Une vidéo, Jagged Little Pill Live (Maverick 3-38476), produite par Morissette et Steve Purcell, gagne le Grammy (1998) du meilleur vidéoclip de longue durée.

Enregistrements suivants

Après deux ans sans tournée, Morissette rajeunit, voyage en Inde et participe à divers triathlons. Elle refait équipe avec Glenn Ballard pour enregistrer l'album introspectif d'influence indienne Supposed Former Infatuation Junkie (1998, Maverick CDW 47094). L'album remporte les prix Juno du meilleur album et de la meilleure vidéo en 2000 et se vend à plus de sept millions d'exemplaires dans le monde entier.

En 1998, Morissette collabore avec d'autres musiciens. Elle chante notamment sur Before These Crowded Streets (1998, RCA 07863 67660-2) du Dave Matthews Band dans les chansons « Spoon » et « Don't Drink the Water » et sur Vertical Man (1998, Mercury 558 598-2) de Ringo Starr dans les chansons « Mindfield », « Drift Away » et « I Was Walkin ». La même année, sa chanson « Uninvited » est incluse sur la trame sonore de City of Angels (Warner Sunset/Reprise CDW 46867). Aux Grammy de 1999, « Uninvited » ajoute deux prix à la collection de Morissette, celui du meilleur auteur-compositeur rock et de la meilleure performance vocale rock d'une femme.

Après son apparition à Woodstock '99 et sa tournée avec Tori Amos, Morissette sort un album tiré de la série Unplugged à MTV (Maverick CDW 47589). En 1999, elle fait ses débuts à l'écran dans Dogma (v.f. Dogme), dont la trame sonore (Maverick CDW 47597), composée par Howard Shore, comprend sa chanson inédite « Still ».

Morissette est la première à montrer aux autres musiciens que la technologie audio d'Internet peut aider à faire connaître leur musique et permet cette année-là aux amateurs de télécharger gratuitement, à partir de son site, la chanson inédite « Your House ». La chanson est numériquement programmée pour se détruire 30 jours après le téléchargement.

Après 2000

Souhaitant développer sa carrière d'actrice, Morissette apparaît dans les productions off-Broadway de The Vagina Monologues (2000) et The Exonerated (2003). Également en 2000, elle joue dans deux séries télévisées acclamées, Sex and the City (v.f. Sex and The City) et Curb Your Enthusiasm (v.f. Larry et son nombril). En 2004, elle s'intéresse à nouveau au cinéma et joue dans Just One of Those Things (v.f. De-Lovely), un drame musical sur la vie de Cole Porter.

Dans son troisième album en studio, produit de manière indépendante, Under Rug Swept (2002, Maverick 9 47988-2), « Hands Clean » devient un single no 1. Il est suivi de Feast On Scraps (Maverick 2-48409) parue à la fin de 2002, une combinaison DVD/CD de huit chansons inédites des séances d'enregistrement d'Under Rug Swept.

Paru en mai 2004, le quatrième album de Morissette, So-Called Chaos, est coproduit par elle-même, John Shanks et Tim Thorney. Le nouvel enregistrement mise sur les techniques de composition présentées sur ses albums précédents. Morissette dit que son inspiration continue de dériver principalement de conversations internes du courant de la conscience et de journaux intimes.

Style musical

La musique de Morissette est reçue par les critiques de façons totalement différentes. Au milieu des années 1990, son œuvre fait l'objet de nombreux débats dans les médias : soit les critiques louangent sa musique, soit ils la méprisent. Michael Snyder de San Fransisco Chronicle décrit son style musical comme un « mélange habile de musique folklorique confessionnelle et de rock courageux ». Anne Ayers de USA Today applaudit « la technique de composition mûre et établie » de Morissette. Au contraire, Kimberly Reyes de Time qualifie ses paroles de « prétentieuses et d'excessivement littérales » et David Fricke, dans sa critique de Jagged Little Pill dans Rolling Stone déclare que sa musique contient plus « de dispute stylisée que de discussion approfondie ».

Même si les femmes et les hommes sont attirés par la musique de Morissette, son public contient une proportion remarquable de femmes. Elles découvrent que leurs expériences féminines sont profondément exprimées dans les paroles de Morissette.

Engagement

Morissette épouse nombre de causes humanitaires et politiques. En 2001, à la demande de ses collègues artistes, Morissette et l'auteur-compositeur-interprète américain Don Henley soutiennent devant la commission judiciaire du Sénat américain que les musiciens devraient davantage être partie prenante dans le débat naissant entre les services de musique en ligne et les compagnies d'enregistrement. Morissette met l'accent sur le fait que les compagnies d'enregistrement et les artistes auraient intérêt à collaborer au sujet du développement de la technologie et que celle-ci permet une plus grande communication avec le public. « Pour la majorité des artistes, cette soi-disant piraterie [Napster] joue en leur faveur », observe-t-elle, « Napster aide les musiciens moins connus à se créer un public, ce qui se transforme en revenus par les concerts et les ventes ».

En 2001, avec Jackson Browne, James Taylor et d'autres, elle forme la coalition New Power Project, faisant pression contre la politique énergétique du président George W. Bush et le forage pétrolier alaskien. Morissette affiche ses opinions au sujet des problèmes environnementaux sur son site Web. Toujours en 2001, les Amis des Nations Unies lui attribuent leur Global Tolerance Award. En 2003, elle est récompensée du prestigieux prix Patrick Lippert, qui honore des artistes populaires qui s'engagent sur des questions sociales. Elle participe à des concerts-bénéfices dont l'hommage à John Lennon, à New York, pour le contrôle des armes à feu et Musique sans frontières, au bénéfice du Donor Alert Appeal des Nations Unies.

Lors des prix Juno de 2003, Morissette attire l'attention sur Band Aid, une tentative de l'Académie des arts et des sciences de l'enregistrement (CARAS) de combler le manque de programmes de musique à l'école. Morissette fait don d'instruments de musique à une école d'Ottawa.

Expérience d'animation

Quand la CARAS lui demande d'animer les prix Juno de 2004, Morissette déclare qu'elle accepte de présenter la cérémonie essentiellement pour deux raisons. La première est de rendre hommage à la forte tradition d'auteurs-compositeurs-interprètes canadiens : « Dans toutes les entrevues que je fais sur la planète, les gens me demandent constamment : D'où vient chez vous, les Canadiens, cet art du dialogue si impalpable? Il y a une profondeur dans l'art [d'auteur-compositeur-interprète] propre au Canada ». La seconde raison est l'épanouissement personnel : « Je n'ai jamais rêvé animer les Juno », admet-elle, « et c'est probablement pourquoi je le fais, et pour cela, c'est un risque pour moi ». Durant le spectacle, elle donne la première représentation de « Everything », le premier single de So-Called Chaos.

En 2004, Morissette anime un rallye télévisé à Ottawa pour le Dalai Lama, du Tibet. De plus, avec l'acteur Keanu Reeves, elle fait la narration d'une série de documentaires sur le réchauffement de la planète.

Voir L'Encyclopédie canadienne.

Bibliographie

Anne AYERS, « Alanis Morissette : Jagged Little Pill », USA Today (13 juin 1995).

Michael SNYDER, « Morissette burns on American tour », San Francisco Chronicle (17 juil. 1995).

David WILD, « The adventures of Miss Thing », Rolling Stone » (2 nov. 1995).

James HANNAHAM, « Alanis in wonderland », Spin (nov. 1995).

Neil STRAUSS, « New faces in Grammy nominations », New York Times (5 janv. 1996).

Karen BLISS, « One sweet gig », Canadian Musician (juin 1996).

Paul CANTIN, Alanis Morissette : you oughta know (Toronto, 1997).

Jon PARELES, « Alanis Morissette explores the healing power of song », New York Times (1er nov. 1998).

Sarah CHAUNCEY, « Music, meditation and Alanis Morissette », Canadian Musician, XX, no 6 (déc. 1998).

Brian D. JOHNSON, « Alanis in wonderland », Maclean's (25 fév. 2002).

Kimberly REYES, « Review : "Under Rug Swept" by Alanis Morissette »Time (26 mars 2002).

Sandra SPEROUNES, « Confessions of an award show host », Ottawa Citizen (3 avr. 2004).

Timothy WHITE, « Music to mye ars : Morissette's jagged self-healing », Billboard (13 mai 1995).


Music of
Morissette, Alanis