Canadiens cambodgiens ou khmers (Cambodgio-Canadiens)

L’immigration des Cambodgiens au Canada est relativement récente. De 1980 à 1992, le pays a accueilli plus de 18 000 réfugiés cambodgiens fuyant le régime des Khmers rouges. Ceux-ci se sont installés dans les principales régions urbaines du Canada. Selon le recensement de la population de 2016, 38 490 personnes ont des origines cambodgiennes. Au cours des 40 dernières années, de nombreux Canadiens d’origine cambodgienne se sont distingués, entre autres, l’actrice Ellen Wong, la journaliste Chan Tep et l’artiste- graffiteur FONKi.

Des réfugiés cambodgiens, 1980
Situé à l'est de la Thaïlande, sur des plaines peu boisées et à quelques kilomètres de la frontière cambodgienne, le Centre de détention Khao-I-Dang a été créé en novembre 1979 après la chute des Khmers rouges. Administré par le ministère thaïlandais de l'intérieur et le Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés, il a été conçu pour servir de centre de détention provisoire pour les réfugiés en attendant qu'ils soient rapatriés au Cambodge ou réinstallés dans des tiers pays.
Réfugiés cambodgiens, 1981
Des enfants au camp de Khao I Dang, Thaïlande.
Un camp accueillant les réfugiés cambodgiens, 1983
Vue aérienne du camp Khao I Dang, Thaïlande.

Présentation

Le Royaume du Cambodge est un pays d'Asie du Sud-Est qui s'étend sur près de 181 000 km². Il a des frontières communes avec la Thaïlande, le Viêt Nam et le Laos, et une frontière maritime qui s'avance légèrement dans le golfe de Thaïlande. L'ethnie khmère compose la vaste majorité (90 %) de la population. Le reste comprend des Vietnamiens, des Chinois, ainsi qu’une communauté musulmane, les Chams. On trouve également des Khmers en Thaïlande et au Viêt Nam, que les Khmers appellent aussi Kampuchéa Krom (c’est-à-dire Cambodge du bas, la région du sud du Cambodge intégrée au Viêt Nam du Sud).

Le Cambodge obtient son indépendance en 1953 après presque un siècle de colonialisme français (le Cambodge faisait alors partie de l’Indochine). Le pays connaît alors une longue période de turbulences qui débute à la fin des années 1960, au moment où il prend part à la guerre du Viêt Nam. Le 17 avril 1975, le parti communiste du Kampuchéa, c’est-à-dire les Khmers rouges, s’empare de la capitale Phnom Penh et assure ainsi sa domination sur l’ensemble du Cambodge.

Les quatre années suivantes sont marquées par un régime politique d’une extrême violence envers la population cambodgienne. Dirigés par l’idéologue Pol Pot, les Khmers rouges abolissent la propriété privée, envoient la majorité de la population des villes dans des camps de travail à la campagne et persécutent les minorités ethniques et religieuses. On estime que sur une population de 8 millions d’habitants, de 1,4 million à 2,5 millions de personnes ont péri durant cette période : exécutées, torturées, mises au travail forcé, mortes de famine ou de maladies faute de soins médicaux.

Des réfugiés cambodgiens en Thaïlande à la fin des années 1970
Un petit réfugié cambodgien au camp de Kao-I Dang, Thaïlande, 1979
Réfugiés cambodgiens, Thaïlande, 1980
Camp de réfugiés cambodgiens, Aranyaprathet, Thaïlande
Un camp de réfugiés cambodgiens en Thaïlande, 1979
Vue du camp Sakaeo où des réfugiés cambodgiens ont établi des abris temporaires
Des réfugiés cambodgiens reçoivent une ration de nourriture dans un camp en Thaïlande, 1979
Réfugiés cambodgiens au camp de Khao I Dang, Thailand, 1988
Réfugiés cambodgiens au camp de Khao I Dang, Thailand, 1979
Réfugiés cambodgiens au camp de Khao I Dang, Thailand, 1979
Des enfants réfugiés au camp de Khao I Dang, Thaïlande, 1980
Des réfugiés du Kampuchea (Cambodge) arrivent au camp de Khao I Dang, Thaïlande, 1980
Réfugiés cambodgiens au camp de Khao I Dang, Thailand, 1988

En décembre 1978, les troupes vietnamiennes envahissent le Cambodge et renversent le régime des Khmers rouges. Le nouveau gouvernement provietnamien proclame la République populaire du Kampuchéa en janvier 1979. À la fin de l’année, près de 500 000 Cambodgiens ont déjà fui vers les pays voisins. Le conflit entre le nouveau régime provietnamien et les partisans des Khmers rouges se poursuit jusqu’en 1989.

Le Cambodge est actuellement une démocratie multipartite avec une monarchie constitutionnelle.

Histoire migratoire et réinstallation

La majorité des Cambodgiens présents au Canada sont des réfugiés du régime des Khmers rouges arrivés dans les années 1980. De 1980 à 1992, le Canada accueille 18 602 réfugiés cambodgiens (dont 25 % sont d’origine chinoise) en provenance de camps thaïlandais administrés par le Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR). Ces réfugiés sont réinstallés dans les régions urbaines de l'ensemble du Canada, surtout à Vancouver, Calgary, Edmonton, Toronto, Ottawa, Gatineau et Montréal. Le Québec comptait déjà une petite communauté de gens d’affaires et d’étudiants cambodgiens établis avant 1975. Cette présence a facilité quelque peu la transition pour les nouveaux immigrants dans cette province. En effet, dans les années 1950 et 1960, environ 200 étudiants cambodgiens se sont installés au Québec après y avoir fait des études universitaires grâce au programme de bourses du Plan de Colombo. Ces derniers ont pu agir en tant qu'interprètes auprès des nouveaux arrivants, ce qui a favorisé l’apprentissage de la langue française. Les Cambodgiens qui se sont installés au Québec se sont ainsi adaptés plus aisément qu’ailleurs au Canada.

Dans les autres provinces canadiennes en effet, la réinstallation des réfugiés cambodgiens a posé plusieurs défis. Peu scolarisés (3 % ont terminé leurs études primaires et 2 % leurs études secondaires) et issus des régions rurales, peu d’entre eux (seulement 8 %) savent parler l’anglais ou le français à leur arrivée. Bon nombre de Cambodgiens adultes ont eu de la difficulté à apprendre l’une des deux langues officielles et ont dû accepter des emplois demandant peu d'expertise et mal rémunérés. Ils œuvrent notamment dans le secteur manufacturier ou occupent des emplois saisonniers dans le secteur agricole. Par ailleurs, nombre de jeunes Canadiens d’origine cambodgienne ont poursuivi des études supérieures et travaillent aujourd’hui dans des domaines professionnels.

Les Vietnamiens-Cambodgiens et les Chinois-Cambodgiens se sont, quant à eux, intégrés aux grandes communautés vietnamiennes et chinoises déjà présentes au Canada. Par ailleurs, il a été difficile d’assurer une aide en matière d’orientation et de programmes sociaux aux réfugiés cambodgiens en raison du manque de connaissances de la culture khmère et, également, du manque d’interprètes. Lors du recensement canadien de 2016, 38 490 personnes se disaient de descendance cambodgienne (ou khmère). Près de 40 % d’entre elles (15 350 personnes) résident au Québec.

Vie sociale, culturelle et religieuse

La plupart des Khmers pratiquent le bouddhisme theravâda, allié, en diverses formes, à l'hindouisme et aux traditions locales animistes, tandis que les Cambodgiens de souches chinoise et vietnamienne pratiquent plutôt le bouddhisme mahayana. Les Canadiens d'origine cambodgienne essaient de conserver leurs pratiques religieuses, bien que certains se convertissent au christianisme. Au Canada, il y a des temples cambodgiens theravâda à Edmonton, Ottawa, Toronto et Montréal, ainsi que de petites associations religieuses khmères dans de nombreuses autres communautés canadiennes. Ces temples et ces associations religieuses perpétuent les pratiques religieuses et culturelles importantes comme l'enseignement de la méditation, la pratique du bien pour le bien (croyance religieuse ou philosophie selon laquelle une personne qui fait le bien récolte le bien), les mariages et les festivals.

Les Canadiens de souche cambodgienne forment également des organisations communautaires comme la Canadian Cambodian Association of Ontario (CCAO), créée à l'origine pour aider les nouveaux réfugiés à s'adapter à la vie au Canada. La CCAO continue d'offrir des services de soutien aux Cambodgiens du Canada et organise des activités pour la préservation de la culture cambodgienne, comme des cours de langue khmère et de danses traditionnelles. À Montréal, le Centre Khemara a pour mission de faire connaître et de transmettre l’histoire et la civilisation khmère aux Cambodgiens et aux Québécois de tous âges. Il propose notamment des ateliers sur les langues, les arts, l’architecture, la musique et la cuisine khmers. Les regroupements de jeunes aident pour leur part les jeunes à concilier leurs identités khmère et canadienne. Cependant, en partie en raison des expériences négatives vécues durant le règne des Khmers rouges, des Cambodgiens se méfient encore de ceux qui cherchent à occuper des postes d'autorité et les réseaux communautaires ont tendance à se fonder sur un système hiérarchique traditionnel et informel plutôt que sur des dirigeants élus.

Les relations entre le Canada et le Cambodge

Dans la foulée du retrait des troupes vietnamiennes à la fin des années 1980 et de la signature des Accords de Paris en 1991, les militaires canadiens ont contribué à stabiliser et à reconstruire le Cambodge dans le cadre d’une mission de maintien de la paix réalisée sous l’égide de l’Organisation des Nations Unies.

Au cours des deux dernières décennies, le Canada et le Cambodge ont maintenu des relations amicales et ont collaboré à bon nombre d'activités bilatérales et multilatérales par l'intermédiaire d'organisations comme l'Association des Nations de l'Asie du Sud-Est (ANASE) et l’Organisation internationale de la Francophonie. Le Canada a également fourni une aide au développement au Cambodge par l'intermédiaire de l'Agence canadienne de développement international (intégrée en 2013 au ministère des Affaires étrangères et du Commerce international). Les programmes visaient à renforcer la démocratie au Cambodge, à gérer la réforme agraire, à favoriser la sécurité alimentaire, à réduire la pauvreté et les inégalités, à éliminer les mines terrestres (voir Convention d’Ottawa) et à promouvoir le développement du secteur privé.

En 2005, le Canada a fourni un soutien financier afin de mettre en place un tribunal international pour traduire en justice les hauts dirigeants khmers rouges auteurs de crimes et de violations graves du droit national et international. Ce tribunal s’appelle les Chambres extraordinaires au sein des tribunaux cambodgiens (CETC) pour la poursuite des crimes commis pendant la période du Kampuchéa démocratique. Cette cour inaugurée en 2006 est chapeautée par le Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l'homme (de 2004 à 2008, c’est la Canadienne Louise Arbour qui occupe ce poste). Les CETC ont été saisies de quatre dossiers regroupant plusieurs suspects concernant des crimes contre l’humanité et des violations graves des Conventions de Genève (1949), commis entre le 17 avril 1975 et le 6 janvier 1979. Le premier dossier a été conclu en 2012 et, en 2017, les CETC en étaient toujours à l’étude du deuxième de ces dossiers.

Arbour, Louise
Arbour est nommée juge de la Cour supr\u00eame du Canada en juin 1999.

Bien qu’aucun jugement n’ait qualifié les crimes commis de génocide et que le gouvernement cambodgien ait longtemps tardé à parler (ne serait-ce que dans les manuels scolaires) de cette page sombre de l’histoire du pays, la diaspora cambodgienne contribue à cet important devoir de mémoire envers les victimes. Ainsi, en 2015, le Centre Khemara de Montréal a organisé des cérémonies de commémoration du 40e anniversaire du génocide cambodgien.

En 2015, l’ambassade du Canada à Bangkok, en Thaïlande, a ouvert un bureau à Phnom Penh.


Lecture supplémentaire

  • Louis-Jacques Dorais et Lise Pilon-Lê, Les communautés cambodgienne et laotienne de Québec (1988).

    Louis-Jacques Dorais, Les Cambodgiens, Laotiens et Vietnamiens au Canada (2000).

    Louis-Jacques Dorais, « Les Vietnamiens, les Cambodgiens et les Laotiens au Québec », dans Guy Berthiaume, Claude Corbo et Sophie Montreuil, dir., Histoires d’immigrations au Québec (2014).

    Janet McLellan, Many Petals of the Lotus: Five Asian Buddhist Communities in Toronto (1999).

    Janet McLellan, Cambodian refugees in Ontario: Resettlement, religion, and identity (2009).

    Michael J. Molloy, Peter Duschinsky, Kurt F. Jensen et Robert J. Shalka, Running on Empty: Canada and the Indochinese Refugees, 1975-1980 (2017).

    Nancy J. Smith-Hefner, Khmer American: Identity and Moral Education in a Diasporic Community (1999).

Liens externes