Atom Egoyan

Atom Egoyan (né Atom Yeghoyan), C.C., membre de l’Académie royale des arts du Canada, scénariste, réalisateur, producteur, artiste (né le 19 juillet 1960 au Caire en Égypte). L’un des réalisateurs canadiens dont le talent est le plus largement reconnu dans le monde, Atom Egoyan exerce une grande influence dans l’univers du cinéma. Productions d’un cinéaste cérébral et peu conventionnel, ses films adoptent souvent un style narratif non linéaire. Ils abordent généralement des thèmes tels que l’exil individuel et le déplacement des populations, les effets aliénants des médias et de la technologie, et les conséquences persistantes des traumatismes et des violences. Ses œuvres les plus célèbres comme The Adjuster, Exotica et The Sweet Hereafter lui ont permis d’être l’un des rares cinéastes canadiens à être considéré, à l’échelle internationale, comme un véritable réalisateur de « films d’auteur ». Parmi les nombreuses récompenses qu’il a glanées au cours de sa carrière, on compte deux sélections aux Oscars, huit prix Génie, cinq prix importants au Festival de Cannes et un Prix de la réalisation artistique attribué par les Prix du Gouverneur général pour les arts du spectacle. Outre le cinéma, il excelle également dans la mise en scène de théâtre et d’opéra et ses installations artistiques lui ont valu de nombreux éloges. Il est compagnon de l’Ordre du Canada et chevalier de l’Ordre des Arts et des Lettres de France.

Atom Egoyan, 3 avril 2016.

Premières années

Les parents d’Atom Yeghoyan, Housep (Joseph) et Shushan, descendent de réfugiés arméniens. Le petit Atom naît en Égypte en 1960. Alors qu’il est âgé de deux ans, sa famille s’installe au Canada, à Victoria en Colombie‑Britannique. Cette expérience de l’exil familial constitue un choc culturel profond dont le cinéaste dira plus tard qu’elle a exercé une influence clé sur sa vie et sur son œuvre. Au Canada, son père adopte « Egoyan » comme nom de famille afin d’en faciliter la prononciation. Alors qu’il est jeune garçon, Atom refuse de parler arménien à la maison. La petite communauté arménienne de Colombie‑Britannique est installée à Vancouver. Cet éloignement offre à la famille Egoyan un accès assez limité à son patrimoine culturel arménien. Les thèmes récurrents du travail d’Atom Egoyan, tels que l’aliénation, le voyeurisme et la poursuite futile de l’épanouissement émotionnel, sont souvent interprétés comme une tentative du cinéaste d’exprimer cette situation de déracinement culturel.

Formation et premières œuvres

Après avoir fréquenté l’école publique à Victoria, Atom Egoyan déménage à Toronto, à l’âge de 18 ans, pour étudier les relations internationales au collège Victoria de l’Université de Toronto. Durant cette période, il redécouvre ses racines en explorant l’histoire et la langue de l’Arménie dans le cadre de ses recherches. Il s’implique fortement dans les activités théâtrales de l’université en tant que dramaturge, rédige des critiques de films pour le journal universitaire et, à l’instar de David Cronenberg avant lui, c’est dans ce contexte qu’il réalise ses premiers court‑métrages. En 1982, il réalise et produit, dans le cadre de sa société de production Ego Film Arts, un court‑métrage, Open House, qui sera diffusé sur CBC.

Next of Kin (1984) et Family Viewing (1987)

Atom Egoyan réalise son premier long‑métrage, Next of Kin, en 1984, une œuvre dans laquelle il introduit déjà plusieurs des thèmes et des questionnements qui constitueront la marque de fabrique de son univers. Ce film, au générique duquel on trouve Arsinée Khanjian, qui deviendra son épouse et sa muse, pour la première d’une longue série de collaborations, suit le personnage principal, interprété par Patrick Tierney, dans sa quête identitaire entreprise par le biais du visionnement de cassettes vidéo, l’une de lui‑même et de sa famille, et l’autre d’une famille d’immigrants arméniens. Ce premier long‑métrage, qui le positionne immédiatement comme un cinéaste talentueux qu’il conviendra de suivre pour la suite de sa carrière, lui rapporte également sa première sélection en tant que réalisateur pour les prix Génie.

Atom Egoyan et Arsin\u00e9e Khanjian au Festival international du film de Toronto, le 5 septembre 2008.

En 1987, il réalise son deuxième long‑métrage, Family Viewing, qui, avec son étude libératrice d’un triangle amoureux à forte connotation incestueuse et avec ses bandes vidéo maison sur lesquelles sont enregistrés des ébats sexuels, met encore plus clairement en lumière les préoccupations thématiques du jeune réalisateur que sont le détachement, le désir et le voyeurisme. Ce film décroche huit sélection aux prix Génie, dont quatre pour Atom Egoyan lui‑même dans les catégories Meilleur film, Meilleur réalisateur, Meilleur scénario et Meilleur montage (conjointement avec Bruce McDonald). Family Viewing reçoit également, en 1987, le prix du meilleur long‑métrage canadienau Festival des festivals de Toronto, devenu depuis le Festival international du film de Toronto, et remporte plusieurs récompenses aux festivals de Berlin et de Locarno.

Premiers travaux pour la télévision

Ces succès ouvrent à Atom Egoyan les portes de la télévision. Il y fait ses gammes de réalisateur dans des séries télévisées tournées à Toronto comme Friday the 13th, en 1987, Alfred Hitchcock Presents, également en 1987 et The New Twilight Zone, en 1989, ainsi que dans des téléfilms canadiens tels que In this Corner, en 1986, et Gross Misconduct: The Life of Brian Spencer, en 1993, tous deux scénarisés par Paul Gross.

Speaking Parts (1989) et The Adjuster (1991)

En 1989, le troisième long‑métrage pour le cinéma d’Atom Egoyan, Speaking Parts, constitue un portrait drolatique et sombre des événements sordides prenant place dans un hôtel. Dans ce film, le réalisateur met en évidence le côté ludique de sa fascination pour la sexualité et la technologie. En 1991, son quatrième long‑métrage, The Adjuster, marque un bond en avant caractérisé par une rupture majeure sur le plan stylistique et esthétique. Le film fait le récit provoquant des jeux érotiques pervers et obsessionnels d’un vendeur d’assurances, interprété par Elias Koteas, d’une femme siégeant dans une commission de censure cinématographique, jouée par Arsinée Khanjian, et d’un couple excentrique, interprété par Maury Chaykin et Gabrielle Rose, qui aime faire participer des inconnus à ses étranges jeux de rôle fantasmatiques. Speaking Parts et The Adjuster sont, l’un comme l’autre, présentés en première au Festival de Cannes et décrochent, à eux deux, sept sélections aux prix Génie, notamment, par deux fois, dans la catégorie Meilleur réalisateur.

Arsinee Khanjian dans le r\u00f4le de Hera, la vedette du film The Adjuster d'Atom Egoyan.

Calendar (1993) et Exotica (1994)

En 1993, dans Calendar, sans doute son film le plus personnel, Atom Egoyan interprète lui‑même un photographe canadien qui retourne en Arménie pour découvrir combien la relation qu’il entretient avec son pays d’origine s’avère ténue. Cette œuvre, qui présente certaines des méditations introspectives les plus sincères du réalisateur sur l’identité culturelle, est sélectionnée pour les prix Génie dans les catégories Meilleur réalisateur et Meilleur scénario.

En 1994, avec Exotica, Atom Egoyan change totalement de style passant de l’essai très personnel qu’était Calendar au film à suspense érotique. Ce nouveau long‑métrage, combinant les caractéristiques d’un film d’art et d’essai et d’une œuvre commerciale accessible à un large public, obtient un vif succès. Il remporte le prestigieux prix FIPRESCI de la critique internationale au Festival de Cannes et devient le film canadien en anglais ayant obtenu les meilleurs résultats à l’exportation depuis Porky’s, une comédie sans prétention, plutôt vulgaire, sortie en 1982. Œuvre chorale ambitieuse à l’intrigue complexe qui tient le spectateur en haleine, Exotica tourne autour de la vie d’un bar de danseuses nues de Toronto, de son patron, de ses employés et de ses clients. Le film obtient, un peu partout dans le monde, d’excellentes critiques, et remporte le prix du meilleur film canadien au TIFF ainsi que huit prix Génie, notamment dans les catégories Meilleur scénario original, Meilleur réalisateur et Meilleur film.

Mettant en vedette Mia Kirshner (\u00e0 gauche) et Don McKellar, le film Exotica d\u2019Atom Egoyan \u00e9tudie les th\u00e8mes de l\u2019ali\u00e9nation, de l\u2019isolement et des responsabilit\u00e9s interpersonnelles sur fond de thriller \u00e9rotique.

The Sweet Hereafter (1997)

On peut dire qu’en 1997, seul David Cronenberg, dont l’influence sur l’œuvre d’Atom Egoyan est évidente et profonde, peut prétendre, parmi les réalisateurs canadiens anglophones, avoir une réputation internationale aussi flatteuse que celle du jeune cinéaste. La montée en puissance du réalisateur torontois d’origine arménienne sur la scène cinématographique internationale se confirme avec éclat, en 1997, avec la sortie de The Sweet Hereafter, son premier long‑métrage dont le scénario constitue une adaptation, en l’occurrence d’un roman de l’Américain Russell Banks. Le film est présenté en première à Cannes où il remporte trois récompenses majeures, dont le Grand Prix, un exploit qui restera inégalé pour un film canadien jusqu’en 2016, avec Juste la fin du monde de Xavier Dolan.

Dans The Sweet Hereafter, une tragédie absolue d’une puissance remarquable, le cinéaste donne à voir la « vie » des résidents d’une petite ville terrassée par le chagrin et le deuil après un horrible épisode traumatique. Ce film constitue, sans conteste, un sommet dans la carrière d’Atom Egoyan. Bien qu’il s’agisse de sa première adaptation, ce nouveau long‑métrage, avec sa méditation, à partir de multiples points de vue, sur la perte, le chagrin et la guérison, porte indubitablement la marque du réalisateur. The Sweet Hereafter obtient un immense succès critique et figure sur plus de 250 listes du type « les dix meilleurs films » établies par des critiques. Il remporte huit prix Génie, notamment dans les catégories Meilleur film et Meilleur réalisateur. Son parcours sur le circuit des récompenses culmine avec deux sélections aux Oscars pour le cinéaste dans les catégories Meilleur scénario adapté et Meilleur réalisateur.

Ian Holm (\u00e0 gauche) et Sarah Polley dans The Sweet Hereafter
On avait \u00e0 l\u2019origine choisi Donald Sutherland pour camper le personnage principal; toutefois, celui-ci s\u2019\u00e9tant retir\u00e9 du film dix jours avant le d\u00e9but du tournage, c\u2019est Ian Holm qui le remplace.

Felicia’s Journey (1999)

En 1999, Felicia’s Journey, le premier film d’Atom Egoyan entièrement tourné à l’extérieur du Canada et le premier à ne pas être produit de façon indépendante (c’est Icon Productions, la société de production de Mel Gibson, qui le produit), s’inspire à nouveau d’un roman, cette foisde l’auteur irlandais William Trevor. Cette œuvre à suspense psychosexuel met en vedette Bob Hoskins dans le rôle d’un tueur distingué et Arsinée Khanjian, qui interprète sa mère, une ancienne chef vedette excentrique de la télévision, émule de Julia Child, immortalisée dans de vieilles vidéos. Felicia’s Journey fait l’ouverture du TIFF en 1999 et remporte quatre prix Génie, notamment dans la catégorie Meilleur scénario adapté.

Ararat (2002)

En 2000, après la réalisation d’une version cinématographique d’une heure de la pièce de Samuel Beckett, La dernière bande, dont Atom Egoyan dira plus tard qu’il s’agit de son film préféré, il se consacre au scénario et à la réalisation d’un ambitieux long‑métrage, Ararat, qui sort en 2002. Mettant en vedette Charles Aznavour, Christopher Plummer, Arsinée Khanjian et Marie‑Josée Croze, Ararat est un drame sur les répercussions personnelles, culturelles et historiques du génocide arménien de 1915 en Turquie (voir également Canadiens d’origine arménienne). Produite par le réalisateur et Robert Lantos, cette mosaïque complexe joue avec les représentations du génocide, d’un tableau d’Arshile Gorky à une mise en abîme par le biais d’un film dans le film dans lequel joue un acteur idéaliste interprété par Bruce Greenwood. L’œuvreest présentée en première mondiale en compétition officielle au Festival de Cannes 2002 et remporte cinq prix Génie, dont celui du Meilleur film.

Atom Egoyan sur le plateau d\u2019Exotica. C\u00e9r\u00e9bral et non conformiste, Atom Egoyan compte parmi les cin\u00e9astes les plus influents et adul\u00e9s de la \u00ab Nouvelle Vague torontoise \u00bb.

Films ultérieurs

Après Ararat,les films d’Atom Egoyan ne remportent plus le même succès critique et ne récoltent plus autant de récompenses, certains d’entre eux étant même purement et simplement décriés. Where the Truth Lies (2005), un film à suspense avec, au générique, Kevin Bacon et Colin Firth interprétant un duo comique impliqué dans le meurtre d’une admiratrice, est tourné avec pour objectif d’opérer une percée dans l’univers des films commerciaux grand public. Toutefois, après la première à Cannes, il est majoritairement mal accueilli par la critique et les recettes aux guichets, aussi bien aux États‑Unis qu’au Canada, ne permettent de récupérer qu’une partie du budget de production de 25 millions de dollars américains, l’œuvre ayant en outre fait l’objet, aux États‑Unis, d’une polémique sur une interdiction aux moins de 17 ans ayant entravé son succès dans ce pays. Le réalisateur, également auteur du scénario, obtient néanmoins un prix Génie pour son adaptation du roman de Rupert Holmes.

En 2008, Adoration, un film beaucoup plus personnel au budget bien plus modeste, met en vedette un élève du secondaire, Devon Bostick, faisant un récit à la fois tortueux et captivant de son exploitation d’Internet pour créer une fiction sur sa propre famille. Adoration exploite la xénophobie ambiante de l’après 11 Septembre, le réalisateur s’appuyant sur sa capacité à raconter des histoires et sur les possibilités offertes par les nouvelles technologies pour réfléchir, encore et encore, sur le caractère insaisissable de la vérité. Adoration remporte le Prix du jury œcuménique du Festival de Cannes, obtient des mentions spéciales du jury aux festivals de cinéma de Hambourg et de Toronto, et permet au réalisateur et scénariste de décrocher une sélection pour les prix Génie dans la catégorie Meilleur scénario original.

L’année suivante, en 2009, Atom Egoyan sort un nouveau long‑métrage, Chloe. Il s’agit d’un film à suspens érotique franchement commercial produit par le magnat de Hollywood Ivan Reitman, dans lequel le réalisateur dirige les vedettes internationales Liam Neeson, Amanda Seyfried et Julianne Moore. Cette nouvelle version de Nathalie…, un film français de 2003, est à nouveau une production étrangère tournée toutefois à Toronto et montrant ce qu’il y a de plus chic et de plus « sexy » dans la Ville Reine. En dépit de critiques mitigées, Chloe devient le plus grand succès commercial du cinéaste, avec des recettes au guichet de près de 12 millions de dollars dans le monde entier.

En 2013, Atom Egoyan réalise Devil’s Knot, un véritable film policier dans la tradition américaine inspiré de faits réels, l’affaire des « trois de Memphis West », mettant en vedette Reese Witherspoon et Colin Firth. Largement éclipsé par des documentaires précédemment réalisés sur ce même sujet, le film obtient des critiques décevantes.

L’année suivante, en 2014, Atom Egoyan revient tourner au Canada avec un film à suspense d’art et essai, The Captive, avec au générique Ryan Reynolds et Scott Speedman. Le film est hué lors de sa première au Festival de Cannes et vaut au réalisateur canadien les pires critiques de sa carrière. David Rooney, du Hollywood Reporter, qualifie l’intrigue du film de « désespérément embrouillée, remplie de clichés et dépourvue de complexité psychologique », écrivant qu’Atom Egoyan « rend une histoire déjà peu crédible encore plus grotesque en en rajoutant dans un style pompeux et pontifiant ». Justin Chang, de Variety, évoque un « film à suspense ridicule traitant d’enlèvement et de captivité, dans lequel un cinéaste qu’on a connu autrement plus inspiré s’autoparodie en se laissant aller à des bassesses cinématographiques qu’il s’était bien gardé d’explorer jusque‑là ». Le réalisateur dira plus tard que la réception de son film à Cannes a constitué « son pire cauchemar ».

Atom Egoyan rebondit en 2015 avec Remember, un film à suspense de vengeance efficace, mettant en vedette Christopher Plummer, qui réalise un véritable tour de force dans le rôle d’un malade, survivant de l’Holocauste, entreprenant de tuer son bourreau nazi. Le film est sélectionné dans quatre catégories aux prix Écrans canadiens, notamment dans celle du Meilleur film.

Opéras et installations artistiques

Atom Egoyan se montre également prolifique dans son travail dans les domaines de l’art, du théâtre et de l’opéra. Ses installations, notamment Return to the Flock en 1996, America, America, exposée en 1997 au pavillon arménien lors de la biennale de Venise et Evidence, une œuvre utilisant des images de Felicia’s Journey, présentée en 1999 dans le cadre de l’exposition Notorious: Alfred Hitchcock and Contemporary Art, s’inscrivent clairement dans la continuité des tendances révélées dans son cinéma. En 2004, il ouvre un cinéma d’avant‑garde à Toronto, le Camera Bar.

Outre ses activités théâtrales durant ses années universitaires, Atom Egoyan est également dramaturge avec Open Arms en 1984 et metteur en scène avec Eh Joe de Samuel Beckett en 2006. En 1996, il met en scène la production de Salome de la Compagnie d’opéra canadienne (COC), qui sera montée à nouveau en 2002 et en 2013. En 1998, il est également l’auteur du livret d’un opéra de chambre, Elsewhereless, une œuvre pour laquelle il collabore avec le compositeur canadien Rodney Sharman. Il coécrit aussi deux chansons et, en 2001, joue de la guitare sur Coke Machine Glow de Gord Downie. Il met en scène la production de la Walkyrie de la COC, présentée en 2004, 2006 et 2014, qui sera récompensée d’un prix Dora. En 2012, il met en scène la production montée par la Canadian Stage de la pièce de Martin Crimp, Cruel and Tender, avec Arsinée Khanjian en vedette. En 2014, il dirige la production de la COC de Così fan tutte.

Style caractéristique

Cérébraux et peu conventionnels, les films d’Atom Egoyan adoptent souvent un style narratif non linéaire et abordent fréquemment des thèmes tels que l’exil individuel et le déplacement des populations, les effets aliénants des médias et de la technologie, et les conséquences persistantes des traumatismes et des violences. Stylistiquement et narrativement, son œuvre est influencée par le détachement clinique, le minimalisme et le parti pris intellectuel dont fait montre David Cronenberg. Cependant, la manière dont ce dernier met à distance les émotions sous‑jacentes de ses personnages est à l’opposé de la passion réelle du premier pour les causes, les effets et les permutations des relations humaines limitées à notre époque de communications électroniques.

Les films d’Atom Egoyan, enracinés dans une quête romantique de réalisation individuelle par le biais de l’intimité, finissent généralement par des épiphanies émotionnelles. Le réalisateur est également capable de produire des moments volontairement profondément comiques et se délecte des interactions formelles entre les images médiatisées, particulièrement lorsqu’elles interfèrent avec la mémoire.

Atom Egoyan a si souvent travaillé avec les mêmes acteurs – Arsinée Khanjian, Gabrielle Rose, David Hemblen, Maury Chaykin, Sarah Polley, Bruce Greenwood, Don McKellar et Elias Koteas –que l’on pourrait considérer qu’il s’appuie sur une véritable troupe à l’image des troupes théâtrales de répertoire. Dans le même ordre d’idées, il collabore régulièrement avec le producteur Robert Lantos, le directeur de la photographie Paul Sarossy, la monteuse Susan Shipton, le compositeur Mychael Danna et le directeur artistique Phillip Barker.

Famille

Atom Egoyan vient d’une famille au sein de laquelle l’art est omniprésent. Ses parents étaient des artistes qui exploitaient un magasin de meubles pour financer leur travail artistique. Sa sœur, Eve Egoyan, est une pianiste accomplie et a joué pour la plupart des bandes originales des films de son frère. À l’image de ce dernier, elle adore conduire des expérimentations formelles. Dans des œuvres telles que EarWitness et Surface Tension, elle explore la relation entre le son et l’image. La femme du réalisateur, Arsinée Khanjian, devenue emblématique de son travail, figure au générique de pratiquement tous ses films. Elle décroche un prix Génie pour sa performance dans Ararat. Leur fils, Arshile, doit son nom au peintre arménien Arshile Gorky, que le réalisateur met en fiction également dans Ararat. En 1995, le cinéaste réalise un court‑métrage, A Portrait of Arshile, dans lequel il joue avec sa femme et avec leur fils, expliquant, en anglais et en arménien, les origines de ce nom. Arshile figure également au générique d’Ararat et a constitué pour son père, en tant que jeune garçon ayant grandi à l’époque d’Internet, une source d’inspiration pour Adoration.

Participation à différentes organisations

Très impliqué au sein de la sphère artistique canadienne, Atom Egoyan siège au conseil d’administration de nombreuses organisations du secteur, notamment le Musée des beaux‑arts de l’Ontario, le Factory Theatre de Toronto, l’Images Festival et REEL Canada, une association à but non lucratif ayant vocation à présenter des films canadiens dans les écoles secondaires. Il a été membre du comité fondateur de la section torontoise de Human Rights Watch et a fait l’objet d’un hommage au festival de cinéma de cette organisation, organisé en 2016 à Toronto. Il a également fait partie de divers comités consultatifs artistiques de financement, notamment pour le Luminato Festival, le TIFF Bell Lightbox, la Toronto Arts Foundation et le Ryerson Image Centre. Il est membre de l’Académie royale des arts du Canada, de la Guilde canadienne des réalisateurs, de la Writers Guild of Canada, de la Directors Guild of America, de la Writers Guild of America et de l’Academy of Motion Picture Arts and Sciences.

Enseignement, recherches et publications

Atom Egoyan a été professeur émérite à l’Université de Toronto pendant trois ans. En 2011, il est devenu chercheur émérite en résidence à l’Université Ryerson à Toronto, où il élabore des projets cinématographiques et théâtraux et encadre des étudiants en arts dramatiques. Ses essais et ses écrits sont largement publiés. Il codirige l’ouvrage Subtitles: On the Foreigness of Film (MIT Press, 2004) et voit ses articles publiés dans le New York Times, le Guardian, le Telegraph, le Village Voice et de nombreuses autres publications. Il donne également des conférences et anime des séminaires, notamment à l’Université de Chicago, à l’Université de Columbia, au Sundance Institute et à l’Université Southern California. En 2009, il a prononcé la conférence David Lean à la British Academy of Film and Television Arts.

Distinctions et influences

Atom Egoyan est l’un des réalisateurs canadiens dont le talent est le plus largement reconnu dans le monde. Il exerce une grande influence dans l’univers du cinéma. The Adjuster et The Sweet Hereafter ont été sélectionnés dans diverses moutures des dix meilleurs films canadiens de tous les temps, le dernier obtenant une troisième place globale en 2015. Le réalisateur canadien d’origine arménienne a également fait partie de plusieurs jurys internationaux dans les festivals de cinéma les plus prestigieux du monde comme ceux de Cannes, de Berlin et de Toronto. En 1999, il a été intronisé officier de l’Ordre du Canada, puis promu compagnon en 2015 « pour ses contributions inédites au cinéma en tant que réalisateur internationalement reconnu et pour son engagement à guider et à mettre en valeur les artistes canadiens ».

Sélection de récompenses

Prix Génie

  • Meilleur film (Exotica) (1994)
  • Meilleur réalisateur (Exotica) (1994)
  • Meilleur scénario original (Exotica) (1994)
  • Meilleur film (The Sweet Hereafter) (1997)
  • Meilleur réalisateur (The Sweet Hereafter) (1997)
  • Meilleur scénario adapté (Felicia's Journey) (2000)
  • Meilleur film (Ararat) (2003)
  • Meilleur scénario adapté (Where the Truth Lies) (2006)

Festival international du film de Toronto

  • Excellence pour une production canadienne (Family Viewing) (1987)
  • Meilleur long‑métrage canadien (The Adjuster) (1991)
  • Meilleur long‑métrage canadien (Exotica) (1994)
  • Meilleur long‑métrage canadien (The Sweet Hereafter) (1997)
  • Meilleur long‑métrage canadien (Mention spéciale du jury) (Adoration) (2008)

Festival de Cannes

  • Prix FIPRESCI (Exotica) (1994)
  • Grand Prix (The Sweet Hereafter) (1997)
  • Prix FIPRESCI (The Sweet Hereafter) (1997)
  • Prix du jury œcuménique (The Sweet Hereafter) (1997)
  • Prix du jury œcuménique (Adoration) (2008)

Autres

  • Ducat d'or (Next of Kin), Festival international de cinéma de Mannheim‑Heidelberg (1984)
  • Prix du jury œcuménique (Family Viewing), Festival international de cinéma de Locarno (1988)
  • Meilleur scénario (Speaking Parts), Festival international de cinéma de Vancouver (1989)
  • Prix spécial du jury, Festival international de cinéma de Moscou (1991)
  • Meilleur long‑métrage canadien (The Adjuster), Cinéfest Sudbury (1991)
  • Meilleur long‑métrage ontarien (The Adjuster), Cinéfest Sudbury (1991)
  • Fourchette d’or (The Adjuster), Festival international de cinéma de Valladolid (1991)
  • Prix spécial du jury (Calendar), Festival international de cinéma de Taormina (1993)
  • Meilleur film canadien (Exotica), Cinéfest Sudbury (1994)
  • Prix des arts médiatiques, Toronto Arts Foundation (1995)
  • Meilleure vidéo alternative (Exotica), Prix de la vidéo pour adultes (1996)
  • Meilleur film ou vidéo canadien de plus de 60 minutes (The Sweet Hereafter), Festival du film de l’Atlantique (1997)
  • Fourchette d’or (The Sweet Hereafter), Festival international de cinéma de Valladolid (1997)
  • Prix du jury de la jeunesse (The Sweet Hereafter), Festival international de cinéma de Valladolid (1997)
  • Meilleur film canadien (The Sweet Hereafter), Toronto Film Critics Association (1997)
  • Meilleur réalisateur (The Sweet Hereafter), Society of Texas Film Critics Awards (1997)
  • Prix de la WGC (The Sweet Hereafter), Writers Guild of Canada (1998)
  • Meilleur film étranger (The Sweet Hereafter), Film Independent Spirit Awards (1998)
  • Fourchette d’or (The Sweet Hereafter), Festival international de cinéma de Vallodolid (1998)
  • Meilleur film étranger (The Sweet Hereafter), Prix Sant Jordi (1999)
  • Taskforce Award, Chlotrudis Awards (2000)
  • Prix de la WGC (Ararat), Writers Guild of Canada (2003)
  • Meilleur film (Ararat), Festival international de cinéma de Fort Lauderdale (2003)
  • Meilleur réalisateur (Ararat), Festival international de cinéma de Durban (2003)
  • Grand Prix (Ararat), Festival international de cinéma de Golden Apricot (2004)
  • Rendu créatif du passé : Littérature, théâtre, cinéma, Prix Dan David (2008)
  • Prix Douglas Sirk, Festival du film de Hambourg (2008)
  • Prix Master of Cinema, Festival de Mannheim‑Heidelberg (2009)
  • Prix Leon Cakoff Humanity, Festival international de cinéma de São Paulo (2011)
  • Temple de la renommée, Prix Chlotrudis (2012)
  • Prix de la réalisation artistique (Cinéma), Prix du Gouverneur général pour les arts du spectacle (2015)
  • Cœur honorifique de Sarajevo, Festival de Sarajevo (2015)
  • Prix Maverick honorifique, Festival du film de Woodstock (2015)
  • Prix du Vittorio Veneto Film Festival (Remember), Festival international de cinéma de Venise (2015)
  • Prix du public (Remember), Festival du film de Mar del Plata (2015)

Distinctions

  • Chevalier de l’ordre des arts et des lettres (1997)
  • Officier, Ordre du Canada (1999)
  • Médaille du jubilé d’or de la reine Élisabeth II (2002)
  • Médaille du jubilé de diamant de la reine Élisabeth II (2012)
  • Membre, Ordre du Canada (2015)

Diplômes honorifiques


Lecture supplémentaire

  • William Beard, « Atom Egoyan: Unnatural Relations » dans Great Canadian Film Directors, sous la direction de George Melnyk (University of Alberta Press, 2007)

  • Tom McSorley, Atom Egoyan’s The Adjuster (University of Toronto Press, 2009)

  • Hamid Naficy, « The Accented Style of the Independent Transnational Cinema: A Conversation with Atom Egoyan », dans Cultural Producers in Perilous States: Editing Events, Documenting Change, sous la direction de George E. Marcus (University of Chicago Press, 1997)

  • Jonathan Romney, Atom Egoyan (British Film Institute, 2003)

  • Image and Territory: Essays on Atom Egoyan, sous la direction de Monique Tschofen et Jennifer Burwell (Wilfrid Laurier University Press, 2007)

  • Emma Wilson, Atom Egoyan (University of Illinois Press, 2009)

Liens externes