Alberta Watson

​Faith Susan Alberta Watson, actrice (née le 6 mars 1955 à Toronto, en Ontario; décédée le 21 mars 2015 à Toronto).

Faith Susan Alberta Watson, actrice (née le 6 mars 1955 à Toronto, en Ontario; décédée le 21 mars 2015 à Toronto). Actrice de genre, récompensée par un prix Gemini, Alberta Watson a connu une brillante carrière au cinéma et à la télévision qui s’est étalée sur quatre décennies. Réputée pour sa constance et sa fiabilité, elle s’est surtout fait connaître pour ses interprétations dans les séries télévisées La femme Nikita de 1997 à 2001 et 24 lors de la saison 2004‑2005, mais a également offert des interprétations mémorables dans Spanking the Monkey de David O. Russell en 1994, The Sweet Hereafter d’Atom Egoyan en 1997 et Hedwig and the Angry Inch de John Cameron Mitchell en 2001. Elle s’opposait à l’idée d’un système de vedettariat canadien et avait la réputation d’une grande professionnelle sachant prendre des risques.

Premières années

Alberta Watson commence à jouer à l’âge de 15 ans au Theater House of God de la Bathurst Street United Church à Toronto. Elle vit, pendant une courte période, dans une ferme communale à l’extérieur de la ville avec d’autres acteurs avant de retourner à Toronto pour exercer le métier d’actrice, obtenant son premier rôle dans un téléfilm diffusé sur CBC en 1974, Honour Thy Father.

Début de carrière

Aberta Watson obtient son premier rôle important en 1978 dans In Praise of Older Women de Robert Lantos et Claude Héroux. Ce film provocateur suscite des controverses lors de sa première au Toronto Festival of Festivals (devenu le Toronto International Film Festival); toutefois, il remporte dix sélections au Palmarès du film canadien, dont une pour Alberta Watson dans la catégorie Meilleure actrice dans un second rôle.

Alberta Watson poursuit sa carrière en jouant dans la série télévisée diffusée sur CBC The King of Kensington et dans des films de l’ère des abris fiscaux comme Stone Cold Dead en 1979, Dirty Tricks en 1980 et The Soldier en 1982. Elle déménage à Los Angeles et obtient son premier rôle au sein d’une production hollywoodienne en 1983 dans un film d’horreur de Michael Mann, The Keep. Bien que The Keep obtienne essentiellement des critiques négatives, sa performance lui permet d’effectuer des apparitions dans des séries télévisées américaines comme Hill Street Blues, The Equalizer et Law & Order et de décrocher un rôle permanent dans une dramatique diffusée brièvement sur ABC, Buck James. Plus tard, elle se dira déçue des prestations de ses débuts à la télévision, cependant les rôles qu’elle y a tenus ont indubitablement façonné sa carrière, la poussant à rechercher des personnages forts et complexes dans des projets constituant pour elle un défi.

Prise de risques

Lorsqu’elle accepte d’interpréter Susan, la mère séductrice, dans le premier long métrage de David O. Russell de 1994, Spanking the Monkey, une œuvre teintée d’une atmosphère incestueuse, Alberta Watson fait un pari, plusieurs actrices, notamment Susan Sarandon, Faye Dunaway, Jessica Lange et Isabella Rossellini, ayant refusé le rôle avant elle; mais elle, elle le savoure pleinement. Ultérieurement, elle en parlera comme de sa meilleure performance et de son rôle préféré. Elle précise à cet égard : « J’ai accepté ce rôle parce qu’il constituait un sacré défi. Je n’ai ni un nom célèbre ni une image à protéger… Le rôle ne m’a absolument pas effrayé. J’ai attrapé le personnage à bras-le-corps et j’ai essayé d’en faire quelque chose. » Cette comédie noire décalée s’avère constituer un moment déterminant dans sa carrière. Le film remporte le prix du public au Festival du film de Sundance et s’attire des critiques majoritairement positives. Le Washington Post décrit l’interprétation d’Alberta Watson comme « intelligente et sensuelle », tandis que le New York Times estime que l’actrice « se montre totalement en phase avec le ton pince-sans-rire et les sous-entendus du film ».

Alberta Watson est ensuite à l’affiche de plusieurs projets importants, notamment Hackers en 1995, le film qui voit les débuts d’Angelina Jolie dans un rôle principal, et Gotti en 1996, un téléfilm sélectionné pour les Golden Globes et récompensé d’un prix Emmy dans lequel elle joue la femme du tristement célèbre gangster new-yorkais John Gotti. Après avoir vécu dans la région de New York et au New Jersey pendant huit ans, elle revient au Canada et joue en 1996 dans Shoemaker, l’une des premières productions du projet de longs métrages du Centre canadien du film, qui décroche une sélection pour les Prix Génie.

Retour au Canada

En 1997, Alberta Watson interprète Risa Walker, une mère solitaire et endeuillée, dans The Sweet Hereafter, un film d’Atom Egoyan acclamé par la critique. Elle reçoit pour ce film un prix collectif du National Board of Review dans la catégorie Meilleure distribution d’ensemble, contribuant ainsi à la reconnaissance du film à l’étranger. Plus tard, Atom Egoyan en parlera comme d’une actrice « drolatique, intrépide et extrêmement talentueuse ».

Alberta Watson se rapproche de la célébrité avec le rôle de Madeline, qui incarne la puissance de la ruse, dans La femme Nikita, une série d’espionnage canadienne vendue par souscription adaptée du film de Luc Besson de 1990. Les téléspectateurs qui octroient à la série d’excellentes évaluations et lui restent fidèles semaine après semaine adorent son jeu à la fois glacial et profondément touchant. Elle joue dans quatre saisons de la série et effectue une nouvelle apparition lors de la cinquième saison. Elle obtient une sélection pour les Prix Gemini pour son interprétation dans la deuxième saison de La femme Nikita. La série lui vaut un grand nombre d’admirateurs avec lesquels elle dialogue fréquemment sur des sites spécialisés. Elle interprète une dernière fois Madeline, devenue la sénatrice Madeline Pierce, lorsque La femme Nikita est relancée en 2010 sous le titre de Nikita.

En 1998, les médecins diagnostiquent un lymphome pour lequel Alberta Watson suit un traitement. Elle continue cependant à interpréter de nombreux rôles tout en portant souvent une perruque afin de cacher les effets de la chimiothérapie. Elle établit un équilibre entre son travail dans La femme Nikita et des rôles dans des films canadiens, notamment The Life Before This en 1999, Desire en 2000 et Deeply toujours en 2000. Après La Femme Nikita, elle joue dans une série de films indépendants marquants, notamment The Art of Woo en 2001, Hedwig and the Angry Inch de John Cameron Mitchell toujours en 2001, The Wild Dogs de Thom Fitzgerald en 2002 et le téléfilm réalisé en 2001 par Jeremy Podeswa, After the Harvest, pour lequel elle décroche une nouvelle sélection pour les Prix Gemini.

Alberta Watson continue à avoir une activité intense à la télévision, jouant notamment la détective Denise McGoohan dans Chasing Cain en 2001 et Chasing Cain: Face en 2002. En 2004, elle est à l’affiche de The Prince and Me et joue des personnages récurrents dans des séries télévisées comme Show Me Yours et The Newsroom de Ken Finkleman.

Derniers rôles

Alberta Watson fait à nouveau équipe avec Joel Surnow, le cocréateur de La femme Nikita, pour la quatrième saison de sa série dramatique d’action 24. Ce dernier l’admire tellement qu’il ne se contente pas de la réembaucher, mais donne également, en son honneur, le nom d’Alberta Green à l’un de ses personnages. Elle interprète dans la série le rôle d’Erin Driscoll, directrice de l’agence de renseignement fictive qui emploie l’agent opérationnel Jack Bauer, joué par Kiefer Sutherland. Elle élabore son rôle avec les scénaristes pour en faire un personnage qui, quoiqu’imparfait et vulnérable, se montre aussi malin que Jack Bauer.

Parmi les dernières apparitions à l’écran d’Alberta Watson, on trouve notamment des rôles dans des films canadiens et indépendants comme Some Things That Stay en 2004, Citizen Duane en 2006, A Lobster Tale également en 2006 et, toujours en 2006, Away from Her de Sarah Polley qui remporte un prix Génie et dans lequel elle donne la réplique à Gordon Pinsent, un acteur avec lequel elle tourne à nouveau dans The Spine, un film de 2009 de Chris Landreth sélectionné pour les Prix Génie. Elle apparaît également dans The Lookout avec Joseph Gordon‑Levitt en 2007 et dans les séries télévisées Angela’s Eyes en 2006, The Border en 2008 et Heartland en 2010, un rôle pour lequel elle remporte un prixGemini.

En dehors de ses activités d’actrice, Alberta Watson plaide en faveur d’une multiplication du nombre des productions canadiennes et des possibilités offertes aux actrices et aux acteurs locaux. Elle déclare notamment un jour à cet égard : « Je suis mitigée quant à un système de vedettariat canadien. Je ne crois pas avoir jamais voulu être une vedette. Ce que j’apprécie, c’est d’être une actrice ayant la possibilité de faire son métier. Plutôt qu’un système de vedettariat, je préférais simplement que les productions canadiennes se multiplient. Mon souhait, c’est que nos acteurs et nos actrices se voient offrir des possibilités plus nombreuses. »

À l’occasion de son dernier rôle au cinéma dans Helen, un film de 2009 tourné à Vancouver avec Ashley Judd, le magazine Variety parle d’Alberta Watson comme d’une actrice « sous-employée que l’on ne voit pas assez souvent ». Ce jugement s’avère parfaitement pertinent pour une actrice ayant forgé sa carrière sur la base de critiques régulièrement positives pour ses rôles dans des films de moindre envergure; Alberta Watson a prouvé qu’une carrière construite sur la prise de risques et le respect pouvait s’avérer plus gratifiante que la seule recherche de la gloire. Après une longue bataille contre le cancer, elle décède à 60 ans à la suite de complications.

Prix

Meilleure actrice (Exposure), Festival de cinéma de Yorkton (1978)

Meilleure distribution d’ensemble (The Sweet Hereafter), Prix du National Board of Review (1997)

Prix pour l’ensemble de sa carrière à ce jour, Prix Chlotrudis (2008)

Meilleure actrice dans un rôle d’invitée dans une série dramatique (Heartland), Prix Gemini (2011)