Autour du monde avec Joshua Slocum

« Je lâche les rames et ne fais qu’un bond. Je brandis l’ancre au bout de mes bras et la lance par-dessus bord juste au moment où tout chavire. J’attrape le plat-bord et tiens bon alors que le bateau se renverse – je viens de prendre conscience que je ne sais pas nager. »

« Je lâche les rames et ne fais qu'un bond. Je brandis l'ancre au bout de mes bras et la lance par-dessus

bord juste au moment où tout chavire. J'attrape le plat-bord et tiens bon alors que le bateau se

renverse - je viens de prendre conscience que je ne sais pas nager. » - Joshua Slocum, Seul autour du

monde sur un voilier de onze mètres, 1900.

Le capitaine néo-écossais Joshua Slocum part de Boston le 24 avril 1895. Il sera de retour chez lui le 27

juin 1898 après avoir effectué le premier tour du monde à la voile en solo et vécu une multitude

d'aventures.

Slocum est fier d'être néo-écossais, un peuple qu'il décrit comme « vigoureux, robuste, et fort ». Il dit

« être tombé sous le charme de la mer dès les premiers instants. » Il navigue sur de nombreux voiliers et

en commande plusieurs. En 1892, désœuvré, Slocum hésite entre chercher un nouveau commandement, ce qui

est rare, et travailler dans un chantier naval, ce qui coûte cher (cotisation professionnelle élevée).

Une vieille connaissance résout son dilemme en lui offrant un bateau en mal de réparations.

C'est un vieux sloop d'à peine 12 m de long du nom de Spray. D'après les gens du coin, il a été

construit « en l'an 1 ». Ils n'en reviennent pas que Slocum veuillent le retaper. Son travail sur le

bateau s'effectue sous les savoureux commentaires et sinistres prédictions des vieux loups de mer.

Slocum fait fi des oiseaux de mauvais augures; le vieux Spray donne un nouveau sens à vie.

Joshua Slocum

Le petit bateau enfin prêt, Slocum prend la mer. Il a l'intention de croiser Gibraltar, de traverser la

Méditerranée, puis le canal de Suez, vers la mer Rouge et de continuer vers l'est son tour du monde. À

Gibraltar, des officiers de la Marine britannique le persuadent de modifier son itinéraire et de plutôt

poursuivre vers l'ouest pour éviter les nombreux pirates qui écument les deux côtes de la Méditerranée.

Admettant qu'on peut faire le tour du monde dans les deux sens, Slocum fait demi-tour.

Malgré tout, des pirates lui tombent dessus. Slocum doit son salut à énorme vague qui submerge leur

bateau, une felouque, et lui permet de s'enfuir. C'est la première d'une longue série d'aventures et

d'« échappées belle ».

Au large de l'Uruguay, ayant serré la côte de trop près, le Spray s'échoue. En se débattant avec

l'ancre, Slocum se rend compte que, avec le câble, elle est trop lourde. L'eau atteint déjà le

plat-bord. Slocum réussit à faire passer l'ancre au moment où le bateau chavire. C'est alors qu'il prend

conscience qu'il ne sait pas nager. De peine et de misère, il aboutit sur la plage, épuisé et à

demi-noyé. Or, la péripétie connaît un heureux dénouement. Des villageois amènent le garde-côte et

échangent du beurre, du lait et des oeufs contre des biscuits du bateau.

Au fil de son périple, Slocum renoue de vieilles amitiés et en crée de nouvelles, troquant des vivres

selon ses besoins et les occasions. Un de ses échanges avec « un bon Autrichien ayant roulé sa bosse » le

laisse avec un sac de clous à tapis qui s'avéreront plus précieux que de l'or.

Alors qu'il contourne la pointe de l'Amérique du Sud, le Spray tombe sur un coup de vent qui lui fait

faire demi-tour. Sur une mer démontée, le voilier est soufflé près de la côte sud de la Terre de Feu.

Slocum n'a pas d'autre choix que de continuer vers l'est contournant complètement la Terre de Feu. Il va

devoir retraverser tout le détroit de Magellan.

À son deuxième passage, il rencontre un groupe d'indigènes de la Terre de Feu qui lui lancent des

« yammerschooner », une indication qu'ils veulent « lui faire la conversation ». Mis en garde contre les

féroces renégats, surtout leur chef « Pedro le Noir », Slocum ne les laisse pas s'approcher du sloop. Il

les éloigne en tirant un coup devant de leur pirogue. Pendant plusieurs jours, les indigènes continuent

à lui tourner autour. Finalement, excédé et ayant besoin de dormir, Slocum élabore un système ingénieux

pour l'avertir de l'approche des intrus. Il éparpille sur le pont les clous à tapis, la pointe vers le

haut, sachant que personne ne peut marcher sur un clou sans émettre au moins un couinement. Quand, vers

minuit, les harceleurs montent à bord... un concert s'élève.

Le voyage de Slocum est reconnu comme un exploit de matelotage. Il n'est certes pas un navigateur du

dimanche. Par ailleurs, même s'il n’a qu'une troisième année, il est un écrivain accompli, réputé pour

son humour pince-sans-rire. Son livre, Seul autour du monde sur un voilier de onze mètres, ravit les

lecteurs, qu'ils aient le pied marin ou non.