Johnny Bright

John « Johnny » Bright, joueur de football (né le 11 juin 1930 à Fort Wayne, en Indiana, aux États Unis; décédé le 14 décembre 1983 à Edmonton, en Alberta). L’un des porteurs de ballon les plus talentueux de l’histoire de la Ligue canadienne de football (LCF), Johnny Bright semblait promis à une carrière en National Football League (NFL) aux États Unis. En 1951, alors qu’il était en dernière année et jouait au plus haut niveau universitaire aux États Unis, il a été agressé durant un match de la National Collegiate Athletic Association (NCAA). La majorité des gens, dont lui même, ont alors estimé qu’il s’agissait d’une agression raciste. En 1952, il a été choisi en repêchage par les Eagles de Philadelphie en NFL, mais a plutôt accepté une offre des Stampeders de Calgary. Il a joué en LCF pendant 13 saisons, de 1952 à 1964, avec les Stampeders et avec les Eskimos d’Edmonton. En 1959, il est devenu le premier joueur noir à remporter le prix du joueur par excellence de la LCF. Il détient les records de franchise des Eskimos au chapitre des gains au sol, en carrière et à l’occasion d’une seule saison (1958), avec respectivement 9 966 et 1 722 verges.

Enfance

Johnny Bright, élevé par sa mère dans un quartier ouvrier afro‑américain de Fort Wayne dans l’Indiana, est le deuxième d’une fratrie de cinq enfants. Ses frères et lui partagent deux grands lits dans une pièce, tandis que sa mère et sa sœur dorment dans une autre chambre.

À la Central High School de Fort Wayne, Johnny Bright excelle au basketball, au football et en athlétisme, tout en pratiquant également la boxe et le softball. Il contribue à la qualification de son école pour deux demi‑finales du championnat de basketball des écoles secondaires de l’Indiana. En 1945, il remporte le championnat de football de la ville de Fort Wayne et franchit, à l’occasion d’une rencontre d’athlétisme, 3,65 m au saut à la perche avec une perche en bambou.

Carrière universitaire

En 1948, Johnny Bright commence à suivre des cours à la Drake University à Des Moines, en Iowa, grâce à une bourse aux étudiants‑athlètes. À l’époque, les athlètes de la NCAA en première année universitaire ne peuvent pas pratiquer de sports, afin de pouvoir se concentrer sur leurs études. Au cours de sa deuxième année, il se montre excellent en athlétisme, en basketball et en football. Dans ce sport, au poste de quart‑arrière, il cumule des gains de 975 verges par la passe et autant par la course, devenant, avec 1 950 verges de gains, le premier joueur de deuxième année à trôner au sommet du classement dans ce domaine en une seule saison de la NCAA.

Alors qu’il est en troisième année à l’université, en 1950, Johnny Bright décide d’abandonner le basketball et l’athlétisme pour se concentrer sur le football. Cette année‑là, il établit un nouveau record de la NCAA avec un total de gains de 2 400 verges en phase d’attaque (1 322 verges par la course et 1 168 verges par la passe) et contribue à l’obtention, pour une deuxième année consécutive, d’une fiche de 6‑2‑1 par la Drake University.

Incident « Johnny Bright »

Alors qu’il entame sa quatrième année à la Drake University, Johnny Bright suscite de très grands espoirs et est considéré comme un candidat sérieux pour le trophée Heisman, décerné au meilleur joueur universitaire de football aux États‑Unis. Après les cinq premiers matchs de la saison, il est en tête du palmarès de la NCAA au chapitre des gains par la course et des gains totaux avec respectivement 821 et 1 349 verges. Les Drake Bulldogs présentent également, à ce moment‑là, une fiche parfaite de cinq victoires pour aucune défaite.

Le 20 octobre 1951, la Drake University affronte l’Oklahoma A&M (connue aujourd’hui sous le nom d’Oklahoma State University) à l’occasion d’une confrontation clé dans la lutte au sommet de la Missouri Valley Conference. En cas de victoire, la Drake University serait couronnée championne de l’association.

Au cours des sept premières minutes de jeu, Wilbanks Smith, le plaqueur défensif blanc de l’Oklahoma A&M, assène par trois fois à Johnny Bright de violents coups au visage, le troisième de ces coups lui brisant la mâchoire et l’obligeant à abandonner la partie. Finalement, Drake perdra cette rencontre sur la marque de 27‑14. Souffrant d’une commotion cérébrale, le natif de Fort Wayne doit, aussitôt sorti du terrain après cette agression, retourner en Iowa pour être soigné, aucun hôpital de l’Oklahoma n’admettant de noirs en 1951.

En dépit des dénégations de Wilbanks Smith, la plupart des observateurs estiment à l’époque que son attaque a été motivée par des considérations raciales. Dans une série de six photos prises pendant la partie, les photographes John Robinson et Don Ultang du Des Moines Register, qui ont reçu un prix Pulitzer pour leur travail en 1952, montrent sans ambiguïté que Johnny Bright a été frappé alors qu’il se trouvait loin de l’action. Le journaliste Bob Spiegel a également interrogé plusieurs personnes qui ont déclaré avoir entendu un entraîneur de l’Oklahoma A&M et plusieurs joueurs utiliser un langage raciste pour parler du joueur noir de la Drake University et encourager l’agression.

Johnny Bright déclarera plus tard au Des Moines Register : « Je ne vois pas comment cet incident aurait pu avoir des motifs autres que raciaux. » Graham Kelly, auteur de Go Stamps Go! The Story of the Calgary Stampeders, considère, quant à lui, que « Bright a été victime de l’un des incidents racistes les plus horribles de toute l’histoire du sport américain. »

En réaction à cet épisode, la NCAA modifie ses règles et introduit une suspension obligatoire pour tout joueur frappant un autre joueur avec ses avant‑bras, ses coudes ou ses deux mains jointes. Elle rend également obligatoire le port d’un casque protecteur doté d’une grille faciale de protection et d’un protège‑dents.

Cependant, la Missouri Valley Conference n’adressera pas de blâme officiel à Wilbanks Smith, ce qui conduira la Drake University et la Bradley University à quitter l’association en signe de protestation, l’équipe de football de la première réintégrant la Missouri Valley Conference en 1971. Pendant des années, l’Oklahoma A&M (devenue aujourd’hui l’Oklahoma State University) niera l’incident pour finalement s’excuser en 2005.

Johnny Bright obtient un baccalauréat ès sciences en éducation à la Drake University en 1952. À sa sortie de l’université, bien qu’il soit choisi en repêchage par les Eagles de Philadelphie qui jouent en NFL, il décide plutôt d’intégrer l’équipe des Stampeders de Calgary, devenant le premier joueur sélectionné au premier tour du repêchage de la NFL à préférer la LCF. Il faut dire que l’offre des Stampeders était financièrement attrayante et qu’il était préoccupé par la façon dont il pourrait être reçu en NFL : « J’aurais été le premier joueur noir des Eagles. De très nombreux joueurs du Sud arrivaient à ce moment‑là en NFL, et j’étais inquiet du traitement qui aurait pu m’être réservé. »

Stampeders de Calgary (1952 à 1954)

De 1952 à 1954, Johnny Bright occupe au sein de la formation des Stampeders les postes de quart‑arrière, de centre‑arrière et de secondeur. Dès sa première saison au sein de l’équipe, il est sélectionné comme porteur de ballon dans l’équipe des étoiles de l’Ouest et s’inscrit au sommet du classement de la Western Interprovincial Football Union au chapitre des gains par la course avec 815 verges.

Toutefois, il se blesse aux deux épaules durant cette période au sein de la franchise de Calgary qui le libère en 1954, mais il ne reste pas longtemps sans club et signe aux Eskimos d’Edmonton le 31 août 1954.

Johnny Bright brille... à Edmonton (1954 à 1964)

De 1954 à 1956, lors des trois premières saisons à Edmonton de Johnny Bright, les Eskimos remportent les trois premières Coupes Grey de l’histoire de la franchise. À l’occasion de la finale du championnat 1956, il établit un record de la Coupe Grey, qui tiendra jusqu’en 2013, avec un gain de 171 verges par la course.

Lors de ces trois premières saisons, Johnny Bright joue porteur de ballon et secondeur avant d’effectuer la transition au poste de porteur de ballon à temps plein à compter de 1957. Pendant cinq saisons consécutives, de 1957 à 1961, il dépasse la marque de 1 000 verges de gains cumulés par la course et est systématiquement sélectionné dans l’équipe des étoiles de l’Ouest. En 1958, il réalise la meilleure performance de sa carrière à ce chapitre avec 1 722 verges, établissant un nouveau record de la LCF et un record de franchise pour les Eskimos qui tient toujours à ce jour. En 1959, il décroche, pour la troisième fois consécutive, la tête du classement dans ce domaine avec 1 340 verges et est nommé joueur par excellence de la LCF, devenant ainsi le premier Noir à obtenir cette récompense.

Johnny Bright détient un certain nombre de records de franchise pour les Eskimos : gains totaux en carrière par la course (9 966 verges); nombre de parties en carrière avec au moins 100 verges de gains par la course (36) et plus grand nombre de parties en une saison avec au moins 100 verges de gains par la course (16, en 1957). Il partage également, avec George Reed, le record de la LCF pour le plus grand nombre de touchés en carrière lors des éliminatoires (19).

Citoyen canadien et enseignant

En dépit de nombreuses sollicitations pour retourner aux États‑Unis et jouer en NFL, Johnny Bright choisit de rester au Canada. D’une part, sa rémunération est supérieure en LCF et, d’autre part, il poursuit une carrière d’enseignant à Edmonton. Mais au‑delà de ces raisons matérielles, il se sent bien au Canada, précisant : « Ici, je n’ai jamais rencontré aucun problème en raison de ma race. » Il devient citoyen canadien en 1962. À l’issue de sa carrière en LCF en 1964, il occupe un poste de professeur à temps plein, puis de directeur de deux écoles secondaires d’Edmonton : la D.S. MacKenzie Junior High School et la Hillcrest Junior High School. Une école d’Edmonton est nommée en son honneur en 2010.

Johnny Bright décède, alors qu’il n’a que 53 ans, à l’hôpital de l’Université de l’Alberta à Edmonton en 1983, après avoir subi une grave crise cardiaque à l’occasion d’une anesthésie en vue d’une chirurgie du genou non urgente.

Distinctions et récompenses

Temple de la renommée du ​football canadien (1970)
Alberta Sports Hall of Fame (1980)
College Football Hall of Fame [États‑Unis] (1984)


En savoir plus