​Albertine Lapensée

​Albertine Lapensée (Miracle Maid) était une joueuse de hockey (née le 10 août 1898 à Cornwall, en Ontario, la date et le lieu de sa mort restent inconnus). Albertine Lapensée, pourrait-on dire, est la première joueuse vedette de hockey canadien, l’une des femmes joueuses dont le nom figure dans les journaux sportifs au Canada central dans les années 1915-1918, pendant la Première Guerre mondiale.

Albertine Lapensée (Miracle Maid) était une joueuse de hockey (née le 10 août 1898 à Cornwall, en Ontario, la date et le lieu de sa mort restent inconnus). Albertine Lapensée, pourrait-on dire, est la première joueuse vedette de hockey canadien, l’une des femmes joueuses dont le nom figure dans les journaux sportifs au Canada central dans les années 1915-1918, pendant la Première Guerre mondiale. Ses grands talents au hockey portent certains à croire que cette jeune fille n’était pas de sexe féminin. Les débats sur ce sujet continuent tout le long du XXe siècle.

Carrière au hockey

Albertine Lapensée entre brusquement dans le sport à l’âge de 17 ans pour jouer avec les Victorias de Cornwall, qui ne perdent pas un seul match quand elle y participe. Les journalistes lui font des louanges et ils la surnomment « Miracle Maid » dans tous les journaux anglophones. Les journaux francophones préfèrent le terme « L’étoile des étoiles ». Marquer six buts au cours de la partie n’est pas rare pour elle; sa meilleure partie compte 15 buts dans une victoire de 21 à 0. Les journaux annoncent qu’elle peut marquer un but à volonté.

On connaît très peu sa petite enfance. Elle provient d’une famille avec 11 enfants. Elle naît à Cornwall le 10 août 1898 chez Philippe et Matilde. Une petite notice biographique sur Philippe, publiée en 1940, est le seul compte rendu de son enfance :

« Une de ses enfants, la fameuse Albertine Lapensée, que l’on considère la meilleure joueuse de hockey sur le continent, a appris à jouer au hockey avec ses frères et d’autres garçons sur des ruisseaux et des étangs dans l’Est, prouvant ainsi que ce n’est pas l’environnement favorable qui forme un grand joueur. » (Cornwall Standard Freeholder, le 18 mars 1940)

Albertine Lapensée n’est qu’une adolescente quand la ligue féminine de hockey, qui connaîtra un grand succès, apparaît à Montréal en décembre 1915. La Eastern Ladies’ Hockey League (ELHL) est une création du promoteur de Montréal, Len Porteous. Devant la baissée marquante du profit de l’Aréna Jubilée, situé dans l’est de l’île de Montréal, il forme une ligue féminine, qui comprend quatre équipes, pour vendre plus de billets et plus de temps de glace. La ligue devient célèbre du jour au lendemain. Vers la fin de la première saison, les joueuses jouissent d’une grande renommée au Canada central et dans le nord-est des États-Unis. La ligue féminine de hockey fait fureur, et le hockey devient « à la mode », comme l’annonce un des gros titres d’un journal. Les équipes apparaissent partout dans la région, qui s’étend entre la ville de Québec et la vallée de l’Outaouais.

Albertine Lapensée n’a probablement que 17 ans quand elle participe aux essais avec les Cornwall Nationals, qui change plus tard son nom pour les Victorias, équipe communément appelée les « Vics ». Son talent remarquable n’est aperçu qu’à l’hiver 1916, quand les Vics gagnent de l’attention après avoir battu facilement les meilleures équipes de Montréal et d’Ottawa. Selon les reportages des journaux de Montréal et de Cornwall de 1916-1917, les Victorias sont vraiment « invincibles », comme le disent les gros titres. D’après ces témoignages non officiels, les Vics gagnent 46 matchs de hockey, elles battent leurs adversaires par 200 buts d’écart. Les deux tiers des buts sont marqués par Albertine Lapensée. Le 18 mars 1917, le Montreal Star écrit : « Il est évident qu’elle peut marquer un but quand elle veut. »


Cornwall Victorias (1916–1917)
Nombre de matchs 46
Score 45 victoires, 0 défaite, 1 partie nulle
Buts marqués 228
Buts contre son camp 29
Blanchissages 16
Buts marqués par Lapensée 150

Albertine Lapensée devient rapidement si célèbre qu’elle est choisie comme vedette des expositions lucratives à Cleveland, à Boston et à New York. En février 1917, Le Devoir réclame qu’elle ait « une popularité sans égale dans le monde du hockey ».

Un peu plus tard, Albertine Lapensée commence à demander sa partie des recettes qu’elle contribue à générer avant de se lancer à un match. Le Montreal Star la critique et l’appelle la « prima donna ». Bientôt, elle prend sa retraite à l’âge de 18 ans et elle disparaît. Une source indique qu’elle meurt à New York durant l’épidémie de grippe espagnole (voir Grippe), en 1918, mais ce fait n’a jamais été confirmé, et le petit article sur sa famille, sorti en 1940, prouve qu’elle était encore en vie.

Polémiques et mythe

Les accomplissements d’Albertine Lapensée, jeune joueuse à l’aube du hockey féminin, sont impressionnants et importants. Pourtant, les polémiques à propos de son sexe et le mythe sur l’opération de changement de sexe rendent l’histoire encore plus intéressante.

Albertine Lapensée joue beaucoup mieux que ses rivaux. C’est pourquoi ses adversaires l’accusent d’être un homme. Les polémiques se calment après la déclaration officielle de son équipe et l’attestation du Montreal Star,mais les rumeurs recommencent quand elle part à la retraite.

Après sa retraite, en 1918, le nom d’Albertine Lapensée ne figure dans aucun document historique. Cependant, les rumeurs persistent sur le fait qu’elle s’est fait opérer à New York pour changer de sexe et qu’elle est retournée pour vivre comme un homme à Cornwall. L’histoire officielle de Cornwall (1983) et l’article sur le hockey féminin dans Bibliothèque et Archives Canada présentent cette histoire comme un fait établi, quoiqu’elle ne soit pas fort crédible.

Les documents historiques prouvent qu’Albertine Lapensée naît de sexe féminin et qu’elle demeure une femme après avoir quitté le hockey de compétition. Dans les dossiers concernant la famille Lapensée, Albertine est mentionnée comme fille de ses parents à sa naissance et dans les décennies suivantes. Selon la nécrologie de sa mère (1929) et celle de son père (1940), Albertine est encore en vie : « Madame Albert Schmidt (Albertine), de la ville de New York, celle qui a créé le club de hockey féminin Victorias, et de la ville de Cornwall, connue comme joueuse en 1916 » (Cornwall Standard Freeholder, le 18 mars 1940).

L’article indique qu’Albertine Lapensée se marie avec M. Albert Schmidt, de New York, et demeure une femme jusqu’en 1940. Il n’y a pas de preuve crédible qu’Albertine Lapensée subit une opération pour changer de sexe, d’autant plus que les opérations de cette sorte ne s’effectuent pas en Amérique du Nord jusqu’aux années 1960.

Héritage

Sauf ces deux saisons magiques documentées, la vie d’Albertine Lapensée est en grande partie un mystère. Pourtant, ses accomplissements sportifs de 1916 à 1918 sont impressionnants, et elle mérite d’être connue comme l’une des grandes athlètes canadiennes. Albertine Lapensée était une étoile de hockey à l’aube du hockey féminin de niveau compétitif, une véritable pionnière dans le sport féminin. (Voir aussi Les femmes et le sport au Canada : une histoire)