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Arthur Evans

Arthur Herbert « Slim » Evans, syndicaliste, organisateur syndical, communiste (né le 24 avril 1890 à Toronto en Ontario; décédé le 13 février 1944 à Vancouver en Colombie-Britannique). Arthur Evans était un défenseur des droits des travailleurs et il a joué un rôle de premier plan dans le mouvement syndical industriel. Il a exercé une grande influence au sein de plusieurs syndicats industriels (Industrial Workers of the World, One Big Union, et la Ligue d’unité ouvrière communiste), et il a été emprisonné à plusieurs reprises pour son militantisme. Arthur Evans est surtout reconnu pour avoir mené la marche sur Ottawa en 1935.

Athur « Slim » Evans

Jeunesse

Arthur Evans naît à Toronto, son père est Samuel Evans, un immigrant anglais, et sa mère est Mary Ann Evans (née Bryan), une immigrante irlandaise. Arthur Evans est le troisième d’une famille de sept enfants, et trois de ses frères et sœurs meurent en bas âge. Ses parents sont de santé fragile, alors il quitte l’école à treize ans et fait divers petits boulots pour subvenir aux besoins de sa famille; il est vendeur de journaux, conducteur d’attelages de chevaux, et éventuellement il devient apprenti charpentier.

Activisme aux États-Unis

En 1911, Arthur Evans quitte Toronto et part pour l’Ouest américain en tant que compagnon charpentier. Il travaille sur des fermes en Saskatchewan avant de s’installer aux États-Unis, où il trouve sa vocation et s’implique dans le mouvement des droits des travailleurs. À Minneapolis, il se joint au Industrial Workers of the World (IWW, également connu sous le nom de « Wobblies »), un syndicat anticapitaliste radical. À cette époque, les syndicats de l’ouest des États-Unis et du Canada organisent des « combats pour la liberté d’expression » afin de résister aux tentatives des autorités municipales d’utiliser les lois sur l’ordre public contre eux. Lors d’un discours qu’il prononce à l’occasion d’un tel événement au Kansas, Arthur Evans est arrêté et emprisonné, bien que, selon ses propres dires, il ne faisait que lire la Déclaration d’indépendance. Il est condamné à trois ans de prison, mais il est libéré quelques mois plus tard après avoir dirigé une grève dans la prison.

En 1913, Arthur Evans se rend à Ludlow dans le Colorado pour participer à une grève des mineurs de charbon. Sur place, il rencontre des figures emblématiques du IWW, comme Joe Hill, « Big Bill » Haywood et Frank Little. En avril 1914, les tentatives militantes de la société minière pour réprimer la grève dégénèrent en ce qui devient connu comme le massacre de Ludlow; la milice attaque un campement de grévistes et tue de nombreux mineurs et leurs familles. Arthur Evans est blessé par balle et hospitalisé pour des blessures à la jambe. Il boite pour le reste de sa vie.

Leader syndical au Canada

Après sa convalescence, Arthur Evans demeure dans le nord-ouest des États-Unis, voyageant, travaillant et poursuivant son engagement auprès des groupes de défense des droits des travailleurs. Il retourne au Canada en 1916 et travaille comme charpentier et mineur en Alberta et en Colombie-Britannique. En 1919, il devient organisateur pour le syndicat nouvellement fondé One Big Union (OBU), l’une des premières organisations syndicales intersectorielles canadiennes, qui est basée à Drumheller en Alberta. C’est à cet endroit qu’il rencontre Ethel Jane Hawkins, fille de mineur, qu’il épouse en 1920.

Le OBU se retrouve immédiatement en opposition avec les syndicats existants ainsi que sous la pression de la législation anti-syndicale du gouvernement fédéral. (L’article 98, ajouté au Code criminel en 1919, interdit essentiellement les groupes syndicaux et autorise des poursuites judiciaires draconiennes contre leurs dirigeants.) Lorsqu’Arthur Evans mène les mineurs de Drumheller dans une grève de solidarité avec la grève générale de Winnipeg de 1919, les grévistes sont confrontés aux propriétaires des mines, au gouvernement de l’Alberta et au syndicat mère, le United Mine Workers of America (UMWA). Arthur Evans est accusé d’avoir détourné des fonds du UMWA pour financer une grève sauvage et il est condamné à trois ans de prison. En réalité, il a utilisé les fonds pour aider les grévistes de Drumheller. Il s’enfuit après avoir été libéré sous caution, mais il est appréhendé et incarcéré au pénitencier de Prince Albert en 1924. Après 14 mois, il bénéficie d’une libération anticipée grâce à une pétition réussie des mineurs qu’il a soutenus.

Arthur Evans et sa femme s’installent à Vancouver, où il travaille comme charpentier et s’implique dans le syndicat des charpentiers. En 1926, il devient membre du Parti communiste du Canada (PCC). Plus tard, en faisant référence à ses nombreuses années d’activisme syndical, il déclare : « Je suis communiste depuis bien plus longtemps que je ne suis membre du Parti communiste. » Il se joint également à la Ligue d’unité des travailleurs (LUO), un syndicat révolutionnaire contrôlé par le PCC et fondé en 1930 qui regroupe notamment des chômeurs.

Leader de grève en Colombie-Britannique

À l’automne 1932, le bureau de la LUO à Vancouver envoie Arthur Evans à Princeton en Colombie-Britannique, à la demande des mineurs de charbon locaux. Ces derniers ont besoin de soutien pour lutter contre des baisses de salaire drastiques et des conditions de travail dangereuses. Les activités d’Arthur Evans, soit des rassemblements de masse et la création de syndicats, ne passent pas inaperçues auprès des autorités, et la police et la GRC sont dépêchées dans la ville. En décembre 1932, durant la grève qu’il contribue à organiser, Arthur Evans est arrêté et inculpé en vertu de l’article 98.

Après sa libération sous caution au début de 1933 (son procès étant prévu en juin), la police et des adversaires locaux d’Arthur Evan s’associent à des membres du Ku Klux Klan pour organiser son enlèvement. Ils capturent Arthur Evans sous la menace d’armes à feu alors qu’il est chez un habitant de Princeton et ils l’embarquent sur un train à destination de Vancouver. Il revient aussitôt, mais il est de nouveau enlevé quelques semaines plus tard et subit le même sort. Ce n’est qu’à l’été de 1933 que son procès et sa peine de 18 mois de prison le font sortir de scène. Comme il est incapable de gagner sa vie et de payer l’hypothèque de sa maison de Vancouver, les autorités évincent sa femme et sa fille de sept ans en avril 1934.

Grève des travailleurs de camps de secours pour chômeurs

Lorsqu’Arthur Evans est libéré de prison en décembre 1934, l’attention du mouvement syndical en Colombie-Britannique s’est maintenant déplacée vers les conditions de vie déplorables des camps de secours pour chômeurs établis par l’administration de R.B. Bennett. Le Syndicat des travailleurs des camps de secours (RCWU), étroitement lié à la LUO, élit Arthur Evans comme organisateur d’une importante grève à Vancouver en avril 1935.

Sous la direction d’Arthur Evans, plus de 1000 travailleurs des camps de secours de toute la Colombie-Britannique se mettent en grève et convergent vers Vancouver. À partir du 9 avril, environ 1500 grévistes participent à des rassemblements, des manifestations et des défilés qui se poursuivent tout au long des mois d’avril et de mai. Ils sont soutenus par des locaux sympathisants et ils sont organisés en une structure rigoureuse de comités conçus et dirigés par Arthur Evans. Les revendications des grévistes comprennent une réforme du système des camps, un programme de travail et de salaires avec salaire minimum, une assurance-chômage, et l’abrogation de l’ article 98 et des lois connexes. Cependant, ni la ville ni le gouvernement provincial ou fédéral ne sont disposés à négocier, et la grève commence à s’essouffler à la fin du mois de mai.

Arthur Evans

Marche sur Ottawa

Le 30 mai 1935, Arthur Evans et les autres grévistes décident de faire part de leurs revendications au premier ministre. Les 3 et 4 juin, plus de 1000 hommes montent à bord de trains de marchandises en direction de l’est, malgré l’opposition formelle de la direction du Parti communiste. Ils ne rencontrent aucune résistance de la part de la police ni du Canadien Pacifique, car il est dans l’intérêt des autorités d’éloigner les grévistes de la ville; la plupart des autorités pensent que la marche perdra rapidement de son élan et qu’elle se dissoudra. (Voir Marche sur Ottawa)

Arthur Evans est lui-même retenu à Vancouver par ses supérieurs de la Ligue d’unité ouvrière, mais ceux-ci l’autorisent à aller rejoindre le convoi à Kamloops et à Golden en Colombie-Britannique. Arthur Evans arrive en avance sur les trains afin d’organiser le financement et l’approvisionnement. À Golden, il procure suffisamment de nourriture pour les grévistes et il leur remonte le moral. Il organise également le reste du convoi avant de retourner à Vancouver. À la demande des autres dirigeants de la grève, la LUO l’autorise toutefois à se joindre au convoi à Medicine Hat en Alberta.

Le 14 juin, le convoi (qui compte désormais environ 2000 hommes) atteint Regina en Saskatchewan. À cet endroit, les compagnies ferroviaires leur refusent tout transport supplémentaire, conformément aux ordres du premier ministre. Refusant de se laisser abattre, Arthur Evans accepte la proposition du gouvernement fédéral de se rendre à Ottawa avec sept autres délégués afin de négocier directement avec R.B. Bennett.

Les pourparlers ont lieu le 22 juin. Arthur Evans est le porte-parole de la délégation des grévistes. La discussion s’envenime lorsqu’Arthur Evans remet en question la politique de R.B. Bennett. Ce dernier réplique en faisant allusion aux accusations de détournement de fonds portées contre Arthur Evans, et celui-ci s’écrie : « Vous êtes un menteur! » R.B. Bennett rejette alors toutes les demandes.

Lorsque la délégation retourne à Regina le 26 juin, Arthur Evans tente d’organiser la poursuite de la manifestation avec d’autres moyens de transport. Mais les fonds s’épuisent et le projet échoue. Le 1er juillet, Arthur Evans prend des dispositions pour dissoudre la manifestation. Le soir même, lors d’un rassemblement sur la place du marché de Regina, la GRC et la police sont présentes pour arrêter les organisateurs. La GRC et la police font des entrées dans la foule qui compte environ 1500 personnes et est majoritairement composée des résidents locaux, dont des enfants, et ils font étalage de leur force avec des équipements de combat et des matraques. Ceci engendre la colère des manifestants présents, et ces derniers lancent des pierres, ce qui dégénère en ce qui est maintenant connu comme l’émeute de Regina. Arthur Evans est rapidement arrêté, mais les émeutes se poursuivent pendant plusieurs heures, faisant deux morts et des centaines de blessés.

Arthur Evans est inculpé en vertu de l’article 98, mais les accusations sont retirées par la suite. Le gouvernement de la Saskatchewan soutient le retour des manifestants dans leurs foyers ou dans leurs campements.

Arthur Evans et ses associés
Arthur Evans à Trail

Vie ultérieure et décès

Après le procès à Regina, Arthur Evans retourne en Colombie-Britannique où il occupe divers emplois et continue son militantisme syndical. Il organise le syndicat des mineurs de la ville de Trail en Colombie-Britannique, et il mène une campagne de financement pour le soutien médical du bataillon Mackenzie-Papineau en 1937-1938. Durant ses dernières années, il travaille dans les chantiers navals de Vancouver pendant la Deuxième Guerre mondiale.

En janvier 1944, après une réunion syndicale, Arthur Evans est frappé par une voiture dans une rue de Vancouver. Il succombe à ses blessures trois semaines plus tard.

Legs

Arthur Evans est largement considéré comme un héros du mouvement syndicaliste. Il est un dirigeant charismatique, et il inspire la loyauté et la discipline même aux plus grandes foules. En organisant la grève des camps de secours pour chômeurs à Vancouver et la marche sur Ottawa, il attire l’attention du public sur la situation désespérée des chômeurs durant la crise des années 1930. Bien que ces actions n’aient pas connu un succès immédiat, elles contribuent au déclin politique de R.B. Bennett et à la fin du système des camps de secours.

La vie d’Arthur Evans est racontée dans un livre coécrit par sa fille, Jean Evans Sheils, intitulé Work and Wages! A Semi-Documentary Account of the Life and Times of Arthur H. (Slim) Evans, 1890–1944. Arthur Evans est également commémoré dans une chanson de Maria Dunn, une autrice-compositrice-interprète d’Edmonton.

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