Alexandra Luke

Alexandra Luke, peintre (née le 14 mai 1901 à Montréal, au Québec; décédée le 1er juin 1967 à Oshawa, en Ontario).

Alexandra Luke, peintre (née le 14 mai 1901 à Montréal, au Québec; décédée le 1er juin 1967 à Oshawa, en Ontario). Alexandra Luke est l’une des deux femmes du groupe d’artistes à l’origine du Groupe des onze, un collectif ontarien préconisant l’art abstrait. S’inspirant du style du Groupe des sept, elle peint d’abord des paysages, avant de découvrir l’art abstrait vers 1933. Elle travaille sans relâche à la promotion de l’art abstrait au Canada. En plus de présenter ses expositions en tant qu’artiste professionnelle, Alexandra Luke enseigne l’art pendant de nombreuses années tout en contribuant au rayonnement de la vie culturelle d’Oshawa.

Jeunesse

Margaret Alexandra Luke voit le jour à Westmount, un quartier aisé de Montréal, avec sa sœur jumelle Isobel. La famille Luke s’installe à Oshawa en 1914. Au terme de leurs études secondaires, Alexandra et sa sœur suivent une formation d’infirmières à l’hôpital Columbia dans la ville de Washington. Après l’obtention de son diplôme en 1924, Alexandra Luke tourne le dos à la profession d’infirmière. Elle revient à Oshawa et épouse peu après Marcus Everett Smith, qui meurt subitement en 1925, à peine quatre mois après leur mariage. Alexandra Luke donne naissance à un garçon en 1926. En 1929, elle épouse Clarence Ewart McLaughlin, petit-fils de Robert Samuel McLaughlin, le fondateur de la McLaughlin Carriage Company, entreprise rachetée par General Motors en 1918. Alexandra Luke donne naissance à une fille en 1930.

Communauté artistique d’Oshawa

L’intérêt d’Alexandra Luke pour l’art se développe grâce à deux femmes d’Oshawa, la première étant Dorothy VanLuven, une professeure d’art, et la seconde, Dorothy Henderson, qui se consacre au développement d’une communauté artistique à Oshawa au début des années 1920. Alexandra Luke contribue à la vie culturelle d’Oshawa en organisant des cours d’art pour enfants dans une école locale, auxquels participent des artistes et enseignants invités. Elle en enseigne elle-même quelques-uns. Dans les années 1930, Alexandra Luke fonde le Oshawa Women’s Lyceum Club et siège à divers conseils d’administration, y compris ceux du Henry House Museum et de l’Oshawa Historical Society. En plus de ces responsabilités sociales, Alexandra Luke peint dans l’atelier situé au troisième étage de sa maison à Oshawa, que l’on appelle Greenbriar.

Alexandra Luke s’intéresse également à la céramique. Elle se joint à un club de poterie, puis ajoute un poste de travail et un four à poterie à son atelier à Greenbriar, où elle donne des cours gratuits aux adultes. Avec Dorothy Van Luven, elle organise 69 expositions à Adelaide House au YWCA, ce qui constitue l’une de ses plus grandes contributions à la communauté artistique d’Oshawa. Bon nombre de ces expositions accordent une place à l’art abstrait. En 1949, Alexandra Luke organise un événement lors duquel on discute du travail d’artistes modernes tels que Picasso, Matisse, Cézanne et Van Gogh.

Formation artistique formelle

Ne commençant à peindre qu’à la fin de la vingtaine, en 1928, Alexandra Luke demeure une artiste autodidacte jusque dans les années 1940. Elle peint d’abord des paysages qui s’inspirent de la tradition du Groupe des sept. Bien qu’elle découvre l’art abstrait vers 1933, elle ne commence à peindre dans un style abstrait qu’en 1943. En 1944, elle rencontre Caven Atkins, un artiste paysagiste ayant étudié à la Winnipeg School of Art à la fin des années 1920. Caven Atkins est plus ou moins impressionné par ses tableaux de paysages, ce qui renforce l’intérêt d’Alexandra Luke envers l’art abstrait. En 1938, elle amène son fils au Nouveau-Mexique pour des raisons de santé, et suit des cours d’art à Santa Fe. À l’époque, le Nouveau-Mexique possède une communauté artistique effervescente, et en plus des leçons d’art, Alexandra Luke en apprend beaucoup sur la spiritualité, ce qui influence ses croyances au sujet de l’art.

Alexandra Luke vit une importante période de transition vers la fin des années 1930 et au cours des années 1940. En 1948, dans le but de se façonner une nouvelle identité artistique distincte de son identité de femme mariée et pour se distinguer de sa belle-sœur, la peintre Isabel McLaughlin, Alexandra Luke laisse tomber son prénom Margaret et commence à utiliser seulement son second prénom, Alexandra, ainsi que son nom de naissance, porté avant son premier mariage. Durant cette période, elle décide également de suivre une formation artistique formelle. En 1945, elle s’inscrit au trimestre estival de la Banff School of Fine Arts, qui sera rebaptisée Banff Centre en 1978. Elle compte parmi ses instructeurs A.Y. Jackson, H.G. Glyde, James Ditchmount, Walter Phillips, ainsi que Jock Macdonald, avec qui elle forge une relation étroite. Jock Macdonald encourage Alexandra Luke à poursuivre dans la voie de l’art abstrait, et partage ses croyances spirituelles. À la suite de son expérience à Banff, Alexandra Luke s’inscrit en 1947 à la Hans Hofmann School of Art à Provincetown, au Massachusetts, sur la recommandation de Joe Plaskett, un artiste de New Westminster, en Colombie-Britannique, rencontré à Banff en 1945. À l’exception de 1950, elle s’inscrit à la session d’été à la Hans Hofmann School chaque année jusqu’en 1952. Alexandra Luke apprend à cette école la technique qui consiste à employer des couleurs vives et des empâtements épais pour conférer à ses tableaux l’impact et la puissance qui leur avaient jusque-là manqué.

Expositions principales

Au cours du premier des quatre trimestres d’été à Banff, Alexandra Luke commence à s’attirer la reconnaissance du public en tant que peintre. Son œuvre Vermillion Lake, réalisée en 1945, est sélectionnée pour une exposition de travaux d’étudiants qui parcourt le Canada en 1945 et 1946. Certaines de ses peintures réalisées à Banff sont également incluses dans une exposition mettant également en vedette Isabel McLaughlin au YWCA Adelaide House à Oshawa en 1946. L’année suivante, le tableau Willows, in Cedardale(v. 1946-1947) est sélectionné pour l’exposition itinérante Canadian Women Artists, qui s’ouvre au Riverside Museum de New York et part en tournée de 1947 à 1950. Le tournant majeur de sa carrière est cependant une exposition d’art abstrait qui a lieu à Oshawa en 1952. L’exposition constitue une étape cruciale dans la formation du Groupe des onze.

Groupe des onze

Au début des années 1950, les peintres canadiens influencés par l’expressionnisme abstrait ne jouissent pas de la même reconnaissance de la part du public et des critiques que leurs homologues américains. Douglas Duncan, de la Picture Loan Society àToronto (où Alexandra Luke tient une exposition solo en 1952), constitue une exception. Alexandra Luke joue un rôle important dans l’organisation d’une exposition d’art abstrait canadien regroupant 26 artistes au YWCA Adelaide House d’Oshawa en 1952. L’exposition s’ouvre en octobre 1952 avant d’être installée à la Hart House à l’Université de Toronto, puis à la Galerie Willistead à Windsor (aujourd'hui l’Art Gallery of Windsor), ainsi que dans des galeries à London, Peterborough, Hamilton, Montréal et Sackville, au Nouveau-Brunswick. L’exposition prend fin en mars 1953. Parmi le groupe participant à l’exposition se trouvent neuf artistes basés à Toronto et à Hamilton qui deviendront des membres fondateurs du Groupe des onze. Alexandra Luke invite les artistes de l’exposition à venir la rencontrer dans son atelier en 1953 pour discuter de l’état de l’art abstrait au Canada, ce qui débouche sur la formation du Groupe des onze. Au cours des années suivantes,Alexandra Luke continue à présenter régulièrement ses œuvres dans diverses expositions. Entre 1952 et 1966, l’année avant sa mort,les œuvres d’Alexandra Luke sont présentées dans 80 expositions de groupe, de même que dans des expositions collectives du Groupe des onze, des expositions en duo et des expositions individuelles. Une rétrospective intitulée Alexandra Luke: A Tribute s’ouvre à la Robert McLaughlin Galleryà Oshawa le 6 juillet 1977. Avant sa mort, Alexandra Luke fait don à la Robert McLaughlin Gallery d’une collection de 81 tableaux, comprenant plusieurs de ses propres œuvres, ainsi que des œuvres du Groupe des sept et de membres du Groupe des onze.