Best-sellers de langue française

Même si le best-seller, au sens moderne du terme, est un phénomène assez récent au Canada français, il a toujours existé des romans populaires qui rejoignent un lectorat plus vaste grâce à la traduction ou aux éditions européennes.

Best-sellers de langue française

Même si le best-seller, au sens moderne du terme, est un phénomène assez récent au Canada français, il a toujours existé des romans populaires qui rejoignent un lectorat plus vaste grâce à la traduction ou aux éditions européennes. Les chiffres concernant les ventes pour les premiers livres parus au Canada français sont rarement disponibles, mais il est possible d'établir une liste des romans populaires qui ont connu le plus grand succès commercial. En général, le XIXe siècle se démarque par un engouement pour les romans historiques et les récits d'aventures, tandis qu'au XXe siècle, la traduction et surtout les prix littéraires pour oeuvres de langue française, notamment les prix littéraires du Gouverneur général, jouent un rôle de plus en plus important dans la création d'un best-seller.

La situation démographique oblige depuis toujours l'écrivain professionnel canadien-français à rechercher un lectorat international. Il n'est donc pas surprenant de voir que ce sont des immigrants, ou des exilés européens, qui écrivent les best-sellers du XIXe siècle destinés à l'origine au marché étranger. Henri-Émile Chevalier (1828-1879) publie ses « romans-feuilletons », ou romans de quatre sous, dans la série « Drames de l'Amérique du Nord ». L'Ile de sable (1862), dont le titre devient par la suite Trente-neuf hommes pour une femme : Épisode de la colonisation du Canada, abondamment réimprimé à Paris et en traduction américaine, est le roman qui raconte les aventures de pirates, d'autochtones et de personnages historiques qui se vend le mieux. La popularité des livres qui évoquent le pittoresque nord-américain remonte à Des sauvages (1603) de Champlain et persiste jusqu'au XXe siècle.

On se souvient de la série « L'Épopée canadienne » de l'écrivain français Maurice Constantin-Weyer (1881-1961), récipiendaire du prix Goncourt en 1928 pour son roman « canadien » Un Homme se penche sur son passé (1928). Plus récemment, Anne et Serge Golon obtiennent un grand succès populaire avec leur série pour les jeunes dont l'action se déroule dans la Nouvelle-France du XVIIe siècle, notamment avec Angélique et le nouveau monde (1967).

Le plus célèbre best-seller écrit par un étranger mais considéré comme appartenant au patrimoine canadien-français est, bien sûr, Maria Chapdelaine de Louis Hémon (1916). Jusqu'à tout récemment, la traduction de William H. Blake (1921) était la seule oeuvre dont disposaient la plupart des Canadiens anglais pour avoir un aperçu du roman et de la culture canadienne-française.

Quantité de Québécois ont écrit des romans historiques abondamment lus au XIXe siècle mais, de nos jours, ils sont éclipsés par les « romans du terroir », plus sérieux, qui étaient à l'époque approuvés et encouragés par l'Église et qui sont maintenant reconnus par la critique. On classe parmi ces romans historiques l'oeuvre de Philippe-Joseph Aubert de Gaspé (Les Anciens Canadiens, 1863) et celle de Laure Conan (pseudonyme de Félicité Angers). Celle-ci, vivait retirée à La Malbaie et a été l'une des premières écrivaines à vivre entièrement de sa plume.

Rosanna Leprohon (née Mullins), dont la traduction française de sa trilogie « de Villerai » est un succès de librairie alors que le texte original anglais reste plus ou moins ignoré, est accueillie avec enthousiasme par les lecteurs francophones jusque vers les années 20. Le Manoir de Villerai (paru sous forme de feuilleton en 1851 et de livre en 1861), fréquemment réimprimé en français, tarde à être publié en format livre en version originale anglaise.

Le roman du terroir, traité sur un ton ironique ou exploitant le goût du sensationnel, connaît un regain de popularité dans les années 30, avec l'apparition du radio théâtre qui lui redonne un second souffle. Le plus connu et le plus apprécié est sans aucun doute Un homme et son péché (1933) de Claude-Henri Grignon. La série radiophonique ouvre la voie à une série télévisée longtemps diffusée. La cousine de Grignon, Germaine Guèvremont, rédige elle-même le scénario de son roman primé Le survenant (1945) et de sa suite pour des séries radiophoniques et télévisées, longtemps diffusées aussi mais moins populaires. Trente arpents (1938) de « Ringuet » (Philippe Panneton) est le roman du terroir qui passe le mieux à la postérité. Il obtient un succès critique autant que populaire et est traduit en anglais et en allemand après avoir gagné le prix David, le prix Viking et le prix du Gouverneur général.

Au cours des années 30 et 40, la radio permet à de nouveaux courants littéraires de se faire connaître. Elle aide Gratien Gélinas à vendre ses textes sur « Fridolin » et Émile Coderre à publier les poèmes de son personnage « Jean Narrache ». Le réalisme urbain apparaît avec Les plouffe (1948), roman primé de Roger Lemelin, adapté pour la radio et la télévision sous le même titre, en 1952. Seul le succès populaire et critique de Bonheur d'occasion (1945), de Gabrielle Roy, traduit en plusieurs langues après avoir reçu le prix Fémina, dépasse le succès de Lemelin.

La période creuse entre la guerre et la Révolution tranquille voit apparaître les romans à quatre sous de Pierre Daignault. Sous le pseudonyme de « Pierre Sauriol », il écrit, de 1947 à 1966, plus de 900 épisodes hebdomadaires. Il y raconte les aventures d'espionnage de l'« Agent IXE-13 », publiées par les Éditions Police-Journal. Daignault collabore parfois avec Yves Thériault, le plus prolifique des écrivains professionnels reconnus à l'époque. Les deux romans de Thériault sur les peuples autochtones, Agaguk (1958) et Ashini (1961), sont salués par la critique et viennent s'ajouter à plus d'un millier d'histoires et de nouvelles dans lesquelles l'auteur étudie le côté sombre et primitif des pulsions sexuelles et violentes ainsi que leurs manifestations dans la société québécoise.

Le best-seller régional apparaît en force comme un sous-produit du nationalisme culturel de la fin des années 60. Le succès de Jacques Godbout avec Salut Galarneau ! (1967), de Roch Carrier avec La guerre, yes sir ! (1968) et d'Anne Hébert avec Kamouraska (1970), pour ne citer qu'eux, en témoigne. En revanche, dans le vrai sens du terme, le best-seller canadien-français n'apparaît réellement qu'à la fin des années 70. Depuis la publication de Pélagie-la-Charrette (1979) d'Antonine Maillet et de Le Matou (1981) d'Yves Beauchemin, les auteurs régionaux, qui s'expriment dans leur propre langue et qui dépeignent une situation particulière à l'Amérique du Nord francophone, peuvent espérer compter sur un lectorat international plus vaste. En tant que premier roman rédigé par un Canadien et couronné par un prix Goncourt, Pélagie-la-Charrette est assuré d'obtenir le succès de librairie qu'il mérite. Toutefois, aujourd'hui, Beauchemin peut s'enorgueillir d'avoir vendu un million d'exemplaires d'un roman canadien-français.

Voir aussi Littérature populaire de langue française