Bataille du Moulin-à-Vent

La bataille du Moulin-à-Vent (Battle of the Windmill) s’inscrit dans une série de raids menés à la frontière canadienne à l’été et l’automne 1838 par les Loges des chasseurs, une société secrète mise sur pied par des rebelles canadiens réfugiés dans le nord des États-Unis après l’échec des rébellions de 1837. Plusieurs milliers d’Américains joignent ce mouvement qui vise à pousser la Grande-Bretagne et les États-Unis à la guerre afin de libérer les provinces canadiennes de la tyrannie britannique. La bataille du Moulin-à-Vent se déroule du 12 au 16 novembre 1838 à proximité de Prescott, au Haut-Canada, et se solde par la défaite des envahisseurs américains. Un mois plus tard, la bataille de Windsor met fin aux incursions américaines et aux rébellions canadiennes.

Bataille du Moulin-\u00e0-Vent
La pointe Prescott Mill sur le fleuve Saint-Laurent

Loges des chasseurs

L’organisation patriotique secrète Loges des chasseurs (Hunters’ Lodges) a été créée par des rebelles canadiens sur le modèle de l’organisation patriotique des Frères chasseurs du Bas-Canada (voir Rébellions de 1837-1838) dans le but de libérer les provinces canadiennes de la servitude britannique. Le mouvement est vite soutenu par des groupes très divers des États frontaliers américains. Au cours de l’été et de l’automne 1838, les Chasseurs tentent plusieurs incursions dans les colonies britanniques, mais ils essuient des défaites cuisantes à Napierville, Lacolle et Odelltown, dans le Bas-Canada, ainsi qu’à Prescott et Windsor, dans le Haut-Canada.

Prescott
Colborne, sir John
Colborne contribue à soulever l'agitation populaire, qui atteint son point culminant lors de la victoire des Réformistes aux élections de 1834 et, par la suite, lors des Rébellions de 1837 dans le Haut-Canada (avec la permission de la Metropolitan Toronto Reference Library/T15073).

La bataille du Moulin-à-Vent, qui se déroule à Prescott du 12 au 16 novembre 1838, est l’une de ces tentatives de provocation à la frontière dont l’objectif est de pousser la Grande-Bretagne et les États-Unis à la guerre. Quelques mois auparavant, dans la nuit du 29 au 30 mai 1838, un groupe de Chasseurs dirigé par William (Bill) Johnston capture et brûle le vapeur britannique Sir Robert Peel alors que celui-ci remonte le fleuve Saint-Laurent à partir de Prescott. Cette attaque ponctuelle convainc le commandant en chef des forces britanniques aux deux Canadas, sir John Colborne, de l’importance de restaurer le fort Wellington, à Prescott, et d’ériger un nouvel abri fortifié (blockhaus). Les travaux débutent à la fin de l’été 1838 et sont suffisamment avancés, lorsque les Chasseurs attaquent en novembre, pour que ces derniers ne puissent bénéficier de l’effet de surprise et réussir leur assaut.

Déroulement de la bataille

Le 12 novembre 1838, le colonel Nils von Schoultz, un Américain d’origine finnoise (considéré par erreur comme un Polonais), échoue la goélette Charlotte à quelques milles en aval de Prescott et prend position avec 250 hommes dans un moulin à vent en pierre de six étages et dans plusieurs maisons à proximité. Un petit navire, l’Experiment, vient couper le trajet de repli de von Schoultz vers les États-Unis tandis que 70 fusiliers marins venus de Kingston par bateau à vapeur et quelque 600 miliciens accourent des comtés environnants. Ces troupes expulsent les Chasseurs de leurs positions avancées, mais ne réussissent pas à s’emparer du moulin à vent.

Bataille du Moulin-à-Vent
Bâtiments bombardés lors de la bataille du Moulin à vent, Prescott
Lieu de la bataille du Moulin-à-vent, Prescott
Vue du moulin à Prescott, Haut-Canada, et des maisons adjacentes telles qu'elles apparaissaient après l'action. Artiste: Henry Francis Ainslie, avril 1839.
Site de la Bataille du Moulin-à-Vent, Prescott

Après deux jours d’escarmouches, le colonel Henry Dundas arrive en renfort avec quatre compagnies du 83e régiment et un obusier. Quand les envahisseurs capitulent le 16 novembre, 137 d’entre eux, dont Nils von Schoultz, sont faits prisonniers. On estime que les Chasseurs ont alors perdu 80 hommes et que les pertes britanniques et canadiennes ont été de 16 soldats tués et 60 blessés.

Le saviez-vous?

Les procès des prisonniers et l’exécution de leurs sentences s’étendent sur plusieurs mois. Onze sont exécutés, dont leur chef von Schoultz qui, malgré l’avis d’un jeune avocat de Kingston (le futur premier ministre John A. Macdonald), décide de plaider coupable. Une soixantaine sont condamnés à l’exil en Australie. D’autres sont acquittés ou encore condamnés, puis pardonnés.

La bataille de Windsor

Le dernier affrontement entre l’armée britannique et les Frères Chasseurs survient le 4 décembre 1838. Vers les 2 heures du matin, environ 140 Chasseurs traversent la rivière Détroit et accostent près de Windsor. Ils mettent le feu à quelques maisons, à des casernes britanniques et à un bateau à vapeur. Rapidement, un détachement britannique de 500 hommes intervient et disperse les rebelles, mettant fin aux incursions américaines en territoire britannique et aux rébellions canadiennes.

Plaque commémorative de la Bataille de Windsor
Plaque située devant la François Baby House à Windsor, Ontario, 2012
Destruction du navire américain, le Caroline
Incendie du bateau à vapeur le Caroline, aux chutes de Niagara, Haut-Canada, dans la nuit du 29 décembre 1837
William Lyon Mackenzie
En décembre 1837, Mackenzie est le chef d'une rébellions dans le Haut-Canada

Entretemps, le 21 novembre 1838, le président américain Martin Van Buren annonce que les Américains qui tenteront des incursions à la frontière, en violation de la loi sur la neutralité américaine dans les affaires canadiennes (adoptée le 5 janvier 1838 dans la foulée de l’affaire du Caroline), n’auront plus droit à la protection une fois de retour aux États-Unis. L’opinion publique, d’abord favorable à la cause des patriotes et des rebelles canadiens, a alors évolué : la plupart des Américains considèrent dorénavant que la neutralité est le meilleur choix possible. Devant faire face à des enjeux comme l’annexion du Texas, l’esclavage, l’expansion vers l’Ouest et la possibilité d’une crise économique, les États-Unis ne peuvent envisager une guerre avec la Grande-Bretagne (voir La jeune République américaine et les rébellions canadiennes de 1837 et 1838). Au cours des mois qui suivent, les Loges des Chasseurs sont progressivement démantelées.

Commémoration

En 1873, le moulin à vent est converti en phare par le ministère canadien de la Marine. Il est utilisé ainsi pendant près d’un siècle. Situé dans la municipalité d’Edwardsburgh‒Cardinal, en Ontario, il a été restauré par un groupe de citoyens et est maintenant ouvert au public. Depuis 1996, il est reconnu comme Lieu historique national de la Bataille-du-Moulin-à-Vent et administré par Parcs Canada.


Lecture supplémentaire

  • Shaun J. McLaughlin, The Patriot War Along the New York-Canada Border (2012).