Antonio Barichievich (le Grand Antonio)

Antonio Barichievich (né Anton Baričević; surnommé le Grand Antonio), homme fort, lutteur professionnel et acteur québécois d’origine yougoslave (né le 10 ou le 25 octobre 1925 à Zagreb, Yugoslavie; décédé le 7 septembre 2003 à Montréal, Québec).

Le Grand Antonio
\u00a9 Marie-Josée Hudon. Toutes les \u0153uvres reproduites sont la propriété de l'artiste. Reproduite avec la permission du Musée des Grands Québécois.


Les origines de ce personnage haut en couleur sont difficiles à établir. Au fil des années et des entrevues qu’il a accordées dans les médias, Antonio Barichievich a donné différentes réponses, se disant parfois originaire de Croatie ou encore de parents immigrants sibériens. Certains suggèrent l’hypothèse, qu’en raison de sa maîtrise approximative du français, il aurait pu confondre le terme « Sibérie » avec « Serbie ». Il pourrait donc être né en Yugoslavie (aujourd’hui Croatie), mais de parents serbes, ce qui pourrait expliquer son séjour dans un camp de concentration durant la Deuxième Guerre mondiale. La Croatie était alors dirigée par le régime des Oustachis (un mouvement séparatiste croate) qui a emprisonné près de 1 000 000 de personnes d’origine serbe, juive, rom et des Croates pro yougoslaves.

Les années d’exploits et de gloire

Ce géant de 1,93 m arrive au Canada en 1945 ou 1946 à l’âge de 20 ans. Il travaille d’abord dans une cour de matériaux recyclés, en échange d’un logement. Ayant eu vent des exploits de Louis Cyr, de Victor Dellamarre et des frères Baillargeon, il décide de participer à différentes épreuves de force. Dès 1952, il est cité dans le Livre des records Guinness pour avoir tiré sur une voie ferrée de Montréal un train de 433 tonnes sur une distance de 19,8 m. En 1956, il traîne une automobile attachée à ses propres cheveux et en 1960, il établit un nouveau record en tirant quatre autobus urbains et leurs passagers sur la rue Sainte-Catherine à Montréal.

Dans les années 1970, Barichievich entreprend une carrière de lutteur professionnel qui le mène aux quatre coins du monde. En 1971, il passe à deux doigts de devenir champion nord-américain des poids lourds lors d’un combat à Calgary au sein de la Stampede Wresling. Malheureusement, le combat est interrompu par une émeute générale. Dans les années 1980, on l’invite au Japon où il lutte contre de grands champions comme Rikdozan et Antonio Inoki. Il fait également quelques apparitions remarquées dans différentes émissions américaines comme l’Ed Sullivan Show, le Tonight Show et l’émission Real People.

Il obtient quelques rôles au cinéma, parmi lesquels on peut mentionner le succès international La Guerre du feu (1981), un film franco-canadien réalisé par Jean-Jacques Annaud et produit par Denis Héroux et John Kemeny. En 1983, on le retrouve également dans A 20th Century Chocolate Cake (1983) de la Montréalaise Lois Siegel et en 1996, il fait une brève apparition dans l’obscur Abominable homme des neiges du réalisateur américain Michael J. White.

« L’homme le plus fort du monde »

Barichievich, qui n’hésite pas à se dire « l’homme le plus fort du monde », se distingue aussi par son apparence. Pesant 225 kg, le Grand Antonio est reconnaissable par sa barbe et ses longs cheveux négligés. Il porte des vêtements amples et des chaussures de pointure 28! Dans les dernières années de sa vie, Barichievich devient un personnage emblématique des milieux itinérants de Montréal. Résidant dans un minuscule appartement, ce dernier fréquente le quartier Rosemont et les stations de métro du centre-ville où il vend pour quelques dollars des photographies autographiées de ses exploits passés.

Le 7 septembre 2003, on trouve son corps inanimé sur un banc dans une épicerie montréalaise. Décédé d’un arrêt cardiaque à l’âge de 77 ans, sans parents connus, une collecte de fonds de l’organisme Jeunesse au Soleil lui permet d’être enterré décemment.

En 2004, le sculpteur Armand Vaillancourt offre gratuitement à la ville de Montréal une statue à la mémoire du Grand Antonio afin qu’elle soit installée dans le parc Beaubien situé dans le quartier Rosemont où il a longtemps habité. Montréal refuse toujours d’accepter le monument de celui qu’elle considère comme un marginal. Néanmoins, le souvenir du Grand Antonio est toujours bien présent dans la mémoire de nombreux Montréalais et Québécois. Cet homme hors du commun a fait l’objet d’expositions ainsi que de différents ouvrages littéraires et biographiques. En 2008, le groupe québécois Mes Aïeux lui a aussi consacré une chanson sur son album La ligne orange.



Autres Québécois remarquables

Lecture supplémentaire

  • Vivien Bowers, Only in Canada!: from the Colossal to the Kooky (Toronto : Owl Books, 2002).

    Sylvain Laquerre, Le Grand Antonio (Montréal : Amérik Média, 2006).

    André Trottier, The Great Antonio et autres contes de cirque (Outremont : Lanctôt éditeur, 2004).

    Élise Gravel, Le Grand Antonio (Montréal : La Pastèque, 2014).

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