Algonquins

Les Algonquins sont un peuple autochtone ayant historiquement occupé certaines parties de l’ouest du Québec et de l’Ontario, avec pour centre la rivière des Outaouais et ses affluents. « Algonquin » ne devrait pas être confondu avec « Algonquien », qui désigne un groupe linguistique et culturel beaucoup plus grand comprenant des Premières nations telles que les Innus et les Cris. Le recensement de 2016 dénombre 40 880 personnes se disant d’ascendance algonquine.



Canot algonquin
Le canot d'écorce des Algonquins était idéal pour se déplacer sur les rivières et les lacs séparés par d'étroites lignes de partage des eaux ou des portages (oeuvre de Lewis Parker).
Chasse à l'orignal
Les chasseurs algonquins se resserrent pour abattre l'orignal après l 'avoir poursuivi jusqu'à ce que les chiens le forcent à s 'effondrer (oeuvre de Lewis Parker).

Population et territoire

Territoire traditionnel algonquin.
(avec la permission de Victor Temprano/Native-Land.ca)

Les Algonquins sont un peuple autochtone au Canada dont les communautés sont situées dans l’ouest du Québec et dans l’Ontario voisin, avec pour centre la rivière des Outaouais et ses affluents.

« Algonquin » ne devrait pas être confondu avec « Algonquien », qui désigne un groupe linguistique et culturel beaucoup plus grand comprenant les Anishinaabeg, ainsi que les Innus et les Cris.

Le peuple algonquin est étroitement lié aux Ojibwé et aux Outaouais, qui appartiennent eux aussi au groupe culturel connu sous le nom d’Anishinaabeg – aussi appelé Anishinaabek, ou Anishinaabe au singulier.

Le recensement de 2016 dénombre 40 880 personnes se disant d’ascendance algonquine.

Vie avant le contact avec les Européens

Autrefois, une grande partie des bois de l’Est et de la région subarctique était occupée par une multitude de nations algonquines largement indépendantes les unes des autres, qui y vivaient, chassaient et faisaient du commerce. Comme leurs cousins anishinaabeg, les Algonquins résidaient dans des tentes facilement démontables en écorce de bouleau, appelées wigwams, et utilisaient l’histoire orale pour préserver leur culture. Certains groupes vivant plus au sud pratiquaient l’agriculture là où le sol et le climat le permettaient.

Société et culture

Les Algonquins vivaient dans des communautés formées de clans patrilinéaires – ou suivant la lignée familiale masculine – apparentés. Ces clans étaient représentés par des animaux totems comme la grue, le loup, l’ours, le huard et bien d’autres. Ces communautés égalitaires étaient dirigées par des anciens respectés et des chefs de clan. Marier une personne de son propre clan était interdit, même quand celle-ci venait d’une autre communauté.

Les relations de chaque bande algonquine avec les autres groupes autochtones dépendaient surtout des conditions locales. En général, les relations entre communautés voisines étaient tempérées par des liens du sang sans tenir compte de la langue ou d’autres facteurs. Les relations avec les nations haudenosaunee (iroquoises) sont turbulentes, et les conflits les plus violents surviennent aux 17e et au 18e siècles. Cependant, plusieurs Algonquins coexistent paisiblement avec des Iroquois catholiques à Oka, une réserve-mission près de Montréal.

Langue

La langue algonquine, également connue sous le nom d’Omàmiwininìmowin, fait partie de la famille linguistique algonquienne. Le mot Omàmiwininì, racine de Omàmiwininìmowin, est souvent utilisé par les membres de la communauté élargie pour désigner le peuple algonquin de manière particulière.

Le groupe linguistique algonquien comprend plusieurs langues, dont l’atikamekw, le blackfoot, le cri, le wolastoqiyik, le mi’kmaq, l’innu, le naskapi, l’ojibwé et l’oji-cri. Le recensement de 2016 révèle que la langue algonquienne est la plus parlée au Canada, avec environ 175 825 locuteurs. La majorité de ces locuteurs résident au Manitoba (21,7 %); le reste vit au Québec (21,2 %), en Ontario (17,2 %), en Alberta (16,7 %) et en Saskatchewan (16 %).

Toutefois, avec seulement 1 575 locuteurs considérant la langue algonquine comme leur langue maternelle, la langue est jugée menacée. Les communautés algonquines s’efforcent de promouvoir et de préserver leur langue par l’entremise de divers programmes, dont des initiatives d’éducation communautaire et des cours de langue de niveau universitaire.

LE SAVIEZ-VOUS?
La langue algonquine est intimement liée à la toponymie du Canada, étant donné que plusieurs des premiers explorateurs français ont utilisé des mots algonquins pour nommer des caractéristiques topographiques. Par exemple, Québec provient de l’algonquin kébec, qui signifie « là où le fleuve rétrécit ».

Religion et spiritualité

Bien que de nombreux Algonquins soient convertis au christianisme par des missionnaires au fil du temps, de nombreuses croyances et coutumes religieuses algonquines persistent aujourd’hui. L’esprit sous-jacent ou la force de vie de nombreux récits oraux algonquins est le manitou, un être surnaturel prenant la forme de différents personnages, y compris le Windigo, Wisakedjak et Nanabozo.

Histoire coloniale

Les Algonquins sont connus des Européens depuis 1603, lorsque Samuel de Champlain les rencontre en compagnie d’un certain nombre d’alliés à Tadoussac. Tout comme les Innus (Montagnais-Naskapi) et les Hurons-Wendats, ils deviennent alliés des Français dans leurs guerres contre les Haudenosaunee. Afin de faciliter le commerce des fourrures, les groupes algonquins forgent des alliances militaires et commerciales avec leurs partenaires français et autochtones. Pendant cette période, les communautés algonquines sont décimées par les guerres contre les Haudenosaunee et les maladies transmises par les marchands et les missionnaires européens, ce qui a pour effet d’affaiblir leur influence politique et territoriale. (Voir aussi Épidémie.)

Au lendemain de la Grande Paix de Montréal, qui sonne le glas des hostilités avec les Haudenosaunee en 1701, de nombreux Algonquins se mettent à fréquenter Montréal, où ils participent activement au commerce des fourrures. Lorsque, après avoir réduit à néant les Français en Amérique du Nord, les Anglais publient la Proclamation royale en 1763, les Algonquins revendiquent une grande partie du bassin de la rivière des Outaouais. Cependant, ces droits sont de plus en plus menacés par la colonisation européenne.

Au cours du 19e siècle, les communautés algonquines commencent à demander avec de plus en plus d’insistance que le gouvernement mette des terres de côté pour en faire des réserves. Ces communautés sont souvent établies près d’anciens postes de traite, ce qui fait que les terres entourant la réserve sont pour la plupart vendues ou assignées aux colons européens. Le 20e siècle n’améliore pas les choses : la colonisation se poursuit, et la fondation des pensionnats menace de détruire les modes de vie traditionnels des Algonquins.

Plusieurs communautés algonquines portent encore les cicatrices de l’époque des pensionnats – sans parler de l’aliénation culturelle et générationnelle et de la saisie des terres ancestrales –, et sont donc en très piètre état. (Voir aussi Conditions sociales des peuples autochtones au Canada.) Cependant, plusieurs communautés, notamment les Algonquins de Pikwakanagan en Ontario, cherchent à résoudre ces problèmes sociaux omniprésents en mettant en place des programmes de santé communautaire, des garderies, des logements supervisés et d’autres programmes.

Le peuple invisible, Richard Desjardins et Robert Monderie, offert par l'Office national du film du Canada

Vie contemporaine

Plusieurs communautés algonquines continuent à lutter en faveur des droits ancestraux en négociant des traités entre les Algonquins d’Ontario et les gouvernements de l’Ontario et du Canada. En acceptant de négocier, le gouvernement reconnaît que les Algonquins n’ont jamais signé de traité avec la Couronne, et ont donc le droit de revendiquer les terres qu’ils n’ont pas abandonnées.

En octobre 2016, les Algonquins de l’Ontario signent une entente de principe sur la revendication territoriale (soit un pas vers la conclusion d’un contrat définitif) avec les gouvernements canadien et ontarien, couvrant 36 000 km² de terres dans l’est de l’Ontario. Cette entente prévoit le transfert de 117 500 acres (475 505 km2) de terres de la Couronne aux Algonquins de l’Ontario. De plus, les Algonquins recevront des deux paliers de gouvernement un total de 300 millions de dollars et se verront accorder le droit à leurs ressources terriennes et naturelles. Les peuples algonquins du Québec et d’autres nations autochtones, dont les Haudenosaunee, critiquent cette entente de principe, soutenant que le territoire ainsi revendiqué chevauche le leur. On a également du mal à définir qui est considéré comme un Algonquin selon les termes de cette entente. Même s’il faudra probablement encore plusieurs années pour préciser les derniers détails de ce qui constituera le premier traité moderne de l’Ontario, celui-ci demeure un accord historique, dont la négociation aura nécessité 24 ans.


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