André « Dédé » Fortin

André (Dédé) Fortin, auteur, chanteur, musicien, interprète (né le 17 novembre 1962 à Saint-Thomas-Didyme au Saguenay-Lac-Saint-Jean, Québec; décédé le 8 mai 2000, à Montréal).

André Fortin
\u00a9 Marie-Josée Hudon. Toutes les \u0153uvres reproduites sont la propriété de l'artiste. Reproduite avec la permission du Musée des Grands Québécois.

André (Dédé) Fortin, auteur, chanteur, musicien, interprète (né le 17 novembre 1962 à Saint-Thomas-Didyme au Saguenay-Lac-Saint-Jean, Québec; décédé le 8 mai 2000, à Montréal). Réalisateur et leader du groupe québécois Les Colocs, André « Dédé » Fortin est un artiste qui a profondément marqué le paysage musical du Québec. Il estconsidéré comme le porte-étendard de la musique francophone et québécoise des années 1990.

Du cinéma à la formation des Colocs

André Fortin est l'avant-dernier d'une famille de onze enfants. Étudiant en cinéma au début des années 1980, au Cégep du Vieux Montréal, il s’inscrit ensuite, en études cinématographiques à l’Université de Montréal. En 1985, Fortin décroche un emploi comme monteur à la télévision pour différentes émissions telles que Surprise Sur Prise, 100 Limites et le Bulletin d’information de Télé-Métropole. En 1989, il participe au tournage du vidéoclip Libérez le trésor de Michel Rivard.

En 1990, il devient chanteur et leader du groupe Les Colocs. La formation musicale comprend alors Dédé, Louis Léger, Marc Déry (qui quitte le groupe afin de former Zébulon), Jimmy Bourgoing, Patrick di Esposito Napoli et Guy Lapointe. Leur tout premier spectacle a lieu au Tallulah Darling en octobre 1990 et ils se font remarquer dans le cadre du Festival international de rock de Montréal (FIRM) en juin 1991. Par la suite, ils se produisent sur plusieurs scènes montréalaises telles que celles du Café Campus, Le Clandestin, Les Bobards, Les Foufounes Électriques et bien entendu, Le Quai des Brumes, l’un de leurs endroits de prédilection.

Les Colocs (1993)

Le 2116, boulevard Saint-Laurent à Montréal, qu’habitent Louis Léger et Dédé Fortin, devient un espace privilégié et réservé aux échanges, à l’écriture et à la création. C’est là que la joyeuse bande enregistre son premier album éponyme, Les Colocs (1993). À Dédé Fortin se joint Mike Sawatzky (guitare électrique, slide guitare, harmonica et saxophone), Serge Robert (basse, contrebasse et chant) qui fait plus tard carrière sous le nom de Mononc'Serge, Bourgoing (batterie, chœurs et percussions) et d'autres amis comme Robert Finkel et Joel Zifkin. Ce premier album est un véritable succès commercial et se vend à plus de 150 000 exemplaires, ce qui en fait un album de platine au Canada.

La chanson « Julie » est rapidement en tête du palmarès québécois. Insistant pour créer lui-même le vidéoclip par un procédé d’animation image par image, Fortin s’investit entièrement dans ce projet et il en résulte un véritable chef-d'œuvre. En 2001, les Rendez-vous du cinéma Québécois lui décernent, à cet effet, un hommage posthume.

À l’automne 1993, Les Colocs ouvrent le gala de l'ADISQ avec Mara Tremblay et la famille Botte, une troupe de danse inspirée par le Gumboot sud-africain. Le public de la salle du Théâtre Capitole de Québec est renversé par leur interprétation de « Passe-moé la puck ». Fortin tourne ensuite Terreur dans le Chinatown, un court-métrage qu'il scénarise, réalise et dont il assure le montage, tout en préparant une dizaine de chansons pour son spectacle au Club Soda. Le groupe se produit à Paris sur la scène du Pigal's. Fortin entame la soirée avec la chanson

« Séropositif » Boogie composée par Patrick Napoli, son complice de longue date, qui vient de mourir du SIDA.

Astrocetomique (1995)

Le 30 octobre 1995, lors de la soirée du référendum sur la souveraineté du Québec, les Colocs jouent au Medley. La salle est comble et le groupe enregistre, ce soir-là, l'album double Astrocetomique (1995), certifié disque d'or pour des ventes de plus de 50 000 exemplaires. Fortin est amèrement déçu par la réponse des électeurs et la victoire du « Non ». Ses chansons, engagées politiquement et socialement, ont un impact important sur les jeunes francophones puisque ceux-ci s'identifient de près à cet artiste coloré qui remue la population par ses textes originaux et son énergie peu commune lors de ses spectacles.

Le clip Bon Yeu, qui demande la participation d'une centaine de figurants, vivants dans la rue, est chorégraphié par Fortin, avec l'aide de son ami et collègue Éric Henry. Serge Robert quitte la formation en 1995 et est remplacé par le Belge André Vanderbiest à la basse. Les Colocs partent ensuite en tournée pour une douzaine de spectacles en France, en Belgique et en Suisse avant la sortie de leur album Dehors novembre (1998).

Dehors novembre (1998)

Pour l’écriture de cet album, Fortin puise dans ses émotions et modifie en quelque sorte l'image de groupe festif des Colocs. Dehors Novembre avec ses paroles sombres sur fond de musique enjouée aux influences reggae et africaine devient l’un des albums québécois les plus marquants de la décennie 1990. Il est vendu à plus de 100 000 exemplaires au Québec et est certifié platine au Canada.

« Tassez-vous de d'là », dont le refrain en Wolof (langue de la famille Niger-Congo, classée dans la branche nord du groupe atlantique) qui est écrit par El Hadji Diouf, connaît un énorme succès. Les Colocs présentent, par la suite, leurs spectacles à travers tout le Québec.

Héritage et legs artistiques

À l’été 1999, Les Colocs sont applaudis par 40 000 spectateurs sur les plaines d'Abraham et ils remportent le Prix Miroir de la chanson d’expression française du Festival d’été de Québec. Près d’un an plus tard, le 8 mai 2000, Dédé Fortin s'enlève la vie dans son appartement de la rue Rachel. Son décès marque également la fin des Colocs.

Sa famille met sur pied la fondation André Fortin qui se donne pour mission de contribuer aux efforts de prévention du suicide au Québec. En 2001, les anciens membres du groupe enregistrent l’album Suite 2116 en hommage à Fortin et qui comprend des pièces inédites. En 2009, Les Colocs se réunissent afin de mettre en musique le poème « La Comète » que Fortin avait fait parvenir à son gérant la veille de sa mort. Cette chanson posthume qui permet au public d’entendre à nouveau la voix d’André Fortin, se retrouve sur l’album simple Il me parle de bonheur (2009).

Le 13 mars 2009, le film, Dédé à travers les brumes, réalisé par Jean-Philippe Duval, sort sur grand écran au Québec. Acclamé par le public et les critiques, ce film qui remporte plusieurs prix retrace avec sensibilité la vie et la carrière de Dédé Fortin. Sébastien Ricard, acteur et chanteur de la formation Loco Locass incarne Fortin et remporte en 2010, grâce à ce rôle, le Prix Jutra du meilleur acteur. En août 2009, le spectacle Poussières d’étoiles avec les Colocs met en scène les anciens Colocs et leurs collaborateurs. Présenté dans le cadre des Francofolies de Montréal cet événement est l’occasion pour plusieurs montréalais de renouer ou de découvrir l’héritage original d’André Fortin.

Prix et distinctions

Félix de la Découverte de l’année (Les Colocs), ADISQ (1993)

Félix du Meilleur vidéoclip de l'année (« Julie »), ADISQ (1993)

Félix du Groupe de l’année (Les Colocs), ADISQ (1993)

Félix du Réalisateur de vidéoclips de l’année (avec Pierre Lanthier pour « Julie ») ADISQ (1993)

Félix du Groupe rock de l’année (Les Colocs), ADISQ (1999)

Chanson populaire (« Tassez-vous de d’là »), Prix de la SOCAN (1999)

Prix Miroir de la chanson d’expression française (Les Colocs), Festival d’été de Québec (1999)


Autres Québécois remarquables

Lecture supplémentaire

  • Jean Barbe, Autour de Dédé Fortin (Leméac, 2001).

    Philippe Meilleur, André Fortin - L’homme qui brillait comme une comète (VLB Éditeur, 2013).

    Raymond Paquin, Dédé (Quitte ou double, 2004).