Librairies

Les premiers libraires au Canada sont Jean Seto et Joseph Bargeas.

Librairies

Les premiers libraires au Canada sont Jean Seto et Joseph Bargeas. Installés dans la région de Montréal dans les années 1840 et 1850, ils importent des livres à l'intention de la classe distinguée, des marchands et de la garnison, c'est-à-dire un modeste lectorat constitué de la petite et de la moyenne bourgeoisie. Le premier libraire de langue anglaise est James Rivington, d'Halifax, qui ouvre ses portes en mai 1761.

Règle générale, les premiers libraires nord-américains servent aussi d'imprimeurs et de relieurs. H.H. Cunningham, de Montréal, est le seul libraire colonial qui aspire à devenir éditeur. Il publie en 1810 The Elements of French Conversation de John Perrin, ainsi que d'autres ouvrages, dont The Canadian Review and Magazine (1824-1826).

Plus tard, d'autres libraires se lancent aussi dans l'édition. Le premier libraire torontois de publications commerciales est Thomas Maclear, qui avait quitté Blackie & Son, à Glasgow, pour venir s'installer à Toronto en 1842. Il achète une librairie et attire des auteurs de renom à sa maison d'édition, y compris Susanna Moodie et Catharine Parr Traill. Au XIXe siècle, les libraires canadiens achètent d'habitude leurs livres de trois types de fournisseurs : directement des éditeurs britanniques, d'imprimeurs américains d'ouvrages pirates britanniques (souvent vendus à une fraction du prix des éditions britanniques), ou auprès d'imprimeurs canadiens qui piratent les ouvrages britanniques ou les reproduisent sous licence.

À compter des années 1850, des libraires de Montréal et de Toronto commencent à agir comme grossistes (agents) d'éditeurs britanniques et américains, et distribuent alors les produits de l'agence aux librairies locales ou rurales. Dans les années 1860, quelques libraires commencent aussi à se lancer dans l'édition. Dans la seconde moitié du XIXe siècle, la croissance du chemin de fer et l'ouverture de kiosques de gare pour la vente de livres empiètent sur le marché des librairies. Dans les années 1880 et 1890, plusieurs librairies doivent fermer boutique, victimes de grands magasins tels que Eaton et Simpson, qui commencent à vendre des livres comme produits d'appel (tactique qui trouve son pendant dans la concurrence contemporaine des librairies à succursales).

Il n'y a pas de chiffres officiels quant au nombre réel de librairies de détail au Canada anglais aujourd'hui. Selon l'annuaire Industrie du livre au Canada (1987), il y en aurait au moins 2000, dont 605 libraires indépendants, 466 succursales, 127 librairies collégiales ou universitaires spécialisées en ouvrages érudits, 290 librairies d'ouvrages religieux ainsi que 319 détaillants qui vendent accessoirement des livres. Environ 45 p. 100 des librairies se trouvent en Ontario, de loin le plus gros marché de nouveaux livres au Canada. La Colombie-Britannique en compte environ 25 p. 100, tandis que les Prairies en ont peut-être 20 p. 100. Les autres 10 p. 100 des librairies de langue anglaise sont disséminées dans les Maritimes et au Québec. Le chiffre d'affaires exact de l'industrie de la vente au détail du livre est inconnu, mais il pourrait atteindre 1,3 milliard de dollars.

La vente d'ouvrages pédagogiques (manuels et matériel didactique) est laissée presque entièrement aux librairies collégiales et universitaires. La plupart des libraires se soucient des « publications commerciales », c'est-à-dire des livres reliés ou brochés qui leur sont vendus par les éditeurs et qui portent sur tout sujet d'intérêt général : romans, biographies, livres de recettes, ouvrages autodidactiques, livres d'art et ainsi de suite. Les publications commerciales ont été qualifiées de livres que les gens n'achètent pas à des fins éducatives ou professionnelles, mais il arrive que des publications commerciales pénètrent le marché des ouvrages pédagogiques. La spécialisation s'accroît parmi les librairies canadiennes, et il n'est pas rare qu'une librairie ne vende que des livres sur la science-fiction, les recettes de cuisine, le théâtre ou un autre domaine précis.

Les ventes de la plupart des libraires canadiens sont fortement tributaires de livres importés, surtout des États-Unis. Au Canada anglais, environ 70 p. 100 des livres vendus en librairie sont d'origine américaine, environ 20 p. 100 sont d'origine canadienne, et le reste est surtout d'origine britannique. Les ouvrages canadiens occupent une place positive et essentielle parmi les ventes en librairie : ils monopolisent souvent la liste des succès de vente à l'automne et à Noël, pouvant ainsi donner lieu à des profits plutôt qu'à des pertes dans le bilan annuel des détaillants de livres.

La vaste majorité des ouvrages américains et britanniques qu'achètent les libraires canadiens proviennent d'agences canadiennes exclusives ou des succursales canadiennes d'éditeurs à l'étranger. Presque toutes les grandes maisons d'édition américaines ou britanniques, peu importe leur taille, ont un bureau au Canada ou ont conclu une entente avec une agence canadienne. Néanmoins, quelques libraires préfèrent acheter leurs titres étrangers directement auprès de grossistes américains ou britanniques.

Presque aucun grossiste canadien ne vend aux librairies, sauf dans le marketing de masse, où des libraires préfèrent s'approvisionner auprès d'un grossiste local. Les titres canadiens s'achètent auprès d'éditeurs qui ont un programme dédié à l'édition canadienne et une entente avec des agences américaines et britanniques ou, encore, qui se consacrent exclusivement à l'édition d'ouvrages canadiens.

La Canadian Booksellers Association (CBA), fondée en 1957, comptait en 1996 environ 1200 membres, et, signe de bonne santé de l'industrie, le nombre d'adhésions ne cesse d'augmenter. L'association accueille aussi dans ses rangs les éditeurs et agents à titre de membres associés sans droit de vote. Chaque année, à l'occasion du grand et dynamique congrès annuel tenu en juin, les éditeurs montent un salon du livre où ils exposent leurs nouveaux titres en prévision de la haute saison, soit l'automne et Noël. Les libraires de tout le Canada prennent une bonne partie de leurs décisions d'achats à cette exposition de la CBA.

Monopoles

En 1985, W.H. Smith fait l'acquisition de Classic Bookshops, qui était alors en difficultés financières. Ainsi, 50 p. 100 du pouvoir d'achat total du marché se trouve entre les mains de deux entreprises. Les libraires indépendants, qui sont les principaux promoteurs des titres canadiens, craignent que la prédominance des chaînes creuse l'écart dans le commerce et accroisse encore plus la marge bénéficiaire des succursales.

Plus la marge des chaînes est élevée, plus elles peuvent offrir au public des remises que les indépendants ne sauraient égaler. Si la tendance amène une réduction du nombre de libraires indépendants, il est prévu que la gamme de livres offerts au public en souffrira. Par contre, les deux grandes chaînes ont rapidement contribué à l'accroissement du nombre de librairies au Canada et fournissent souvent des points de vente dans les localités qui n'en disposent pas.

Taxe

L'histoire des librairies canadiennes est marquée par d'importantes luttes contre la taxe ou les droits sur les livres. Depuis le XIXe siècle, les libraires s'opposent à la taxe sur le savoir. En 1987, une taxe de 10 p. 100 est rétablie sur les livres importés, lors du différend commercial avec les États-Unis, puis supprimée à la suite du tollé dans les médias et des efforts déployés par l'industrie du livre. À l'heure actuelle, les libraires craignent que le régime de taxe sur la valeur ajoutée que le gouvernement envisage s'appliquera aux livres, ce qui en augmentera le coût et en réduira son accessibilité au public.

Magasinage le dimanche

Même si la législation interdisant le magasinage le dimanche a récemment été rejetée ou supprimée dans de nombreuses provinces, les libraires ont dû la combattre pendant des années. La liste des entreprises autorisées à ouvrir le dimanche s'accroît, mais, contrairement aux théâtres et aux cinémas, par exemple, les librairies sont rarement du nombre.

Commandes électroniques

En vue de protéger les sources canadiennes d'approvisionnement en livres, l'industrie du livre, avec la participation active des libraires, envisage de lancer un système commercial de commandes électroniques. Ce système viserait à s'assurer qu'il soit plus efficace pour les libraires du pays d'acheter leurs livres auprès des éditeurs et des agents canadiens de livres importés qu'auprès des grossistes américains (qui n'offrent pas de titres canadiens) ou directement auprès des éditeurs américains.


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