Armée du salut/Salvation Army

Armée du salut/Salvation Army. Organisation religieuse et charitable fondée à Londres par William Booth en 1865. L'Armée du salut commença son oeuvre d'évangélisation au Canada en 1882.

Armée du salut/Salvation Army

Armée du salut/Salvation Army. Organisation religieuse et charitable fondée à Londres par William Booth en 1865. L'Armée du salut commença son oeuvre d'évangélisation au Canada en 1882. Dès l'année suivante, elle utilisait des harmonies et des instruments à vent, des tambours, petites caisses, fifres, violons et concertinas dans diverses combinaisons lors de réunions en plein air ou d'offices à l'intérieur, de concerts dans les parcs et de défilés. Au cours des ans, les harmonies s'uniformisèrent suivant le style des corps de musique britanniques : cornets, flügelhorn, saxhorns, barytons, euphoniums, trombones et bombardons. Les premiers salutistes chantaient aussi avec ardeur dans l'exercice de leur ministère en plein air et accompagnaient souvent leurs chants de concertinas anglais. Durant les premières années, Hamilton, Kingston et Toronto furent d'importants centres d'activité musicale de l'Armée. Celle-ci fut associée de près aux harmonies de cuivres. La première Canadian Staff Band fut formée à Toronto en 1889. En 1914, elle était déjà connue pour la haute qualité de son exécution. La même année, la plupart de ses membres périrent tragiquement lors du désastre de l' Empress of Ireland. Il fallut attendre jusqu'en 1969 pour voir la Canadian Staff Band reconstituée, avec des officiers permanents des quartiers généraux nationaux et des civils venant d'harmonies du centre de l'Ontario. Ces dernières années, ses chefs de musique furent notamment Norman Bearcroft (1969-76) et Robert Redhead (1976-84), suivi de Brian Burditt (1984 -), le premier Canadien et l'unique civil qui ait détenu ce poste. La Canadian Staff Band a effectué des tournées en Grande-Bretagne (1974, 1983, 1990), en Europe (1979), en Suisse et en Norvège (1987), en Nouvelle-Zélande et en Australie (1985). Elle avait aussi 17 enregistrements.à son actif en 1991.

L'activité des harmonies de l'Armée du salut au Canada atteignit probablement son sommet durant les années 1930, alors que se retrouvaient des ensembles bien formés, rattachés à la plupart des groupements (congrégations), même dans les petites villes. Ces harmonies regroupaient souvent (comme elles ont continué de le faire) des immigrants anglais; beaucoup de cuivres au Canada en proviennent. Durant les deux guerres mondiales, les musiciens salutistes furent parmi les meilleurs au sein des harmonies des Forces armées canadiennes et plusieurs harmonies de l'Armée du salut fonctionnèrent comme des unités militaires. Parmi les chefs de musique les plus éminents à avoir été encouragés et formés à l'intérieur du mouvement figurent Norman Audoire à l'Earlscourt Corps de Toronto (v. 1927-30) et à la Citadelle de Montréal (v. 1930-60), Alfred Pearce au Dovercourt Corps de Toronto (1917-31) et Henry Merritt à la Winnipeg Citadel (1930-45). En 1931, Pearce et plusieurs de ses musiciens, s'étant séparés du Dovercourt Corps, s'installèrent à l'église unie Metropolitan où ils formèrent la Metropolitan Silver Band. Dans la période qui suivit la Deuxième Guerre mondiale, Wallace Mason (Earlscourt Citadel), William Habkirk (Dovercourt Citadel), Cliff Gillingham (Vancouver Temple) et Glen Sheperd (London Citadel) furent d'éminents chefs de musique, alors que Morley Calvert (Montreal Citadel), Brian Ring (Earlscourt Citadel) et Fred Merrett (Winnipeg Citadel) se distinguèrent dans les années 1960. Le mouvement migratoire de l'après-guerre qui vidait les centres urbains a incité un grand nombre de congrégations salutistes à déménager dans les banlieues, de sorte que plusieurs harmonies de longue date changèrent de nom : Dovercourt devint Etobicoke Temple, Montreal Citadel s'installa à West Island et Danforth à Agincourt, Earlscourt prit le nom de Yorkminster et Calgary Citadel celui de Glenmore Temple alors que Vancouver Temple alla se fixer à Cariboo Hill. Avant les années 1970, les harmonies d'une certaine importance n'acceptaient pour la plupart que des hommes dans leurs rangs. Mais étant donné que les programmes de musique instrumentale dans les écoles permettent de former de plus en plus d'instrumentistes féminines remarquables, cette tradition n'a plus cours. En 1988, Melody Stepto devenait la première femme membre de la Canadian Staff Band. Eric Abbott, Norman Audoire, Morley Calvert, James Merritt, Percy Merritt et Kenneth Rawlins furent parmi les compositeurs canadiens présents dans les revues traitant de musique d'harmonie. Sous son mandat de secr. musical territorial, Rawlins fit paraître le premier Canadian Band Journal (Toronto 1954, 1963, 1965).

L'apparition de choeurs, ou « brigades chantantes », remonte à 1892. Sans avoir atteint une réputation comparable à celle des harmonies, ces brigades ont assumé néanmoins une importante partie de l'activité musicale au sein de l'Armée. Les principaux directeurs ont été notamment Ben Smith à Peterborough Temple (1926-72), Ed Judge à London Citadel (1940-70) et Eric Sharp à Toronto avec Danforth Citadel (1940-77) et à l'Agincourt Corps par la suite. Roy Chaytor dirigea les Saint John's Temple Songsters (1971-74). En 1978, il entreprit un second mandat à ce poste, qu'il détenait encore au début des années 1990.

À la fin du XIXe siècle, en mettant des « mots célestes sur des airs profanes », les salutistes donnèrent à leur musique un attrait populaire qui leur valut de grandes foules et plusieurs conversions. Jack Addie, qui quitta l'Angleterre et s'établit en Ontario à la fin du XIXe siècle, fut un important promoteur de ce procédé. L'un des pionniers les plus colorés de l'Armée, il est réputé avoir écrit plus de 100 chansons du genre. De nombreux auteurs-compositeurs amateurs publièrent leurs pièces dans la revue Canadian War Cry (Toronto 1884 -) dont le rôle était un peu celui d'un chansonnier hebdomadaire. Au nombre des premiers collaborateurs se trouvaient Tom Mitchell, Aggie Cowan, William Stacie et Annie Fry. The Salvation Soldiers' Songbook (Toronto s.d.), un recueil de textes sans musique fut une autre publication canadienne. Les oeuvres de compositeurs salutistes de plusieurs pays ont été publiées aux quartiers généraux internationaux de l'Armée à Londres. Parmi les premières compositions chorales publiées dans The Musical Salvationist (Londres 1866 -) figurent des oeuvres de Sarah Graham de Lindsay en 1886, Gustavius Grozinsky d'Edmonton en 1895 et William Hawley de Calgary en 1895. Quelques chansons de Canadiens parurent dans le recueil international The Song Book of the Salvation Army publié pour la première fois à Londres en 1930. Un supplément canadien, Songs of Faith (Toronto 1971), inclut plusieurs compositions de Sidney Cox (1887-1975), qui fut à un certain moment officier de l'Armée du salut dans l'Ouest canadien. John Wells (1903-1978), de Vancouver, fut un autre remarquable auteur de musique chorale pour l'organisation. Dans les années 1980, Leonard Ballantine écrivit un grand nombre d'oeuvres chorales, deux volumes de chansons contemporaines et, en collaboration avec Frank Reynolds, une comédie musicale ayant pour titre Beyond the Stars.

L'Armée du salut dispense une éducation musicale par l'entremise de ses harmonies et choeurs de jeunes, ces derniers connus sous le nom de « compagnies chantantes ». De plus, des camps musicaux d'été (inaugurés par Alfred Keith en 1940) s'inscrivent comme un élément important de la formation musicale de l'Armée. En 1990, environ 1300 étudiants fréquentaient les camps musicaux divisionnaires établis dans presque chaque province ainsi que le National Music Camp à Jackson's Point, Ont. Même si les activités des jeunes laissent une certaine place à la musique populaire, dans laquelle de petits groupes sont utilisés comme accompagnement, le répertoire traditionnel des harmonies et les hymnes ont continué à dominer dans les concerts et les offices religieux.

Moins visibles aux carrefours durant les années 1980, les musiciens de l'Armée ont cependant continué à jouer dans les hôpitaux, prisons et autres établissements. Depuis la Deuxième Guerre mondiale, l'Armée s'est intéressée de plus en plus aux festivals, comédies musicales et autres genres de divertissement et son répertoire a carrément évolué. En 1955, le poste de secr. musical pour le territoire fut créé afin d'assurer la coordination de toutes les activités musicales incluant tournées, enregistrements, festivals, émissions de radio et programmes pour camps musicaux. Les titulaires ont été Kenneth Rawlins (1955-68), Norman Bearcroft (1968-76) et Robert Redhead (1976-84), suivi de Brian Burditt en 1985. Dans une large mesure, harmonies et brigades chantantes trouvent leur motivation dans les tournées, les programmes d'échange et la réalisation d'enregistrements hors commerce. En 1989, on comptait au Canada 166 harmonies d'adultes regroupant 2517 membres, 136 harmonies de jeunes réunissant 1170 membres, 220 brigades chantantes totalisant 2381 chanteurs et 185 compagnies chantantes comprenant 1826 membres. Parmi ceux qui ont fait des legs à cet organisme, mentionnons Glenn Gould qui laissa une grande partie de ses biens à l'Armée du salut.


Lecture supplémentaire

  • Avery, Gordon. Companion to the Song Book of the Salvation Army (London 1961)

    Boon, Brindley. Play the Music, Play! (London 1966)

    Royan, Don. 'Salvation Army Band,' Bands By the Bow, compiled by Norman Draper (Calgary 1975)

    MacGuire, Bee. 'Sound the trumpet! Tell the message!' Montreal Scene, 13 Dec 1975

    Moyles, R.G. The Blood and Fire in Canada (Toronto 1977)